Le bain de minuit

FLO
Après avoir passé une soirée sous le feu des néons, bu sur un rooftop à vue panoramique, dansé sur le dance floor d’une boîte franchement peu recommandable, Ana et moi nous retrouvons nues sur la plage sétoise, là où les étoiles se cachent encore.
Une fois sur place, Ana s’empresse de sortir la bouteille de vin, la soif au corps. Au même instant, je sors sa serviette de plage du sac que je découvre complètement mouillé.
La bouteille à la main, elle s’exclame :
— Oh, mais c’est quoi ce bordel ? Il est où, le vin ?
Bouche ouverte, je la regarde, puis je fixe la bouteille. Je reviens à ses yeux. Puis je fixe le verre de la bouteille. Vide. Tout avait coulé. La serviette avait tout bu.
— Bon, vas-y, c’est pas grave, lâche Ana, totalement désabusée.
Elle ôte sa robe noire moulante, retire sa culotte fendue aux fesses et dégrafe son soutien-gorge. Je la découvre pour la première fois dans son plus simple appareil.
— Ah, mais tu te mets vraiment à poil ? lui demandé-je, comme si j’avais oublié pourquoi on était là.
Ana me fixe sourire aux lèvres et me répond avec légèreté :
— Ce n’est pas le principe d’un bain de minuit ?
… Touché, coulé.
On traverse le sable froid, soulageant la plante de nos pieds brûlés par nos précédentes danses endiablées, juchées sur nos talons. On entre dans la mer chaude sans sourciller. Moi, seins à l’air avec ma culotte. Ana, moins farouche, intégralement nue.
Son petit cul blanc à l’air libre me fait sourire. Elle qui me paraissait très pudique me montre une facette que je ne lui connaissais pas. La nuit et la pénombre ont ce super-pouvoir — comme l’alcool — de désinhiber le corps et l’esprit.
Je la vois heureuse, seins à l’air, sauter dans l’eau comme une enfant. Je la suis avec entrain et me glisse aussi dans l’eau tiède. Je m’assois, le regard planté dans l’horizon noir, ma poitrine en guise de flotteur — c’est ce que dirait Ana — bercée par les ondulations de la mer.
— Putain, l’eau est trop bonne… Mais il fait noir, je suis un peu flippée quand même. Tu savais que la nuit, la nature reprend ses droits quand l’humain disparaît ? lancé-je, moi et mes questions existentielles.
Elle me regarde d’un air circonspect, attendant la suite.
— Bah ouais, imagine qu’il y a des petits poissons ou des méduses ! continué-je, à peine inquiète.
Ana ne répond pas et poursuit son immersion dans l’écume des vagues.
ANA
Mes yeux se lèvent vers le ciel, à la recherche de constellations. Je me laisse tomber dans l’eau jusqu’aux épaules. Un soupir de bien-être m’échappe tandis que la mer m’enveloppe.
Flo et moi discutons tranquillement quand j’aperçois, par-dessus son chignon tressé, deux silhouettes dans la pénombre rejoignant le bord de la plage. Une frustration me revient insidieusement.
— Tu crois qu’ils ont du vin ? balancé-je à Flo, déterminée à éponger ma soif.
Elle éclate d’un rire franc et se demande plutôt si c’est un couple de mecs. — Visiblement, nos préoccupations ne sont pas les mêmes — pensai-je rieuse. Je plisse un peu plus les yeux et lui confirme que c’est une femme et un homme. Ils viennent d’ailleurs s’installer non loin de nous.
Flottant, toujours à plat ventre, mes mèches châtain caressant la surface de l’eau et mes doigts enfouis dans le sable noyé, je laisse les vagues me frapper les fesses. La mousse glacée s’engouffre entre mes cuisses.
Je me retourne vers Flo, dos aux lumières de la promenade, avec cette vive sensation de prolonger ce moment hors du temps, quand elle me lance :
— Olala, j’aurais vraiment kiffé que des mecs arrivent sur la plage pour nous offrir un moment insolite.
— Mmmh… À qui le dis-tu ? réponds-je, les yeux rivés vers le couple.
Je lance à Flo un sourire en coin, qu’elle me renvoie, tout en continuant à les mater sans discrétion. L’homme se glisse de tout son long sur sa femme, leurs corps s’entrelacent dans la pénombre, je pourrais deviner leurs mots salaces glissés par dessus le bruit des vagues
À quelques mètres, ce couple s’envoie en l’air à même leur serviette, étalés sous les étoiles sans se soucier de notre présence. Les observer se prendre sans retenue m’embrase. Une chaleur diffuse, partant de mon bas-ventre, ravage ma colonne vertébrale et m’incendie de l’intérieur. L’intensité est telle que je creuse un peu plus le sable de mes ongles, hantée par l’envie brutale d’être à leur place.
FLO
La température de l’air se rafraîchit. Le contraste de l’eau chaude sous mes fesses et de la brise sur mes épaules me saisit.
— Il commence à faire plus frais, dis-je à Ana – un frisson me parcourt l’échine – Je pense que je vais sortir de l’eau.
Elle acquiesce et me suit sur le rivage. Mains sur les seins – sa chatte visiblement moins frileuse que sa poitrine – pendant que moi, je tiens fermement la mienne pour me réchauffer.
On se sèche. On s’emmitoufle dans nos vestes et respirons profondément l’air marin avant de nous rassoir. Un goût de sel sur mes lèvres me donne envie d’étancher ma soif, malheureusement, on n’a plus rien à boire. Je m’acharne alors sur les grappes de raisin.
Au loin, les gémissements retentissent toujours. Ana, face à eux, me décrit la scène :
— J’ai vu le mec donner trois coups de reins vifs avant de se retirer, cul blanc à l’air ! Je pense qu’il a joui, raconte-t-elle, en gobant un raisin.
Je tourne la tête, tentant d’apercevoir quelque chose, mais je les distingue simplement allongés. Ils ont l’air d’avoir fini. Immédiatement, je fais remarquer à Ana que c’était bien trop court, moi qui suis sensible à la lenteur, aux caresses qui se prolongent, au feu qui embrase progressivement deux êtres.
Je m’imagine alors dans les bras de cet homme qui hante mes pensées depuis quelques jours. Si l’on était posés là, sur la plage, il caresserait chaque parcelle de mon corps, m’enivrerait de ses baisers ardents et s’attarderait longuement sur mon plaisir avant de combler le sien. Je m’imagine rouler sur le sable, nue, son corps chaud contre le mien. Ne faire qu’un avec les vagues de cette mer chaude qui nous enveloppe. Sentir les petites ondes des vagues accompagner ses coups de reins à l’intérieur de moi. Je frissonne d’autant plus à cette pensée.
ANA
— Flo, à quoi tu penses ?
Je l’interpelle suffisamment fort pour la faire sortir de sa rêverie.
Elle me raconte sa rencontre avec son nouveau crush, détaillant sans filtre les pensées lubriques qu’il lui évoque. Ses mots renvoient un écho brûlant à mes propres désirs.
Malgré moi, je me mets à imaginer une scène dans cette mer calme : un homme plus âgé que moi, assis au bord de l’eau, regard malicieux, bras tendus enfoncés dans le sable mou. La queue déjà en érection. Je m’avance vers lui, à quatre pattes, mes fesses encore fraîches sortant à peine de l’eau, pour me faufiler entre ses jambes et lui arracher un baiser sauvage. Nos pulsions se mélangent au goût salé de la mer, échauffant nos fantasmes les plus pervers. Je me vois le chevaucher, le dominer, jouer avec son plaisir pour le rendre accro à ma chatte et, surtout, à mon regard bleu azur ancré dans le sien.
Quand je partage ce fantasme à Flo, les yeux écarquillés, elle me lance, franche et insolente :
— Putain, meuf, je suis trempée! Et je sais pertinemment qu’elle ne fait pas allusion à l’eau.
On en rigole à gorge déployée et, au même moment, je vois passer ma première étoile filante. Le ciel noir scintillant nous offre alors un instant de plénitude. Un silence agréable s’installe et nous nous laissons porter par le bruit des vagues qui s’échouent sur le rivage.

