Chapter 2
Chapitre 15 — Le prix du silence
Le lendemain matin, Élise reçut une petite boîte noire.
Aucun mot ne l'accompagnait.
À l'intérieur reposait un bracelet serti de pierres précieuses.
Elle le regarda longtemps.
Elle n'avait pas besoin de demander d'où il venait.
Athanase venait de lui faire une première proposition.
Et surtout, il venait de lui montrer qu'il était prêt à payer.
Élise referma la boîte.
Elle aurait pu rendre le bracelet.
Elle ne le fit pas.
---
À midi, elle se rendit dans le cabinet du Roi.
Athanase était debout devant une fenêtre.
— Vous avez reçu mon cadeau.
— Oui.
— Il vous plaît ?
Élise posa la boîte sur son bureau.
— Il est magnifique.
— Alors gardez-le.
Elle ne bougea pas.
— Je ne veux pas seulement des bijoux.
Athanase se retourna.
— Que voulez-vous ?
Élise le regarda droit dans les yeux.
— Une garantie.
Le visage du Roi se ferma.
— Une garantie de quoi ?
— Que si je garde votre secret, vous ne me sacrifierez pas lorsque les choses deviendront compliquées.
Un silence.
— Vous pensez donc que je pourrais vous trahir ?
— Je pense que vous avez déjà trahi des personnes qui vous faisaient confiance.
Cette phrase toucha Athanase.
Mais il ne montra rien.
— Que voulez-vous exactement ?
Élise répondit calmement :
— De l'argent. Une sécurité financière. Et une place qui me permette de ne dépendre de personne.
Athanase l'observa.
— Vous négociez avec votre beau-père comme avec un marchand.
— Parce que vous négociez avec moi comme avec quelqu'un que vous pouvez acheter.
Le Roi eut un sourire froid.
— Vous avez beaucoup appris en peu de temps.
— J'ai eu un excellent professeur.
---
Dans les couloirs, Naïra cherchait Kaël.
Elle le trouva dans la bibliothèque.
— Il faut qu'on parle.
Kaël referma son livre.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— J'ai découvert quelque chose.
Elle lui montra une copie du document trouvé dans les archives.
— Ce n'est pas seulement mon identité qui a été falsifiée.
Kaël parcourut les lignes.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Quelqu'un a modifié les registres du royaume juste après la mort de ma mère.
Kaël comprit immédiatement.
— Donc il y avait quelqu'un pour effacer les traces.
— Oui.
— Un complice ?
Naïra hocha la tête.
— Probablement.
Kaël se leva.
— Il faut retrouver cette personne.
— Et si elle travaille encore au palais ?
Ils se regardèrent.
Cette possibilité était inquiétante.
---
Pendant ce temps, Élise retourna dans sa chambre.
Elle ouvrit son coffre et y plaça le bracelet.
Puis elle sortit les documents qu'elle avait récupérés.
Elle les relut.
Elle commençait à comprendre quelque chose.
Le véritable pouvoir n'était pas dans les bijoux.
Il était dans les informations.
Plus elle en savait, plus elle pouvait négocier.
Elle prit une feuille et nota plusieurs noms.
Mara.
L'ancien Roi.
Athanase.
Éléonore.
Puis un autre nom apparut dans les archives :
Dorian.
Ancien secrétaire personnel du prince Athanase.
Élise se souvenait vaguement de ce nom.
Mais il n'apparaissait plus dans aucun registre récent.
Elle chercha davantage.
Une seule information ressortit.
Dorian avait quitté le palais peu après le couronnement d'Athanase.
Élise fronça les sourcils.
— Où es-tu passé ?
---
Le soir, elle retrouva Kaël.
Il remarqua immédiatement qu'elle semblait préoccupée.
— Tu as découvert quelque chose ?
Élise hésita.
Elle pouvait lui parler de Dorian.
Mais elle pensa à Athanase.
Puis au marché qu'ils venaient de conclure.
Elle décida de ne pas tout révéler.
— J'ai trouvé un ancien nom dans les archives.
Kaël attendit.
— Dorian. Il travaillait pour ton père avant son couronnement.
Kaël réfléchit.
— Je connais ce nom.
— Tu sais où il est ?
— Non.
— Alors il faut le retrouver.
Kaël acquiesça.
— Pourquoi ?
Élise le regarda.
— Parce qu'il pourrait être le seul homme encore vivant à connaître toute l'histoire.
---
Dans la chambre de la Reine, Éléonore reçut une visite inattendue.
Athanase.
Elle le regarda entrer.
— Tu viens me parler ?
— Oui.
Il s'assit près d'elle.
— Kaël cherche Dorian.
Éléonore pâlit.
— Dorian ?
— Il fouille les archives.
— Alors il est allé trop loin.
Athanase resta silencieux.
— Il ne doit pas le retrouver, dit-il finalement.
Éléonore le regarda.
— Pourquoi ?
— Parce que Dorian sait ce qui s'est passé la nuit où mon père est mort.
La Reine ferma les yeux.
— Tu ne peux pas continuer éternellement.
— Je le sais.
— Alors pourquoi ne pas tout avouer ?
Athanase se leva.
— Parce qu'un roi peut survivre à une erreur.
Il marqua une pause.
— Mais pas à la vérité entière.
---
Cette nuit-là, Naïra se rendit seule dans la vieille chapelle.
Elle voulait voir une dernière fois le portrait de son grand-père.
Elle s'approcha du cadre.
Puis elle remarqua quelque chose qu'elle n'avait jamais vu auparavant.
Une petite inscription derrière le tableau.
Elle passa ses doigts dessus.
Une phrase.
« Si la vérité est retrouvée, cherchez celui qui a quitté le royaume. »
Naïra comprit immédiatement.
Dorian.
Elle sortit rapidement de la chapelle.
Mais avant qu'elle ne puisse atteindre la porte, une voix résonna derrière elle.
— Vous cherchez Dorian ?
Naïra se retourna.
Un homme âgé se tenait dans l'ombre.
Elle le reconnut après quelques secondes.
Un ancien domestique.
— Qui êtes-vous ?
L'homme regarda autour de lui.
— Quelqu'un qui était là.
— Lorsque mon père est devenu Roi ?
Il acquiesça.
— Et lorsque votre mère est morte.
Naïra sentit son souffle se couper.
— Vous connaissez la vérité ?
L'homme s'approcha.
— Une partie.
— Alors racontez-moi.
Il secoua la tête.
— Pas ici.
Il lui tendit un morceau de papier.
— Retrouvez Dorian.
Naïra prit le papier.
— Où ?
L'homme murmura une adresse.
Puis il s'éloigna.
Naïra resta seule.
Elle regarda le papier.
Puis le palais.
Elle savait désormais qu'elle n'était plus simplement à la recherche de son passé.
Elle était à la recherche de témoins.
Et chaque témoin rapprochait dangereusement la vérité d'Athanase.
---
Au même moment, dans une autre aile du palais, Élise reçut un second message.
Cette fois, il n'y avait ni cadeau ni promesse.
Seulement quelques mots :
« Si vous voulez vraiment négocier avec le Roi, vous devez savoir ce qu'il cache encore. Venez seule. »
Élise relut le message.
Elle aurait dû le brûler.
Elle le conserva.
Puis elle sourit légèrement.
Elle venait de comprendre quelque chose.
Athanase pensait acheter son silence.
Mais quelqu'un d'autre venait de lui offrir une information.
Et une information pouvait avoir plus de valeur qu'une fortune.
Elle plia le papier.
— Très bien.
Dans le palais, les secrets changeaient maintenant de mains.
Et personne ne savait encore qui finirait par en posséder le plus.
Chapitre 16 — Le témoin
Le message indiquait une heure.
Minuit.
Élise attendit que le palais s'endorme.
Elle ne prévint personne.
Pas même Kaël.
Elle quitta discrètement ses appartements et emprunta un escalier secondaire qui menait vers l'ancienne aile du palais.
À mesure qu'elle avançait, les couloirs devenaient plus sombres.
Elle arriva finalement devant une porte abandonnée.
Elle l'ouvrit.
Une lampe était allumée à l'intérieur.
— Entrez.
Élise reconnut immédiatement la voix.
Le vieil homme de la chapelle.
Elle referma la porte.
— Vous êtes celui qui m'a envoyé le message.
— Oui.
— Qui êtes-vous ?
L'homme resta dans l'ombre.
— Je m'appelle Gabriel.
Élise observa son visage.
— Vous travailliez ici ?
— Pendant trente-sept ans.
— Et vous connaissiez Mara ?
Il acquiesça.
— Je l'ai vue arriver au palais.
Élise sentit son attention se tendre.
— Que s'est-il réellement passé ?
Gabriel soupira.
— Mara savait qu'Athanase était le père de son enfant.
— Naïra.
— Oui.
— Et elle voulait le révéler ?
— Elle voulait surtout que sa fille ne grandisse pas dans le mensonge.
Élise serra les doigts.
— La lettre qu'elle avait écrite à la future Reine...
— Je savais qu'elle existait.
— Vous l'avez vue ?
— Non. Mais je savais qu'elle avait été écrite.
Gabriel s'approcha.
— Quelques jours avant le mariage, Mara a disparu.
Élise le fixa.
— Et personne n'a enquêté ?
— L'ordre venait d'en haut.
— Athanase ?
Gabriel ne répondit pas.
Mais son silence suffisait.
---
Élise resta silencieuse.
Puis elle posa une question :
— Et le vieux Roi ?
Gabriel détourna le regard.
— Il avait découvert la vérité.
— Comment ?
— Mara lui avait parlé.
Élise sentit son cœur accélérer.
— Elle avait donc réussi à lui parler avant de mourir ?
— Oui.
— Que s'est-il passé ensuite ?
Gabriel baissa la voix.
— Le vieux Roi a convoqué Athanase.
— Et après ?
— Ils se sont disputés.
— À propos de Naïra ?
— À propos de tout.
Gabriel regarda Élise.
— La succession. Mara. L'enfant. Le mariage avec Éléonore.
Il marqua une pause.
— Le vieux Roi menaçait de retirer à Athanase son droit au trône.
Élise comprit.
— Et le lendemain, il était mort.
Gabriel acquiesça.
---
— Vous avez vu Athanase cette nuit-là ?
— Oui.
— Où ?
— Dans les appartements du Roi.
— À quelle heure ?
Gabriel hésita.
— Peu avant minuit.
Élise retint son souffle.
— Et quand vous êtes reparti ?
— Athanase était toujours là.
— Était-il seul ?
Gabriel secoua la tête.
— Non.
— Qui était avec lui ?
Le vieil homme regarda la porte.
— Dorian.
Élise se figea.
— Son secrétaire ?
— Oui.
— Alors Dorian sait tout.
— Dorian sait beaucoup de choses.
Gabriel s'approcha encore.
— Mais il a disparu parce qu'il avait compris qu'il serait le prochain.
---
Élise prit une profonde inspiration.
— Pourquoi me raconter tout cela ?
Gabriel sourit tristement.
— Parce que je suis vieux.
— Ce n'est pas une réponse.
— J'ai gardé le silence trop longtemps.
Il sortit une enveloppe de sa veste.
— Et parce que Mara m'avait demandé de faire quelque chose si jamais sa fille découvrait la vérité.
