Chapitre unique
Tout avait commencé par un simple jeu. Un jeu en ligne. J’avais créé un compte sur un nouveau serveur, celui que je qualifierai plus tard de serveur principal. J’avais commencé à jouer, d’abord seule, puis j’avais rejoint une alliance. J’étais accueillie, je me sentais bien, entourée comme il le fallait. Les disputes étaient rares, et elles se réglaient géréralement rapidement. J’étais très active au sein de l’alliance. Pas la plus douée, ni la plus puissante, mais je m’entendais bien avec tout le monde et je réussissais même à décrocher quelques titres, parfois. Mais au fil du temps, l’histoire du jeu devenait un peu répétitive, et les seules raisons pour lesquelles je me connectais étaient pour récupérer quelques objets et discuter avec mes camarades. Alors je fis un choix. Un choix qui allait tout changer : créer un second compte, sur un autre serveur.
Ce second compte fut donc créé. Encore une fois, je m’entendais bien avec tout le monde, j’avais recommencé l’histoire, et nous en étions tous plus ou moins au même point, possédant presque tous un autre serveur « principal » avec des connaissances que nous n’hésitions pas à mettre à profit afin d’aider les nouveaux joueurs. C’était une ambiance conviviale, où nous nous amusions ensemble, mais c’est aussi là que tout commenca.
Je discutais avec une de mes camarades sur le tchat du serveur, visible donc par tous les autres joueurs, et un autre nous à rejoint, plaisantant avec nous. Il était gentil, drôle, et se souciait vraiment de ce qu’il disait. Alors nous nous sommes ajoutés en amis. Il y avait une règle sur tous les serveurs : le mariage. Quand deux ou trois joueurs s’entendaient très bien, alors on les « mariait ». Ça nous faisait tous rire et nous le faisions sur presque tous les serveurs du jeu. Et puisque je m’entendais bien avec cet homme, nos autres amis du serveur ont décidés de nous « marier ». Cependant, j’avais déjà fait part du fait que j’étais mineure, alors il ne voulait pas, lui qui était majeur. Alors j’ai boudé. Pour la blague.
Pendant quelques jours je lui en ai voulu, pour le jeu. Mais nous continuions à parler. De temps en temps nous discutions de nos pays respectifs, de nos journées. Il me parlait de son travail à l’hôtel, de sa sœur qu’il allait chercher le soir, de ses parents qu’il aidait quand il devait partir brusquement de la conversation. Et, petit à petit, ces moments on pris de l’importance. Alors nos discussions ont continuées. Il m’a confié son âge, son nom, et moi je commençais à m’éprendre de lui. Un homme de vingt-trois ans, de neuf ans mon aîné, que je n’avais jamais vu, qui habitait à l’autre bout du monde, mais dont les paroles auraient pu me faire faire n’importe quoi. Il me disait que j’étais trop jeune, mais j’espérais.
Alors j’ai attendu. Attendu que mon cœur ne puisse plus faire marche arrière. Il était tendre, attentionné, gentil, tout ce qu’on ne retrouve normalement que dans les contes de fées. Mon amie me l’avait dit lorsque je lui avait montré nos discussions : « Je suis choquée par la manière dont il écrit les messages qu'il t'envoie, je ne pensais pas qu'un homme pouvait être aussi romantique que dans les livres. ». Je l’avais crue. Nos messages ont continués, de plus en plus fréquemment, des bonjour le matin quand je me connectais, des bonne nuit le soir quand j’allais me coucher, quelques petits messages pendant les inter-cour et les récréations, quand j’allais me cacher au CDI et dans les toilettes. Et ces mots qu’il m’écrivait, ces paroles douces, profonde, je les gardais dans mon cœur comme un trésor.
Et j’étais devenue dépendante. Je tombais de plus en plus amoureuse de cet homme, au fil des jours. Alors je lui ai dit. D’abord je le prévenais, je lui disais que plus il parlait avec moi, plus je l’aimais. Il continuait, me disant que c’était bien, qu’il m’aimait aussi. Alors notre « relation » a commencé. Je lui parlais plus qu’avant, de choses plus personnelles, plus intimes aussi. Puis j’ai donné mon prénom. Mon vrai prénom. Pas mon pseudonyme, pas mon surnom, pas mon deuxième prénom. Moi. Mon prénom. Je n’en parlais pas à mes parents. Je pense que c’était dû au fait qu’ils n’auraient jamais voulus que j’entretienne une relation avec un homme de presque dix ans de plus que je ne connaissais qu’à travers un écran et qui vivait à l’autre bout du monde. Puis les surnoms ont commencés, et à partir de là, même si ça avait en fait commencé bien avant, je ne pouvais plus revenir en arrière.
