Prologue
Le désert brûle toujours de la même façon dans mes rêves.
D’abord la chaleur. Pas celle du soleil, quelque chose de plus ancien, de plus profond, comme si la terre elle-même respirait sous mes pieds. Le sable est blanc, ici. Pas ocre. Il reflète la lumière jusqu’à faire mal.
Puis les colonnes.
De la pierre taillée, immense, froide malgré tout. De l’or dans les joints, sur les sculptures et jusque dans les regards de ceux qui m’observent en silence. Je connais ces visages. Je sais leurs noms. Mais dans ce rêve, comme dans tous les autres, ils ne me voient pas vraiment.
Ils voient ce que je représente.
Ce n’est pas pareil.
Je marche. Mes bottes résonnent sur le marbre et chaque pas semble réveiller quelque chose que j’aurais préféré laisser dormir. Il y a du sang sur mes mains — pas beaucoup, juste une trace fine entre les doigts, comme si j’avais essayé de l’effacer et n’y étais pas tout à fait parvenue.
Je ne regarde pas.
Je ne regarde jamais.
Et puis je le vois.
Debout dans l’ombre d’une arcade, là où la lumière ne touche pas encore. Il me regarde avec cette intensité que je connais par cœur et que j’ai passé des années à essayer d’oublier. Pas de colère. Pas de reproche. Quelque chose de pire.
De la certitude.
Comme s’il savait, lui, que je reviendrais toujours.
Je veux lui dire que j’ai choisi la vie. Que partir n’était pas fuir. Que le silence entre nous n’était pas de l’indifférence.
Mais dans ce rêve, comme dans tous les autres, ma voix ne sort pas.
Quelque part derrière moi, des sabots frappent le sol.
Une fois.
Deux fois.
Le bruit enfle, se rapproche, jusqu’à couvrir tout le reste — les voix, les visages, l’or, le sang et la pierre blanche.
Puis le silence.
Complet.
Et dans ce silence, une seule pensée, claire et cruelle comme une lame :
Tu n’as jamais vraiment quitté cet endroit.