Élise regarda l'enveloppe.
— Qu'y a-t-il dedans ?
— Une copie de la lettre.
Elle resta immobile.
La lettre de Mara.
Une preuve directe de l'identité de Naïra.
Mais surtout...
un document qu'Athanase croyait probablement disparu.
Élise tendit la main.
Gabriel la retint.
— Il y a une condition.
— Laquelle ?
— Vous devez protéger Naïra.
Élise le regarda.
— Pourquoi moi ?
— Parce que vous êtes proche du Roi.
Elle comprit.
Gabriel savait.
Il avait observé les changements.
Les cadeaux.
Les conversations.
La proximité grandissante entre elle et Athanase.
— Vous pensez que je peux l'influencer ?
— Je pense que vous pouvez lui faire peur.
Élise prit finalement l'enveloppe.
— Et si je décide de m'en servir pour moi ?
Gabriel la fixa longuement.
— Alors vous ne serez pas différente de lui.
Cette phrase la toucha.
Mais elle ne répondit pas.
---
À son retour, Élise trouva Kaël éveillé.
Il était assis près de la fenêtre.
— Où étais-tu ?
Elle s'arrêta.
— Je ne pouvais pas dormir.
Kaël se leva.
— Élise.
Elle comprit qu'il avait deviné qu'elle mentait.
— Je suis désolée.
— Tu es sortie seule ?
Elle hocha la tête.
— Pourquoi ?
Elle regarda l'enveloppe dissimulée dans sa robe.
— J'ai rencontré quelqu'un.
Kaël s'approcha.
— Qui ?
Élise hésita.
Puis elle prononça :
— Un témoin.
Le visage de Kaël changea.
— Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
— Que ton père était avec Dorian la nuit où ton grand-père est mort.
Kaël resta silencieux.
Puis il demanda :
— Et Mara ?
Élise sortit l'enveloppe.
— Il m'a donné ça.
Kaël regarda le sceau.
Il comprit immédiatement.
— C'est sa lettre ?
Élise acquiesça.
Kaël la prit avec précaution.
Ses mains tremblaient.
Il ne l'ouvrit pas.
Pas encore.
— Pourquoi ne pas me l'avoir donnée immédiatement ?
Élise baissa les yeux.
— Parce que je ne savais pas quoi en faire.
Kaël la regarda.
— Et maintenant ?
Elle répondit honnêtement :
— Je ne sais toujours pas.
---
Le lendemain, Naïra apprit l'existence de Gabriel.
Elle voulut immédiatement le rencontrer.
Mais lorsqu'elle arriva à l'endroit où il travaillait autrefois, elle ne trouva personne.
La pièce était vide.
Sur la table reposait seulement un objet.
Une vieille clé.
Et un mot.
« Trop tard. »
Naïra sentit son cœur se serrer.
Elle comprit qu'Athanase avait probablement découvert l'existence du témoin.
Elle courut vers les appartements de Kaël.
Il n'y était pas.
Elle se rendit alors chez Élise.
Elle frappa.
Aucune réponse.
Elle ouvrit.
Élise était devant la fenêtre.
— Où est Gabriel ?
Élise se retourna.
Son visage devint grave.
— Tu le connaissais ?
— Je devais le rencontrer.
Élise resta silencieuse.
Naïra comprit.
— Il t'a parlé.
— Oui.
— Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
Élise s'approcha.
Puis elle lui tendit la lettre.
— Lis.
Naïra prit l'enveloppe.
Elle reconnut l'écriture avant même de l'ouvrir.
Ses yeux se remplirent de larmes.
— C'est celle de ma mère.
— Oui.
Naïra ouvrit doucement la lettre.
Et lut les premiers mots.
Son visage changea.
Parce que, pour la première fois depuis seize ans, elle allait entendre directement la voix de sa véritable mère.
Mais elle ignorait encore que les dernières lignes de cette lettre allaient révéler un secret bien plus dangereux que son identité.
Un secret concernant Athanase.
Et la nuit où le vieux Roi était mort.
Le passé venait enfin de parler.
Chapitre 17 — La lettre de Mara
Naïra resta immobile devant la première ligne.
Elle connaissait l'écriture sans jamais l'avoir réellement connue.
C'était étrange.
Comme si une inconnue lui parlait directement depuis un passé qu'on lui avait volé.
Elle inspira profondément.
Puis elle lut.
«« À celle qui élèvera mon enfant,
Si cette lettre arrive jusqu'à vous, c'est que je n'ai pas réussi à protéger ma fille moi-même.
Son nom est Naïra.
Elle est née de l'amour que j'ai eu pour Athanase.
Je ne lui demande pas de devenir princesse. Je ne lui demande pas de prendre une place qui ne lui appartient pas. Je vous demande seulement de lui permettre de vivre.
Athanase m'a promis qu'il la protégerait. Je veux le croire. Mais depuis quelque temps, je comprends que le pouvoir a changé l'homme que j'aimais.
Il veut épouser Éléonore. Il veut devenir Roi. Et il sait que l'existence de notre fille pourrait compromettre son avenir.
Je crains désormais pour ma vie.
Si quelque chose m'arrive, ne laissez jamais Athanase faire de Naïra une honte ou un secret qu'il pourra effacer.
Elle est son sang.
Et si un jour vous découvrez que le vieux Roi connaissait mon existence, sachez qu'Athanase aura une raison de craindre ce qu'il pourrait révéler. »»
Naïra s'arrêta.
Ses mains tremblaient.
Elle releva lentement les yeux.
— Elle savait...
Élise ne répondit pas.
— Elle savait qu'il voulait devenir Roi.
— Oui.
Naïra regarda de nouveau la lettre.
— Mais elle ne savait pas encore qu'il allait la tuer.
Sa voix se brisa.
— Elle lui faisait confiance.
Élise s'approcha.
— Naïra...
— Elle l'aimait.
Une larme tomba sur le papier.
— Et lui l'a tuée.
---
Kaël entra quelques minutes plus tard.
Lorsqu'il vit sa sœur avec la lettre dans les mains, il comprit immédiatement.
— Tu l'as lue.
Naïra hocha la tête.
Kaël s'approcha.
— Je suis désolé.
Elle le regarda.
— Elle t'aurait aimé.
Kaël resta silencieux.
— Tu lui ressembles ?
Naïra sourit tristement.
— Je ne sais pas.
Elle lui tendit la lettre.
Kaël la lut à son tour.
À mesure qu'il avançait, son expression se durcissait.
Lorsqu'il arriva à la dernière phrase, il releva les yeux.
— Mon grand-père savait.
— Oui.
— Et mon père avait donc peur qu'il parle.
Naïra acquiesça.
Kaël resta quelques secondes silencieux.
Puis il murmura :
— J'ai passé quatre ans à le détester pour m'avoir chassé.
Il regarda la lettre.
— Maintenant, je comprends que je ne connaissais même pas l'homme que je détestais.
---
Une question demeurait.
Pourquoi Mara avait-elle écrit à Éléonore plutôt qu'à Athanase ?
Élise retourna la lettre.
Elle remarqua une petite marque au dos.
Un symbole.
— Regardez.
Kaël et Naïra se rapprochèrent.
— C'est le sceau de la maison royale, murmura Kaël.
Élise secoua la tête.
— Non.
Elle observa attentivement.
— C'est un symbole plus ancien.
Naïra le reconnut.
— La famille de mon grand-père.
Kaël releva les yeux.
— Alors Mara n'a pas seulement écrit à ta mère.
— Elle a peut-être envoyé une copie au vieux Roi, murmura Élise.
Le silence tomba.
Si c'était vrai, le vieux Roi aurait eu une preuve écrite de l'existence de Naïra.
Et Athanase aurait eu une raison encore plus forte de vouloir la récupérer.
---
Dans le bureau du Roi, Athanase venait d'apprendre que la lettre avait été retrouvée.
Le conseiller se tenait devant lui.
— Majesté, Gabriel a disparu.
Athanase serra la mâchoire.
— Et la lettre ?
— Elle n'est plus là.
Un silence glacial.
— Qui l'a ?
Le conseiller hésita.
— Élise.
Athanase ferma les yeux.
Il comprit immédiatement.
Élise détenait désormais quelque chose qu'il ne pouvait pas simplement reprendre par la force.
Parce qu'elle était la femme de son fils.
Parce qu'elle était devenue proche de Naïra.
Et parce qu'il avait lui-même commencé à lui offrir une place dans son monde.
Il se leva.
— Laissez-nous.
Le conseiller sortit.
Athanase resta seul.
Puis il murmura :
— Élise...
Son expression changea.
Il savait qu'il devait reprendre le contrôle.
Mais il ne savait pas encore que la jeune femme avait commencé à comprendre la valeur de ce qu'elle possédait.
---
Le soir venu, Élise reçut une nouvelle invitation.
Cette fois, elle ne fut pas surprise.
Elle savait qui l'attendrait.
Elle se rendit dans le petit salon privé du Roi.
Athanase était debout près de la cheminée.
— Vous avez quelque chose qui m'appartient.
Élise sourit légèrement.
— Non.
— Cette lettre appartient au royaume.
— Elle appartient à Mara.
— Elle contient des informations susceptibles de provoquer une crise politique.
— Alors vous devriez vous montrer généreux.
Athanase la fixa.
— Vous me faites chanter.
Élise soutint son regard.
— Je négocie.
— Avec votre Roi ?
— Avec un homme qui a quelque chose à perdre.
Un silence.
Athanase s'approcha.
— Que voulez-vous ?
Élise prit quelques secondes.
Puis elle répondit :
— Je veux une fortune.
Le Roi ne broncha pas.
— Combien ?
Elle annonça une somme.
Athanase resta silencieux.
— C'est beaucoup.
— Votre secret vaut davantage.
Il la regarda longuement.
Puis il demanda :
— Et après ?
Élise sourit.
— Après, nous verrons.
Athanase comprit.
Elle n'était pas venue vendre une seule fois son silence.
Elle voulait créer une dette.
Une dépendance.
Un rapport de force.
Il s'approcha davantage.
— Vous jouez à un jeu dangereux.
— Je sais.
— Et si je refuse ?
Élise sortit une copie de la lettre.
— Alors cette histoire ne restera plus entre nous.
Athanase la fixa.
Pour la première fois, il se trouvait devant quelqu'un qui n'avait pas seulement peur de lui.
Quelqu'un qui pouvait lui faire perdre son royaume.
---
Pendant ce temps, Kaël cherchait Naïra.
Il la trouva dans la chapelle.
Elle était devant le portrait de son grand-père.
— Je veux savoir exactement ce qui s'est passé cette nuit-là, dit-elle.
Kaël acquiesça.
— Moi aussi.
Elle se retourna.
— Alors on retrouvera Dorian.
— Oui.
— Et s'il est mort ?
Kaël regarda le portrait.
— Alors nous trouverons ceux qui savent où il est enterré.
Naïra inspira profondément.
— Je veux que mon père me regarde dans les yeux lorsqu'il devra répondre.
Kaël posa une main sur son épaule.
— Il répondra.
Naïra le regarda.
— Et toi ?
— Moi ?
— Tu vas faire quoi quand tout sera fini ?
Kaël resta silencieux.
Il ne connaissait pas la réponse.
Il avait quitté le royaume autrefois parce qu'il croyait que partir suffirait à effacer la douleur.
