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Les aventures de Pupute

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Summary

À vingt-quatre ans, Philippine a une philosophie simple : pourquoi dire non quand on a envie de dire oui ? Petite blonde aux yeux bleus, toujours bronzée et outrageusement apprêtée, elle travaille comme négociatrice dans une agence immobilière chic. Mini noire, sac Louis Vuitton, vêtements de marque et tenues beaucoup trop provocantes au goût de son patron : Philippine ne passe jamais inaperçue. Au lycée, son prénom lui a valu un surnom qu’elle déteste officiellement : Pupute. Officieusement ? C’est plus compliqué. Car derrière la caricature se cache une jeune femme libre, insolente et parfaitement consciente de l’effet qu’elle produit. Excellente négociatrice, elle enchaîne les mandats et les aventures : visites immobilières qui dérapent, rencontres inattendues, couples entreprenants, soirées libertines… Les aventures de Pupute racontent, chapitre après chapitre, la vie décomplexée d’une héroïne qui assume ses désirs, ses excès et ses contradictions. Elle prétend détester qu’on l’appelle Pupute. Mais surtout, ne vous arrêtez pas pour autant.

Status
Ongoing
Chapters
8
Rating
n/a
Age Rating
18+

Première visite

À vingt-quatre ans, Philippine avait déjà compris une chose essentielle : lorsqu’elle avait envie de quelque chose, faire semblant du contraire était une perte de temps.

Elle gara sa Mini noire devant le portail avec neuf minutes de retard.

Neuf exactement. Assez pour que le client l’attende. Pas assez pour qu’il s’agace.

Elle rabattit le pare-soleil et vérifia son rouge à lèvres dans le miroir. Puis ses cheveux. Blond très clair, mèches plus blondes encore, raie impeccable. Elle passa deux doigts sous ses yeux, remit une mèche derrière son oreille et observa son reflet avec cette satisfaction tranquille qu’elle n’aurait jamais reconnue devant quelqu’un.

Elle était bronzée. Philippine était toujours bronzée. Personne ne savait très bien comment elle y parvenait au mois de mars.

Elle attrapa son sac Louis Vuitton sur le siège passager, sortit de la voiture et tira sur le bas de sa robe. Cela ne servit à rien. La robe était trop courte. Elle avait été conçue trop courte. Elle l’avait achetée parce qu’elle était trop courte.

— Putain…

Elle regarda ses jambes, hésita, puis décida que tout allait très bien.

Sur le trottoir, un homme l’attendait. Quarante ans peut-être. Costume bleu marine, chemise blanche, chaussures marron. Beau sans être spectaculaire. Le genre d’homme qu’elle aurait oublié cinq minutes après l’avoir croisé dans la rue.

Il consulta sa montre. Mauvais point.

— Monsieur Delmas ?

Il leva les yeux. Le changement fut presque imperceptible. Presque.

Philippine le connaissait bien, ce petit moment. Les yeux qui descendaient une fraction de seconde avant de remonter vers son visage. Le léger redressement du dos. La bouche qui hésitait entre le sourire professionnel et autre chose.

Elle lui tendit la main.

— Philippine.

— Marc Delmas.

— Désolée pour le retard. J’avais une signature qui s’est éternisée.

C’était faux. Elle avait passé vingt minutes devant son dressing.

— Aucun problème.

Elle sourit. Petit nez fin, grands yeux bleus, bouche beaucoup trop pulpeuse pour son visage presque enfantin : Philippine savait exactement ce qu’il voyait. Et elle savait surtout ce qu’il essayait de ne pas regarder.

Elle ouvrit son sac pour chercher les clés.

— Alors… cent quatre-vingt-dix mètres carrés, quatre chambres, terrasse plein sud, aucun vis-à-vis et le propriétaire vient de baisser de cinquante mille.

— Vous connaissez bien le bien ?

Elle leva les yeux.

— Très bien.

Elle trouva enfin les clés.

— Je connais toujours très bien ce que je vends.

Il eut un sourire. Bien. Celui-là avait de l’humour.

