Chapitre 1
1 LES RETROUVAILLES
19h34, Aéroport de Paris
Il commence à se faire tard et toujours personne.
Je suis debout avec mes grands-parents, Elia et Léo Harrys. Nous attendons depuis trois heures mon frère et ma sœur, Noah et Piper, venant tout droit d’Amérique, là où nous avons tous grandi.
Je suis en France depuis cinq ans. Ça commence à faire.
J’ai débauché il y a quelques heures. Quelle journée fatigante. J’ai écrit des dossiers, mis mon nom sur des documents, encore et encore. Je suis bien content que cette journée soit terminée — enfin, pas totalement.
Ça faisait si longtemps que je ne les avais pas vus en vrai. Je ne pensais pas qu’ils allaient venir, encore moins vivre ici.
Personnellement, quand je suis parti, c’est parce que l’Amérique n’a jamais été mon pays préféré. Nous allions souvent en France quand j’étais petit, car une partie de ma famille est ici. Et apparemment, plus jeune, j’ai vécu ici — mais bon, je ne m’en souviens plus.
Enfin, il faut croire que mon frère et ma sœur voulaient aussi changer d’air. Ils ont mis leur temps, mais ils se sont décidés à venir.
Je sais qu’ils ne viennent pas pour moi, mais j’avoue que je suis content de les voir après toutes ces années. Nous n’avons pas eu l’occasion de nous revoir — je n’ai jamais été aussi content qu’internet existe.
Je regarde les panneaux d’affichage pour voir si leur avion a atterri.
Rien pour le moment.
Trois heures auparavant, nous arrivions donc à l’aéroport.
Mes deux grands-parents étaient totalement excités. Moi, après une rude journée de boulot, la chose que j’attendais le plus était de préparer mon petit repas en regardant Twitch.
Je m’étais assis avant que grand-père ne me demande de venir avec lui chercher un cadeau de bienvenue.
Ce n’est pas mon truc, ce genre d’endroit — il y a beaucoup trop de monde.
Papy Léo, comme nous l’appelons souvent, c’est encore un enfant de dix ans dans un corps de vieux — je l’accorde, c’est troublant.
Malgré sa moustache bien taillée et son béret, il est beaucoup moins sérieux qu’il en a l’air. Il a un look très classe. Il adore les costumes — je crois ne l’avoir jamais vu habillé autrement.
Je pense que c’est à cause de lui que j’ai un style similaire. Il faut dire aussi que mon métier s’y prête bien.
Il fume encore la pipe, même s’il sait que ce n’est pas très bon pour lui.
Il aime souvent me dire :
« Tu sais, Elia me dit que cette pipe ne sert qu’à enfumer les quelques années qu’il me restent. Moi, je dis qu’elle me permet de profiter de chaque moment. »
Mamie est toujours là pour le remettre dans le droit chemin.
Je peux vous dire que quand je les vois, je ne m’ennuie jamais.
Grand-mère garde son sérieux plus facilement — cela dit, ces deux-là font bien la paire.
Cheveux toujours attachés, lunettes rondes. Contrairement à Léo, elle s’habille d’une manière beaucoup plus classique.
Elle déteste être en retard, mais venir trois heures en avance n’est pas forcément la meilleure des solutions.
Nous sommes finalement allés tous ensemble dans une boutique de souvenirs.
Tout est beaucoup trop cher — je l’avais prévenu — mais apparemment, cela ne le gêne pas plus que ça.
Pendant au moins trente minutes, nous avons arpenté les rayons pour finalement… ne rien trouver.
Il y avait toutes sortes de choses : stylos, boules à neige, tee-shirts.
Rien ne lui convenait.
On a eu le temps de faire au moins trois boutiques de souvenirs, sans rien prendre.
La seule chose qu’il a repérée, ce sont des peluches de loups roses et bleues, pour rester dans les clichés.
Je l’attendais devant le magasin en lui précisant que ce n’était pas forcément le meilleur cadeau.
Il est sorti sans rien prendre.
Après notre petit tour des gift shops, nous sommes revenus à notre point de départ, assis sur des chaises.
Mamie, elle, restait debout à regarder chaque jeune fille aux cheveux bruns qui passait, en espérant voir Piper.