Et on a commencé à rêver. De tout. Du futur, des mes études en orthodontie que j’aurais fait en Turquie, chez lui. J’avais déjà regardé les meilleures universités, les frais d’inscription, le niveau d’anglais qu’il fallait avoir. Alors j’avais travaillé encore plus, pour avoir ce niveau, ces résultats pour être prise plus tard. On s’amusait à rêver d’une vie commune, des soirées que j’aurais passées à réviser assise près de lui, des nuits qu’on aurait passées ensemble, des repas qu’on aurait partagés, des présentations à nos familles respectives, de comment on leur aurait annoncé notre rencontre, qu’on se connaissait en fait depuis longtemps. Et j’y croyais. Ou plutôt j’espérais de tout mon cœur que nos rêves se concrétisent. Parce qu’à quatorze ans, on est naïfs.
Puis j’ai eu une idée. Une idée que je trouvais merveilleuse : échanger nos numéros. On s’est ajoutés sur WhatsApp. J’étais si heureuse, mon amie me disait que ça se voyait. Je lui montrais presque toutes les discussions, et elle répondait. Elle me disait que si il n’était pas sincère avec moi, allors elle irait le trouver chez lui, à des centaines de kilomètres de chez nous, et qu’elle irait le tuer. Pour moi. Et moi je rigolais. Parce que quand on est concernés et qu’on sait qu’il y a un risque, on fait tout pour ne pas le voir.
Nos conversations ont continuées via l’application de discussion. Puis les premières photos ont été envoyées. Et les discussions se sont faites encore plus fréquentes. Plus intimes. Plus lourdes de sens qu’avant. Et ses mots aussi devenaient plus intimes. Des mots qui n’auraient pas dû être prononcés à une enfant. Mais je m’en moquais. Je l’aimais, et c’était tout ce qui comptais. Alors je répondais à ces messages. Même si je n’aurais peut être pas dû. Parce que je l’aimais. J’étais folle amoureuse de lui, alors je ne pouvais que répondre.
Un samedi matin, je pense que je m’en souviendrai toujours. Ma mère m’a appelée. Je me suis levée, encore légèrement endormie, et j’ai rejoins mes parents dans la salle de bain. Ils étaient sérieux. Trop sérieux. Le ton de la voix de ma mère a achevé de me réveiller. Et elle a parlé. Une phrase, une seule. Une phrase qui m’a détruite. « On a été contactés par la police, ils nous ont appris que notre fille échangeait sur WhatsApp avec un prédateur sexuel. ». Prédateur sexuel. Mon corps s’est mit à trembler. Ma poitrine s’est serrée, fort. Trop fort pour que je puisse encore respirer normalement. Alors j’ai parlé. J’ai tout dit, du début à la fin, sans omettre aucun détail si ce n’était les conversations que nous avions. Parce que je savais que c’était grave. Je savais que la police avait été mêlée. Je savais qu’ils ne s’étaient pas trompés de numéro en regardant nos discussions. Même si, au fond, j’espérais que ce soit le cas. Donc j’ai tout dit, les larmes aux yeux, la gorge sèche, l’envie de vomir. J’ai tout expliqué. La rencontre, comment j’étais tombée sous le charme d’un manipulateur. Comment il m’avait fait me sentir importante à ses yeux. Unique, comme il le disait.
Mes parents ont été compréhensifs. Tous les deux. Mais j’étais brisée. Parce que je pense que, au fond, je savais depuis le début. Je savais que cet amour dont j’avais entretenu la flamme jusqu’au bout serait impossible. Alors je me suis posée des questions. Pas les bonnes. Je me demandais ce que j’avais bien pu faire. Si c’était de ma faute - et je le croyais. Si il avait vraiment cru en tous ces mots qu’il m’avait écrits comme si il les pensaient. Si tout venait de moi. Si j´aurais dû me taire.
Puis certains passages de nos discussions me sont revenus en mémoire. Les réponses trop rapides alors qu´il ne parlait pas ma langue. Les fois où je lui avait demandé si il m´aimait vraiment et où il me répondait la même chose à chaque fois. Comment il se connectait toujours exactement aux mêmes horaires. J´ai essayé, j´ai prié de tout mon cœur pour qu´ils se soient trompés de personne. Mais au fond, je pense que dès le début, j´avais un doute.
Alors m’a mère m’a aidée. Elle m’a aidée à tenir loin de moi ce qui me faisait mal. Et cela a commencé par bloquer son numéro. Puis je suis retournée sur le jeu, et j’ai supprimé son contact. Je l’ai ignoré, dès qu’il m’envoyait un message privé, je l’ignorais, dès qu’il essayait de me parler sur le tchat du serveur, je l’ignorais. Mais il ne s’est pas arrêté . Et c’est ce qu’il a fait ensuite qui m’a fait le plus peur. Parce qu’il a arrêté de m’envoyer des demandes d’ami, et une semaine après, j’ai appris qu’il avait rejoint mon alliance sur mon serveur secondaire, là où nous nous étions rencontrés. Alors j’ai eu peur. Parce que cette alliance, c’était moi qui l’avait fondée avant de la confier à une membre en qui j’avais confiance, elle était précieuse à mes yeux, et il le savait. Et c’est cette peur là qui me tiraillait l’estomac, parce que je savais que ce n’était plus sécurisé pour moi, que si je restais là, dans mon alliance, je serais en danger. Alors j’ai prévenu tout le monde. Mon serveur principal, mon serveur secondaire aussi, je leur ai dit de faire attention. Puis j’ai quitté mon serveur secondaire. Laissant derrière moi des personnes qui comptaient, et je pense que c’était le plus dur. De me dire qu’à cause d’un seul homme, j’avais autant souffert.