Mais maintenant, il comprenait.
On ne fuit pas son sang.
On ne fuit pas sa famille.
Et surtout...
on ne fuit pas une vérité qui attend depuis seize ans.
---
Au même moment, loin du palais, dans une ville située de l'autre côté de la frontière, un homme ouvrit une vieille malle.
Il en sortit plusieurs documents.
Parmi eux se trouvait une lettre.
Une seule phrase était visible :
« Si un jour Kaël revient, donnez-lui ceci. »
L'homme regarda le nom inscrit sur l'enveloppe.
Dorian.
Il avait survécu.
Et il détenait encore la dernière pièce du puzzle.
La preuve qui pouvait faire tomber Athanase.
Chapitre 18 — Dorian
Quatre jours plus tard, Kaël quitta le palais avant l'aube.
Il n'en parla qu'à Élise.
Naïra devait rester au royaume.
Éléonore était trop faible pour supporter une nouvelle agitation.
Et surtout, Athanase surveillait désormais chacun de leurs mouvements.
Kaël avait une adresse.
Celle que le vieux domestique avait donnée à Naïra.
Une ville située au-delà de la frontière.
Là-bas vivait peut-être Dorian.
L'homme qui avait été auprès d'Athanase la nuit où l'ancien Roi était mort.
Élise lui donna une dernière enveloppe.
— Si tu le retrouves, montre-lui ça.
Kaël regarda le sceau.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Une copie de la lettre de Mara.
Il releva les yeux.
— Tu me fais confiance ?
— Plus qu'à n'importe qui dans ce palais.
Il l'embrassa sur le front.
— Je reviendrai.
---
Le voyage dura deux jours.
Kaël arriva dans une petite ville moderne, très différente de son royaume.
Des immeubles élevés remplaçaient les anciennes forteresses.
Les voitures circulaient dans les rues.
Les cafés étaient remplis de jeunes gens.
Personne ne semblait se soucier de son identité.
Pendant quelques heures, Kaël eut presque l'impression de redevenir l'homme qu'il avait été pendant son exil.
Mais il n'était pas venu pour retrouver cette vie.
Il demanda l'adresse.
Un vieux commerçant lui indiqua une maison située à la périphérie de la ville.
Kaël s'y rendit seul.
Il frappa.
Aucune réponse.
Il frappa une seconde fois.
La porte s'ouvrit enfin.
Un homme âgé apparut.
Cheveux gris.
Visage marqué.
Mais le regard était vif.
Kaël le reconnut immédiatement.
— Dorian ?
L'homme resta silencieux.
Puis son visage pâlit.
— Vous êtes...
— Kaël.
Dorian recula.
— Vous n'auriez jamais dû revenir.
Kaël entra.
— J'ai besoin de la vérité.
Dorian referma la porte.
— La vérité a déjà coûté la vie à plusieurs personnes.
— Elle ne m'empêchera pas de la chercher.
Dorian le regarda longuement.
Puis il soupira.
— Vous ressemblez à votre grand-père.
Kaël sentit sa gorge se serrer.
— Vous étiez avec mon père cette nuit-là.
Dorian baissa les yeux.
— Oui.
— Racontez-moi.
---
Dorian resta silencieux plusieurs secondes.
Puis il commença.
— Votre grand-père avait découvert l'existence de Mara.
Kaël ne bougea pas.
— Il savait qu'elle avait eu un enfant avec votre père.
— Naïra.
— Oui.
Dorian continua :
— Le vieux Roi était furieux. Pas parce qu'il méprisait Mara. Au contraire. Il voulait protéger l'enfant.
— Alors pourquoi mon père l'a-t-il tué ?
Dorian leva les yeux.
— Parce que votre grand-père avait décidé de révéler la vérité avant le mariage.
Kaël sentit sa respiration se ralentir.
— Il voulait empêcher mon père d'épouser ma mère ?
— Non.
Dorian secoua la tête.
— Il voulait que votre père avoue tout à Éléonore avant le mariage.
Kaël ferma les yeux.
Tout devenait plus clair.
— Et mon père a refusé.
— Il a supplié son père de se taire.
— Et ensuite ?
Dorian hésita.
— Ils se sont disputés.
— Jusqu'où ?
— Très loin.
Dorian regarda ses mains.
— Votre père a frappé son père.
Kaël se figea.
— Il l'a frappé ?
— Une fois.
Silence.
— Votre grand-père est tombé.
Kaël serra les poings.
— Il est mort à cause de ce coup ?
— Non.
Dorian releva les yeux.
— Il était encore vivant.
Kaël sentit un froid parcourir son corps.
— Alors comment est-il mort ?
Dorian répondit d'une voix basse :
— Votre père lui a fait boire quelque chose.
Kaël resta immobile.
— Du poison.
Dorian acquiesça.
— Il savait exactement ce qu'il faisait.
---
Kaël détourna le regard.
Il avait voulu la vérité.
Maintenant qu'elle était devant lui, il aurait presque préféré l'ignorer.
— Pourquoi êtes-vous resté silencieux ?
Dorian eut un rire amer.
— Parce que j'avais peur.
— De lui ?
— De ce qu'il était devenu.
Il se leva.
— Après la mort de votre grand-père, il m'a ordonné de modifier les registres.
— Les registres de Naïra ?
— Oui.
— Et Mara ?
Dorian ferma les yeux.
— Je n'ai jamais vu son assassinat.
Kaël attendit.
— Mais je sais qu'elle devait disparaître.
— Qui a donné l'ordre ?
Dorian regarda Kaël.
— Athanase.
Le mot tomba comme une condamnation.
---
Kaël sortit la lettre de Mara.
— Elle avait écrit à ma mère.
Dorian la regarda.
Son visage changea.
— Cette lettre...
— Vous la connaissez ?
— J'ai vu Mara l'écrire.
Kaël se figea.
— Vous étiez là ?
— Oui.
Dorian s'approcha.
— Elle savait qu'elle était en danger.
Il posa un doigt sur l'enveloppe.
— Elle m'a demandé de faire parvenir une copie au vieux Roi.
Kaël comprit.
— C'est pour ça qu'il savait.
— Oui.
— Et vous avez gardé une copie ?
Dorian hocha la tête.
Il ouvrit sa vieille malle.
À l'intérieur se trouvaient plusieurs documents.
Puis il sortit une feuille.
— Voici la preuve.
Kaël la prit.
C'était une déclaration signée par Dorian.
Il y reconnaissait avoir assisté à la confrontation entre Athanase et son père.
Il confirmait également avoir reçu l'ordre de modifier les registres après la mort du Roi.
Kaël regarda le document.
— Pourquoi me donner ça maintenant ?
Dorian répondit :
— Parce que j'ai promis à votre grand-père que si un jour vous reveniez...
Il s'interrompit.
— Je devais vous raconter toute l'histoire.
---
Pendant ce temps, au palais, Athanase avait appris que Kaël avait quitté le royaume.
Il entra dans les appartements d'Élise.
— Où est-il ?
Elle releva les yeux.
— Qui ?
— Ne jouez pas avec moi.
Élise se leva.
— Je ne sais pas.
Athanase s'approcha.
— Vous savez très bien où il est allé.
— Même si je le savais, je ne vous le dirais pas.
Le Roi la fixa.
Puis son regard tomba sur une petite boîte ouverte.
Le bracelet qu'il lui avait offert était à l'intérieur.
Il eut un sourire sans joie.
— Vous avez accepté mes cadeaux.
— Oui.
— Et vous me menacez maintenant.
Élise répondit calmement :
— Vous m'avez appris que tout a un prix.
Athanase s'approcha encore.
— Vous ne savez pas à qui vous vous attaquez.
Elle soutint son regard.
— Et vous ne savez pas encore jusqu'où je suis prête à aller.
Le silence fut glacial.
Athanase finit par partir.
Élise attendit qu'il disparaisse.
Puis elle referma la porte.
Elle savait qu'elle venait de franchir une nouvelle limite.
---
Dans la chambre de la Reine, Éléonore demanda à voir Naïra.
La jeune femme s'approcha du lit.
Éléonore lui prit la main.
— Ton père va essayer de sauver le trône.
Naïra répondit :
— Je ne veux pas son trône.
— Alors que veux-tu ?
Naïra regarda sa mère adoptive.
— Que ma mère ne soit plus une morte sans nom.
Éléonore ferma les yeux.
— Elle ne le sera jamais.
Naïra se pencha vers elle.
— Vous avez été ma mère quand elle ne pouvait plus l'être.
Les larmes d'Éléonore coulèrent.
— Et tu as été ma fille avant même que je connaisse toute la vérité.
Naïra l'embrassa.
---
À l'autre bout de la frontière, Kaël rangea les documents de Dorian.
Il avait maintenant la preuve.
Mais Dorian ajouta :
— Il reste une dernière chose.
Kaël se retourna.
— Quoi ?
Dorian hésita.
— Mara n'était pas la seule personne à avoir écrit avant sa mort.
— Qui d'autre ?
Dorian regarda Kaël.
— Votre mère.
Le visage du prince changea.
— Éléonore ?
— Oui.
— Qu'a-t-elle écrit ?
Dorian sortit une dernière enveloppe.
Elle portait le sceau de la Reine.
— Elle a écrit cette lettre le lendemain de la mort de votre grand-père.
Kaël la prit.
Son nom était inscrit dessus.
« À mon fils, lorsqu'il sera assez grand pour connaître la vérité. »
Kaël resta sans voix.
Il comprit que son exil, son retour, la maladie de sa mère et tous les secrets du palais étaient liés depuis le début.
Il ouvrit lentement l'enveloppe.
Et avant même de lire la première ligne, il comprit que cette lettre allait peut-être changer définitivement sa relation avec son père.
La vérité n'était plus une menace.
Elle était devenue une arme.
Chapitre 19 — La lettre d'Éléonore
Kaël resta plusieurs secondes sans ouvrir la lettre.
Le papier semblait peser plus lourd que tous les documents qu'il venait de récupérer.
Il finit par briser le sceau.
L'écriture d'Éléonore apparut.
Il reconnut immédiatement les lettres élégantes de sa mère.
«« Mon fils,
Si tu lis cette lettre, c'est que je n'ai plus réussi à te protéger du passé.
Je voudrais que tu comprennes une chose avant toute autre : Naïra n'est pas responsable des crimes de son père.
Lorsque Mara m'a écrit, j'ai compris qu'Athanase m'avait caché une partie essentielle de sa vie. Je ne savais pas encore jusqu'où il était prêt à aller.
La veille de notre mariage, ton grand-père m'a demandé de lui faire confiance. Il m'a dit qu'il voulait empêcher une injustice.
Il savait pour l'enfant. Il savait qu'Athanase était son père.
Il m'a promis qu'il me parlerait après la cérémonie.
Mais il n'en a jamais eu l'occasion.
Le lendemain, il était mort.
J'ai compris que quelque chose s'était passé entre lui et Athanase.
Puis Naïra est arrivée au palais. Elle n'avait que quelques mois.
Athanase m'a demandé de la considérer comme la fille de son défunt ami.
J'ai accepté de l'élever parce que je refusais qu'une enfant innocente paie pour les fautes d'un adulte.
Mais je n'ai jamais cessé de chercher la vérité.