Elle poussa le portail.

Philippine travaillait depuis deux ans chez Beaumont Immobilier, une agence où les vitrines ne présentaient aucun appartement à moins de huit cent mille euros. Elle était la plus jeune négociatrice de l’équipe, la moins ponctuelle, la plus mal habillée selon son directeur et, depuis six mois, celle qui rentrait le plus de mandats.

Cela agaçait beaucoup de monde. Elle adorait ça. Son directeur lui répétait qu’elle devait « professionnaliser son image ». Philippine répondait généralement qu’elle vendait des maisons, pas des assurances-vie.

Ce matin-là, elle portait une petite robe noire, une veste courte, des escarpins dont le prix aurait payé un mois de loyer à une étudiante et, sous sa robe, presque rien. Le presque était un string.

Philippine ne possédait pas de culotte. Ou plus exactement elle considérait le concept comme une erreur historique.

Elle ouvrit la porte de la maison.

— Je vous laisse entrer.

Il passa devant elle. Elle le regarda. Pas mal.

Elle referma derrière eux. La maison était silencieuse. Très belle également.

Pierre claire, parquet ancien, grandes baies donnant sur une terrasse encore humide de la pluie du matin. Le propriétaire avait déjà déménagé. Il ne restait aucun meuble.

Le bruit de leurs pas résonnait légèrement.

— Séjour, salle à manger, cuisine derrière la verrière. La terrasse fait quarante mètres carrés.

Marc s’approcha de la baie. Philippine resta quelques secondes derrière lui.

Elle aimait les maisons vides. Il y avait quelque chose d’étrangement intime à entrer dans un endroit où personne n’habitait encore. Une chambre sans lit. Une salle de bains sans serviette. Une cuisine sans vaisselle.

Des pièces qui n’appartenaient plus tout à fait à celui qui partait et pas encore à celui qui viendrait. Tous les possibles étaient encore là.

— Vous habitez le quartier ? demanda-t-elle.

— Pas encore.

— Donc vous comptez acheter.

— C’est généralement pour ça qu’on visite.

Elle sourit. Deuxième bon point.

— Vous seriez surpris.

Elle passa devant lui. Elle savait qu’il la regardait. Cette fois, elle ne tira pas sur sa robe.

Ils montèrent. Elle lui montra deux chambres, un bureau, une salle d’eau. Puis la suite.

— Et là, chambre principale.

Elle ouvrit les volets. La lumière entra brutalement.

Philippine se retourna. Marc ne regardait pas la vue. Il regardait Philippine.

Elle le laissa faire une seconde. Deux. Puis elle pencha légèrement la tête.

— Vous aimez ?

Il comprit immédiatement.

— La chambre ?

— La maison.

Il rit.

— Beaucoup.

— Tant mieux.

Elle passa près de lui pour rejoindre la salle de bains. Trop près. Pas par accident. Son parfum resta entre eux.

— Salle de bains refaite l’année dernière. Douche, baignoire, double vasque…

Elle posa son sac sur le marbre. Marc resta dans l’encadrement de la porte.

— Vous faites toujours visiter comme ça ?

Philippine se regarda dans le miroir.

— Comme quoi ?

— Vous savez très bien.

Elle se retourna lentement. Elle aimait cette partie. Le moment où il fallait décider si le jeu existait réellement ou seulement dans la tête de l’autre. Avec Philippine, il existait presque toujours.

— Non, dit-elle.

Elle s’approcha.

— Seulement quand l’acquéreur me plaît.

Silence.

Voilà. Tout était devenu différent. La maison. La lumière. La distance entre eux. Même le bruit de la rue semblait avoir disparu derrière les doubles vitrages.

Marc la regarda avec une prudence qui l’amusa.

— Et je vous plais ?

Philippine leva les yeux au ciel.

— Ne me faites pas regretter ce que je viens de dire.

Il sourit. Cette fois, elle était suffisamment proche pour sentir son parfum.

Elle posa un doigt sur le revers de sa veste. Juste un.

— Vous êtes marié ?

Il secoua la tête.