FLO
Allongée sur le ventre, j’écoute Ana me conter ses envies les plus torrides quand, au loin, je vois arriver deux autres silhouettes.
Cette fois, j’en suis sûre : ce sont des hommes. Grands et à la carrure imposante. Démarche décontractée. Serviettes à l’épaule. Lumière de téléphone qui illumine à peine leurs visages. Cheveux au vent. Ana ne les voit pas. Elle est restée concentrée sur le couple qui continue à s’adonner à des plaisirs que l’on fantasme. Comme obsédée par la scène.
Mon côté dominatrice refait surface dans un élan créatif. Pour la frustrer un peu plus. Une idée lubrique derrière la tête, je lui glisse à l’oreille :
— C’est ce que tu voudrais, n’est-ce pas ? Avoir la chatte trempée dans l’attente de te faire prendre par une bonne queue ?
— Hmm, oui… me répond-elle dans un soupir presque étouffé. Elle serre ses cuisses. Elle n’avait pas remis sa culotte.
— Qu’elle vienne doucement s’enfoncer en toi, hein ? ajouté-je dans un rictus, les dents serrées.
Elle s’extasie, bouche ouverte, quand je lui plaque ma main dessus, l’empêchant de parler.
— Non, lui murmuré-je plus bas encore. Ce que tu mériterais, c’est d’être remplie deux fois.
Elle écarquille les yeux, ne comprenant pas où je veux en venir. Je me rapproche encore un peu plus d’elle, les yeux rivés sur les ondulations de son corps afin de capter le moindre frisson.
— Une queue dans ta bouche pour faire taire la petite fille pourrie gâtée que tu es et une autre dans ta chatte.
Elle tourne sa tête vers moi et m’observe longuement, lâchant un « Oh » béat dans un souffle court. Ana sait de quoi je parle.
Sa poitrine nue se soulève quand ma main glisse lentement sur sa vulve déjà inondée.
Je lui balance crûment :
— Voilà, tu vois, c’est exactement ça que tu veux. Tu es une vraie petite chienne.
Elle soupire à nouveau quand les deux hommes se trouvent maintenant à notre niveau.
Sourire en coin, d’une voix rauque, le plus grand des deux nous demande si l’on a besoin d’un coup de main.
Je relâche Ana en prenant mon temps, je lèche mes doigts humides de sa cyprine, me lève et réponds, les yeux pleins de malice :
— Oui, je crois bien que vous pourriez être utiles.
Je marque une pause alors que l’autre homme fixe Ana, cuisses écartées.
— Tous les deux.




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