Si un jour tu découvres tout cela, ne laisse pas ta colère décider à ta place.
Tu es son frère.
Protège-la.
Et surtout, ne deviens jamais comme ton père. »»
Kaël s'arrêta.
Il relut la dernière phrase.
Encore une fois.
Puis il baissa lentement la lettre.
Dorian l'observait.
— Elle savait, murmura Kaël.
— Oui.
— Elle savait que mon père était capable de tuer.
Dorian ne répondit pas.
Kaël ferma les yeux.
Il venait de comprendre quelque chose qui lui faisait plus mal que la trahison de son père.
Sa mère avait vécu toutes ces années avec la peur.
Et lui avait été loin.
---
— Je dois rentrer.
Dorian acquiesça.
— Vous avez les preuves ?
Kaël serra les documents contre lui.
— Oui.
— Alors ne les laissez jamais tous au même endroit.
Kaël regarda Dorian.
— Venez avec moi.
L'homme secoua la tête.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que si je retourne au palais, Athanase saura que j'ai parlé.
— Il le saura de toute façon.
Dorian sourit tristement.
— Peut-être.
Il s'approcha de la porte.
— Mais cette fois, il devra affronter quelque chose qu'il ne peut pas assassiner.
— Quoi ?
Dorian regarda Kaël.
— La vérité.
---
Lorsque Kaël revint au royaume, le palais était plongé dans une tension inhabituelle.
Les gardes avaient reçu de nouvelles consignes.
Les déplacements de la famille royale étaient surveillés.
Et Athanase avait convoqué son conseil.
Kaël comprit immédiatement.
Son père savait.
Il entra dans le palais avec les documents cachés sous ses vêtements.
Élise l'attendait dans leurs appartements.
Lorsqu'elle le vit, elle se précipita vers lui.
— Tu es revenu.
Kaël la prit dans ses bras.
— Oui.
— Tu l'as trouvé ?
— Dorian est vivant.
Élise ferma les yeux de soulagement.
— Et il a parlé ?
Kaël sortit les documents.
— Il a tout raconté.
Elle parcourut rapidement les pages.
— C'est suffisant pour le faire tomber.
Kaël secoua la tête.
— Pas encore.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il reste une chose.
Il lui tendit la lettre d'Éléonore.
— Ma mère savait.
Élise la lut.
Puis elle leva les yeux.
— Alors elle doit témoigner.
Kaël acquiesça.
— Mais elle est trop faible.
— Peut-être pas pour dire la vérité une dernière fois.
---
Dans la soirée, Naïra entra dans les appartements d'Éléonore.
Elle tenait la main de la Reine lorsque Kaël arriva.
— Dorian est vivant, annonça-t-il.
Naïra releva brusquement la tête.
— Tu l'as retrouvé ?
— Oui.
Il lui tendit la déclaration.
Elle la lut.
Ses yeux se remplirent de larmes.
— Alors c'est vrai.
Kaël s'assit près d'elle.
— Oui.
Naïra regarda la Reine.
— Pourquoi m'avez-vous protégée ?
Éléonore sourit faiblement.
— Parce qu'une mère ne choisit pas toujours l'enfant qu'elle protège.
Elle prit la main de Naïra.
— Mais lorsqu'elle choisit de l'aimer, elle devient sa mère.
Naïra éclata en sanglots.
Elle se pencha vers Éléonore.
— Merci.
Kaël détourna les yeux.
Il comprenait maintenant pourquoi sa mère avait toujours refusé de considérer Naïra comme une étrangère.
Elle l'avait protégée comme sa propre fille.
---
La porte s'ouvrit.
Athanase entra.
Il s'arrêta en voyant les trois personnes réunies.
Son regard passa sur les documents.
Puis sur Kaël.
— Tu as trouvé Dorian.
Kaël ne répondit pas.
Athanase comprit.
— Il t'a tout raconté.
— Oui.
Le Roi ferma la porte.
— Alors tu sais.
— Je sais pour grand-père.
Athanase resta silencieux.
— Je sais pour Mara.
Silence.
— Je sais que tu as falsifié les registres.
Le visage du Roi demeura fermé.
Puis Kaël prononça les mots que son père redoutait depuis des années :
— Et je sais que Naïra est ta fille.
Athanase regarda Naïra.
Elle ne détourna pas les yeux.
— Pourquoi ? demanda Kaël.
Athanase répondit d'une voix basse :
— Parce que j'avais peur.
— De quoi ?
— De tout perdre.
Kaël eut un rire amer.
— Alors tu as détruit tout ce que tu voulais protéger.
Athanase s'approcha.
— Tu ne comprends pas le poids d'une couronne.
— Non.
Kaël secoua la tête.
— Mais je comprends le poids d'une conscience.
Le Roi resta silencieux.
---
Élise intervint.
Elle sortit lentement la copie de la lettre de Mara.
— Et maintenant, vous allez faire quoi ?
Athanase la regarda.
— Vous n'avez pas à intervenir.
— Au contraire.
Elle posa la lettre sur la table.
— Je pense que nous devons renégocier notre accord.
Athanase comprit immédiatement.
Naïra regarda Élise avec surprise.
Kaël, lui, ne dit rien.
— Vous voulez davantage ? demanda le Roi.
Élise soutint son regard.
— Oui.
— Combien ?
Elle s'approcha.
— Je ne veux plus seulement de l'argent.
Athanase fronça les sourcils.
— Alors quoi ?
— Une garantie.
— Laquelle ?
Élise répondit calmement :
— Que Naïra soit protégée si la vérité sort.
Athanase resta immobile.
Élise poursuivit :
— Et que vous cessiez de contrôler ce que chacun a le droit de savoir.
Le Roi la fixa.
Il venait de comprendre qu'Élise n'utilisait plus seulement le secret pour s'enrichir.
Elle commençait à imposer ses propres règles.
---
Mais derrière la porte, quelqu'un écoutait.
Un conseiller.
Il avait entendu suffisamment.
Il savait désormais que la succession était menacée.
Et il comprit qu'une seule révélation publique pouvait provoquer une crise dans tout le royaume.
Il partit immédiatement.
Pas pour prévenir Athanase.
Pour prévenir ceux qui attendaient depuis longtemps le moment où le trône deviendrait vulnérable.
---
Cette nuit-là, Athanase resta seul dans son bureau.
Il ouvrit un tiroir secret.
À l'intérieur se trouvait une dernière enveloppe.
Une lettre qu'il n'avait jamais osé détruire.
Elle avait été écrite par Mara quelques jours avant sa mort.
Athanase la regarda longtemps.
Puis il murmura :
— J'aurais dû te laisser partir.
Il ouvrit la lettre.
Et son visage se décomposa.
Car Mara y avait écrit quelque chose qu'il n'avait jamais imaginé.
Elle avait découvert qu'une autre personne connaissait toute la vérité.
Une personne toujours vivante.
Une personne qui se trouvait encore au palais.
Et dont Athanase n'avait jamais soupçonné la loyauté.
Le dernier secret était sur le point de sortir de l'ombre.
Chapitre 20 — Le dernier nom
Athanase relut la lettre de Mara.
Une fois.
Puis une deuxième fois.
Ses doigts se crispèrent sur le papier.
Il connaissait chaque visage du palais.
Chaque serviteur.
Chaque conseiller.
Chaque homme et chaque femme qui avaient travaillé sous son règne.
Mais le nom que Mara avait écrit lui était impossible à accepter.
Éléonore.
La Reine savait.
Pas seulement qu'il était le père de Naïra.
Elle avait découvert une partie de la vérité avant même leur mariage.
Et Mara l'avait compris.
Athanase se leva brusquement.
Il quitta son bureau.
---
Dans les appartements de la Reine, Éléonore dormait.
Naïra était assise près de son lit.
Depuis plusieurs jours, elle refusait de la laisser seule.
La porte s'ouvrit.
Athanase entra.
Naïra se leva.
— Que voulez-vous ?
Il ne répondit pas immédiatement.
Son regard se posa sur Éléonore.
— Laisse-nous.
— Non.
— Naïra...
— Elle m'a élevée.
Sa voix était calme.
— Je ne partirai pas.
Athanase la fixa.
Il comprit qu'il ne pouvait plus lui donner d'ordres comme autrefois.
— Très bien.
Il s'approcha du lit.
Éléonore ouvrit les yeux.
Lorsqu'elle aperçut son mari, son visage se ferma.
— Tu as trouvé la lettre.
Athanase s'arrêta.
— Tu savais qu'elle existait ?
— Je savais que Mara avait laissé plusieurs lettres.
— Pourquoi ne m'as-tu jamais parlé de celle-ci ?
Éléonore le regarda.
— Parce que j'avais peur de toi.
Cette réponse fit plus de mal à Athanase qu'une accusation.
— Après toutes ces années...
— Tu veux savoir pourquoi je suis restée ?
Athanase ne répondit pas.
— Parce que Kaël était encore un enfant.
Elle regarda Naïra.
— Et parce que Naïra aussi avait besoin de moi.
Athanase baissa les yeux.
— Tu savais pour mon père ?
— Je savais qu'il avait découvert ton secret.
— Et tu savais qu'il était mort à cause de moi ?
Éléonore ferma les yeux.
— Je le soupçonnais.
Un silence pesant s'installa.
Puis elle ajouta :
— Mais je n'avais pas de preuve.
---
Naïra regardait les deux adultes.
Pour la première fois, elle comprenait que la Reine avait vécu des années avec cette vérité enfermée en elle.
Elle s'approcha d'Éléonore.
— Pourquoi ne m'avez-vous jamais dit ?
Éléonore prit sa main.
— Parce que je pensais pouvoir te protéger jusqu'au jour où tu serais assez forte.
— Et maintenant ?
La Reine sourit faiblement.
— Maintenant, tu l'es.
Naïra sentit les larmes monter.
— Je ne veux pas être forte.
— Personne ne le veut.
Éléonore caressa sa joue.
— Mais parfois, la vérité nous oblige à le devenir.
---
Kaël entra quelques minutes plus tard.
Il s'arrêta en voyant son père.
Athanase se tourna vers lui.
— Ton retour était une erreur.
Kaël répondit :
— Peut-être.
Il sortit les documents de Dorian.
— Mais maintenant que je suis là, je ne repartirai pas.
Athanase regarda les papiers.
— Tu crois pouvoir me juger ?
— Non.
Kaël s'avança.
— Je vais seulement te demander de répondre.
Le Roi resta silencieux.
— Devant Naïra.
— Kaël...
— Devant maman.
Éléonore ferma les yeux.
— Et devant le royaume.
Athanase comprit alors que le temps des secrets était terminé.
---
Le lendemain, une réunion du Conseil fut convoquée.
Athanase voulait contrôler la situation avant qu'elle ne lui échappe.
Les conseillers étaient réunis autour de la grande table.
Kaël entra.
Naïra était à ses côtés.
Élise les suivait.
Éléonore, trop faible pour assister à la réunion, était restée dans ses appartements.
Athanase prit la parole.
— Des documents anciens ont été retrouvés.
Un conseiller demanda :
— Concernent-ils la succession ?
Athanase regarda Kaël.
— Ils concernent ma famille.
Kaël posa la déclaration de Dorian sur la table.
— Ils concernent aussi la mort de l'ancien Roi.
