Le Deuxième Visage 2 by Ngakala at Inkitt
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Le Deuxième Visage 2

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Summary

🌑 LE DEUXIÈME VISAGE À seulement cinq ans, Léa est confiée à sa tante Alberta lorsque sa mère, Mariana, part en Angola à la recherche d'un avenir meilleur. Mariana promet de revenir, mais la guerre va bouleverser tous ses projets et couper définitivement les communications avec sa famille. Chez Alberta, Léa grandit entourée de ses cousins et de Karl, un enfant abandonné recueilli par la famille. Au début, elle pense être chez elle. Elle croit même qu'Alberta est sa mère. Mais Léa est différente. Depuis son plus jeune âge, elle fait d'étranges rêves qui se réalisent parfois. Elle voit des choses que personne d'autre ne semble voir. Peu à peu, elle découvre que son quartier possède un autre visage après la tombée de la nuit. Puis, la veille du sixième anniversaire de Nathan, son cousin et enfant préféré d'Alberta, Léa fait un rêve terrifiant : elle voit Nathan mort. Elle prévient Alberta. Mais personne ne la croit. Le lendemain, Nathan meurt dans des circonstances inexplicables. À partir de ce jour, Alberta commence à croire aux visions de Léa... mais son comportement envers elle devient de plus en plus cruel. Pendant ce temps, d'autres mystères apparaissent : une voisin...

Genre
Drama
Author
Ngakala
Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1

KiLE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 25 : CELUI QUI ÉTAIT MORT

Alberta resta à genoux.

Elle regardait l'homme qui se tenait devant la maison.

Pendant plusieurs secondes, personne ne bougea.

Même le vent semblait s'être arrêté.

— Maman...

Cette voix.

Alberta aurait pu la reconnaître parmi mille autres.

Elle se releva lentement.

— Non...

Mariana s'approcha d'elle.

— Alberta, qui est-ce ?

Alberta ne répondit pas.

L'homme fit quelques pas vers le portail.

La lumière du lampadaire éclaira enfin son visage.

Mariana sentit son souffle se couper.

— C'est impossible...

L'homme s'arrêta.

Il avait le visage plus marqué que sur les anciennes photographies. Ses yeux étaient plus sombres. Une cicatrice descendait le long de sa joue.

Mais c'était bien lui.

— Gabriel...

Alberta porta une main à sa bouche.

— Tu es mort.

Gabriel eut un léger sourire.

— C'est ce qu'on vous a dit.

Derrière Mariana, Thérèse apparut.

Lorsqu'elle le vit, son visage changea immédiatement.

— Gabriel...

L'homme regarda sa grand-mère.

— Bonsoir, grand-mère.

Thérèse recula.

— Non.

— Tu savais que je reviendrais.

Thérèse secoua la tête.

— Pas maintenant.

Gabriel regarda vers la maison.

— C'est justement maintenant.

---

Léa s'était réveillée.

Elle avait entendu les voix.

Elle descendit doucement les escaliers.

— Maman ?

Mariana se retourna brusquement.

— Léa, retourne dans ta chambre.

Mais la petite fille avait déjà vu Gabriel.

Elle s'arrêta.

Son cœur se mit à battre rapidement.

Elle ne connaissait pas cet homme.

Pourtant...

Elle avait l'impression de l'avoir déjà rencontré.

Pas dans la réalité.

Dans un rêve.

Un rêve qu'elle avait fait plusieurs fois.

Une maison sombre.

Une porte.

Un homme debout devant elle.

Et cette même cicatrice sur son visage.

Gabriel fixa Léa.

Son sourire disparut.

— C'est elle.

Alberta se plaça immédiatement devant sa nièce.

— Ne la regarde pas.

Gabriel fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

— Parce que tu n'as pas le droit.

Un silence lourd tomba sur la maison.

Gabriel regarda Alberta.

— Tu crois encore pouvoir décider de tout ?

Alberta ne répondit pas.

— Tu as essayé de la protéger.

Il marqua une pause.

— Mais tu as oublié quelque chose.

— Quoi ?

Gabriel regarda Léa.

— Elle n'a jamais eu besoin d'être protégée de moi.

Léa frissonna.

— Alors de qui ?

Gabriel ne répondit pas.

Il regarda simplement le miroir fissuré derrière elle.

Puis il murmura :

— D'elle-même.

---

Cette phrase resta dans la tête de Léa.

D'elle-même.

Elle ne comprenait pas.

Elle regarda Mariana.

— Maman...

Mariana s'agenouilla devant elle.

— Ne l'écoute pas.

— Mais pourquoi il dit ça ?

Mariana prit son visage entre ses mains.

— Parce qu'il veut te faire peur.

Gabriel eut un petit rire.

— Je n'ai pas besoin de lui faire peur.

Il regarda Léa.

— Elle voit déjà.

Léa se figea.

— Qu'est-ce que je vois ?

Gabriel s'approcha d'un pas.

— Les choses que les autres refusent de voir.

Léa sentit une douleur soudaine dans sa tête.

Elle ferma les yeux.

Et tout disparut.

La maison.

Sa mère.

Alberta.

Gabriel.

Elle se retrouva dans une pièce sombre.

Devant elle se trouvait une porte.

La même porte qu'elle avait vue lorsqu'elle était petite.

Elle tendit la main.

Quelqu'un se trouvait derrière.

— Qui êtes-vous ?

Une voix répondit :

— Tu me connais.

Léa recula.

— Non.

La porte commença à s'ouvrir.

— Léa...

Elle ouvrit brusquement les yeux.

Elle était toujours dans la maison.

Mariana la tenait dans ses bras.

— Léa !

La petite fille respirait difficilement.

— J'ai vu la porte.

Gabriel baissa les yeux.

— Elle commence à se souvenir.

Thérèse se tourna vers lui.

— Tu dois partir.

— Pourquoi ?

— Parce que si elle se souvient maintenant, le pacte se réveillera complètement.

Gabriel sourit.

— Il est déjà réveillé.

---

À l'extérieur, le quartier était devenu silencieux.

Trop silencieux.

Les chiens ne faisaient plus de bruit.

Les lumières de plusieurs maisons s'éteignirent en même temps.

Puis une cloche retentit au loin.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Gabriel leva les yeux.

— Ils arrivent.

Mariana serra Léa contre elle.

— Qui ?

Gabriel répondit :

— Les Gardiens.

Alberta pâlit.

— Ils ne peuvent pas entrer ici.

Gabriel la regarda.

— Ils n'ont jamais eu besoin d'entrer.

Il désigna Léa.

— C'est elle qui leur ouvrira.

Léa regarda sa mère.

Puis le miroir.

Une nouvelle fissure apparut.

Cette fois, un seul mot s'inscrivit sur la surface :

MINUIT.

Gabriel regarda l'horloge.

23 h 52.

— Nous avons huit minutes.

Et pour la première fois depuis son retour, Alberta sembla véritablement terrifiée.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 26 : LES GARDIENS

— Huit minutes pour quoi ? demanda Marie.

Personne ne répondit.

Gabriel regardait l'horloge.

23 h 53.

Cyntiche s'approcha de lui.

— Tu vas enfin nous expliquer ?

Gabriel la regarda.

— Vous ne devriez pas être ici.

— C'est notre famille.

— Justement.

Marie fronça les sourcils.

— Qu'est-ce que ça signifie ?

Gabriel soupira.

— Lorsque j'étais enfant, j'ai découvert l'existence du pacte.

Alberta baissa les yeux.

— Gabriel...

— Non, maman.

Il se tourna vers elle.

— Cette fois, je vais tout raconter.

Il expliqua alors ce qui s'était passé des années auparavant.

Le pacte n'avait pas été conclu par une seule personne.

Plusieurs membres de la famille avaient participé.

En échange de leur protection, ils avaient promis quelque chose.

Une dette devait être payée à chaque génération.

Et lorsque l'un des enfants refusait...

le pacte choisissait quelqu'un d'autre.

— Nathan...

Mariana avait murmuré le prénom de son fils.

Gabriel hocha lentement la tête.

— Nathan n'était pas censé mourir.

Léa releva la tête.

— Alors pourquoi est-il mort ?

Gabriel regarda Alberta.

— Parce que quelqu'un a essayé de modifier le pacte.

Alberta ferma les yeux.

Mariana se retourna vers sa sœur.

— C'est toi ?

Alberta ne répondit pas.

— Alberta !

— Je voulais sauver mes enfants !

Sa voix trembla.

— Je pensais pouvoir tromper les Gardiens.

Gabriel secoua la tête.

— Tu n'as pas trompé les Gardiens.

Il regarda Léa.

— Tu les as seulement attirés vers elle.

---

23 h 57.

La maison trembla.

Léa s'accrocha à Mariana.

— Maman...

— Je suis là.

Un bruit venait de l'extérieur.

Des pas.

Lents.

Réguliers.

Quelqu'un marchait devant la maison.

Puis un deuxième.

Puis un troisième.

Marie regarda par la fenêtre.

— Il y a des personnes dehors.

Gabriel lui attrapa le bras.

— Ne regarde pas leurs visages.

— Pourquoi ?

— Parce que si tu les reconnais, ils pourront entrer.

Marie détourna immédiatement les yeux.

Cyntiche recula.

— Mais qui sont-ils ?

Gabriel répondit :

— Les Gardiens n'ont pas toujours la même apparence.

Un coup frappa à la porte.

Boum.

Tout le monde sursauta.

Un deuxième.

Boum.

Léa sentit ses tempes battre.

Puis une voix se fit entendre.

— Léa.

Elle connaissait cette voix.

Elle l'avait entendue dans ses rêves.

— N'ouvre pas, murmura Gabriel.

La voix recommença.

— Léa...

Mariana serra sa fille.

— Ne réponds pas.

Mais Léa entendit quelque chose d'autre.

Une voix beaucoup plus faible.

Derrière la première.

— Léa...

Elle ouvrit de grands yeux.

— Nathan ?

Mariana se figea.

— Quoi ?

Léa regarda la porte.

— C'est Nathan.

Gabriel pâlit.

— Non.

La poignée commença à tourner.

Gabriel se précipita vers la porte.

— Tout le monde derrière moi !

La porte s'ouvrit lentement.

Personne ne se trouvait devant.

Seulement une petite voiture rouge.

Le jouet de Nathan.

Léa la reconnut immédiatement.

Elle s'approcha.

— C'était son jouet.

Gabriel la retint.

— Ne touche pas ça.

Trop tard.

Léa posa les doigts sur la voiture.

Une lumière blanche envahit la pièce.

Et une silhouette apparut au milieu du salon.

Nathan.

Mais il n'était plus l'enfant que Léa connaissait.

Il semblait plus âgé.

Son visage était triste.

Léa murmura :

— Nathan...

Il la regarda.

— Léa.

Mariana pleurait.

— Mon fils...

Nathan détourna les yeux.

— Je ne peux pas rester longtemps.

— Pourquoi ?

— Parce qu'ils me cherchent.

Gabriel s'approcha.

— Nathan, tu dois repartir.

Nathan secoua la tête.

— Pas encore.

Il regarda Léa.

— Je suis venu te prévenir.

— De quoi ?

Nathan répondit :

— Ne fais jamais confiance à celui qui porte le deuxième visage.

Léa fronça les sourcils.

— Le deuxième visage ?

Nathan commença à disparaître.

— Cherche dans la famille.

— Nathan !

Il ne restait déjà plus rien.

Seulement la petite voiture rouge.

Et sur le mur, une nouvelle phrase apparut :

LE TRAÎTRE EST DÉJÀ PARMI VOUS.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 27 : LE TRAÎTRE

Personne ne parla.

La phrase était toujours visible sur le mur.

LE TRAÎTRE EST DÉJÀ PARMI VOUS.

Marie regarda Cyntiche.

Cyntiche regarda Mariana.

Mariana regarda Alberta.

Puis tout le monde regarda Gabriel.

Gabriel resta immobile.

— Vous pensez que c'est moi ?

Personne ne répondit.

Il eut un sourire triste.

— Je comprends.

Alberta s'approcha.

— Gabriel...

— Non, maman.

Il secoua la tête.

— Après tout ce qui s'est passé, je ne peux pas vous demander de me faire confiance.

Léa, elle, regardait autre chose.

Le miroir.

Une petite goutte de sang coulait sur la surface fissurée.

Puis une deuxième.

Elle s'approcha.

— Léa, éloigne-toi ! cria Mariana.

Mais la petite fille ne bougea pas.

Elle voyait quelque chose.

Dans le miroir, tout le monde apparaissait.

Mais il y avait une différence.

Tous avaient un seul reflet.

Sauf une personne.

Léa plissa les yeux.

— Il y en a deux.

— Quoi ? demanda Marie.

Léa pointa le miroir.

— Son reflet.

Tout le monde se rapprocha.

Une silhouette se tenait derrière l'un des membres de la famille.

Mais lorsque les autres se retournaient...

il n'y avait personne.

Gabriel murmura :

— Le deuxième visage.

Thérèse devint pâle.

— Non...

Léa se tourna vers elle.

— Grand-mère, tu sais qui c'est ?

Thérèse resta silencieuse.

Puis elle répondit :

— Oui.

Alberta la regarda.

— Maman ?

Thérèse ferma les yeux.

— Mais si je vous le dis...

Elle inspira profondément.

— ...il nous tuera tous.

Un bruit retentit à l'extérieur.

Boum.

Puis toutes les lumières s'éteignirent.

Dans l'obscurité, une voix murmura :

— Enfin.

Léa sentit une main lui prendre la sienne.

Elle pensa que c'était sa mère.

Mais lorsqu'elle se retourna...

ce n'était pas Mariana.

C'était quelqu'un d'autre.

Quelqu'un qui lui ressemblait exactement.

Une deuxième Léa.

Elle sourit.

— Tu m'as enfin trouvée.

Léa cria.

Et la maison entière plongea dans le noir.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 28 : LE REFLET

Léa hurla.

Dans l'obscurité, sa main chercha celle de sa mère.

Mais elle ne trouva rien.

— Maman !

Aucune réponse.

Un souffle froid passa contre son visage.

Puis une voix murmura près de son oreille :

— Elle ne peut pas t'entendre.

Léa se retourna brusquement.

Elle ne voyait rien.

— Qui êtes-vous ?

Un rire discret résonna dans la pièce.

Puis les lumières se rallumèrent.

Mariana était à quelques mètres d'elle.

Alberta, Cyntiche, Marie et Gabriel étaient toujours là.

Mais quelque chose avait changé.

