Le jeu des populaires
Au lycée, comme à la maison, j’étais la reine de tout. La petite princesse, la chouchoute de tout le monde. Personne n’osait me détester, encore moins m’harceler, car mon père était le président de la plus grande entreprise du pays. J’avais beaucoup d’amis… ou du moins, c’est ce que je croyais.
Mais tout a changé le jour où elle est arrivée.
Vanessa.
Dès son premier jour, elle a attiré tous les regards. Belle, confiante, et surtout… différente. Contrairement aux autres, elle ne me regardait pas avec admiration. Non. Elle me regardait comme si je n’étais rien.
Au début, j’ai ignoré ça. Après tout, j’étais habituée à être au centre de tout. Mais petit à petit, les choses ont commencé à changer. Mes amis se sont éloignés, les regards ont changé, et les murmures ont commencé dans les couloirs.
Puis un jour, dans la cour du lycée, tout a basculé.
— « Tu te prends pour qui, exactement ? » a lancé Vanessa en croisant les bras.
Le silence est tombé autour de nous. Tous les élèves regardaient.
C’était la première fois que quelqu’un osait me défier.
Et au fond de moi… j’ai senti quelque chose que je n’avais jamais ressenti avant.
De la peur.
Je n’ai rien répondu.
Pas parce que je n’avais rien à dire… mais parce que, pour la première fois, aucun mot ne sortait. Ma gorge était nouée, et mon cœur battait trop vite.
Vanessa a esquissé un sourire.
— « C’est bien ce que je pensais. Une petite princesse… sans couronne. »
Quelques rires ont éclaté autour de nous.
Des rires.
Pas pour moi.
Contre moi.
J’ai senti quelque chose se briser à l’intérieur de moi. Moi, qui avais toujours été entourée, admirée… je me retrouvais soudain seule, au milieu de tous.
C’est là que j’ai senti une main attraper mon poignet.
— « Ça suffit. »
Sa voix était calme, mais ferme.
Lucas.
Tout le monde s’est tu immédiatement. Même Vanessa a levé les yeux vers lui, surprise.
Lucas n’était pas comme les autres. Il ne suivait personne. Et personne n’osait vraiment le défier.
Il m’a tirée doucement en arrière, me mettant derrière lui.
— « T’as un problème ? » a-t-il lancé à Vanessa.
Un silence lourd s’est installé. Pendant une seconde, j’ai cru qu’elle allait répondre… mais elle a simplement haussé les épaules.
— « Pas aujourd’hui. »
Puis elle est partie, suivie de son groupe.
Mon cœur battait encore fort. Lucas s’est tourné vers moi.
— « T’es sérieuse ? Tu vas laisser les gens te marcher dessus comme ça ? »
Je l’ai regardé, encore sous le choc.
— « J… je comprends pas… »
Il a soupiré, passant une main dans ses cheveux.
— « Tu comprends rien, justement. Tout le monde n’est pas ton ami. »
Ses mots m’ont frappée plus fort que tout le reste.
Pour la première fois… je doutais.
De tout.
Les mots de Lucas résonnaient encore dans ma tête quand la cloche a sonné.
La journée aurait dû continuer normalement… mais rien n’était plus normal.
Plus tard, pendant la pause, je me suis retrouvée seule dans la cour. Enfin… presque.
— « Hé… attends ! »
Je me suis retournée.
C’était lui.
Un garçon de ma classe. Discret, toujours au fond de la salle. Je ne lui avais jamais vraiment parlé.
Il s’est approché, visiblement nerveux. Ses mains tremblaient légèrement.
— « Je… je peux te parler ? »
J’ai hésité, puis j’ai hoché la tête.
Le silence entre nous était lourd. Il regardait le sol, puis moi, puis encore le sol.
— « Ça fait longtemps que je voulais te dire quelque chose… »
Mon cœur a commencé à battre plus vite, sans que je comprenne pourquoi.
— « Même quand tout le monde te regardait comme une reine… moi je voyais autre chose. »
Je suis restée figée.
— « Je voyais quelqu’un de seul. Et… ça m’a fait t’aimer encore plus. »
Mon souffle s’est coupé.
Quoi ?
— « Je t’aime. »
Le monde autour de moi s’est arrêté.
Les bruits, les voix… tout avait disparu.
Je ne savais pas quoi dire. Je ne ressentais rien… ou peut-être trop de choses à la fois.
Et puis—
J’ai levé les yeux.
Lucas était là.
Un peu plus loin.
Il nous regardait.
Et dans ses yeux… il n’y avait ni colère, ni surprise.
Juste… de la tristesse.
Mon cœur s’est serré.
Sans réfléchir, j’ai reculé d’un pas.
— « Je… je suis désolée… »
Le garçon a baissé les yeux, comme s’il s’y attendait déjà.
— « Je peux pas… »
Ma voix était faible, presque brisée.
— « Pas maintenant. »
Un silence.
Puis il a hoché la tête doucement.
— « Je comprends. »
Il est parti.
Et moi… je suis restée là, incapable de bouger.
Lucas s’est approché lentement.
Sans un mot, il a attrapé mon poignet et m’a entraînée à l’écart, derrière le bâtiment.
— « Faut qu’on parle. »
Son ton avait changé.
Plus sérieux.
Plus… lourd.
Et au fond de moi, je sentais que ce qu’il allait dire… allait tout changer.








