Chapitre 1: Prologue
La pluie battait contre le pare-brise, noyant la route dans un rideau gris. Assise derrière le volant de sa vieille voiture, Molly Peterson, trente-deux ans, jetait de temps en temps un regard à son reflet dans le rétroviseur. Ses longs cheveux châtains, autrefois brillants, pendaient désormais ternes et emmêlés. Ses yeux, d’un bleu clair presque translucide, portaient encore les traces d’un chagrin trop lourd, entourés de cernes sombres qui racontaient des nuits blanches. Elle avait toujours eu ce visage doux et harmonieux, mais à présent, il semblait brisé, comme une poupée fissurée que le temps et les malheurs avaient trop tôt vieilli.
Quelques mois plus tôt, sa vie avait implosé. Son père, l’homme qui avait toujours été son repère, était mort brutalement d’une crise cardiaque. Le choc avait laissé en elle un vide insupportable. Mais le pire restait à venir. Une semaine après les funérailles, elle avait découvert son mari dans les bras d’une autre femme. Une trahison aussi violente qu’inattendue. Elle s’était effondrée, incapable d’affronter cette double perte. Le divorce fut inévitable. Et, dans un élan désespéré de survie, elle avait pris une décision radicale : tout quitter. La ville, les souvenirs, les ruines de son mariage… tout.
Sa nouvelle destination se dressait au bout de la route : une petite maison ancienne, achetée presque par hasard, à un prix si bas qu’elle avait hésité à y croire. Nichée dans une petite ville dont elle ignorait presque tout, la bâtisse avait cet air d’abandon qui, étrangement, l’avait rassurée. Comme si ses murs abîmés reflétaient son propre état intérieur.
Quand elle coupa enfin le moteur et sortit sous la pluie, une odeur d’humidité et de bois pourri sembla l’accueillir. La maison, haute et sombre, s’élevait devant elle, ses fenêtres ressemblant à des orbites vides. Une brise glaciale fit frissonner Molly alors qu’elle tournait la clé dans la serrure.
À l’intérieur, l’air était lourd, figé. Chaque pas résonnait dans le silence comme une intrusion. Pourtant, Molly sentit une étrange chaleur l’envahir : ici, elle pourrait peut-être reconstruire sa vie. Ici, personne ne connaissait son passé.
Elle ne savait pas encore que cette maison avait son propre passé, bien plus sombre que le sien.
Et que derrière ses murs, des rires d’enfants brisés attendaient dans l’ombre, prêts à lui chuchoter leur vérité…









Rien qu'en lisant le commencement,ça donne envie de creuser un peu plus....