Personne ne bougeait.

Personne ne parlait.

Comme si le temps s'était arrêté.

Léa regarda alors devant elle.

La deuxième Léa était toujours là.

Même visage.

Même taille.

Même regard.

Mais son sourire était différent.

Plus froid.

— Tu n'es pas moi, murmura Léa.

La jeune fille inclina légèrement la tête.

— Je suis ce que tu aurais pu devenir.

— Je ne te crois pas.

— Tu devrais.

Elle s'approcha.

— Parce que tout ce que tu ressens... je le ressens aussi.

Léa recula.

— Pourquoi tu me ressembles ?

La deuxième Léa sourit.

— Parce que le pacte avait besoin d'un visage.

Gabriel s'avança.

— Éloigne-toi d'elle.

La deuxième Léa se tourna vers lui.

Son expression changea immédiatement.

— Toi...

Gabriel s'immobilisa.

— Tu me reconnais ?

— Je me souviens de ce que tu as fait.

Alberta pâlit.

— Gabriel...

Il ne répondit pas.

La deuxième Léa leva la main.

Le miroir derrière elle se mit à trembler.

Une image apparut sur sa surface.

Gabriel, beaucoup plus jeune.

Alberta se tenait à côté de lui.

Et entre eux se trouvait un vieux livre.

Le livre du pacte.

Léa regarda sa grand-mère.

— Vous saviez.

Alberta baissa les yeux.

— Oui.

— Depuis quand ?

Alberta ne répondit pas.

La deuxième Léa s'approcha du miroir.

— Depuis le commencement.

Puis elle posa sa main sur la surface.

Le verre se fissura.

Une nouvelle phrase apparut :

UN VISAGE POUR VIVRE.

UN VISAGE POUR MOURIR.

Mariana sentit son cœur se serrer.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

Gabriel répondit d'une voix grave :

— Le pacte exige deux vies.

Léa le regarda.

— Lesquelles ?

Il ne répondit pas immédiatement.

Puis son regard se posa sur les deux Léa.

— La vraie...

Il désigna Léa.

— ...et son deuxième visage.

La deuxième Léa sourit.

— Mais une seule pourra sortir de cette maison.

Un silence glacial tomba.

Mariana se précipita vers sa fille.

— Personne ne touchera à Léa.

La deuxième Léa la regarda.

— Tu crois encore que tu peux la sauver ?

Mariana serra les poings.

— Je suis sa mère.

— Justement.

Le sourire disparut de son visage.

— Et c'est ce qui va te faire perdre.

Soudain, un bruit violent retentit à l'étage.

Boum.

Puis un autre.

Boum.

Gabriel leva les yeux.

— Ils sont entrés.

— Qui ? demanda Cyntiche.

Il répondit :

— Les Gardiens.

Des pas commencèrent à descendre l'escalier.

Lentement.

Un pas.

Puis deux.

Puis trois.

La deuxième Léa recula vers le miroir.

— Il est temps de choisir.

Léa sentit une présence derrière elle.

Une main se posa sur son épaule.

Elle se retourna.

C'était Nathan.

Mais cette fois, il était réellement là.

— Léa, viens avec moi.

Elle le regarda, bouleversée.

— Tu es vivant ?

Nathan secoua la tête.

— Pas exactement.

Il regarda le miroir.

— Mais je peux encore t'aider.

Gabriel comprit.

— Nathan...

Son fils le regarda.

— Papa, tu m'as promis que tu ne me laisserais jamais.

Gabriel avait les yeux remplis de larmes.

— Je sais.

Nathan sourit tristement.

— Alors tiens ta promesse.

Il se tourna vers Léa.

— Cours.

Et derrière eux, les Gardiens apparurent dans l'escalier.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 29 : LE CHOIX

Les Gardiens descendirent lentement l'escalier.

Ils étaient quatre.

Leurs visages étaient cachés derrière des masques blancs, sans yeux ni bouche.

Léa recula.

Nathan lui prit la main.

— Ne les regarde pas.

Mais l'un des Gardiens leva la tête.

— Trop tard.

Sa voix semblait venir de très loin.

Mariana se plaça devant sa fille.

— Vous ne l'aurez pas.

Le Gardien inclina la tête.

— Nous ne sommes pas venus la prendre.

Tout le monde resta silencieux.

— Alors pourquoi êtes-vous là ? demanda Gabriel.

Le Gardien regarda les deux Léa.

— Pour assister au choix.

La deuxième Léa sourit.

— Enfin.

Léa sentit sa gorge se serrer.

— Quel choix ?

Le Gardien répondit :

— Celui de savoir laquelle de vous deux appartient réellement à ce monde.

Mariana secoua la tête.

— Elle est ma fille !

— Peut-être.

Le Gardien désigna la deuxième Léa.

— Ou peut-être est-ce elle.

Léa regarda son double.

Pour la première fois, elle remarqua quelque chose.

La deuxième Léa avait peur.

Son sourire avait disparu.

— Tu as peur, murmura Léa.

— Non.

— Si.

Léa fit un pas vers elle.

— Tu ne veux pas mourir.

Le double baissa les yeux.

— Je ne veux pas disparaître.

Léa comprit alors.

Elle n'était pas simplement un monstre.

Elle était prisonnière.

— Qu'est-ce que le pacte t'a promis ?

La deuxième Léa releva la tête.

— Une vie.

— En échange de quoi ?

Elle regarda Mariana.

Puis Alberta.

Puis Gabriel.

— De la tienne.

Le silence fut total.

Alberta se mit à pleurer.

— Tout ça... c'était donc ça.

Gabriel se tourna vers elle.

— Maman, qu'as-tu fait ?

Alberta secoua la tête.

— Je voulais sauver la famille.

— Tu as sacrifié une enfant.

— Je pensais que le pacte prendrait quelqu'un d'autre.

Gabriel la regarda avec horreur.

— Et tu as laissé le pacte choisir Léa.

Alberta ne répondit pas.

Nathan s'avança.

— Il existe une autre solution.

Tous les regards se tournèrent vers lui.

— Le pacte peut être brisé.

Le Gardien s'approcha.

— Personne ne peut briser un pacte ancien.

Nathan répondit :

— Si.

Il regarda son père.

— Celui qui l'a créé peut le détruire.

Gabriel comprit immédiatement.

— Le livre.

Nathan hocha la tête.

— Détruisez le livre.

Le Gardien se tourna vers Alberta.

— Elle seule connaît l'endroit.

Tous les regards se posèrent sur elle.

Alberta essuya ses larmes.

— Je sais où il est.

Elle marcha vers une vieille armoire.

Derrière celle-ci se trouvait une petite porte dissimulée dans le mur.

Elle l'ouvrit.

À l'intérieur reposait un coffre noir.

Gabriel s'approcha.

— Depuis toutes ces années...

Alberta murmura :

— Je n'ai jamais eu le courage de le détruire.

Il ouvrit le coffre.

Le livre était là.

Sa couverture était couverte de symboles anciens.

La deuxième Léa recula.

— Non.

Léa la regarda.

— Pourquoi ?

— Parce que si tu détruis le livre...

Elle avala difficilement sa salive.

— ...je disparaîtrai.

Léa resta silencieuse.

Elle aurait pu la laisser disparaître.

Après tout, cette fille voulait prendre sa place.

Mais elle vit ses yeux.

Elle vit la peur.

Et elle comprit quelque chose.

Le deuxième visage n'avait pas choisi de naître.

Il avait été créé par la peur des autres.

Léa prit le livre.

— Alors je trouverai un moyen de te libérer aussi.

Le Gardien s'avança.

— Tu n'as qu'une seule vie à sauver.

Léa le regarda droit dans les yeux.

— Alors je refuse de choisir.

Le miroir explosa.

Et pour la première fois, les Gardiens reculèrent.

Nathan sourit.

— Voilà.

— Voilà quoi ? demanda Mariana.

Il répondit :

— La seule chose que le pacte ne pouvait pas prévoir.

Le libre arbitre.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 30 : LE LIVRE DU PACTE

Le bruit du miroir qui venait d’exploser résonnait encore dans la maison.

Des morceaux de verre jonchaient le sol.

Pourtant, aucun morceau ne reflétait la lumière.

Ils semblaient absorber l'obscurité.

Léa tenait toujours le livre entre ses mains.

Il était étonnamment lourd.

Comme s'il refusait d'être porté.

— Donne-le-moi, murmura Alberta.

Léa recula.

— Non.

— Léa...

— Tu savais qu'il existait. Tu savais ce qu'il pouvait faire. Et tu ne m'as jamais rien dit.

Alberta baissa les yeux.

— J'avais peur.

— Moi aussi.

Cette réponse fit trembler Alberta.

Gabriel s'approcha.

— Elle a raison.

Alberta le regarda.

— Gabriel...

— Nous avons passé trop d'années à obéir à quelque chose que nous ne comprenions même pas.

Il prit une profonde inspiration.

— Ça s'arrête ce soir.

Un des Gardiens s'avança.

— Vous ne comprenez pas ce que vous faites.

Nathan se plaça entre lui et Léa.

— Pour une fois, nous comprenons parfaitement.

Le Gardien leva la main.

Une violente bourrasque traversa la pièce.

Les fenêtres s'ouvrirent brutalement.

Mariana tomba à genoux.

— Léa !

Le livre s'échappa des mains de Léa et glissa sur le sol.

La deuxième Léa se précipita dessus.

— Ne le brûlez pas !

Tout le monde la regarda.

— Pourquoi ? demanda Léa.

Elle ramassa le livre.

— Parce qu'il contient mon nom.

Elle ouvrit une page.

Une liste de noms apparaissait.

Des dizaines.

Certains étaient anciens.

D'autres appartenaient à leur famille.

Puis Léa vit le dernier.

Son propre nom.

En dessous, une deuxième ligne.

Deuxième visage : non identifié.

Léa regarda son double.

— Tu n'as même pas de nom.

La jeune fille secoua la tête.

— Ils ne m'en ont jamais donné.

Léa ferma doucement le livre.

— Alors je vais t'en donner un.

Le double la regarda avec étonnement.

— Pourquoi ?

— Parce que personne ne devrait exister sans être reconnu.

Léa réfléchit quelques secondes.

— Élise.

La deuxième fille sourit.

Pour la première fois, son sourire semblait sincère.

— Élise...

Le mot résonna dans la pièce.

Les lumières cessèrent de trembler.

Les Gardiens reculèrent.

Nathan murmura :

— C'est ça.

Gabriel se tourna vers lui.

— Quoi ?

— Le pacte ne contrôle que ce qui n'a pas de choix.

Nathan regarda Élise.

— En lui donnant un nom, Léa vient de lui donner une identité.

Le Gardien poussa un cri.

Son masque se fissura.

— NON !

Élise se retourna vers lui.

— Tu ne peux plus m'effacer.

Le Gardien recula.

Une fissure traversa son masque.

Puis une deuxième.

Et enfin, son visage apparut.

Léa resta figée.

Elle connaissait cet homme.

— C'est impossible...

Mariana s'approcha.

— Qui est-ce ?

Léa murmura :

— C'est...

Elle n'eut pas le temps de terminer.

Le Gardien sourit.

— Vous avez enfin compris.

Puis le livre s'ouvrit tout seul.

Une dernière page apparut.

Il n'y avait qu'une phrase :

CELUI QUI A COMMENCÉ LE PACTE EST ENCORE EN VIE.

Alberta pâlit.

Gabriel se retourna vers elle.

— Maman...

Alberta ne répondit pas.

Parce qu'elle savait exactement de qui parlait le livre.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 31 : LA VÉRITÉ D’ALBERTA

Alberta resta immobile.

Tous les regards étaient tournés vers elle.

— Maman, dit Gabriel d'une voix tremblante. Qui a commencé le pacte ?

Alberta ferma les yeux.

Pendant quelques secondes, elle sembla chercher le courage de parler.

Puis elle s'assit.

— C'était ton grand-père.

Gabriel se figea.

— Mon père ?

— Oui.

Mariana secoua la tête.

— Mais il est mort depuis des années.

Alberta releva lentement les yeux.

— C'est ce que tout le monde croit.

Un silence glacial envahit la pièce.

Léa sentit son cœur accélérer.

— Alors où est-il ?

Alberta regarda le livre.

— Ici.

Gabriel fronça les sourcils.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

Elle posa une main sur la couverture.

— Le pacte ne lui a jamais permis de mourir.

Un bruit sourd résonna dans la maison.

Les Gardiens reculèrent.

Même eux semblaient avoir peur.

Élise regarda Alberta.

— Il arrive.

Alberta hocha la tête.

— Oui.

La porte d'entrée s'ouvrit lentement.

Personne ne la toucha.

Un homme entra.

Il était âgé, vêtu d'un long manteau sombre.

Gabriel recula.

— Papa...

L'homme leva les yeux.

— Mon fils.

Gabriel resta sans voix.

— Tu es vivant.

— Depuis toujours.

Mariana prit Léa contre elle.

L'homme regarda la jeune fille.

Puis il sourit.

— Et voici donc celle que le pacte attendait.

Léa serra les poings.

— Je ne suis pas à vous.

Le vieil homme rit doucement.

— Tu ne comprends pas.

— Alors expliquez-moi.

Il s'approcha.

— Le pacte n'a jamais été créé pour tuer les membres de cette famille.

Gabriel fronça les sourcils.

— Alors pourquoi tous ces morts ?

— Parce que vous avez mal interprété les règles.

Alberta murmura :

— Non. Tu nous as menti.

Le vieil homme la regarda.

— J'ai protégé notre famille.

— Tu nous as condamnés.

Son visage se durcit.

— Sans le pacte, aucun de vous ne serait encore en vie.

Léa intervint :

— Et Élise ?

Il se tourna vers elle.

— Elle est le prix.

Élise baissa la tête.

Léa se plaça devant elle.

— Non.

Le vieil homme sourit.

— Tu crois vraiment pouvoir changer ce qui a été écrit ?

Léa regarda le livre.

Puis elle regarda les noms.

Elle comprit.

— Ce n'est pas le pacte qui nous contrôle.

Le vieil homme fronça les sourcils.

— Quoi ?

— C'est vous.

Alberta releva la tête.

Gabriel comprit à son tour.

Le vieil homme avait conservé le livre pendant toutes ces années.

Il avait entretenu la peur.

Il avait laissé croire aux générations suivantes qu'elles étaient prisonnières.

Mais le pacte avait perdu son pouvoir depuis longtemps.

— Tu mens, dit-il.