Le silence fut immédiat.
Plusieurs conseillers échangèrent des regards.
Athanase fixa son fils.
— Fais attention.
Kaël ne recula pas.
— J'ai déjà fait attention pendant quatre ans.
Il posa ensuite la lettre de Mara.
— Maintenant, je veux la vérité.
Un conseiller se leva.
— Majesté, que signifie tout cela ?
Athanase ne répondit pas.
Alors Naïra parla.
— Cela signifie que je ne suis pas la fille de l'ami défunt du Roi.
Tous les regards se tournèrent vers elle.
— Je suis sa fille.
Un murmure parcourut la salle.
Le secret venait de sortir du cercle familial.
---
Athanase se leva lentement.
— Naïra est sous ma protection.
Kaël répondit :
— Elle n'est pas votre secret.
Le conseiller principal demanda :
— Est-elle réellement votre fille, Majesté ?
Athanase regarda Naïra.
Elle attendait sa réponse.
Il aurait pu mentir.
Encore une fois.
Mais cette fois, il n'avait plus de porte de sortie.
— Oui.
Le silence fut total.
Naïra ferma les yeux.
Pendant seize ans, elle avait attendu cette phrase.
Elle venait enfin de l'entendre.
Mais elle ne ressentit aucune joie.
Seulement une immense tristesse.
---
Puis la porte s'ouvrit.
Élise entra.
Elle tenait un dossier.
Athanase pâlit.
— Qu'est-ce que c'est ?
Elle posa le dossier devant le Conseil.
— Les registres originaux.
Kaël la regarda.
— Tu les avais ?
— Oui.
Athanase comprit.
Élise avait gardé une dernière carte.
Elle se tourna vers lui.
— Vous m'avez appris à négocier avec les secrets.
Puis elle regarda les conseillers.
— Mais vous avez oublié une chose.
— Laquelle ? demanda Athanase.
Élise répondit :
— Un secret n'appartient jamais vraiment à celui qui le garde.
---
Athanase resta immobile.
Son règne était désormais suspendu à la décision du Conseil.
Mais alors qu'un conseiller allait prendre la parole, un garde entra précipitamment.
— Majesté !
— Quoi ?
— Une foule se rassemble devant le palais.
Athanase fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
Le garde hésita.
— La nouvelle s'est répandue.
Kaël regarda Naïra.
Le secret était désormais public.
Et dehors, le peuple commençait déjà à réclamer des réponses.
---
Dans les appartements royaux, Éléonore entendit les cloches du palais.
Elle comprit.
La vérité avait enfin éclaté.
Elle se leva avec difficulté.
Une servante voulut l'aider.
— Non.
Elle s'appuya seule contre le mur.
Puis elle regarda son reflet dans le miroir.
Quarante-quatre années de vie.
Un mariage.
Un fils.
Une fille qu'elle n'avait pas mise au monde mais qu'elle avait aimée comme telle.
Et un mari dont elle avait découvert trop tard le véritable visage.
Elle murmura :
— C'est terminé.
Mais au fond d'elle, elle savait que ce n'était pas terminé.
Pas encore.
Parce qu'une dernière question restait sans réponse.
Que ferait Athanase lorsqu'il comprendrait qu'il risquait réellement de perdre sa couronne ?
Et cette fois, personne ne savait jusqu'où le Roi irait pour la conserver.
Chapitre 21 — Le prix de la couronne
Les cloches continuaient de sonner.
Dans les rues, la nouvelle s'était répandue comme un feu.
La fille que le Roi avait présentée pendant seize ans comme la pupille du royaume était en réalité sa fille.
Et derrière cette révélation se cachait désormais une question bien plus grave :
qu'était-il arrivé à Mara ?
Le palais n'avait plus rien d'un lieu de pouvoir tranquille.
Les gardes se multipliaient dans les couloirs.
Les conseillers parlaient à voix basse.
Et Athanase n'avait pas quitté son bureau.
---
Kaël entra dans la pièce.
Son père était devant la fenêtre.
— Tu as gagné, dit Athanase.
Kaël fronça les sourcils.
— Ce n'est pas ce que je veux.
— Tu as obtenu ce que tu cherchais.
— Non.
Kaël s'approcha.
— Je voulais comprendre pourquoi tu avais détruit notre famille.
Athanase se retourna.
— Tu crois vraiment que tout a commencé avec Mara ?
— Non.
Kaël marqua une pause.
— Je crois que tout a commencé avec ton obsession pour le trône.
Athanase sourit amèrement.
— Tu ne sais rien de ce que représente une couronne.
— Alors explique-moi.
Pour la première fois, Athanase sembla fatigué.
— Mon père ne m'aurait jamais laissé régner.
Kaël resta silencieux.
— Il me considérait comme incapable de gouverner. Il voulait donner le pouvoir à quelqu'un d'autre.
— Et tu l'as tué pour cela.
Athanase détourna les yeux.
— Oui.
Le mot fut presque inaudible.
Mais Kaël l'avait entendu.
Il sentit quelque chose se briser définitivement en lui.
---
— Et Mara ?
Athanase ferma les yeux.
— Elle voulait révéler ton existence de Naïra.
— Notre sœur.
Athanase regarda son fils.
— Oui.
Kaël sentit une douleur sourde dans sa poitrine.
Toutes ces années, il avait cru avoir perdu une sœur.
Puis il avait découvert qu'elle était sa demi-sœur.
Et désormais, il savait que leur père avait construit toute leur enfance sur un mensonge.
— Où est-elle morte ?
Athanase ne répondit pas.
Kaël comprit.
— Tu ne veux même pas le dire.
— Parce que certains souvenirs ne disparaissent jamais.
— Les victimes non plus.
Kaël quitta la pièce.
---
Dans le couloir, Naïra l'attendait.
Elle avait entendu une partie de la conversation.
— Il a avoué ?
Kaël hocha la tête.
— Pour grand-père.
Naïra ferma les yeux.
— Et pour maman ?
— Pas encore.
Elle inspira profondément.
— Alors on continue.
Kaël acquiesça.
Puis il ajouta :
— Mais il faut que tu saches quelque chose.
— Quoi ?
— Tu n'as rien à voir avec ses crimes.
Naïra eut un sourire triste.
— Je le sais.
Elle regarda le palais.
— Ce qui me fait peur, c'est de savoir combien de personnes ont souffert pour que je puisse vivre ici.
Kaël répondit :
— Ce n'est pas toi qui leur dois réparation.
— Alors qui ?
Kaël regarda vers le bureau de leur père.
— Lui.
---
Élise, de son côté, avait compris qu'elle devait faire un choix.
Elle avait obtenu de l'argent.
Elle avait obtenu des documents.
Elle avait obtenu une influence qu'elle n'aurait jamais imaginée quelques semaines auparavant.
Mais désormais, le chantage ne lui suffisait plus.
Elle entra dans le bureau d'Athanase.
— Vous avez perdu le contrôle.
Athanase leva les yeux.
— Sortez.
— Non.
Il la fixa.
— Vous devriez avoir peur.
— J'ai peur.
Elle s'approcha.
— Mais j'ai davantage peur de devenir comme vous.
Athanase resta silencieux.
Élise posa sur son bureau une partie de l'argent qu'il lui avait donné.
— Je vous le rends.
Il la regarda, surpris.
— Pourquoi ?
— Parce que je ne veux pas que ma fortune soit construite sur le silence autour d'un meurtre.
Athanase se leva.
— Vous pensez être différente ?
— Je ne sais pas encore.
Elle marqua une pause.
— Mais j'ai encore le choix.
Puis elle partit.
---
Cette nuit-là, Naïra retourna dans les archives.
Elle chercha le nom de Mara dans les anciens registres.
Elle trouva finalement une mention presque effacée.
« Décès non enregistré. »
Naïra resta immobile.
Puis elle remarqua quelque chose.
Une annotation manuscrite :
« Corps jamais retrouvé. »
Son cœur s'arrêta presque.
Elle courut chercher Kaël.
— Elle n'a peut-être jamais été retrouvée.
Kaël prit le registre.
— Qu'est-ce que ça signifie ?
— Je ne sais pas.
Il relut la ligne.
— Si son corps n'a jamais été retrouvé...
Naïra murmura :
— Alors peut-être que nous ne savons pas réellement comment elle est morte.
Un silence.
Pour la première fois depuis des jours, une possibilité inattendue apparut.
Et si Mara avait survécu ?
---
Au même moment, à plusieurs kilomètres du royaume, une femme âgée ouvrit les volets d'une petite maison.
Elle regarda la route.
Sur la table se trouvait une vieille photographie.
Une jeune femme y tenait un bébé dans ses bras.
Au dos, un prénom avait été écrit :
Naïra.
La femme passa doucement ses doigts sur la photographie.
Puis elle murmura :
— Ils ont enfin découvert la vérité.
Elle ouvrit un coffre.
À l'intérieur se trouvaient plusieurs lettres.
La première portait le sceau d'Athanase.
La deuxième celui d'Éléonore.
Et la dernière était adressée à une seule personne :
Naïra.
La femme la regarda longtemps.
Puis elle souffla :
— Il est temps de rentrer.
---
Au palais, Athanase reçut une enveloppe sans expéditeur.
Il l'ouvrit.
Une seule phrase était inscrite :
« Tu pensais avoir enterré Mara. Elle t'attend. »
Le Roi pâlit.
Pour la première fois depuis des années, il eut véritablement peur.
Car si Mara était vivante...
alors elle pouvait raconter elle-même toute l'histoire.
Et aucune couronne ne pourrait étouffer son témoignage.
Chapitre 22 — Celle qui devait être morte
Athanase relut le message.
« Tu pensais avoir enterré Mara. Elle t'attend. »
Il froissa le papier.
Puis il le déplia.
Il voulait vérifier chaque mot.
Une seconde fois.
Une troisième.
Son visage avait perdu toute couleur.
— Impossible...
Il se dirigea vers la porte.
— Gardes !
Deux hommes entrèrent.
— Retrouvez-moi celui qui a apporté cette lettre.
— Oui, Majesté.
— Et personne ne quitte le palais sans mon autorisation.
Les gardes s'inclinèrent.
Athanase resta seul.
Pour la première fois depuis des années, un souvenir qu'il avait soigneusement enfermé revenait à la surface.
Une nuit.
Une femme.
Un enfant.
Du sang.
Et la certitude qu'il avait laissée derrière lui une affaire définitivement réglée.
Mais il y avait quelque chose qu'il n'avait jamais réussi à oublier.
Le regard de Mara.
Un regard qui, jusqu'à la dernière seconde, n'avait pas été celui d'une femme vaincue.
C'était celui d'une femme qui savait qu'un jour la vérité reviendrait.
---
Dans la bibliothèque, Naïra et Kaël étudiaient les registres.
— Si Mara est réellement vivante, dit Kaël, pourquoi n'est-elle jamais revenue ?
Naïra réfléchit.
— Peut-être qu'elle ne pouvait pas.
— Ou peut-être qu'elle nous observait.
Naïra leva les yeux.
— Tu crois qu'elle savait pour moi ?
— Je ne sais pas.
Un bruit derrière eux les fit se retourner.
Élise venait d'entrer.
— Elle savait.
Naïra se leva.
— Comment le sais-tu ?
Élise posa une enveloppe sur la table.