— Vous ?

Elle éclata de rire.

— J’ai vingt-quatre ans.

— Ce n’est pas une réponse.

— Si. Dans mon cas, c’en est une.

Elle retira son doigt. Il ne bougea pas. Elle non plus.

Philippine avait cette façon particulière de regarder les hommes lorsqu’elle avait envie d’eux. Elle cessait soudain de sourire. Ses grands yeux bleus devenaient presque sérieux.

Elle regardait. Elle décidait. Et, généralement, elle obtenait.

Marc fit un mouvement vers elle. Philippine posa immédiatement une main contre son torse.

— Attendez.

Il s’arrêta. Elle prit son téléphone dans son sac.

— Qu’est-ce que vous faites ?

— Mon travail.

Elle ouvrit son application.

— Avant toute chose : la maison.

Il la regarda, stupéfait.

— Vous êtes sérieuse ?

— Toujours.

Elle fit défiler le mandat sur son écran.

— Alors. Vous en pensez quoi ?

Il éclata de rire. Philippine aussi. Puis elle redevint parfaitement professionnelle. Prix. Taxe foncière. Travaux. DPE. Disponibilité.

Elle connaissait tout par cœur.

Pendant cinq minutes, la jeune femme à la robe indécente disparut presque entièrement. À sa place, Marc découvrit une négociatrice précise, rapide, étonnamment compétente, qui anticipait ses questions et savait exactement où se trouvait la marge de négociation.

Ce contraste était probablement ce que Philippine avait de plus dangereux. On la prenait pour une idiote. Une fois. Jamais deux.

— Je peux obtenir vingt mille de moins, dit-elle. Peut-être trente. En dessous, je perds mon temps et vous aussi.

— Vous êtes toujours aussi directe ?

— Oui.

— Sur tout ?

Elle releva les yeux de son téléphone. Le sourire revint.

— Absolument tout.

Elle verrouilla l’écran. Le téléphone retourna dans le sac.

Cette fois, lorsqu’elle s’approcha de lui, il n’y avait plus de maison à vendre. Seulement Philippine.

Il posa une main sur sa taille. Elle ne l’arrêta pas. Elle leva simplement le visage vers lui.

— Vous avez intérêt à mieux embrasser que vous négociez.

— Vous êtes insupportable.

— On me le dit beaucoup.

Il l’embrassa.

Quelques secondes plus tard, le sac Louis Vuitton glissa du marbre et tomba sur le parquet.

Philippine interrompit immédiatement le baiser.

— Putain, mon sac !

Marc la regarda se précipiter pour le ramasser. Elle l’examina sous toutes les coutures.

— Ça va ?

Elle lui lança un regard scandalisé.

— Il vaut deux mille balles.

— Je parlais de vous.

Elle resta silencieuse. Puis un immense sourire apparut sur son visage.

— Vous, je vais bien vous aimer.

Elle remit précautionneusement le sac sur le meuble. Cette fois loin du bord. Puis elle revint vers lui.

En passant devant le grand miroir, Philippine aperçut son reflet : les cheveux déjà un peu défaits, la robe remontée de quelques centimètres, les joues légèrement roses.

Pupute.

Elle détestait ce surnom.

Enfin… C’était ce qu’elle disait.

Il était né au lycée.

Philippine.

Il avait suffi qu’un garçon remarque un jour les quatre dernières lettres de son prénom. Pine. Les autres avaient fait le reste. La Pine. Pute-Pine. Puis Pupute.

Elle avait giflé le premier qui l’avait appelée comme ça. Six mois plus tard, lorsqu’une amie lui avait demandé pourquoi elle continuait à répondre quand on criait « Pupute ! » dans une soirée, elle n’avait pas su quoi dire.

La vérité était plus simple. Elle aimait bien. Un peu. Beaucoup trop.

Marc l’observait.

— Quoi ?

Philippine sourit à son reflet. Puis elle se retourna vers lui.

— Rien.

Elle attrapa sa veste par les revers et l’attira vers elle.

La visite pouvait reprendre.

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