Léa ouvrit le livre.

Une page blanche apparut.

Puis les mots commencèrent à disparaître.

Un par un.

Les noms s'effacèrent.

Les symboles se fissurèrent.

Le vieil homme hurla :

— ARRÊTE !

Il se précipita vers elle.

Gabriel s'interposa.

Les deux hommes tombèrent au sol.

Le livre tomba des mains de Léa.

Élise le ramassa.

— Léa !

Elle lui tendit le livre.

— Termine.

Léa regarda son double.

Puis elle comprit ce qu'elle devait faire.

Elle ne devait pas détruire le livre.

Elle devait réécrire la dernière règle.

Elle prit la plume posée à côté.

Et écrivit :

AUCUNE VIE NE PEUT ÊTRE ÉCHANGÉE CONTRE UNE AUTRE.

Le livre se referma violemment.

Une lumière traversa toute la maison.

Les Gardiens disparurent.

Le vieil homme poussa un dernier cri.

Puis le silence retomba.

Le pacte venait de changer.

Mais Léa ne savait pas encore quel serait le prix de cette liberté.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 32 : LE PRIX DE LA LIBERTÉ

Le silence qui suivit fut presque plus terrifiant que les cris.

Léa resta immobile, la plume encore entre les doigts.

Le livre reposait devant elle.

Il ne brillait plus.

Les pages étaient devenues blanches.

Comme si toutes les années de secrets venaient soudainement de disparaître.

— C'est fini ? demanda Mariana.

Personne ne répondit.

Gabriel se releva lentement.

Son père était toujours au sol.

Il respirait.

Mais il semblait avoir vieilli de plusieurs décennies en quelques secondes.

Alberta s'approcha de lui.

— Tout ce temps...

L'homme leva péniblement les yeux.

— Vous ne comprendrez jamais.

Alberta secoua la tête.

— Non. C'est toi qui n'as jamais compris.

Elle regarda Gabriel.

— Tu nous as fait vivre dans la peur.

Le vieil homme sourit faiblement.

— La peur est ce qui maintient une famille unie.

Gabriel serra les mâchoires.

— Non.

Il regarda sa mère.

— Ce n'est pas la peur qui nous a réunis.

Puis son regard se posa sur Léa.

— C'est elle.

Léa baissa les yeux.

Elle ne se sentait pourtant pas victorieuse.

Elle se sentait vide.

Une douleur traversa soudainement sa poitrine.

Elle tomba à genoux.

— Léa !

Mariana courut vers elle.

Élise s'agenouilla à ses côtés.

— Je savais que ça arriverait.

Léa leva les yeux.

— Qu'est-ce qui m'arrive ?

Élise hésita.

— Quand tu as réécrit le pacte, tu as libéré toutes les vies qui lui étaient liées.

— Alors pourquoi j'ai mal ?

Élise posa doucement une main sur son cœur.

— Parce que tu as été la dernière personne liée au pacte.

Gabriel comprit.

— Le lien passe maintenant par elle.

— Est-ce qu'elle va mourir ? demanda Mariana.

Élise secoua la tête.

— Non.

Elle regarda Léa.

— Mais elle doit choisir.

— Encore ?

— Cette fois, ce n'est pas entre deux vies.

Élise désigna le livre.

— C'est entre le passé et l'avenir.

Léa regarda les pages blanches.

— Je ne comprends pas.

Élise prit une profonde inspiration.

— Tant que ce livre existe, quelqu'un pourra toujours essayer de recréer le pacte.

Mariana comprit immédiatement.

— Il faut le détruire.

Léa regarda le livre.

Elle pensa à Nathan.

À Alberta.

À Gabriel.

À toutes les personnes qui avaient vécu dans la peur.

Puis elle pensa à Élise.

— Et toi ?

Élise sourit.

— Je ne suis plus prisonnière du livre.

— Alors tu vas rester ?

Élise hésita.

— Si tu le détruis, je pourrai enfin choisir où aller.

Léa sourit malgré ses larmes.

— Alors on le détruit ensemble.

Elle prit la main d'Élise.

Toutes deux s'approchèrent de la cheminée.

Gabriel recula.

— Léa, attends.

Elle se retourna.

Il regardait le livre.

— Ton père...

Mariana pâlit.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Gabriel montra une page.

Un seul nom était encore visible.

NATHAN.

Léa sentit son cœur se serrer.

— Pourquoi son nom est encore là ?

Personne ne répondit.

Puis une voix retentit derrière eux.

— Parce que je ne suis pas encore libre.

Léa se retourna.

Nathan se tenait dans l'encadrement de la porte.

Cette fois, il semblait différent.

Plus solide.

Plus vivant.

Mariana porta une main à sa bouche.

— Mon fils...

Nathan sourit.

— Maman.

Elle courut vers lui.

Mais au moment où elle voulut le serrer dans ses bras, ses mains traversèrent son corps.

Mariana s'effondra en larmes.

— Non...

Nathan regarda Léa.

— Il reste une dernière chose à faire.

Léa comprit.

— Le livre ?

Nathan hocha la tête.

— Oui.

Il regarda Élise.

— Et elle doit le faire avec toi.

Élise prit la main de Léa.

Les deux jeunes filles regardèrent le livre.

Puis Léa le jeta dans les flammes.

Le feu devint immédiatement blanc.

Le livre se mit à brûler sans fumée.

Les pages se tournèrent toutes seules.

Les noms disparurent.

Les symboles s'effacèrent.

Puis une dernière phrase apparut avant que la couverture ne se consume :

AUCUN VISAGE NE DOIT EN REMPLACER UN AUTRE.

Le feu s'éteignit.

Nathan sourit.

Son corps commença à devenir transparent.

— Léa...

— Ne pars pas.

— Je ne pars pas.

Il regarda Mariana.

— Je rentre simplement là où je dois être.

Mariana pleurait.

Nathan regarda ensuite son père.

— Papa...

Gabriel s'approcha.

— Je suis désolé.

Nathan sourit.

— Alors ne recommence pas.

Gabriel hocha la tête.

Nathan regarda une dernière fois Léa.

— Prends soin d'Élise.

— Je te le promets.

Puis Nathan disparut.

Cette fois, définitivement.

Léa sentit les larmes couler sur ses joues.

Élise posa sa tête contre son épaule.

— Il est libre.

Léa regarda les cendres du livre.

Pour la première fois depuis le début de cette histoire, elle ne ressentait plus la présence du miroir.

Plus de voix.

Plus de murmures.

Plus de deuxième visage.

Seulement le silence.

Un silence paisible.

Mais lorsqu'elle leva les yeux vers la fenêtre...

elle vit son reflet.

Un seul.

Et à côté d'elle, Élise avait elle aussi un reflet.

Un vrai.

Léa sourit.

Le pacte était enfin mort.

Et avec lui, les secrets qui avaient détruit leur famille.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 33 : APRÈS LE SILENCE

Le lendemain matin, la maison semblait différente.

La lumière entrait par les fenêtres sans rencontrer d'ombre étrange sur les murs.

Le miroir brisé avait été retiré.

Les morceaux de verre avaient disparu dans une boîte, soigneusement enveloppés dans un tissu.

Pourtant, Léa n'arrivait pas à se débarrasser de cette sensation étrange.

Elle avait passé toute la nuit à attendre une voix.

Un murmure.

Un bruit derrière une porte.

Rien.

Pour la première fois, le silence ne lui faisait pas peur.

Dans la cuisine, Mariana préparait du café.

Alberta était assise à table.

Personne ne parlait.

Puis Alberta leva les yeux vers Léa.

— Je suis désolée.

Léa s'arrêta.

Ces deux mots semblaient trop simples pour tout ce qui s'était passé.

— Pourquoi ?

Alberta baissa les yeux.

— Pour t'avoir caché la vérité. Pour avoir eu peur au point de faire des choix qui auraient pu te coûter la vie.

Léa s'assit face à elle.

— Tu ne peux pas changer ce qui s'est passé.

— Je sais.

— Mais tu peux arrêter de mentir.

Alberta hocha la tête.

— Je ne mentirai plus.

Mariana posa une tasse devant Léa.

— Nous allons tout reconstruire.

Léa regarda sa mère.

— Même après tout ça ?

— Surtout après tout ça.

Un léger sourire apparut sur le visage de Léa.

Puis quelqu'un frappa à la porte.

Trois coups.

Tout le monde se figea.

Léa sentit son cœur accélérer.

Mariana s'approcha lentement.

Elle ouvrit.

Élise se tenait devant la porte.

Elle portait des vêtements simples et tenait un petit sac.

— Bonjour.

Léa sourit.

— Tu es venue.

— Tu m'avais promis que je pourrais rester.

Léa s'approcha et la prit dans ses bras.

Élise resta immobile quelques secondes avant de lui rendre son étreinte.

Mariana les regarda.

— Alors, tu vas devoir t'habituer à cette famille.

Élise sourit.

— Je crois que j'en ai déjà assez vu.

Tout le monde éclata de rire.

Un rire fragile.

Mais réel.

---

Plus tard dans la journée, Léa monta seule dans sa chambre.

Elle ouvrit le tiroir où elle avait conservé quelques souvenirs de Nathan.

Une photographie.

Un petit bracelet.

Et la voiture rouge.

Elle prit le jouet entre ses mains.

Pendant quelques secondes, elle ressentit cette ancienne douleur.

Puis elle sourit.

— Tu peux dormir maintenant.

Elle posa la voiture à côté de la photographie.

Au même instant, une brise entra par la fenêtre.

Le rideau bougea doucement.

Léa regarda dehors.

Elle crut entendre une voix.

Une seule.

Très faible.

— Je suis fier de toi.

Elle ferma les yeux.

— Je sais.

Lorsqu'elle les rouvrit, il n'y avait plus personne.

Mais cette fois, elle n'avait pas peur.

---

Le soir venu, toute la famille se retrouva autour de la table.

Les conversations étaient maladroites.

Certains sujets restaient douloureux.

Mais personne ne cherchait plus à les éviter.

Alberta parla de son passé.

Gabriel parla de son père.

Mariana parla de Nathan.

Et Élise parla de la vie qu'elle voulait désormais construire.

Léa les écouta.

Elle comprit alors quelque chose.

Le pacte n'avait pas seulement volé des vies.

Il leur avait volé leur capacité à se parler.

Maintenant qu'il était détruit, ils allaient devoir apprendre à vivre sans lui.

Ce serait difficile.

Mais ce serait leur choix.

Après le dîner, Léa sortit dans le jardin.

Élise la rejoignit.

— Tu penses encore à lui ?

— Tous les jours.

— Moi aussi.

Léa regarda le ciel.

— Tu sais ce qui est étrange ?

— Quoi ?

— Pendant longtemps, je pensais que mon deuxième visage était mon ennemie.

Élise sourit.

— Et maintenant ?

Léa se tourna vers elle.

— Maintenant, je sais qu'elle était simplement une fille qui cherchait quelqu'un pour lui dire qu'elle avait le droit d'exister.

Élise baissa les yeux.

— Merci.

Léa lui prit la main.

— Tu n'as plus besoin de me remercier.

Elles restèrent ainsi quelques instants.

Deux jeunes filles.

Deux histoires.

Deux visages.

Mais désormais, aucune ne devait remplacer l'autre.

Léa regarda une dernière fois la maison.

Elle savait que certaines blessures ne disparaîtraient jamais complètement.

Mais elle savait aussi qu'elles n'avaient plus besoin de vivre dans la peur.

L'histoire du pacte était terminée.

Et pour la première fois...

leur avenir leur appartenait.

À suivre...

Non.

Léa sourit.

Cette fois, c'était terminé.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 34 : CE QUI RESTE

Trois semaines avaient passé.

La maison avait retrouvé son calme.

Un calme différent.

Plus léger.

Léa s'était habituée à ne plus entendre de voix dans le miroir, à ne plus craindre de croiser son propre reflet.

Pourtant, certaines nuits, elle se réveillait encore brusquement.

Cette nuit-là, ce fut le bruit d'une porte qui la réveilla.

Elle s'assit dans son lit.

La chambre était plongée dans l'obscurité.

Elle regarda l'heure.

3 h 17.

Elle descendit lentement.

Dans le couloir, une lumière était allumée.

Celle de la bibliothèque.

Léa fronça les sourcils.

Elle était certaine d'avoir fermé cette pièce avant de dormir.

Elle poussa la porte.

Élise était là.

Assise par terre.

Devant elle se trouvait une vieille boîte en bois.

— Élise ?

Elle sursauta.

— Tu m'as fait peur.

Léa s'approcha.

— Qu'est-ce que tu fais ici ?

Élise hésita.

— J'ai trouvé ça dans les affaires d'Alberta.

Léa regarda la boîte.

— Qu'est-ce qu'il y a dedans ?

Élise l'ouvrit.

À l'intérieur se trouvaient plusieurs photographies anciennes.

Des lettres.

Et une petite clé.

Léa prit la première photographie.

Elle représentait Alberta lorsqu'elle était jeune.

À côté d'elle se tenait une femme qu'elle ne connaissait pas.

Au dos de la photo, une date était inscrite.

Puis quelques mots :

« Celle qui devait être la première. »

Léa sentit un frisson lui parcourir le dos.

— Qui est cette femme ?

Élise secoua la tête.

— Je ne sais pas.

Une voix retentit derrière elles.

— Moi, je sais.

Léa se retourna.

Alberta se tenait dans l'encadrement de la porte.

Son visage avait changé.

— Elle s'appelait Clara.

Léa regarda la photographie.

— Qui était-elle ?

Alberta entra lentement dans la pièce.

— Ma sœur.

Élise se leva.

— Tu avais une sœur ?

— Oui.

Alberta prit la photo entre ses mains.

Ses doigts tremblaient.

— Mais personne dans cette famille ne parle d'elle.

Léa comprit immédiatement.

— Pourquoi ?

Alberta regarda la petite clé.

— Parce que Clara a été la première personne à découvrir la vérité sur le pacte.

Un silence s'installa.

— Et qu'est-ce qui lui est arrivé ? demanda Élise.

Alberta baissa les yeux.

— Elle a disparu.

— Quand ?

— La nuit où le premier pacte a été conclu.

Léa sentit son cœur accélérer.

— Tu veux dire qu'elle est morte ?

Alberta ne répondit pas.

Elle regarda simplement la clé.

— Je ne sais pas.

Puis elle ajouta :

— Et c'est précisément ce qui me fait peur.

Léa prit la clé.

— Elle ouvre quoi ?