— Parce que quelqu'un vient de me l'envoyer.
Naïra s'approcha.
L'enveloppe ne portait qu'un prénom.
Élise.
Elle l'ouvrit.
À l'intérieur se trouvait une courte lettre.
«« Tu es devenue celle qui tient le secret entre ses mains.
Ne fais pas la même erreur que ceux qui t'ont précédée.
La vérité n'a pas besoin d'être achetée. Elle a besoin d'être entendue.
Si tu veux savoir où je suis, demande à Naïra ce qu'elle se rappelle de sa mère. »»
Naïra pâlit.
— Elle me connaît.
Kaël prit la lettre.
— Ou elle nous connaît tous.
---
Naïra s'assit.
Elle ferma les yeux.
Des souvenirs très anciens remontèrent.
Une odeur.
Une chanson.
Des mains qui la berçaient.
Une voix.
Elle avait toujours cru que ces fragments venaient de ses rêves.
Mais soudain, elle se souvenait.
— Quand j'étais petite...
Elle s'interrompit.
Élise attendit.
— Je me souviens d'une femme.
Kaël s'approcha.
— Mara ?
Naïra secoua la tête.
— Je ne voyais jamais son visage.
Elle porta une main à sa poitrine.
— Mais elle chantait.
Puis une phrase lui revint.
Une phrase qu'elle n'avait pas entendue depuis des années.
« Un jour, ma fille, tu sauras qui tu es. »
Naïra ouvrit brusquement les yeux.
— Elle était là.
— Quand ? demanda Kaël.
— Après mon arrivée au palais.
Élise comprit avant eux.
— Donc Mara n'était peut-être pas morte.
---
Ils se rendirent immédiatement aux anciennes archives.
Naïra demanda les registres des premières années de son enfance.
Une heure passa.
Puis deux.
Finalement, Élise trouva une liste de visiteurs autorisés à entrer dans les quartiers réservés à la nourrice royale.
Un nom apparaissait régulièrement.
Mais ce n'était pas Mara.
C'était un nom d'emprunt.
Marianne Delcourt.
Naïra fixa la feuille.
— C'est elle.
Kaël fronça les sourcils.
— Comment peux-tu en être certaine ?
— Parce que la signature ressemble à celle de ma mère.
Élise examina le document.
— Cette femme a été autorisée à voir Naïra pendant presque deux ans.
Kaël releva la tête.
— Et personne ne s'en est aperçu ?
— Quelqu'un l'a autorisée, répondit Élise.
Le silence tomba.
Quelqu'un, au palais, avait volontairement laissé Mara approcher sa fille.
Quelqu'un avait peut-être même protégé son identité.
---
Ils découvrirent rapidement le nom du responsable.
Éléonore.
Naïra resta sans voix.
— Maman...
Kaël comprit.
— Elle savait peut-être qu'elle était vivante.
Ils coururent jusqu'aux appartements de la Reine.
Éléonore était assise près de la fenêtre.
Naïra entra.
— Maman.
La Reine leva les yeux.
Elle vit le document.
Son visage changea.
— Vous avez trouvé.
Naïra s'approcha.
— Elle était vivante.
Éléonore ne répondit pas.
— Elle venait me voir.
Une larme glissa sur la joue de la Reine.
— Oui.
Naïra sentit son cœur se serrer.
— Pourquoi ?
Éléonore prit une profonde inspiration.
— Parce qu'Athanase voulait qu'elle disparaisse.
— Et vous l'avez protégée ?
— Je ne pouvais pas la sauver ouvertement.
Éléonore regarda Naïra.
— Mais je pouvais lui permettre de voir sa fille.
Naïra s'effondra en larmes.
— Pourquoi ne me l'avez-vous jamais dit ?
— Parce que si Athanase découvrait qu'elle était vivante, Mara mourrait réellement.
Naïra s'approcha du lit.
— Où est-elle ?
Éléonore hésita.
Puis elle prononça enfin :
— Je ne sais pas.
---
La porte s'ouvrit brusquement.
Athanase entra.
Il avait entendu la dernière phrase.
— Vous saviez.
Éléonore ne baissa pas les yeux.
— Oui.
Le Roi regarda Naïra.
Puis Kaël.
Puis Élise.
Il comprit que son dernier secret venait de tomber.
— Depuis combien de temps ?
Éléonore répondit :
— Seize ans.
Athanase recula légèrement.
Seize ans.
Pendant seize ans, sa propre épouse avait protégé la femme qu'il croyait avoir éliminée.
Il eut un rire sans joie.
— Vous m'avez tous menti.
Naïra répondit :
— Vous nous avez appris à mentir.
Athanase fixa sa fille.
Cette phrase le frappa profondément.
Mais avant qu'il puisse répondre, un garde entra.
— Majesté !
— Quoi ?
— Une femme vient d'arriver aux portes du palais.
Athanase se figea.
— Qui ?
Le garde regarda Naïra.
Puis Éléonore.
— Elle demande à voir la Princesse.
— Son nom ?
Le garde hésita.
— Elle refuse de le donner.
Athanase sentit son cœur s'arrêter.
Puis le garde ajouta :
— Mais elle dit avoir quelque chose que seule la Princesse reconnaîtra.
Naïra se leva.
— Quoi ?
— Une petite médaille.
Naïra porta instinctivement la main à son cou.
Elle possédait depuis l'enfance une médaille ancienne que sa nourrice lui avait dit être un souvenir de sa naissance.
Le garde continua :
— La femme affirme qu'elle appartient à votre mère.
Naïra regarda Éléonore.
La Reine pleurait déjà.
Athanase, lui, ne bougeait plus.
Naïra murmura :
— Faites-la entrer.
Quelques instants plus tard, les portes du palais s'ouvrirent.
Une femme âgée entra lentement.
Elle portait une longue robe sombre.
Son visage était marqué par les années.
Elle s'arrêta au milieu de la salle.
Ses yeux rencontrèrent ceux de Naïra.
Pendant quelques secondes, personne ne parla.
Puis la femme trembla.
— Ma fille...
Naïra sentit ses jambes devenir faibles.
Elle connaissait cette voix.
Cette voix qu'elle avait oubliée.
Cette voix de ses souvenirs d'enfance.
Elle fit un pas.
Puis un autre.
— Maman ?
La femme fondit en larmes.
— Oui.
Derrière Naïra, Athanase ferma les yeux.
Mara était vivante.
Et elle était enfin revenue.
Mais Mara n'était pas venue seulement pour retrouver sa fille.
Elle tenait dans ses mains un dossier capable de révéler ce qui s'était réellement passé la nuit où le vieux Roi avait été assassiné.
Et cette fois, Athanase ne pourrait plus contrôler le récit.
Chapitre 23 — Le retour de Mara
Personne ne bougea.
Naïra regardait cette femme comme si le monde venait de s'arrêter.
Elle avait imaginé sa mère morte.
Elle avait pleuré pour elle.
Elle lui avait parlé dans ses pensées.
Et maintenant, elle se tenait devant elle.
Vivante.
— Maman...
Mara ouvrit les bras.
Naïra courut vers elle.
Elles s'étreignirent avec une force désespérée.
Mara pleurait contre les cheveux de sa fille.
— Pardonne-moi.
— Pourquoi tu es partie ?
— Je ne suis jamais partie parce que je le voulais.
Naïra recula légèrement.
— Alors pourquoi ?
Mara regarda Athanase.
Le Roi était devenu immobile.
— Parce que ton père voulait me faire disparaître.
Le silence tomba.
---
Kaël regardait la scène sans parvenir à parler.
Cette femme était la mère de Naïra.
La femme que son père avait voulu effacer.
La femme qui avait changé toute son enfance sans même qu'il le sache.
Il s'approcha.
Mara le regarda.
Elle comprit immédiatement.
— Kaël.
Il acquiesça.
— Vous me connaissiez ?
— J'ai entendu parler de toi pendant toutes ces années.
Elle sourit tristement.
— Tu étais encore un enfant lorsque j'ai dû partir.
Kaël baissa les yeux.
— Je suis désolé.
Mara fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce que je n'ai pas su protéger ma sœur.
Mara posa une main sur son bras.
— Tu étais un enfant.
Puis elle regarda Naïra.
— Et elle aussi.
---
Éléonore s'approcha.
Les deux femmes se regardèrent longuement.
Aucune n'avait besoin de parler.
Elles portaient toutes les deux le poids des mêmes années.
Éléonore fut la première à prendre Mara dans ses bras.
— Je pensais ne jamais te revoir.
Mara ferma les yeux.
— Moi non plus.
— Je suis désolée.
— Tu as fait ce que tu pouvais.
Éléonore se mit à pleurer.
— Je n'ai pas fait assez.
Mara secoua doucement la tête.
— Tu as élevé ma fille.
Elle regarda Naïra.
— Tu lui as donné une enfance.
— J'aurais voulu lui donner la vérité.
— Tu lui as donné quelque chose de plus important.
Mara sourit.
— Tu l'as aimée.
---
Athanase finit par parler.
— Pourquoi es-tu revenue ?
Mara se tourna vers lui.
Son regard avait changé.
Ce n'était plus celui de la jeune servante qu'il avait connue.
C'était celui d'une femme qui avait passé seize ans à survivre.
— Parce que ma fille est assez grande pour connaître toute son histoire.
Athanase serra la mâchoire.
— Tu ne sais pas ce que tu risques.
Mara répondit calmement :
— Je le sais mieux que personne.
Elle posa son dossier sur la table.
— Mais cette fois, je ne suis plus seule.
Athanase regarda autour de lui.
Naïra.
Kaël.
Éléonore.
Élise.
Tous le regardaient.
Pour la première fois, il était isolé au milieu de sa propre famille.
---
Mara ouvrit le dossier.
— Tout est là.
Elle sortit plusieurs documents.
— Les lettres que j'ai écrites.
Une autre feuille.
— Les registres originaux.
Puis une dernière.
— Et le témoignage de l'homme qui m'a aidée à disparaître.
Kaël se pencha.
— Quel homme ?
Mara regarda Dorian.
— Il n'était pas seul.
Elle expliqua alors ce qui s'était réellement passé.
Après la mort du vieux Roi, Athanase avait ordonné que Mara soit conduite hors du palais.
Mais l'homme chargé de l'escorter avait refusé de l'exécuter.
Il l'avait laissée s'enfuir.
Mara avait alors quitté le royaume sous une fausse identité.
Pendant des années, elle avait vécu loin de la cour.
Mais elle n'avait jamais cessé de surveiller Naïra.
Grâce à Éléonore, elle avait pu la voir à plusieurs reprises.
Sans jamais révéler son identité.
— Pourquoi revenir maintenant ? demanda Kaël.
Mara répondit :
— Parce qu'Athanase n'est plus le seul à connaître le secret.
Elle regarda sa fille.
— Et parce que tu mérites enfin de savoir.
---
Naïra prit une des lettres.
— Pourquoi m'avoir laissée ici ?
Mara s'approcha.
— Parce que je savais que si je t'emmenais avec moi, Athanase nous retrouverait.
— Tu aurais pu me dire que tu étais vivante.
— À plusieurs reprises, j'ai voulu le faire.
Elle essuya une larme.
— Mais chaque fois, quelqu'un surveillait mes déplacements.