Alors je suis restée sur mon serveur principal, mais je n’arrivais plus à me connecter. Le simple fait de cliquer sur l’application me faisait peur, bien que je fusse plus en sécurité sur ce serveur. Alors je fis un choix encore plus difficile que les précédents : supprimer le jeu. Ou du moins supprimer le jeu sur mon téléphone. Parce que je me disais que, comme ça, cet enfer s’arrêterait. Oui, cette décision, j’ai eu du mal à la prendre. Parce que j’avais des amis, parce qu’ils n’avaient rien fait, eux. Mais c’était la seule façon que j’avais d’enlever ce poids sur ma poitrine qui me pesait à chaque fois que je me connectais. Cette question qui me tourmentait dès que j’appuyais sur l’icône du jeu : « Est-ce qu’il sera là ? ». Alors je l’ai fait. J’ai supprimé le jeu sur mon téléphone, le laissant uniquement sur ma tablette, là où tout avait commencé. En m’autorisant à me connecter un peu plus d’une fois par semaine, pour aller prendre des nouvelles de ceux qui n’avaient rien demandé, et qui m’avaient aidé sans le vouloir.
Voila. Voila mon histoire. Je mentirai en disant que ça m’a fait du bien de l’écrire, au contraire, je pense que mettre des mots sur ce que je ressentais était plus dur que n’importe quoi d’autre, mais j’ai espoir. J’ai espoir que, un jour, j’arriverais à lire ces lignes sans pleurer.
Je vous remercie d’avoir lu mon histoire, cependant je vous arrête sur un point : je vous prierai de ne pas me dire ce que vous auriez fait à ma place. Ce n’est peut-être pas méchant, je le sais bien, mais j’aimerai ne pas avoir à lire des commentaires comme : « Tu n’aurais pas du faire ça » ou « Qu’est-ce qui t’as pris ?! » à moins qu’ils ne soient rédigés d’une autre façon qui ne soit pas agressive. Ne serait-ce pour une raison : c’est ce que j’ai vécu. Pas vous. Et j’estime que les personnes qui ne l’ont pas vécu ne peuvent pas dire ce genre de chose, ou du moins pas avec agressivité. Cependant si vous avez des conseils à me donner, ou encore vos ressentis, n’hésitez pas, cela me ferait peut-être du bien.
Certains seront surpris par la longueur de cette histoire, ou encore le fait que j’ai choisi d’écrire ça sur un chapitre unique, mais je trouvais ça mieux, pour moi. Cette histoire n’a pas pour but d’être publiée, élue « histoire la plus triste de l’année » ou je ne sais quoi d’autre, elle a pour but de prévenir. Parce que, comme on dit « Mieux vaut prévenir que guérir », et j’en sais quelque chose. Parce qu’il y a des histoires qu’on préfère taire. En pensant qu’on est les seuls à l’avoir vécu, même si c’est faux, parce que personne n’en parle jamais. Donc criez le. Criez vos histoires, celles qui vous ont fait souffrir, parce que vous n’êtes pas seuls, et que j’aurais aimé le savoir lorsque ça m’est arrivé.
Merci à vous 🫶









l'amour est compliqué. je dirais que heureusement il ne t’as pas touché physiquement. même si je ne dénigre pas l'impact mental. moi c'est un vieux voisin qui m’a touché. c'est relativement pas grand chose vu qu'il n’a utilisé que sa langue mais pas quand on a entre 11 et 14 ans. pour la partie jeu vidéo c'est vrai que j’ai eu plusieurs petits copain grâce a ça. mais c'était des jeux pc pas mobiles. j’ai eu un raté comme on dit mais rien de grave. j'avais environ 22. lui m'avait dit qu'il aller sur ses 19ans. après une irl j'ai squatter chez lui (enfin chez ses parents) au final j’ai vu que c'était un menteur. j’ai assisté à son anniversaire et en fait n'avait que 18. au final j'avais juste l'impression d'être une poupée gonflable. et quand j’ai refuser de faire l'amour en pleine nuit après qu’il m’ai réveillé alors au lieu de rompre. il a juste été désagréable jusqu'à ce que je parte. mais j'avais déjà un habitant. Bon au final je suis resté en très bon termes avec ses parents. ça ne m’a pas arrêté de chercher après quelqu'un. j'étais encore jeune même si j'étais maman. et je n'arrivais pas à me procurer du plaisir solo. croyant naïvement qu’il me fallait donc un mec pour ça. au final j'ai joué 2 ans avec mon futur mari en cherchant quelqu'un dès qu'il me fuyait (certains fuyait mon père, un peu spécial) juste avant de commencer avec lui j'ai réussi enfin à me faire un plaisir solo (je devais avoir quoi 28 ^^"). j’ai pu commencer une relation sérieuse et sereine avec lui. et faire un deuxième petit dragon.