Alberta fixa la jeune fille.

— Une porte que je n'ai jamais osé ouvrir.

Un silence lourd retomba dans la bibliothèque.

Puis Léa regarda Élise.

— Alors demain, on l'ouvre.

Alberta secoua la tête.

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que certaines vérités ne devraient jamais être réveillées.

Léa serra la clé dans sa main.

— C'est justement ce que vous avez toujours dit.

Elle regarda Alberta droit dans les yeux.

— Et c'est votre silence qui nous a conduits ici.

Alberta resta silencieuse.

Puis, après quelques secondes, elle murmura :

— Alors demain matin... je vous montrerai la porte.

Léa hocha la tête.

Elle ne savait pas encore ce qui se cachait derrière.

Mais cette fois, elle n'allait pas laisser la peur décider à sa place.

La clé resta serrée dans sa paume.

Et quelque part, dans la maison, une vieille horloge se remit à fonctionner.

3 h 18.

Puis une seconde aiguille avança.

Le passé n'était peut-être pas mort.

Il attendait simplement qu'on ose enfin ouvrir la bonne porte.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 35 : LA PORTE

Le lendemain matin, Alberta les conduisit derrière la maison.

Elle marchait lentement.

Chaque pas semblait réveiller un souvenir qu'elle aurait préféré oublier.

Léa suivait avec Élise.

Gabriel était derrière elles.

— Pourquoi ne nous avoir jamais montré cet endroit ? demanda-t-il.

Alberta ne répondit pas tout de suite.

Ils arrivèrent devant un vieux mur couvert de végétation.

Alberta écarta les branches.

Une petite porte apparut.

Léa regarda la serrure.

La clé qu'elle avait trouvée la veille correspondait exactement.

— C'est ici ?

Alberta hocha la tête.

— Clara a disparu derrière cette porte.

Gabriel fronça les sourcils.

— Et tu ne l'as jamais ouverte ?

— Une seule fois.

— Quand ?

Alberta baissa les yeux.

— Le lendemain de sa disparition.

Elle posa la main sur la porte.

— Mais je n'ai pas eu le courage d'aller jusqu'au bout.

Léa introduisit la clé.

Le mécanisme grinça.

La porte s'ouvrit.

Une odeur de poussière et de terre humide s'échappa de la pièce.

Ils descendirent quelques marches.

Au sous-sol, les murs étaient couverts de photographies.

Des centaines.

Des visages.

Des générations entières.

Léa s'approcha.

Elle reconnut Alberta enfant.

Puis Gabriel.

Puis Mariana.

Puis Nathan.

Elle recula.

— Pourquoi leurs photos sont ici ?

Alberta murmura :

— Parce que cette pièce existait avant le pacte.

Élise regarda le mur du fond.

Une seule photographie était différente.

Une jeune femme.

Clara.

À côté de son visage, une inscription :

PREMIER VISAGE.

Léa sentit un frisson.

— Premier visage...

Élise regarda la photo.

— Alors le deuxième visage...

— C'est moi, murmura Léa.

Alberta secoua la tête.

— Non.

Elle désigna la photographie.

— Clara était le premier visage.

Léa comprit.

Le pacte n'avait pas créé le phénomène avec elle.

Il avait commencé bien avant.

— Alors qu'est devenue Clara ?

Alberta s'approcha du mur.

Elle retira une photographie.

Derrière se trouvait une petite niche.

À l'intérieur, une lettre.

Elle la prit.

— Je n'ai jamais réussi à la lire.

Léa tendit la main.

— Donne-la-moi.

Alberta hésita.

Puis elle lui donna la lettre.

Le papier était jauni.

Léa l'ouvrit.

Quelques lignes seulement.

« Alberta, si tu lis cette lettre, c'est que je n'ai pas réussi à sortir.

Ne cherche pas à me sauver.

Le pacte ne veut pas nos vies.

Il veut nos visages.

Il veut que nous devenions quelqu'un d'autre pour survivre.

Et lorsque viendra la fille qui portera le deuxième visage, ne la détruisez pas.

Libérez-la. »

Léa releva lentement les yeux.

Élise avait les larmes aux yeux.

— Elle savait...

Alberta s'effondra sur une vieille chaise.

— Elle savait tout.

Gabriel prit la lettre.

Il la lut en silence.

Puis il regarda sa mère.

— Pourquoi tu ne nous as jamais dit ça ?

Alberta pleurait.

— Parce que j'avais peur que le pacte revienne.

Léa secoua doucement la tête.

— Il n'est jamais revenu.

Elle regarda Élise.

— Il était toujours là.

Un bruit retentit soudain derrière eux.

Une photographie venait de tomber du mur.

Puis une autre.

Puis toutes les lumières s'éteignirent.

Élise attrapa la main de Léa.

— Léa...

Dans l'obscurité, une voix résonna.

Pas celle des Gardiens.

Pas celle du pacte.

Une voix douce.

Presque humaine.

— Enfin...

Léa se retourna.

Une silhouette se dessinait au fond de la pièce.

Une femme.

Alberta cessa de respirer.

— Clara...

La silhouette avança lentement.

Son visage apparut dans la faible lumière.

Elle ressemblait exactement à la photographie.

Alberta porta une main à sa bouche.

— Ma sœur...

Clara sourit tristement.

— Vous avez mis tellement longtemps.

Léa s'approcha.

— Tu es vivante ?

Clara regarda Élise.

— Je ne suis ni vivante...

Puis elle regarda Léa.

— ...ni morte.

Un silence.

— Alors qu'est-ce que tu es ?

Clara sourit.

— La dernière chose que le pacte n'a jamais réussi à détruire.

Elle posa une main sur son cœur.

— Un choix.

Puis son regard se posa sur Léa.

— Et maintenant, c'est à toi de faire le dernier.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 36 : LE DERNIER CHOIX

Clara resta immobile au milieu de la pièce.

Léa ne savait plus quoi penser.

Après tout ce qu'elle avait découvert, voir la sœur d'Alberta devant elle semblait presque irréel.

— Quel dernier choix ? demanda-t-elle.

Clara regarda les murs couverts de photographies.

— Le pacte est détruit. Mais son empreinte est encore présente.

Gabriel fronça les sourcils.

— Quelle empreinte ?

Clara se tourna vers lui.

— Les souvenirs.

Elle désigna les photographies.

— Chaque personne qui a vécu sous son influence a laissé une partie d'elle-même ici.

Élise s'approcha.

— Et qu'est-ce que cela signifie pour nous ?

— Rien... si vous acceptez de laisser le passé derrière vous.

Léa regarda autour d'elle.

— Et si on ne le fait pas ?

Clara répondit doucement :

— Alors cette maison continuera de vous rappeler qui vous étiez.

Alberta se leva.

— Je ne veux plus vivre comme avant.

Clara la regarda.

— Alors tu dois me laisser partir.

Alberta se figea.

— Partir ?

— Oui.

— Mais je t'ai cherchée pendant toute ma vie.

— Et maintenant tu m'as retrouvée.

Clara sourit.

— Il faut savoir s'arrêter.

Les yeux d'Alberta se remplirent de larmes.

— Je suis désolée.

— Je sais.

— J'aurais dû te croire.

— Tu étais jeune.

— J'aurais dû te chercher.

Clara s'approcha d'elle.

— Tu as passé ta vie à chercher une morte.

Elle posa une main sur sa joue.

— Maintenant, cherche les vivants.

Alberta ferma les yeux.

Une larme coula sur son visage.

Puis Clara se tourna vers Léa.

— À toi maintenant.

Léa sentit son cœur se serrer.

— Pourquoi moi ?

— Parce que tu es la dernière à porter les conséquences de ce pacte.

Élise prit sa main.

— Elle n'est pas seule.

Clara sourit.

— Je sais.

Elle regarda les deux jeunes filles.

— C'est justement pour cela que vous pouvez réussir.

Léa s'approcha du mur.

Les photographies semblaient la regarder.

Elle comprit enfin ce que Clara voulait dire.

Ils avaient passé des générations à conserver les traces de leurs peurs.

À chaque fois qu'une personne mourait, son histoire restait prisonnière de la maison.

Léa prit la première photographie.

Puis elle la posa dans une boîte.

— Qu'est-ce que tu fais ? demanda Gabriel.

— Je ne veux pas oublier.

Elle regarda les autres.

— Mais je ne veux plus être prisonnière de leurs histoires.

Un par un, ils retirèrent les portraits.

Alberta prit ceux de sa famille.

Gabriel prit ceux de ses parents.

Mariana prit celui de Nathan.

Élise prit celui de Clara.

Enfin, Léa prit la dernière photographie.

Celle où elle apparaissait avec son deuxième visage.

Elle regarda l'image.

Puis elle la tendit à Élise.

— Garde-la.

Élise sourit.

— Pourquoi ?

— Parce qu'elle fait partie de ton histoire aussi.

Clara observa la scène.

Son corps commença à devenir transparent.

Alberta leva les yeux.

— Clara !

— Ne pleure pas.

— Je ne veux pas te perdre une deuxième fois.

Clara sourit.

— Cette fois, tu ne me perds pas.

Elle posa une dernière fois son regard sur sa sœur.

— Tu me laisses simplement partir.

La lumière envahit la pièce.

Les photographies s'envolèrent.

Une à une, elles disparurent dans une pluie de poussière dorée.

Puis Clara disparut à son tour.

Le sous-sol redevint silencieux.

Alberta resta immobile.

Gabriel posa une main sur son épaule.

Elle ne pleurait plus.

Elle souriait.

— Elle est enfin libre.

Léa regarda Élise.

— Et nous aussi.

Elles remontèrent ensemble.

Derrière elles, la petite porte se referma.

Cette fois, personne ne la verrouilla.

Ils n'en avaient plus besoin.

Dehors, le soleil brillait.

Et pour la première fois, personne ne regarda derrière son épaule.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 37 : RECOMMENCER

Les jours suivants furent étrangement ordinaires.

Pas de murmures.

Pas de silhouettes dans les couloirs.

Pas de rêves étranges.

La maison avait enfin cessé de retenir son souffle.

Léa, elle, avait encore du mal à croire que tout était terminé.

Un matin, elle retrouva Élise dans le jardin.

Élise était assise sous un arbre, un carnet posé sur les genoux.

— Tu écris quoi ?

Elle referma rapidement le carnet.

— Rien.

Léa sourit.

— Tu caches quelque chose ?

— Peut-être.

— Alors je veux savoir.

Élise hésita avant de lui tendre le carnet.

Sur la première page, une phrase était écrite :

« Aujourd'hui, je commence ma propre histoire. »

Léa sourit.

— C'est beau.

— Je ne sais pas encore ce que je veux devenir.

— Tu n'as pas besoin de le savoir aujourd'hui.

Élise leva les yeux.

— Et toi ?

Léa réfléchit.

Elle avait passé tellement de temps à essayer de comprendre le passé qu'elle n'avait presque jamais pensé à son avenir.

— Je veux vivre normalement.

Élise sourit.

— Ça me semble être un bon début.

Elles restèrent silencieuses.

Puis Élise demanda :

— Tu penses encore à Nathan ?

Léa regarda le ciel.

— Oui.

— Moi aussi.

— Mais maintenant, ça ne fait plus aussi mal.

Élise hocha la tête.

— Parce qu'on sait qu'il est libre.

Léa sourit.

— Oui.

---

Dans la maison, Alberta et Gabriel avaient commencé à ranger les anciennes affaires.

Pas pour effacer le passé.

Pour lui donner enfin une place.

Les lettres furent conservées.

Les photographies furent classées.

Et le livre du pacte ne laissa derrière lui qu'une poignée de cendres.

Alberta regarda la cheminée.

— Je pensais que détruire ce livre détruirait notre famille.

Gabriel répondit :

— Il a fait l'inverse.

Alberta sourit.

— Tu sais ce que Clara aurait dit ?

— Qu'on est enfin devenus intelligents ?

Alberta éclata de rire.

Un vrai rire.

Après tant d'années, elle riait sans avoir peur.

---

Le soir, Léa retourna dans sa chambre.

Elle ouvrit le tiroir.

La petite voiture rouge de Nathan était toujours là.

Elle prit la photographie qu'elle avait gardée.

Elle la regarda longuement.

— Tu me manques.

Une légère brise entra par la fenêtre.

Le rideau bougea.

Léa sourit.

— Mais je vais continuer.

Elle remit doucement la photographie à sa place.

Puis elle éteignit la lumière.

Avant de fermer les yeux, elle regarda son reflet dans la fenêtre.

Un seul visage.

Le sien.

Elle sourit.

Cette fois, elle n'eut pas besoin de vérifier une deuxième fois.

---

Quelques semaines plus tard, la maison était méconnaissable.

Les murs avaient été repeints.

Les anciennes pièces avaient été ouvertes.

Le jardin avait retrouvé des couleurs.

La porte du sous-sol, elle, avait été condamnée.

Pas par peur.

Par respect pour ce qui appartenait au passé.

Un après-midi, Élise retrouva Léa devant la maison.

— Tu es prête ?

— Pour quoi ?

Élise lui tendit son carnet.

Une nouvelle page était ouverte.

— J'ai décidé d'écrire tout ce qui s'est passé.

Léa fronça les sourcils.

— Tout ?

— Pas les détails.

Élise sourit.

— Seulement notre vérité.

Léa réfléchit.

Puis elle prit le carnet.

Elle écrivit une seule phrase sous celle d'Élise :

« Nous avons survécu à ce que nos familles avaient peur d'affronter. »

Elle rendit le carnet.

Élise lut la phrase.

Puis elle prit la main de Léa.

— Maintenant, on fait quoi ?

Léa regarda la route devant elles.

Longue.

Inconnue.

Libre.

— On avance.

Elles partirent ensemble.

Derrière elles, la maison resta silencieuse.

Mais cette fois, ce silence n'était plus celui d'un secret.

C'était celui d'une histoire qui venait enfin de trouver sa paix.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 38 : UNE DERNIÈRE TRACE

Deux mois avaient passé.

La vie avait repris son rythme.

Les journées étaient redevenues normales, presque banales.

Et pourtant, Léa avait changé.

Elle ne sursautait plus au moindre bruit.

Elle ne cherchait plus son reflet dans les vitres.

Elle ne craignait plus la nuit.

Élise, elle aussi, semblait différente.

Elle avait commencé à aller à l'école avec Léa.

Au début, les regards avaient été nombreux.

Les questions aussi.

Mais elles avaient appris à ne pas répondre à tout.