Naïra resta silencieuse.
— Je voulais revenir lorsque tu serais assez forte pour comprendre.
— Et maintenant ?
Mara sourit.
— Maintenant, tu es devenue une femme.
Naïra baissa les yeux.
— Je suis devenue quelqu'un que je ne reconnais même plus.
Mara lui prit le visage entre les mains.
— Alors apprends à te connaître sans le poids des mensonges des autres.
---
Élise, qui était restée silencieuse jusque-là, regardait les documents.
Elle remarqua une anomalie.
— Attendez.
Tout le monde se tourna vers elle.
Elle prit un papier.
— Cette signature...
Mara acquiesça.
— Celle d'Athanase.
Élise secoua la tête.
— Non.
Elle montra le document.
— Cette signature n'est pas celle du Roi.
Kaël s'approcha.
— Alors de qui est-elle ?
Mara répondit :
— De son père.
Le silence fut immédiat.
— Mais il était déjà mort, murmura Kaël.
Mara le regarda.
— Exactement.
Kaël comprit.
— Quelqu'un a falsifié sa signature après sa mort.
Élise hocha la tête.
— Et ce document prouve qu'on a préparé certains actes avant même le meurtre.
Athanase pâlit.
Mara se tourna vers lui.
— Tu n'as pas improvisé.
Elle posa le document devant lui.
— Tu préparais déjà ton coup.
---
Athanase recula.
— Tu ne comprends pas.
Mara répondit :
— Je comprends parfaitement.
— Je voulais protéger le royaume.
— Non.
Elle s'approcha.
— Tu voulais protéger ton pouvoir.
Athanase resta silencieux.
— Et tu as appelé cela protéger le royaume pour pouvoir dormir la nuit.
Naïra regarda son père.
Pour la première fois, elle ne ressentit ni peur ni besoin d'obtenir son affection.
Seulement une immense déception.
— Pourquoi ne m'as-tu jamais aimée assez pour me dire la vérité ?
Athanase la regarda.
— Je t'ai aimée.
— Alors tu as une étrange façon d'aimer.
Il ne répondit pas.
---
Plus tard dans la nuit, Naïra se retrouva seule avec Mara.
Elles étaient assises dans le jardin.
— Tu vas rester ?
Mara regarda les étoiles.
— Si tu veux de moi.
Naïra posa sa tête contre son épaule.
— J'ai attendu toute ma vie.
Mara passa un bras autour d'elle.
— Alors je resterai.
Un long silence s'installa.
Puis Mara murmura :
— Mais il y a encore une chose que tu dois savoir.
Naïra releva la tête.
— Quoi ?
Mara hésita.
— La nuit où ton grand-père est mort...
Elle s'arrêta.
— Ce n'est pas Athanase seul qui était dans cette pièce.
Naïra se redressa.
— Qui d'autre ?
Mara regarda autour d'elle.
— Une personne que tu connais.
— Qui ?
Mara répondit à voix basse :
— Quelqu'un de la famille royale.
Naïra sentit son cœur accélérer.
— Qui ?
Mara la fixa.
— Éléonore.
Naïra resta figée.
Sa mère venait de prononcer le nom de la femme qui l'avait élevée.
Et soudain, une nouvelle question apparut.
Qu'avait réellement vu Éléonore cette nuit-là ?
Chapitre 24 — La nuit du meurtre
Naïra resta silencieuse.
Le nom d'Éléonore résonnait encore dans son esprit.
— Maman... tu es certaine ?
Mara hocha lentement la tête.
— Je l'ai vue.
— Où ?
— Dans le couloir qui menait aux appartements du vieux Roi.
Naïra sentit son cœur se serrer.
— Elle était avec Athanase ?
— Non.
Mara baissa la voix.
— Elle venait d'arriver. Elle cherchait ton père.
— Pourquoi ?
— Parce qu'elle avait reçu ma lettre.
Naïra comprit.
Éléonore avait donc découvert la vérité avant son mariage.
— Elle savait pour moi ?
— Oui.
— Et elle savait que ton père voulait me faire disparaître ?
Mara hésita.
— Elle savait qu'Athanase était capable de choses terribles. Mais elle ne savait pas encore jusqu'où il irait.
Naïra se leva.
— Je dois lui parler.
---
Éléonore était éveillée.
Lorsque Naïra entra dans sa chambre, la Reine comprit immédiatement.
— Mara t'a parlé.
— Oui.
Éléonore ferma les yeux.
— Je savais que ce moment arriverait.
Naïra s'assit près d'elle.
— Racontez-moi ce que vous avez vu.
Éléonore resta silencieuse.
Puis elle commença.
— J'avais reçu la lettre de ta mère.
— Celle qui disait que j'étais la fille d'Athanase.
— Oui.
— Et vous êtes allée voir le vieux Roi.
Éléonore acquiesça.
— Je voulais lui demander conseil.
— Que s'est-il passé ?
La Reine regarda la fenêtre.
— Lorsque je suis arrivée dans le couloir, j'ai entendu des voix.
— Athanase et son père ?
— Oui.
— Ils se disputaient.
— Très violemment.
Naïra retint son souffle.
— J'ai entendu ton grand-père dire qu'il ne laisserait jamais Athanase sacrifier une enfant pour une couronne.
Naïra ferma les yeux.
— Et ensuite ?
Éléonore trembla légèrement.
— J'ai entendu un bruit.
— Quel genre de bruit ?
— Quelqu'un était tombé.
Naïra comprit.
— Votre futur mari avait frappé son père.
Éléonore acquiesça.
— Je suis entrée quelques secondes plus tard.
— Qu'avez-vous vu ?
La Reine resta silencieuse.
Puis elle murmura :
— Le vieux Roi était encore vivant.
Naïra sentit son sang se glacer.
— Et Athanase ?
— Il était devant lui.
— Que faisait-il ?
Éléonore ferma les yeux.
— Il tenait un petit flacon.
---
Naïra ne dit rien.
Éléonore poursuivit :
— J'ai compris ce qu'il s'apprêtait à faire.
— Pourquoi ne l'avez-vous pas arrêté ?
Les larmes coulèrent sur les joues de la Reine.
— Parce que j'avais peur.
— Vous aviez peur de lui ?
— Oui.
— Mais vous auriez pu appeler les gardes.
Éléonore secoua la tête.
— Il m'a regardée.
Elle essuya ses larmes.
— Et dans ce regard, j'ai compris qu'il savait déjà que j'étais là.
Naïra resta immobile.
— Il savait ?
— Oui.
— Alors pourquoi vous a-t-il laissée vivre ?
Éléonore regarda sa fille adoptive.
— Parce qu'il savait que je l'aimais encore.
Naïra détourna les yeux.
Cette réponse lui fit mal.
---
À ce moment-là, Kaël entra.
Il avait entendu les dernières paroles.
— Maman...
Éléonore se tourna vers lui.
— Tu as entendu ?
— Oui.
Kaël s'approcha.
— Pourquoi ne m'avoir jamais parlé de ça ?
— Parce que tu étais son fils.
— Et maintenant ?
Elle lui prit la main.
— Maintenant, tu dois choisir quel homme tu veux devenir.
Kaël regarda Naïra.
— Je ne veux pas lui ressembler.
Éléonore sourit tristement.
— Alors ne laisse jamais le pouvoir décider à ta place.
---
Dans une autre partie du palais, Athanase était seul.
Il savait que tout était fini.
Mais il refusait encore de l'accepter.
Il ouvrit un coffre caché sous le plancher.
À l'intérieur se trouvaient les derniers souvenirs de son passé.
Une bague.
Une vieille photographie.
Et une petite fiole vide.
Il la regarda longtemps.
Puis il entendit une voix derrière lui.
— Tu l'as gardée pendant toutes ces années.
Athanase se retourna.
Mara se tenait dans l'encadrement de la porte.
Il resta figé.
— Comment es-tu entrée ?
— Éléonore m'a laissé passer.
Athanase serra la fiole.
— Tu aurais dû rester loin d'ici.
— J'ai déjà passé seize ans loin d'ici.
Elle s'approcha.
— Je n'ai plus peur.
Athanase la regarda.
— Tu crois pouvoir me détruire ?
Mara secoua la tête.
— Non.
Elle désigna la fiole.
— Tu t'es détruit tout seul.
---
Athanase posa la fiole.
— Pourquoi es-tu revenue ?
— Pour Naïra.
— Elle est heureuse ici.
Mara eut un rire triste.
— Heureuse ?
Elle s'approcha.
— Elle a grandi en pensant que sa mère était morte.
— Je l'ai protégée.
— Tu l'as privée de son identité.
Athanase détourna les yeux.
— Je voulais devenir Roi.
— Et tu l'es devenu.
— Oui.
— Et maintenant ?
Athanase resta silencieux.
Mara répondit elle-même :
— Maintenant tu as une couronne, mais plus personne qui t'aime assez pour te croire.
---
La porte s'ouvrit.
Kaël entra.
Puis Naïra.
Élise les suivait.
Athanase regarda sa famille.
— Vous êtes tous venus me juger.
Kaël répondit :
— Non.
Il posa les documents sur la table.
— Nous sommes venus t'entendre.
Athanase regarda son fils.
— Et si je ne parle pas ?
Naïra s'avança.
— Alors les preuves parleront pour toi.
Athanase fixa sa fille.
Puis Mara.
Puis Éléonore.
Il comprit qu'il n'y avait plus d'issue.
Il s'assit lentement.
— Très bien.
Kaël resta debout.
— Raconte-nous tout.
Athanase prit une profonde inspiration.
— La nuit où mon père est mort...
Il s'arrêta.
Ses yeux se remplirent de souvenirs.
— ...je n'étais pas seul.
Naïra serra les poings.
— Qui était avec
Chapitre 24 — Ce qu'Éléonore avait vu
Naïra ne dormit pas.
Le nom d'Éléonore résonnait dans son esprit.
Elle avait passé seize ans à considérer la Reine comme sa mère.
Elle venait de retrouver sa mère biologique.
Et maintenant, elle devait envisager que les deux femmes aient partagé un secret qu'on lui avait caché.
Au petit matin, elle retrouva Mara dans le jardin.
— Tu m'as dit qu'Éléonore était là cette nuit-là.
Mara acquiesça.
— Oui.
— Alors raconte-moi.
Mara inspira profondément.
— Éléonore n'était pas présente lorsque ton grand-père a reçu le poison.
Naïra fronça les sourcils.
— Alors qu'a-t-elle vu ?
— Elle a vu Athanase sortir de la chambre de son père.
— Après ?
— Elle l'a suivi.
Naïra resta silencieuse.
— Elle a trouvé ton grand-père encore vivant.
— Vivant ?
— Oui.
Mara baissa les yeux.
— Il lui a parlé.
Naïra sentit son cœur accélérer.
— Qu'est-ce qu'il lui a dit ?
— Il lui a demandé de protéger l'enfant.
— Moi.
— Oui.
Mara serra doucement sa main.
— Puis il lui a dit une chose qu'Éléonore n'a jamais oubliée.
Naïra attendit.
— « Athanase ne doit jamais savoir que Mara a survécu. »
Naïra se figea.
— Il savait ?
— Oui.
— Il savait que tu étais vivante ?
— Il le soupçonnait.
Mara regarda vers le palais.