Pendant trois heures, nous attendons.
-Alors, pas trop stressé ? me demande-t-elle, beaucoup plus pressée que moi.
- Non, ça va. Pourquoi je devrais l’être ?
Il est vrai qu’en grandissant, voir ses frères et sœurs une fois tous les ans est quelque chose qui ne me déplaît pas plus que ça.
Je ne dis pas que je les déteste, mais nos relations sont tendues depuis quelque temps, et spécialement avec Piper.
- Tu ne les as pas vus en vrai depuis cinq ans !
Je soupire tout en lui souriant.
Elle est au courant de notre petit malentendu, pourtant elle reste très positive sur les « reconsolidations fraternelles ».
Évidemment, cinq ans, cela paraît long — et oui, ça l’est.
Chacun a privilégié sa vie, moi de même, et je n’en suis pas fier. Pendant ce temps-là, papy était parti chercher quelques cadeaux de bienvenue dans une boutique.
Oui, encore — mais nous ne l’avons pas accompagné cette fois-ci.
En arrivant, il s’élance vers nous tel un enfant ayant enfin obtenu sa précieuse sucette.
- Tu les as vraiment pris finalement ? Je pensais que tu blaguais ! dis-je, dépité.
Il me montre les deux peluches, tout content.
— Tu en as pris deux noires finalement. Pardon, je t’ai sous-estimé. Mais cela dit, tu sais qu’ils n’ont plus deux ans, hein ?
- Je ne vois pas ce qui est dérangeant, c’est toujours agréable de recevoir un cadeau ! me dit-il, souriant.
-La première fois que nous sommes allés dans la boutique, quand le vendeur t’a demandé quel âge avaient tes petits-enfants, je te cite : « Ils ont 19 ans, je crois. » Tu ne connais même pas leur âge… rétorqué-je en mimant magnifiquement bien Papy, les bras croisés.
Bon, j’avoue, je me suis un peu énervé sur ce coup-là.
Mais je ne comprends pas comment il peut oublier des informations importantes comme ça.
Mamie nous demande de nous taire pour nous annoncer que Piper et Noah sont enfin là.
Je n’en pouvais plus d’attendre.
Nous les regardons de loin s’approcher.
On voit Piper s’élancer dans les bras de papy et mamie, avec Noah qui tente de la suivre.
C’était très marrant à voir.
- Bonjour ! Contente de vous voir ! J’ai l’impression que ça fait un siècle ! s’exclame Piper.
Elle vient vers moi et me câline.
- Hey Charly, ça fait une baille aussi, dit-elle calmement.
— Oui, effectivement. Dis, pourquoi tu n’es jamais venue avant ?
Elle me regarde, un peu gênée, mais heureusement pour elle, je me fais couper par Noah qui crie comme un fou en nous voyant enfin.
-Salut ! Trop cool de vous revoir tous, plus jamais je ne referai un voyage avec elle, trop chiante.
- J’y peux rien si je ne me sentais pas bien, je n’aime pas les avions.
Noah s’avance vers moi, hésite entre le check ou le câlin, puis finalement, il fait vite son choix.
- Ahhh Charly, ça faisait longtemps que je ne t’avais pas câliné, tiens.
Tout le monde est là, c’est cool, on va enfin pouvoir manger — j’en peux plus.
- Je propose qu’on aille directement chez nous, papy et moi avons préparé le repas de ce soir ! annonce mamie.
- Attendez s’il vous plaît, j’ai quelque chose à vous donner !
Papy sort ses petits loups, en donne un à Piper et un à Noah, et même à moi.
Nous le regardons tous les trois, perplexes — surtout moi, je n’étais pas au courant qu’il m’en avait aussi pris un.
- Merci, je ne pensais pas que tu allais m’en prendre un aussi, dis-je.
- Je ne vais quand même pas t’oublier !
Il me sourit, je fais de même.
Piper et Noah le remercient.
Nous rejoignons mamie, qui ne nous a pas attendus.
Nous sommes tous affamés et heureux de rentrer.
Sur la route, c’est mamie qui conduit. Papy déteste conduire vers les aéroports.





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