Elles n'avaient pas besoin de raconter leur histoire à ceux qui ne pourraient pas la comprendre.

Un vendredi après-midi, elles rentrèrent ensemble.

Élise tenait son carnet contre elle.

— J'ai terminé.

Léa sourit.

— Tout ?

— Tout.

— Et tu as écrit quoi à la fin ?

Élise lui tendit le carnet.

Léa lut la dernière page.

« Il y a des histoires qu'on raconte pour ne pas oublier.

Et d'autres qu'on raconte pour enfin pouvoir les laisser partir. »

Léa referma doucement le carnet.

— Tu devrais le publier.

Élise rit.

— Tu crois que quelqu'un voudrait lire ça ?

— Moi, oui.

Elles continuèrent leur chemin.

Puis Léa s'arrêta.

— Attends.

Elle venait de voir quelque chose sur le sol.

Une petite enveloppe.

Son prénom était écrit dessus.

LÉA.

Son sourire disparut.

— Tu crois que...

Élise prit l'enveloppe.

— Il n'y a aucun timbre.

Léa hésita.

Puis elle l'ouvrit.

À l'intérieur se trouvait une seule feuille.

Pas de signature.

Seulement une phrase :

« Certaines portes ne doivent pas être rouvertes. »

Élise regarda Léa.

— C'est une menace ?

Léa relut la phrase.

Elle aurait dû avoir peur.

Mais quelque chose lui semblait différent.

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que ce n'est pas écrit avec la même encre que le livre.

Élise fronça les sourcils.

— Alors qui l'a laissée ?

Léa retourna l'enveloppe.

Une petite photographie tomba sur le sol.

Léa la ramassa.

Elle se figea.

C'était Clara.

Mais la photo avait été prise récemment.

Clara se tenait devant un endroit que Léa connaissait.

La vieille maison.

Vivante.

Léa retourna la photographie.

Une date était inscrite derrière.

Il y a trois jours.

Élise pâlit.

— Léa...

— Je sais.

— Mais Clara est partie.

— Oui.

— Alors comment cette photo peut-elle être récente ?

Léa resta silencieuse.

Puis elle remarqua un détail.

Dans le coin de la photographie se trouvait une silhouette.

Un homme.

Elle agrandit la photo avec ses doigts.

Son visage était flou.

Mais elle reconnut sa veste.

Le même manteau que portait le père de Gabriel.

Léa sentit son cœur s'accélérer.

— Il n'est peut-être pas mort.

Élise secoua la tête.

— Mais on l'a vu disparaître.

— On a vu son corps.

— Alors...

Léa regarda la vieille maison au loin.

— Peut-être qu'il y a encore quelque chose que nous n'avons pas compris.

Elles restèrent immobiles.

Puis Élise prit sa main.

— On y retourne ?

Léa regarda la route.

Elle pensa à Nathan.

À Clara.

À Alberta.

À tout ce qu'ils avaient déjà traversé.

Puis elle secoua la tête.

— Non.

Élise fut surprise.

— Non ?

Léa lui montra la photographie.

— C'est exactement ce que le passé veut.

Elle déchira la photographie en deux.

Puis encore une fois.

— Il veut qu'on ait peur.

Elle jeta les morceaux dans une poubelle.

— Cette fois, on ne retournera pas derrière cette porte.

Élise sourit.

— Alors qu'est-ce qu'on fait ?

Léa regarda devant elle.

— On continue.

Elles repartirent.

Derrière elles, la photographie déchirée resta dans la poubelle.

Et pendant quelques secondes...

une petite inscription apparut sur l'un des morceaux.

FIN.

Puis l'encre disparut.

Cette fois, le passé n'avait plus rien à dire.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 39 : LE CHOIX D’ÉLISE

Le lendemain, Élise ne parla presque pas.

Depuis qu'elles avaient trouvé la photographie, quelque chose avait changé dans son regard.

Léa le remarqua dès le petit-déjeuner.

— Tu as mal dormi ?

Élise secoua la tête.

— Non.

— Tu mens.

Élise posa sa tasse.

— J'ai fait un rêve.

Léa attendit.

— J'étais dans la vieille maison.

Léa sentit son ventre se nouer.

— Et après ?

— Je me suis retrouvée devant le miroir.

Elle marqua une pause.

— Mais cette fois, il n'y avait pas mon reflet.

— Qu'est-ce qu'il y avait ?

Élise leva les yeux.

— Clara.

Léa resta silencieuse.

— Elle m'a dit quelque chose.

— Quoi ?

Élise hésita.

— « Tu dois choisir qui tu veux être maintenant que personne ne te l'impose. »

Léa sourit doucement.

— C'est plutôt une bonne chose.

— Oui.

Élise baissa les yeux.

— Mais je ne sais pas qui je suis.

Léa s'assit près d'elle.

— Tu n'as pas besoin de le savoir tout de suite.

— Et si je suis encore liée à tout ça ?

— Tu ne l'es plus.

— Comment tu peux en être certaine ?

Léa prit sa main.

— Parce que le pacte est détruit.

Élise resta silencieuse.

Puis elle murmura :

— Alors pourquoi est-ce que j'ai encore peur ?

Léa ne répondit pas immédiatement.

Elle connaissait cette peur.

Elle l'avait ressentie elle aussi.

La peur ne disparaissait pas simplement parce qu'un danger avait disparu.

Il fallait apprendre à vivre sans elle.

---

Dans l'après-midi, Élise retrouva Alberta dans le jardin.

— Je peux vous poser une question ?

Alberta sourit.

— Bien sûr.

— Pourquoi m'avez-vous laissée vivre ici ?

Alberta la regarda longuement.

— Parce que tu n'avais nulle part où aller.

— Ce n'est pas la seule raison.

Alberta comprit.

— Non.

Elle s'assit sur le banc.

— Quand je t'ai vue pour la première fois, j'ai eu peur.

Élise baissa les yeux.

— À cause de mon visage ?

— Non.

Alberta posa doucement une main sur la sienne.

— À cause de tout ce qu'il représentait.

Élise releva la tête.

— Et maintenant ?

— Maintenant, je vois simplement une jeune fille qui mérite de vivre sa propre vie.

Élise sourit.

Une larme glissa sur sa joue.

— Merci.

Alberta la prit dans ses bras.

— Tu n'as plus besoin de remplacer personne.

Élise ferma les yeux.

Pour la première fois, ces mots ne lui faisaient pas mal.

---

Le soir, Léa trouva Élise dans la bibliothèque.

Son carnet était ouvert.

— Tu écris encore ?

— Oui.

— Sur quoi ?

Élise sourit.

— Sur moi.

Léa s'assit à côté d'elle.

— Et qu'est-ce que tu as découvert ?

Élise réfléchit.

— Que je ne suis pas le deuxième visage de quelqu'un.

Elle tourna la page.

— Je suis Élise.

Léa sourit.

— Exactement.

Elles restèrent silencieuses.

Puis Élise referma le carnet.

— Je crois que je veux partir quelque temps.

Léa la regarda.

— Partir ?

— Pas fuir.

Elle sourit.

— Découvrir qui je suis sans cette maison.

Léa hocha lentement la tête.

— Alors pars.

Élise parut surprise.

— Tu ne vas pas essayer de me retenir ?

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que si on s'est battues pour être libres, ce serait ridicule de nous empêcher de l'être.

Élise sourit.

Elles se serrèrent dans les bras.

Cette fois, ce n'était pas un adieu.

C'était une promesse.

Celle de se retrouver un jour, non pas parce qu'elles étaient liées par un pacte...

mais parce qu'elles l'auraient choisi.

---

Cette nuit-là, Léa descendit seule dans le salon.

Elle regarda l'endroit où le miroir avait autrefois été accroché.

Le mur était maintenant vide.

Elle posa sa main dessus.

Rien.

Aucune voix.

Aucun frisson.

Seulement le contact froid de la peinture.

Léa sourit.

Elle comprit alors que la véritable victoire n'était pas d'avoir détruit le pacte.

C'était de ne plus avoir besoin de vérifier s'il était réellement détruit.

Elle remonta dans sa chambre.

Sur sa table, une feuille était posée.

Elle ne l'avait pas laissée là.

Léa la prit.

Il n'y avait qu'une phrase :

« Maintenant, vis. »

Elle reconnut immédiatement l'écriture.

Celle de Nathan.

Ses yeux se remplirent de larmes.

Mais cette fois, elle sourit.

— Je vais le faire.

Elle plia la feuille et la rangea avec la photographie.

Puis elle éteignit la lumière.

Pour la première fois depuis longtemps, Léa s'endormit sans regarder son reflet.

Et dans son sommeil, elle ne vit ni miroir, ni maison, ni ombre.

Elle vit simplement une route.

Une route qui continuait devant elle.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 40 : LE DÉPART D’ÉLISE

Le matin arriva plus vite que prévu.

Élise avait préparé son sac avant même que le soleil ne se lève.

Elle n'emportait presque rien.

Quelques vêtements.

Son carnet.

La photographie de Clara.

Et la petite photo de Léa qu'elle avait glissée entre deux pages.

Léa l'attendait devant la maison.

— Tu es vraiment décidée ?

Élise hocha la tête.

— Oui.

— Tu sais où tu vas ?

— Pas encore.

Léa sourit.

— Alors tu es exactement là où tu dois être.

Élise rit doucement.

— Tu vas me manquer.

— Toi aussi.

Elles se prirent dans les bras.

Cette fois, aucune peur ne venait interrompre leur étreinte.

---

Alberta les observait depuis la fenêtre.

Elle avait préparé quelque chose pour Élise.

Une enveloppe.

Lorsqu'Élise s'approcha, Alberta la lui tendit.

— C'est pour toi.

Élise l'ouvrit.

À l'intérieur se trouvait une vieille photographie de Clara.

Mais au dos, Alberta avait écrit quelques mots.

« Tu n'es le reflet de personne. N'oublie jamais qui tu es. »

Élise passa doucement son doigt sur l'écriture.

— Je la garderai.

Alberta sourit.

— Alors elle ne sera jamais vraiment partie.

Gabriel apparut derrière elle.

— Ton transport t'attend.

Élise prit son sac.

Puis elle se tourna vers Léa.

— Promets-moi quelque chose.

— Quoi ?

— Ne recommence jamais à chercher le passé juste parce qu'il te manque.

Léa resta silencieuse.

Elle savait exactement ce qu'Élise voulait dire.

— Je te le promets.

Élise sourit.

— Alors moi aussi, je te promets de revenir.

Elle monta dans la voiture.

Le véhicule démarra lentement.

Léa resta devant la maison jusqu'à ce qu'il disparaisse au bout de la route.

---

Quelques heures plus tard, Léa entra dans la bibliothèque.

Tout semblait normal.

Elle ouvrit le carnet qu'Élise avait oublié sur la table.

— Élise...

Elle allait le refermer lorsqu'une feuille tomba.

Léa la ramassa.

Elle reconnut immédiatement l'écriture.

Mais ce n'était pas celle d'Élise.

C'était celle de Clara.

« Léa, si tu lis ceci, c'est que tu as compris.

Le deuxième visage n'était pas une malédiction.

C'était un avertissement.

Chaque génération cherche quelqu'un à blâmer pour ses propres erreurs.

Ne sois jamais cette personne.

Le pacte est détruit.

Mais la véritable liberté commence seulement lorsque vous cessez de vivre selon les règles des morts. »

Léa relut les dernières lignes.

Puis elle sourit.

Elle replia soigneusement la lettre.

Elle ne ressentait plus cette envie de comprendre chaque détail.

Elle n'avait plus besoin de savoir pourquoi tout était arrivé.

Elle savait désormais l'essentiel.

Ils avaient survécu.

Et ils étaient libres.

Elle referma le carnet.

Puis elle entendit quelqu'un entrer.

Mariana.

— Tu viens manger ?

Léa sourit.

— J'arrive.

Elle se leva.

Avant de quitter la bibliothèque, elle regarda une dernière fois le mur où se trouvait autrefois le miroir.

Il était vide.

Complètement vide.

Léa éteignit la lumière.

Et elle referma la porte.

Cette fois, elle ne se retourna pas.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 41 : LA VIE ORDINAIRE

Les semaines passèrent.

Puis les mois.

La maison n'avait plus rien de l'endroit sombre qu'elle avait été.

Les fenêtres étaient grandes ouvertes chaque matin.

Les rideaux bougeaient avec le vent.

Les repas étaient devenus bruyants.

Parfois même trop bruyants.

Mariana s'en plaignait en riant.

— Vous allez finir par faire tomber la maison !

Gabriel répondait depuis la cuisine :

— Après tout ce qu'elle a vécu, quelques cris ne vont pas la tuer.

Alberta éclatait de rire.

Et Léa les regardait.

Elle avait longtemps cru que le bonheur devait forcément être extraordinaire.

Elle avait appris qu'il pouvait être beaucoup plus simple.

Un repas.

Un rire.

Une conversation sans secret.

Une nuit sans cauchemar.

---

Élise appelait régulièrement.

Elle avait trouvé un endroit où vivre.

Elle avait commencé à travailler et poursuivait ses études.

Au début, elle avait eu peur de tout.

Puis elle avait appris.

À prendre le bus seule.

À faire ses propres choix.

À rencontrer des gens qui ne connaissaient rien à son passé.

Un soir, elle appela Léa.

— Tu sais ce que quelqu'un m'a demandé aujourd'hui ?

— Quoi ?

— « Tu as toujours été aussi calme ? »

Léa éclata de rire.

— Et tu as répondu quoi ?

— « Non. J'ai juste beaucoup vécu. »

Léa sourit.

— C'est vrai.

Un silence s'installa.

— Tu me manques, dit Élise.

— Toi aussi.

— Je reviendrai bientôt.

— J'espère bien.

---

De son côté, Léa avait commencé à écrire.

Pas l'histoire du pacte.

Pas les secrets de la famille.

Elle écrivait sa propre histoire.

Ses rêves.

Ses peurs.

Ses projets.

Les choses qu'elle voulait découvrir.

Elle remplissait des pages entières sans jamais entendre une voix lui dire quoi écrire.

Un soir, elle posa son stylo.

Elle regarda la première page.

Elle avait écrit :

« Je m'appelle Léa. »

Elle sourit.

Cela semblait tellement simple.

Pourtant, avant, même son propre nom lui avait semblé appartenir à quelqu'un d'autre.

Elle tourna la page.

« Je ne suis le reflet de personne. »

Elle continua d'écrire.

---

Un dimanche matin, toute la famille se retrouva dans le jardin.

Alberta regardait les fleurs.

Gabriel réparait une vieille chaise.

Mariana préparait le déjeuner.

Léa était assise sous l'arbre.

Elle leva les yeux vers le ciel.

Elle pensa à Nathan.

À Clara.

À tous ceux qui avaient disparu.

Elle ne ressentit pas de peur.

Seulement une douce nostalgie.

Elle avait compris qu'aimer quelqu'un ne signifiait pas rester prisonnier de son absence.

Elle pouvait continuer à vivre.

Et ce n'était pas les oublier.

C'était honorer leur mémoire.

Alberta vint s'asseoir près d'elle.

— Tu penses à eux ?

— Oui.

— Moi aussi.

Elles restèrent silencieuses.

Puis Alberta prit sa main.

— Je crois que Clara aurait aimé voir cette maison comme ça.

Léa sourit.

— Elle la voit peut-être.

Alberta regarda le ciel.

— Peut-être.

Une brise légère traversa le jardin.

Les feuilles bougèrent doucement.

Et pendant un instant, Léa crut entendre un rire.

Pas un rire inquiétant.

Un rire familier.

Elle ferma les yeux.

— Au revoir, Nathan.

Le vent passa.

Puis plus rien.

Léa rouvrit les yeux.

Elle sourit.

La vie continuait.

Et cette fois...

elle lui appartenait vraiment.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 42 : LE RETOUR

Six mois avaient passé.

Léa avait presque oublié la sensation d'avoir peur de rentrer chez elle.

Presque.

Ce samedi matin, elle était dans le jardin lorsque le portail s'ouvrit.

Elle leva les yeux.

Une voiture venait de s'arrêter devant la maison.

Son cœur bondit.

Elle reconnut immédiatement le visage qui apparut derrière la vitre.

— Élise !

Elle courut jusqu'au portail.

Élise descendit avec un grand sourire.

— Tu pensais vraiment que j'allais tenir ma promesse à moitié ?

Léa la serra dans ses bras.

— Tu m'as tellement manqué.

— Toi aussi.

Elles restèrent quelques secondes sans parler.

Puis Élise regarda la maison.

— Elle semble différente.

— Elle l'est.

— Et toi aussi.

Léa sourit.

— Peut-être.

Élise posa son sac.

— J'ai quelque chose pour toi.

Elle sortit son carnet.

— J'ai terminé mon histoire.

Léa fronça les sourcils.

— Notre histoire ?

— Une partie.

Elle lui tendit le carnet.

Léa l'ouvrit.

Les premières pages racontaient ce qu'elles avaient vécu.

Le pacte.

Les secrets.

Le miroir.

Nathan.

Clara.

Mais la dernière page était blanche.

— Pourquoi tu n'as pas écrit la fin ?

Élise sourit.

— Parce que je voulais que tu l'écrives avec moi.

Léa la regarda.

— Maintenant ?

— Maintenant.

Elles s'installèrent sous l'arbre.

Élise posa le carnet entre elles.

— Qu'est-ce qu'on écrit ?

Léa réfléchit.

Puis elle prit le stylo.

Elle écrivit :

« Il était une fois deux filles qui avaient passé leur vie à chercher qui elles étaient. »

Elle s'arrêta.

Élise continua :

« Elles découvrirent que leurs familles avaient gardé un secret pendant des générations. »

Léa reprit le stylo.

« Elles pensèrent que pour être libres, elles devraient vaincre quelque chose. »

Élise sourit.

« Mais elles découvrirent finalement que leur plus grande victoire était de choisir elles-mêmes leur vie. »

Léa regarda la page.

— Ça te plaît ?

— Oui.

— Alors on s'arrête là ?

Élise secoua la tête.

— Pas encore.

Elle prit le stylo.

« Et elles comprirent que certaines histoires ne se terminent pas lorsqu'on cesse d'avoir peur. Elles se terminent lorsqu'on accepte enfin de vivre. »

Léa resta silencieuse.

Puis elle sourit.

— Maintenant, c'est parfait.

---

Dans la soirée, elles montrèrent le carnet à Alberta.

Elle lut les dernières lignes lentement.

Lorsqu'elle termina, ses yeux étaient humides.

— Clara aurait aimé ça.

Léa sourit.

— Je pense aussi.

Alberta referma le carnet.

— Vous savez, j'ai longtemps cru que notre famille était condamnée à porter cette histoire pour toujours.

Gabriel, debout près de la fenêtre, répondit :

— Elle la portera.

Alberta le regarda.

Il ajouta :

— Mais pas comme une malédiction.

Un silence paisible suivit.

Puis Mariana arriva avec plusieurs assiettes.

— Bon, assez de fantômes et de souvenirs. Venez manger.

Tout le monde éclata de rire.

Léa regarda Élise.

— Tu vois ?

— Quoi ?

— C'est ça, notre vraie victoire.

— Le dîner ?

— La vie normale.

Élise sourit.

— Alors profitons-en.

Elles rejoignirent les autres.

La maison se remplit de voix.

De rires.

De chaleur.

Et pour la première fois, personne ne surveillait les miroirs.

Parce qu'il n'y en avait plus besoin.

La nuit tomba doucement sur la maison.

Dans le jardin, les deux filles restèrent quelques instants sous les étoiles.

Élise regarda Léa.

— Tu crois qu'un jour on oubliera tout ça ?

Léa regarda la maison.

— Non.

— Ça te fait peur ?

Elle sourit.

— Non.

Elle prit la main d'Élise.

— Parce que maintenant, ce souvenir ne décide plus de qui nous sommes.

Elles avancèrent vers la maison.

La porte se referma derrière elles.

Et cette fois, aucun secret ne resta dehors.

Ni derrière une porte.

Ni dans un miroir.

Ni dans l'ombre.

Le passé avait enfin trouvé sa place.

Derrière elles.

Et devant elles, il ne restait qu'une chose :

vivre.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 43 : CE QUE LE TEMPS EFFACE

Un an passa.

Un an sans apparition.

Sans message.

Sans miroir qui se fissurait dans la nuit.

La vie avait pris une autre couleur.

Léa avait changé de façon presque imperceptible. Elle parlait davantage, riait plus facilement et, surtout, elle ne cherchait plus constamment une explication à tout ce qui lui arrivait.

Elle avait compris qu'il existait des blessures qui ne disparaissaient pas.

Elles devenaient simplement moins douloureuses.

Ce matin-là, elle se trouvait devant l'ancienne maison.

La végétation avait recouvert une partie des murs.

Personne n'y vivait plus.

Elle était venue avec Élise.

— Tu es sûre de vouloir entrer ? demanda Élise.

Léa regarda la porte.

— Oui.

— Pourquoi aujourd'hui ?

Léa resta silencieuse quelques secondes.

— Parce que ça fait un an.

Élise comprit.

— Nathan.

Léa hocha la tête.

Elles entrèrent.

L'intérieur était couvert de poussière.

Les meubles avaient été déplacés.

Les murs étaient nus.

L'endroit semblait beaucoup plus petit que dans leurs souvenirs.

Elles avancèrent jusqu'à la bibliothèque.

Léa s'arrêta.

— C'est ici que tout a commencé.

Élise regarda autour d'elle.

— Et c'est ici que tout s'est terminé.

Léa sourit.

— Non.

Élise la regarda.

— Quoi ?

— Ici, c'est là qu'on a arrêté de vivre dans le passé.

Elle posa sa main sur l'ancien mur du miroir.

Il n'y avait plus rien.

Aucune fissure.

Aucune inscription.

Rien.

Elle ferma les yeux.

— Tu sais ce que je ressens ?

— Quoi ?

— Rien.

Élise sourit.

— C'est plutôt bon signe.

— Oui.

Léa retira sa main.

— Avant, je pensais que ne rien ressentir signifiait avoir oublié.

Elle regarda Élise.

— Maintenant, je crois que ça signifie avoir accepté.

---

Elles descendirent ensuite au sous-sol.

La pièce était presque vide.

Il ne restait que quelques photographies oubliées.

Élise en ramassa une.

C'était une photo de Clara.

— On devrait la prendre.

Léa hésita.

Puis elle hocha la tête.

— Oui.

Elles prirent la photographie et remontèrent.

Avant de sortir, Léa regarda une dernière fois la maison.

— On ne reviendra plus ici.

Élise sourit.

— Promis ?

— Promis.

Elles fermèrent la porte.

Cette fois, Léa ne ressentit aucune envie de se retourner.

---

De retour chez elles, Alberta les attendait.

Lorsqu'elle vit la photographie, son visage s'adoucit.

— Clara...

Elle passa doucement les doigts sur le visage de sa sœur.

— Je pensais avoir perdu toutes les traces d'elle.

Léa s'assit près d'elle.

— Tu ne l'as pas perdue.

Alberta sourit.

— Non.

Elle regarda la photo.

— Je crois simplement que j'ai enfin appris à me souvenir d'elle sans avoir besoin de la chercher.

Un silence paisible s'installa.

Puis Alberta se leva.

— J'ai quelque chose pour toi, Léa.

Elle alla chercher une petite boîte.

À l'intérieur se trouvait le bracelet de Nathan.

Léa resta immobile.

— Je croyais qu'il avait disparu.

— Je l'avais gardé.

Alberta lui tendit.

— Il est à toi maintenant.

Léa prit le bracelet.

Ses doigts tremblaient légèrement.

Elle le passa autour de son poignet.

Il était un peu trop grand.

Elle sourit.

— Merci.

Alberta la regarda.

— Il aurait voulu que tu le portes.

Léa baissa les yeux vers le bracelet.

— Je vais le garder.

---

Le soir, Léa retrouva Élise dans le jardin.

— Regarde.

Elle lui montra le bracelet.

Élise sourit.

— Il te va bien.

Léa regarda les étoiles.

— Tu crois qu'il serait fier de nous ?

— Oui.

— Même après tout ce qu'on a fait ?

Élise réfléchit.

— Surtout après tout ce qu'on a fait.

Léa sourit.

Puis elle sentit quelque chose contre son poignet.

Le bracelet venait de bouger.

Elle regarda.

Une petite lumière apparut sur le métal.

Elle se figea.

Élise se rapprocha.

— Léa...

La lumière disparut aussitôt.

Aucune voix.

Aucun message.

Aucun signe surnaturel.

Seulement une vieille gravure qu'elles n'avaient jamais remarquée.

Deux mots.

VIS. LIBRE.

Léa passa son doigt dessus.

Elle sourit.

— Il n'avait pas besoin de revenir.

Élise comprit.

— Parce qu'il avait déjà dit au revoir.

Léa leva les yeux vers le ciel.

— Oui.

Puis elle retira doucement sa main.

Le bracelet redevint parfaitement normal.

Et pour la première fois, Léa ne chercha pas à savoir comment cette lumière était apparue.

Elle accepta simplement le cadeau.

Un dernier souvenir.

Pas une nouvelle énigme.

Pas une nouvelle porte.

Pas un nouveau secret.

Juste un signe d'amour laissé derrière lui.

Et cela lui suffisait.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 44 : LES ANNÉES QUI VIENNENT

Les années suivantes furent plus douces.

Pas parfaites.

Mais douces.

Léa grandit.

Elle changea de coiffure, de vêtements, de rêves même.

Certaines choses qu'elle pensait vouloir autrefois ne l'intéressaient plus.

D'autres apparurent sans prévenir.

Et pour la première fois, elle avait le droit de changer d'avis.

Élise, de son côté, poursuivait son chemin.

Elles ne se voyaient pas tous les jours.

Parfois, elles restaient plusieurs semaines sans se parler.

Mais leur lien n'en souffrait pas.

Elles n'avaient plus besoin de se tenir constamment l'une près de l'autre pour être certaines de ne pas se perdre.

Un samedi après-midi, Élise revint à la maison.

Elle avait son carnet sous le bras.

Léa la regarda entrer.

— Tu écris toujours ?

— Plus que jamais.

— Et ton histoire ?

Élise sourit.

— Elle est terminée.

Léa prit le carnet.

— Définitivement ?

— Oui.

Elle tapota la couverture.

— J'ai écrit une dernière page.

— Tu me la montres ?

Élise hésita.

Puis elle ouvrit le carnet.

La dernière page ne racontait ni le pacte, ni les Gardiens, ni le miroir.

Elle parlait simplement de deux filles qui avaient appris à vivre après avoir survécu à quelque chose qu'elles n'avaient jamais choisi.

Léa termina la lecture.

— Tu sais quoi ?

— Quoi ?

— Je crois que c'est la première fois que notre histoire me semble vraiment être la nôtre.

Élise sourit.

— Parce qu'avant, quelqu'un écrivait toujours notre destin à notre place.

Léa referma le carnet.

— Maintenant, personne ne le fait.

---

Le soir venu, elles allèrent dans le jardin.

Alberta était assise sous l'arbre.

Elle avait vieilli.

Ses cheveux étaient devenus plus clairs.

Mais son regard était paisible.

— Vous venez vous asseoir ?

Les deux filles s'installèrent auprès d'elle.

Alberta regarda Élise.

— Tu as grandi.

— Vous aussi.

Alberta éclata de rire.

— Je ne suis pas sûre que ce soit un compliment.

Léa rit.

Pendant quelques minutes, elles parlèrent de choses ordinaires.

Du travail.

Des projets.

Des voyages.

De la vie.

Puis Alberta devint silencieuse.

— Vous savez ce que j'ai compris ?

Léa la regarda.

— Quoi ?

— J'ai passé une grande partie de ma vie à essayer de protéger les autres de mon passé.

Elle regarda ses mains.

— Finalement, c'est en acceptant ce passé que j'ai cessé d'en avoir peur.

Élise posa une main sur son épaule.

— Vous avez fait de votre mieux.

Alberta sourit.

— Et maintenant, c'est à vous de faire mieux que moi.

Léa regarda Élise.

— Ça met la pression.

Alberta rit.

— Alors ne cherchez pas à être parfaites.

Elle leva les yeux vers le ciel.

— Cherchez simplement à être libres.

---

Cette nuit-là, Léa ouvrit son tiroir.

Elle y conservait encore quelques souvenirs.

La photographie de Nathan.

Le bracelet.

Une photo de Clara.

Et une page du vieux carnet d'Élise.

Elle ne les regardait plus avec tristesse.

Ils faisaient partie de sa vie.

C'était tout.

Elle referma le tiroir.

Puis elle entendit Élise depuis le couloir :

— Léa !

— Oui ?

— Viens voir !

Léa sortit de sa chambre.

Élise se tenait devant une vieille photographie.

— Regarde.

Léa s'approcha.

C'était une photo prise quelques jours plus tôt.

Elles étaient toutes les deux dans le jardin.

Derrière elles se trouvait la maison.

Rien d'étrange.

Rien d'inquiétant.

Léa sourit.

— C'est une belle photo.

Élise hocha la tête.

— Oui.

Puis elle rangea la photographie.

— On devrait en prendre davantage.

Léa sourit.

— Pourquoi ?

— Parce qu'on a passé trop de temps à conserver des souvenirs de ce qui nous faisait peur.

Elle prit la main de Léa.

— Maintenant, on peut en créer de nouveaux.

Léa serra ses doigts.

— Alors commençons.

Elles sortirent dans le jardin.

Le soleil du soir disparaissait derrière les arbres.

Et cette fois, aucune ombre ne les suivait.

Seulement leurs propres pas.

Devant elles, la route continuait.

Et elles étaient enfin libres de choisir où elle les mènerait.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 45 : LA DERNIÈRE LETTRE

Quelques jours plus tard, Élise reçut une enveloppe.

Elle était posée devant sa porte.

Aucun nom d'expéditeur.

Aucune adresse.

Seulement son prénom.

ÉLISE.

Elle resta plusieurs secondes à la regarder.

Une ancienne peur remonta en elle.

Puis elle inspira profondément.

Elle ouvrit l'enveloppe.

À l'intérieur se trouvait une lettre.

L'écriture était fine, légèrement tremblante.

Élise la reconnut immédiatement.

C'était celle de Clara.

Elle s'assit avant de commencer à lire.

«« Élise,

Si cette lettre est arrivée jusqu'à toi, c'est que le passé a enfin accepté de te laisser partir.

Tu as longtemps cru que ton existence dépendait de Léa.

Ce n'est pas vrai.

Tu n'es pas née pour prendre sa place.

Tu n'es pas née pour la remplacer.

Et tu n'es pas née pour appartenir à quelqu'un.

Tu es née pour devenir toi.

Alors ne passe pas le reste de ta vie à chercher pourquoi tu existes.

Vis.

Aime.

Fais des erreurs.

Recommence.

Et surtout, ne laisse jamais quelqu'un décider de ton identité à ta place.

Clara. »»

Élise resta immobile.

Une larme tomba sur la feuille.

Mais ce n'était pas une larme de tristesse.

C'était le soulagement.

Elle replia la lettre et la plaça dans son carnet.

Puis elle appela Léa.

---

Une heure plus tard, elles étaient assises dans le jardin.

Élise lui tendit la lettre.

Léa la lut en silence.

Lorsqu'elle termina, elle regarda son amie.

— Elle savait que tu aurais besoin de l'entendre.

Élise hocha la tête.

— Je crois qu'elle savait beaucoup de choses.

— Peut-être.

Léa regarda le ciel.

— Mais elle ne pouvait pas choisir notre vie à notre place.

Élise sourit.

— Personne ne le peut.

Un silence s'installa.

Puis Élise sortit son carnet.

— J'ai décidé quelque chose.

— Quoi ?

— Je vais terminer mon livre.

— Je croyais qu'il était déjà terminé.

— Celui sur le passé, oui.

Elle ouvrit une nouvelle page.

— Mais je veux écrire la suite.

Léa sourit.

— La suite de quoi ?

Élise réfléchit.

— De nous.

Léa prit le stylo.

— Alors commence.

Élise écrivit une phrase.

Elle la montra à Léa.

« Après avoir passé leur vie à chercher la vérité, elles découvrirent que la vérité n'était pas la fin de leur histoire. C'était le début de leur liberté. »

Léa sourit.

— Garde ça.

— Pourquoi ?

— Parce que c'est exactement ce qu'on a vécu.

---

Le soir arriva doucement.

Alberta vint les rejoindre.

Élise lui montra la lettre.

Alberta la lut.

Ses yeux se remplirent de larmes lorsqu'elle vit la signature.

— Clara...

Elle serra la lettre contre son cœur.

— Elle voulait vraiment que je cesse de vivre dans le passé.

Léa posa une main sur son bras.

— Alors fais-le.

Alberta regarda autour d'elle.

La maison.

Le jardin.

Sa famille.

Les personnes qu'elle aimait encore.

Elle sourit.

— Oui.

Elle se leva.

Puis elle entra dans la maison.

Quelques minutes plus tard, elle revint avec une vieille boîte.

Elle la posa devant Léa et Élise.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda Élise.

— Les dernières choses que j'ai gardées du pacte.

Léa ouvrit la boîte.

Il n'y avait pas de livre.

Pas de symbole.

Pas de miroir.

Seulement des lettres et quelques photographies.

Alberta les regarda.

— Je pensais autrefois que conserver tout ça, c'était honorer les morts.

Elle prit une photographie de Clara.

— Maintenant, je comprends qu'on peut honorer quelqu'un sans rester prisonnier de son histoire.

Elle embrassa doucement la photographie.

Puis elle la rangea dans un album.

Pas dans une boîte cachée.

Pas dans un sous-sol.

Dans un album familial.

À côté des photographies de ceux qui étaient encore là.

Léa sourit.

Le dernier secret venait de perdre son pouvoir.

Pas parce qu'il avait été détruit.

Mais parce qu'il n'avait plus besoin d'être caché.

---

Cette nuit-là, Élise retourna dans sa chambre.

Elle ouvrit son carnet.

Sous la lettre de Clara, elle écrivit :

« Je ne suis plus le deuxième visage de personne. Je suis Élise. »

Elle referma le carnet.

De l'autre côté de la maison, Léa regardait les étoiles.

Elle toucha le bracelet de Nathan.

Aucune lumière n'apparut.

Et cela la fit sourire.

Parce qu'elle n'en avait plus besoin.

Elle murmura simplement :

— Merci.

Puis elle regarda devant elle.

Pas derrière.

Pour la première fois, le passé était exactement là où il devait être.

Derrière elles.

Et la dernière porte venait enfin de se fermer.



LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 46 : CE QU’ELLES N’AVAIENT P

Trois mois plus tard.

La maison avait changé.

Pas seulement les murs.

Pas seulement les meubles.

Quelque chose de plus profond avait disparu.

La peur.

Léa était assise dans le salon lorsqu'Élise entra avec son carnet.

— J'ai une nouvelle.

Léa leva les yeux.

— Bonne ou mauvaise ?

— Bonne.

Élise s'assit à côté d'elle.

— J'ai reçu une réponse.

— Pour ton livre ?

Elle hocha la tête.

— Une maison d'édition veut le lire.

Léa resta bouche bée.

— Sérieusement ?

— Oui.

Elle se mit à rire.

— Je ne pensais pas que quelqu'un voudrait publier mon histoire.

Léa lui donna une petite tape sur l'épaule.

— Je te l'avais dit.

Élise sourit.

Mais son sourire disparut rapidement.

— Il y a quelque chose d'autre.

— Quoi ?

Elle ouvrit son carnet.

Une page était remplie de notes.

— Ils veulent savoir si l'histoire est vraie.

Léa se tut.

Pendant quelques secondes, les souvenirs revinrent.

Le miroir.

Le pacte.

Nathan.

Clara.

Les nuits sans sommeil.

Tout ce qu'elles avaient essayé d'oublier.

— Et tu leur as répondu quoi ?

Élise referma lentement le carnet.

— Que oui.

Léa la regarda.

— Tu es sûre ?

— Oui.

— Même si les gens nous jugent ?

— Ils nous jugeront peut-être.

— Même s'ils ne nous croient pas ?

— Ils ne nous croiront probablement pas tous.

Élise sourit légèrement.

— Mais ce n'est plus notre problème.

Léa comprit.

Autrefois, elles avaient caché la vérité parce qu'elles avaient peur de ce qu'elle pouvait provoquer.

Maintenant, elles pouvaient choisir de la raconter.

Pas pour réveiller le passé.

Pas pour attirer l'attention.

Simplement parce que leur histoire leur appartenait.

---

Le soir, elles réunirent toute la famille.

Élise posa le carnet sur la table.

— Je veux publier notre histoire.

Gabriel resta silencieux.

Mariana regarda Léa.

Alberta, elle, semblait déjà avoir compris.

— Alors fais-le.

Élise la regarda.

— Tu n'as pas peur ?

Alberta sourit.

— J'ai passé ma vie à avoir peur que quelqu'un découvre la vérité.

Elle regarda les autres.

— Maintenant, je préfère que la vérité soit racontée correctement plutôt que transformée en mensonge par quelqu'un d'autre.

Gabriel hocha la tête.

— Je suis d'accord.

Mariana sourit.

— Moi aussi.

Élise regarda Léa.

— Et toi ?

Léa prit quelques secondes avant de répondre.

— Oui.

Puis elle ajouta :

— Mais il y a une chose que je veux changer.

— Quoi ?

— Les noms.

Élise comprit immédiatement.

— Tu veux protéger la famille ?

— Non.

Léa regarda la fenêtre.

— Je veux protéger les personnes qui ne peuvent plus choisir ce qu'on raconte sur elles.

Alberta sourit.

— Alors change-les.

Élise prit son stylo.

— D'accord.

Elle nota la décision.

---

Plus tard dans la nuit, Léa sortit prendre l'air.

Elle s'arrêta devant le jardin.

Elle pensa à la fille qu'elle était avant tout cela.

Elle avait cherché son identité dans le regard des autres.

Elle avait eu peur de son propre reflet.

Elle avait cru qu'elle devait comprendre son passé avant d'avoir le droit d'imaginer son avenir.

Elle savait maintenant que c'était faux.

Une voix derrière elle la fit sourire.

— Tu réfléchis encore trop.

Élise.

Léa se retourna.

— Je pensais à avant.

— Mauvaise idée.

— Pourquoi ?

Élise vint s'asseoir près d'elle.

— Parce qu'on a enfin une vie intéressante.

Léa éclata de rire.

— Une vie intéressante ?

— Oui. Et sans fantômes, s'il te plaît.

— Marché conclu.

Elles rirent encore.

Puis Élise regarda le ciel.

— Tu crois qu'un jour on racontera cette histoire en riant ?

Léa réfléchit.

— Peut-être.

— Moi, j'aimerais.

— Alors faisons en sorte que ce soit possible.

Élise lui tendit la main.

Léa la prit.

Elles restèrent ainsi quelques instants.

Deux filles qui avaient traversé quelque chose qu'elles n'auraient jamais dû avoir à vivre.

Mais qui avaient réussi à sortir de l'autre côté.

Sans pacte.

Sans miroir.

Sans deuxième visage.

Seulement elles-mêmes.

Au loin, l'horloge sonna minuit.

Léa regarda l'heure.

Puis elle sourit.

— Tu sais quoi ?

— Quoi ?

— Demain, on commence une nouvelle vie.

Élise serra sa main.

— Non.

Elle sourit.

— Elle a déjà commencé.

Et cette fois, aucune ombre ne vint troubler leur silence.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 47 : LE MANUSCRIT

Le lendemain, Élise se leva avant tout le monde.

Son manuscrit était posé sur la table.

Elle l'avait relu toute la nuit.

Chaque page contenait une partie de leur histoire.

Certaines étaient difficiles à relire.

D'autres lui arrachaient encore un sourire.

Elle arriva au dernier chapitre.

Ses doigts restèrent immobiles au-dessus du clavier.

Elle avait écrit plusieurs fins.

Une où Léa quittait la maison.

Une où elles oubliaient tout.

Une où Clara revenait.

Elle avait finalement tout supprimé.

Parce qu'aucune de ces fins ne ressemblait à leur réalité.

Elle prit son stylo et écrivit :

« Elles n'eurent pas une vie parfaite.

Elles eurent simplement enfin le droit de choisir la leur. »

Puis elle posa le stylo.

— Voilà.

Derrière elle, Léa sourit.

— Tu as fini ?

Élise se retourna.

— Oui.

— Définitivement ?

— Définitivement.

Léa s'approcha et regarda la dernière page.

— Alors tu peux l'envoyer.

Élise inspira profondément.

Son doigt resta quelques secondes au-dessus du bouton.

Puis elle appuya.

MANUSCRIT ENVOYÉ.

Elle regarda l'écran.

C'était fait.

Pas de lumière.

Pas de bruit.

Pas de signe mystérieux.

Juste une notification ordinaire.

Léa éclata de rire.

— Après tout ce qu'on a vécu, notre plus grande peur, c'est un bouton « envoyer ».

Élise rit à son tour.

— Apparemment.

---

Quelques jours plus tard, une réponse arriva.

Élise ouvrit le message.

Elle le lut une fois.

Puis une deuxième.

— Alors ?

Léa attendait devant elle.

Élise leva lentement les yeux.

— Ils veulent publier le livre.

Léa resta silencieuse.

— Tu plaisantes ?

Élise secoua la tête.

Léa la prit dans ses bras.

Elles rirent, pleurèrent, puis rirent encore.

Alberta arriva dans la pièce.

— Qu'est-ce qui se passe ?

Élise sourit.

— Ils ont accepté.

Alberta comprit.

Elle resta immobile quelques secondes.

Puis elle les rejoignit.

— Clara aurait été fière.

Élise sourit.

— Je crois aussi.

---

Le livre sortit quelques mois plus tard.

Les noms avaient été changés.

Certains événements avaient été racontés différemment.

Mais l'essentiel était resté.

La peur.

Les secrets.

La perte.

L'amitié.

Et surtout la liberté.

Le titre était simple.

LE DEUXIÈME VISAGE.

Léa tenait le premier exemplaire entre ses mains.

Elle caressa doucement la couverture.

— Tu réalises ?

Élise sourit.

— Oui.

— Notre histoire est maintenant dans les mains de personnes qui ne savent même pas ce qu'on a vécu.

— Peut-être.

Elle regarda le livre.

— Mais elles pourront comprendre quelque chose.

— Quoi ?

Élise répondit :

— Qu'on peut survivre à ce qui voulait nous définir.

Léa sourit.

Puis elle ouvrit le livre.

Sur la première page, une dédicace était inscrite :

« À ceux qui ont passé leur vie à chercher leur propre visage.

Puissent-ils avoir le courage de regarder enfin dans le miroir. »

Léa sentit ses yeux se remplir de larmes.

— C'est magnifique.

Élise referma doucement le livre.

— Maintenant, c'est vraiment fini.

Léa la regarda.

Cette fois, elle ne protesta pas.

Parce qu'elle savait qu'Élise avait raison.

L'histoire qu'elles avaient vécue pouvait continuer dans les souvenirs des autres.

Mais leur propre histoire, elle, continuait ailleurs.

Dans les journées ordinaires.

Dans les projets.

Dans les rires.

Dans les choix qu'elles feraient encore.

Et surtout dans cette liberté qu'elles avaient gagnée.

Le passé avait enfin cessé de leur demander quelque chose.

Il ne restait plus qu'à vivre.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 48 : LE MIROIR

Quelques semaines après la sortie du livre, Élise revint chez Léa.

Cette fois, elle n'avait pas son carnet.

Elle tenait simplement un petit sac à la main.

— Tu repars déjà ? demanda Léa en souriant.

— Non.

Élise regarda la maison.

— Je crois que j'ai envie de rester quelques jours.

— Quelques jours seulement ?

— Peut-être plus.

Léa sourit.

— Alors tu es la bienvenue.

Elles entrèrent.

La maison était calme.

Alberta était dans la cuisine avec Mariana et Gabriel.

La vie avait pris son cours.

Personne ne parlait plus du pacte à chaque repas.

Personne ne vérifiait les portes avant de dormir.

Personne ne comptait les miroirs.

C'était devenu un souvenir.

Un mauvais souvenir, certes.

Mais un souvenir.

---

Dans l'après-midi, Léa et Élise montèrent au grenier.

Elles cherchaient des décorations lorsqu'Élise aperçut une vieille couverture.

— Attends.

Elle tira dessus.

Un objet apparut dessous.

Un miroir.

Léa se figea.

Pendant quelques secondes, aucune des deux ne bougea.

Le miroir n'était pas grand.

Son cadre était ancien, couvert de poussière.

Mais elles reconnurent immédiatement le motif gravé sur le bois.

Le même symbole que celui de l'ancien miroir.

Élise murmura :

— Je croyais qu'ils avaient tous été détruits.

Léa s'approcha.

— Moi aussi.

Elle tendit la main.

Puis s'arrêta.

Autrefois, elle aurait paniqué.

Elle aurait appelé Alberta.

Elle aurait cherché une explication.

Cette fois, elle prit simplement un chiffon et nettoya le verre.

Leur reflet apparut.

Deux filles.

Deux visages.

Rien d'autre.

Élise regarda attentivement.

— Tu vois quelque chose ?

— Non.

— Moi non plus.

Léa sourit.

— Alors c'est juste un miroir.

Élise éclata de rire.

— On a vraiment changé.

— Beaucoup.

Elles restèrent devant leur reflet.

Léa observa son visage.

Elle pensa à tout ce qu'elle avait vécu.

À l'époque où elle avait peur de voir son propre reflet.

À cette sensation d'être observée.

À cette impression qu'une autre personne vivait derrière ses yeux.

Aujourd'hui, elle regardait simplement Léa.

Elle-même.

Elle posa doucement sa main sur le verre.

— Je ne te déteste plus.

Élise la regarda.

— Tu parles à ton reflet ?

— Oui.

— Tu es bizarre.

Léa rit.

— Peut-être.

Puis elle ajouta doucement :

— Mais je crois que je lui dois des excuses.

Élise comprit.

— Pour toutes les fois où tu as voulu être quelqu'un d'autre ?

Léa hocha la tête.

— Pour toutes les fois où je pensais que je n'étais pas assez.

Élise posa sa main sur son épaule.

— Tu l'es.

Léa sourit.

---

Le soir, elles montrèrent le miroir à Alberta.

Elle resta longtemps devant lui.

Gabriel s'approcha.

— On devrait le jeter.

Alberta secoua la tête.

— Non.

Il la regarda, surpris.

— Pourquoi ?

Elle posa la main sur le cadre.

— Parce que ce n'est plus lui qui décide de ce que nous sommes.

Elle regarda Léa.

— Si nous détruisons tout ce qui nous rappelle le passé, nous finirons par avoir peur de nos propres souvenirs.

Léa hocha la tête.

— Alors qu'est-ce qu'on en fait ?

Alberta réfléchit.

— On le garde.

Mariana fronça les sourcils.

— Ici ?

— Oui.

Elle sourit.

— Mais pas caché.

Le lendemain, elles installèrent le miroir dans le couloir.

À un endroit où tout le monde pouvait le voir.

Chaque matin, chacun passait devant.

Et chaque fois, il ne renvoyait qu'une seule chose.

La vérité.

Pas celle du pacte.

Pas celle des morts.

Pas celle des secrets.

La vérité de ceux qui étaient encore là.

---

Quelques jours plus tard, Élise repartit.

Avant de monter dans la voiture, elle se tourna vers Léa.

— Tu sais quoi ?

— Quoi ?

— Je crois que c'est la première fois que je pars d'ici sans avoir envie de regarder derrière moi.

Léa sourit.

— Moi aussi.

Élise monta dans la voiture.

Puis elle baissa la vitre.

— Léa !

— Oui ?

— Continue d'écrire.

Léa rit.

— Pourquoi ?

— Parce que tu as encore beaucoup d'histoires à raconter.

La voiture démarra.

Léa la regarda partir.

Puis elle entra dans la maison.

Dans le couloir, elle s'arrêta devant le miroir.

Son reflet la regardait.

Un seul visage.

Le sien.

Elle sourit.

— À demain.

Puis elle continua son chemin.

Et derrière elle, le miroir resta parfaitement immobile.

Pour toujours.


LE DEUXIÈME VISAGE — CHAPITRE 49 : LE DERNIER ANNIVERSAIRE

Un an s'était écoulé depuis la destruction du pacte.

Ce jour-là, toute la famille était réunie.

La maison était pleine de vie.

Des rires résonnaient dans le jardin, la musique venait du salon et une grande table avait été installée dehors.

C'était l'anniversaire de Léa.

Elle regardait les personnes autour d'elle avec une étrange sensation.

Autrefois, elle aurait pensé que quelque chose allait forcément arriver.

Un événement.

Un signe.

Une menace.

Aujourd'hui, elle savait simplement profiter du moment.

Élise arriva avec un cadeau.

— Joyeux anniversaire.

Léa prit le paquet.

— Tu n'aurais pas dû.

— Je sais.

Elle sourit.

— Ouvre.

À l'intérieur se trouvait un petit album.

Léa l'ouvrit.

La première photographie était celle de leur première rencontre.

Puis venaient des photos prises après.

Elles riaient.

Elles voyageaient.

Elles mangeaient ensemble.

Elles avaient même une photo où elles faisaient une grimace devant le miroir du couloir.

Léa éclata de rire.

— Celle-là est horrible !

— C'est ma préférée.

Léa tourna encore une page.

La dernière était blanche.

— Pourquoi elle est vide ?

Élise haussa les épaules.

— Parce qu'elle est pour quelque chose qu'on n'a pas encore vécu.

Léa sourit.

— J'aime bien.

Elles se regardèrent.

Puis Léa referma l'album.

---

Après le repas, Alberta demanda à Léa de la rejoindre seule.

Elles s'installèrent sous l'arbre.

— Tu es heureuse ?

La question surprit Léa.

Elle réfléchit.

— Oui.

Alberta sourit.

— Alors j'ai réussi quelque chose.

— Quoi ?

— Te laisser vivre.

Léa prit sa main.

— Tu n'as pas besoin de me protéger de tout.

— Je sais.

Alberta regarda la maison.

— C'est difficile pour une mère d'apprendre à laisser partir quelqu'un qu'elle a passé sa vie à protéger.

Léa posa sa tête contre son épaule.

— Je ne pars nulle part.

— Je sais.

Alberta sourit.

— Mais un jour, tu partiras.

Léa regarda devant elle.

Cette idée ne lui faisait plus peur.

Parce qu'elle savait maintenant qu'un départ n'était pas forcément une perte.

Parfois, c'était simplement une autre façon d'avancer.

---

Plus tard, lorsque tout le monde fut parti se coucher, Léa resta seule dans le jardin.

Elle regarda le ciel.

— Tu aurais aimé cette journée, Nathan.

Une brise passa.

Elle ferma les yeux.

Puis elle murmura :

— Merci de m'avoir appris à vivre.

Elle n'attendit aucune réponse.

Elle n'en avait pas besoin.

Elle sourit simplement.

Puis elle rentra.

Dans le couloir, le miroir refléta son visage.

Un seul.

Léa s'arrêta.

— Bonne nuit.

Et elle continua son chemin.

CHAPITRE 50 : CE QUI NOUS APPARTIENT

Quelques jours plus tard, Élise retrouva Léa dans la bibliothèque.

Elle tenait son livre publié entre ses mains.

— Regarde.

Elle lui montra la dernière page.

Une nouvelle phrase avait été ajoutée.

« Certaines histoires sont écrites par les morts.

D'autres sont écrites par ceux qui restent.

Mais la plus importante est celle que chacun décide de vivre. »

Léa resta silencieuse.

— Tu veux modifier la fin ? demanda-t-elle.

Élise secoua la tête.

— Non.

Elle ferma le livre.

— Je veux simplement ajouter ça.

Léa sourit.

— Alors fais-le.

Élise sortit un stylo.

Mais avant d'écrire, elle s'arrêta.

— Tu sais ce que je pensais autrefois ?

— Quoi ?

— Que je n'aurais jamais une vie normale.

Léa sourit.

— Et maintenant ?

Élise regarda autour d'elle.

— Maintenant, je trouve la vie normale magnifique.

Léa rit.

— Moi aussi.

Elles sortirent dans le jardin.

La maison était derrière elles.

Cette maison qui avait été le centre de tant de secrets.

Elle n'était plus une prison.

Elle n'était plus un lieu maudit.

Elle était simplement une maison.

Un endroit où des gens avaient vécu.

Aimé.

Souffert.

Et finalement appris à pardonner.

---


Alberta sortit à son tour.

Elle tenait un vieil album.

— J'ai quelque chose à vous montrer.

Elles s'assirent.

Alberta ouvrit l'album.

À l'intérieur se trouvaient les photographies de toute la famille.

Clara.

Nathan.

Les générations précédentes.

Puis Léa.

Élise.

Tout le monde.

Alberta ajouta une dernière photographie.

Celle prise le jour de l'anniversaire de Léa.

Elle la plaça à la fin.

— Voilà.

Léa sourit.

— Pourquoi la dernière ?

Alberta secoua la tête.

— Pas la dernière.

Elle referma l'album.

— La plus récente.

Léa comprit.

Il n'y aurait jamais vraiment de dernière photographie.

Parce que la vie continuerait.

D'autres moments viendraient.

D'autres souvenirs.

D'autres personnes.

Et cela était précisément le contraire d'une malédiction.

C'était la vie.

---

Le soir, Léa monta dans sa chambre.

Elle ouvrit son tiroir.

Le bracelet de Nathan était toujours là.

Elle le prit.

Puis elle le regarda longuement.

Elle aurait pu le ranger à nouveau.

Mais cette fois, elle le porta à son poignet.

Il n'y eut aucune lumière.

Aucune voix.

Aucun miracle.

Juste le bracelet.

Et cela lui suffisait.

Elle regarda son reflet.

— Je suis Léa.

Elle sourit.

— Et je n'ai besoin d'être personne d'autre.

Dans le couloir, Élise l'appelait.

— Léa !

— J'arrive !

Elle sortit de sa chambre.

Avant de fermer la porte, elle jeta un dernier regard au miroir.

Son reflet lui sourit.

Elle aussi.

Puis elle éteignit la lumière.

Et elle partit rejoindre les autres.

---


Des années plus tard, certaines personnes parleraient encore de cette histoire.

Certains diraient que le pacte avait réellement existé.

D'autres parleraient d'une légende.

Certains ne croiraient jamais un seul mot.

Mais Léa ne chercherait plus à convaincre personne.

Parce qu'elle connaissait la vérité.

Elle savait ce qu'elle avait vécu.

Elle savait ce qu'elle avait perdu.

Et surtout, elle savait ce qu'elle avait gagné.

Sa liberté.

Élise avait continué à écrire.

Léa avait continué à construire sa vie.

Alberta avait enfin appris à parler de Clara sans trembler.

Mariana avait retrouvé le sourire.

Gabriel avait cessé de vivre dans la culpabilité.

Et Nathan...

Nathan était devenu un souvenir.

Pas une blessure.

Un souvenir.

Un amour qui avait existé.

Une présence qui avait compté.

Puis un jour, Léa retourna dans le jardin.

Elle s'assit sous l'arbre.

Élise vint la rejoindre.

Elles ne parlèrent pas.

Elles regardèrent simplement le soleil descendre derrière les arbres.

Après quelques minutes, Élise demanda :

— Tu regrettes quelque chose ?

Léa réfléchit.

Longtemps.

Puis elle répondit :

— Oui.

Élise la regarda.

— Quoi ?

Léa sourit tristement.

— J'aurais aimé que tout cela ne nous arrive jamais.

Élise hocha la tête.

— Moi aussi.

Un silence.

Puis Léa ajouta :

— Mais je ne regrette pas ce qu'on est devenues.

Élise sourit.

— Moi non plus.

Elles se prirent dans les bras.

Le soleil disparut lentement.

La nuit arriva.

Et cette fois, aucune peur ne l'accompagna.

Léa ferma les yeux.

Elle entendit les voix de sa famille dans la maison.

Des rires.

Des pas.

La vie.

Elle sourit.

Pendant longtemps, elle avait cherché son deuxième visage.

Elle avait cru qu'il était une autre personne.

Une menace.

Une malédiction.

Elle avait finalement compris.

Son deuxième visage n'avait jamais été quelqu'un qu'elle devait combattre.

C'était la partie d'elle qui avait survécu.

La partie qui avait eu peur.

La partie qui avait souffert.

La partie qui avait finalement appris à se regarder sans honte.

Elle n'avait pas détruit ce visage.

Elle l'avait accepté.

Et c'est ainsi qu'elle avait enfin pu devenir entière.

Léa ouvrit les yeux.

— On rentre ?

Élise se leva.

— Oui.

Elles avancèrent vers la maison.

La porte s'ouvrit.

La lumière les enveloppa.

Elles entrèrent.

Puis la porte se referma doucement derrière elles.

Il n'y avait plus de pacte.

Plus de secret.

Plus de miroir capable de décider de leur destin.

Seulement une famille.

Deux amies.

Des souvenirs.

Et toute une vie devant elles.

FIN DE LA SAISON 2.

FIN DE L'HISTOIRE.

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