— Et c'est pour cela qu'Éléonore a pris autant de risques pour me protéger.
---
Naïra se rendit immédiatement auprès d'Éléonore.
La Reine était assise dans son fauteuil.
— Maman.
Éléonore leva les yeux.
Elle vit le visage de Naïra et comprit.
— Mara t'a parlé.
— Oui.
Éléonore soupira.
— Alors tu sais.
Naïra s'agenouilla devant elle.
— Je veux tout entendre de ta bouche.
Éléonore resta silencieuse.
Puis elle commença.
— La nuit où ton grand-père est mort, Athanase est venu me voir.
— Pourquoi ?
— Il voulait que je l'épouse le lendemain malgré ce qui s'était passé.
— Tu savais déjà ?
— Je savais qu'il y avait eu une dispute.
Elle marqua une pause.
— Je ne savais pas encore qu'il avait empoisonné son père.
Naïra sentit sa gorge se serrer.
— Quand l'as-tu compris ?
— Lorsque je suis entrée dans la chambre.
Éléonore ferma les yeux.
— Ton grand-père était au sol. Il respirait encore.
— Et Athanase ?
— Il était parti.
— Pourquoi ne l'as-tu pas dénoncé ?
Éléonore regarda Naïra.
— Parce qu'à ce moment-là, j'avais compris quelque chose.
— Quoi ?
— Si je le dénonçais immédiatement, Mara et son enfant seraient en danger.
Naïra resta immobile.
— Tu m'as protégée.
— Oui.
— Mais tu as aussi épousé mon père.
Une larme coula sur la joue d'Éléonore.
— Oui.
— Pourquoi ?
Éléonore baissa la tête.
— Parce que je pensais pouvoir contrôler les dégâts.
Naïra ne répondit pas.
— J'avais tort.
---
Dans le couloir, Kaël avait entendu une partie de la conversation.
Il entra.
— Maman.
Éléonore le regarda.
— Tu savais tout ce temps ?
— Pas tout.
Kaël s'assit près d'elle.
— Pourquoi ne m'avoir jamais rien dit ?
— Parce que tu étais son héritier.
Kaël fronça les sourcils.
— Justement.
— Je ne voulais pas que tu grandisses en pensant que tu devais choisir entre ton père et ta sœur.
Kaël regarda Naïra.
— Je n'aurais jamais choisi contre elle.
Éléonore sourit tristement.
— Je le sais maintenant.
---
Dans la soirée, Athanase convoqua Élise.
Elle entra dans son bureau avec prudence.
— Vous vouliez me voir ?
— Oui.
Athanase lui indiqua un fauteuil.
— Asseyez-vous.
Elle resta debout.
— Je préfère rester ici.
Le Roi eut un léger sourire.
— Vous avez changé.
— Vous aussi.
Il la regarda.
— Mara est revenue.
— Je sais.
— Et elle a parlé à Naïra.
Élise ne répondit pas.
— Elle a également parlé d'Éléonore.
Élise comprit.
— Vous avez peur.
Le visage du Roi se durcit.
— Je n'ai peur de personne.
— Alors pourquoi m'avoir appelée ?
Athanase s'approcha.
— Parce que je veux que vous m'aidiez.
Élise haussa un sourcil.
— À faire quoi ?
— À empêcher cette famille de s'effondrer.
Elle eut un rire bref.
— Vous voulez que je protège votre trône ?
— Je veux que vous protégiez Kaël.
Cette réponse la surprit.
— Et Naïra ?
Athanase resta silencieux.
Élise comprit.
— Vous êtes incapable de les protéger tous les deux.
— Ce n'est pas aussi simple.
— Si.
Elle le fixa.
— Vous devez choisir entre votre couronne et vos enfants.
Athanase détourna le regard.
---
Cette nuit-là, Élise retrouva Kaël.
— Ton père m'a demandé de l'aider.
Kaël la regarda.
— À quoi ?
— À empêcher la famille de s'effondrer.
— Et tu as accepté ?
— Non.
Kaël resta silencieux.
Puis Élise lui révéla :
— Il m'a demandé de protéger toi.
Kaël fronça les sourcils.
— Et Naïra ?
— Il n'a rien demandé pour elle.
Kaël ferma les yeux.
— Alors il n'a toujours pas compris.
— Quoi ?
— Qu'elle est ma sœur.
Il regarda Élise.
— Et que si elle tombe, je tombe avec elle.
---
Le lendemain, un événement inattendu bouleversa le palais.
Un messager arriva de la frontière.
Il remit une lettre au conseil.
Elle venait de Dorian.
Le contenu était bref :
« J'ai oublié de vous dire une chose essentielle. La nuit de la mort du vieux Roi, Athanase n'était pas seul. Une troisième personne était présente. Je connais son identité. »
Kaël lut la lettre.
Puis regarda Naïra.
— Qui pourrait être cette personne ?
Naïra pensa immédiatement à Éléonore.
Mais quelque chose ne correspondait pas.
Mara avait dit qu'Éléonore était arrivée après le départ d'Athanase.
Alors qui était cette troisième personne ?
Kaël retourna la lettre.
Au dos, Dorian avait écrit un seul nom.
Le conseiller royal.
Le même homme qui, depuis le début, semblait toujours savoir où se trouvaient les documents.
Le même homme qui avait prévenu Athanase des recherches de Naïra.
Le même homme qui avait disparu quelques heures après la révélation publique.
Naïra murmura :
— Il était là depuis le début.
Kaël serra la lettre.
— Alors nous avons peut-être enfin trouvé celui qui a aidé notre père à tout cacher.
Mais dans une autre partie du royaume, le conseiller était déjà en route vers une destination inconnue.
Et il emportait avec lui une preuve capable de changer non seulement le destin d'Athanase...
mais aussi celui de Kaël.
La guerre pour le trône venait de commencer.
Chapitre 24 — La nuit du meurtre
Naïra resta silencieuse.
Le nom d'Éléonore résonnait encore dans son esprit.
— Maman... tu es certaine ?
Mara hocha lentement la tête.
— Je l'ai vue.
— Où ?
— Dans le couloir qui menait aux appartements du vieux Roi.
Naïra sentit son cœur se serrer.
— Elle était avec Athanase ?
— Non.
Mara baissa la voix.
— Elle venait d'arriver. Elle cherchait ton père.
— Pourquoi ?
— Parce qu'elle avait reçu ma lettre.
Naïra comprit.
Éléonore avait donc découvert la vérité avant son mariage.
— Elle savait pour moi ?
— Oui.
— Et elle savait que ton père voulait me faire disparaître ?
Mara hésita.
— Elle savait qu'Athanase était capable de choses terribles. Mais elle ne savait pas encore jusqu'où il irait.
Naïra se leva.
— Je dois lui parler.
---
Éléonore était éveillée.
Lorsque Naïra entra dans sa chambre, la Reine comprit immédiatement.
— Mara t'a parlé.
— Oui.
Éléonore ferma les yeux.
— Je savais que ce moment arriverait.
Naïra s'assit près d'elle.
— Racontez-moi ce que vous avez vu.
Éléonore resta silencieuse.
Puis elle commença.
— J'avais reçu la lettre de ta mère.
— Celle qui disait que j'étais la fille d'Athanase.
— Oui.
— Et vous êtes allée voir le vieux Roi.
Éléonore acquiesça.
— Je voulais lui demander conseil.
— Que s'est-il passé ?
La Reine regarda la fenêtre.
— Lorsque je suis arrivée dans le couloir, j'ai entendu des voix.
— Athanase et son père ?
— Oui.
— Ils se disputaient.
— Très violemment.
Naïra retint son souffle.
— J'ai entendu ton grand-père dire qu'il ne laisserait jamais Athanase sacrifier une enfant pour une couronne.
Naïra ferma les yeux.
— Et ensuite ?
Éléonore trembla légèrement.
— J'ai entendu un bruit.
— Quel genre de bruit ?
— Quelqu'un était tombé.
Naïra comprit.
— Votre futur mari avait frappé son père.
Éléonore acquiesça.
— Je suis entrée quelques secondes plus tard.
— Qu'avez-vous vu ?
La Reine resta silencieuse.
Puis elle murmura :
— Le vieux Roi était encore vivant.
Naïra sentit son sang se glacer.
— Et Athanase ?
— Il était devant lui.
— Que faisait-il ?
Éléonore ferma les yeux.
— Il tenait un petit flacon.
---
Naïra ne dit rien.
Éléonore poursuivit :
— J'ai compris ce qu'il s'apprêtait à faire.
— Pourquoi ne l'avez-vous pas arrêté ?
Les larmes coulèrent sur les joues de la Reine.
— Parce que j'avais peur.
— Vous aviez peur de lui ?
— Oui.
— Mais vous auriez pu appeler les gardes.
Éléonore secoua la tête.
— Il m'a regardée.
Elle essuya ses larmes.
— Et dans ce regard, j'ai compris qu'il savait déjà que j'étais là.
Naïra resta immobile.
— Il savait ?
— Oui.
— Alors pourquoi vous a-t-il laissée vivre ?
Éléonore regarda sa fille adoptive.
— Parce qu'il savait que je l'aimais encore.
Naïra détourna les yeux.
Cette réponse lui fit mal.
---
À ce moment-là, Kaël entra.
Il avait entendu les dernières paroles.
— Maman...
Éléonore se tourna vers lui.
— Tu as entendu ?
— Oui.
Kaël s'approcha.
— Pourquoi ne m'avoir jamais parlé de ça ?
— Parce que tu étais son fils.
— Et maintenant ?
Elle lui prit la main.
— Maintenant, tu dois choisir quel homme tu veux devenir.
Kaël regarda Naïra.
— Je ne veux pas lui ressembler.
Éléonore sourit tristement.
— Alors ne laisse jamais le pouvoir décider à ta place.
---
Dans une autre partie du palais, Athanase était seul.
Il savait que tout était fini.
Mais il refusait encore de l'accepter.
Il ouvrit un coffre caché sous le plancher.
À l'intérieur se trouvaient les derniers souvenirs de son passé.
Une bague.
Une vieille photographie.
Et une petite fiole vide.
Il la regarda longtemps.
Puis il entendit une voix derrière lui.
— Tu l'as gardée pendant toutes ces années.
Athanase se retourna.
Mara se tenait dans l'encadrement de la porte.
Il resta figé.
— Comment es-tu entrée ?
— Éléonore m'a laissé passer.
Athanase serra la fiole.
— Tu aurais dû rester loin d'ici.
— J'ai déjà passé seize ans loin d'ici.
Elle s'approcha.
— Je n'ai plus peur.
Athanase la regarda.
— Tu crois pouvoir me détruire ?
Mara secoua la tête.
— Non.
Elle désigna la fiole.
— Tu t'es détruit tout seul.
---
Athanase posa la fiole.
— Pourquoi es-tu revenue ?
— Pour Naïra.
Chapitre 25 — Le conseiller
Le palais s'éveilla sous tension.
Le conseiller avait disparu.
Et avec lui, une partie de la vérité.
Kaël relut la lettre de Dorian.
« Le conseiller royal. »
Un nom qui, jusqu'à présent, n'avait jamais semblé dangereux.
Silas.
Il avait servi trois générations de la famille royale.
Il connaissait les archives.
Les passages secrets.
Les habitudes du Roi.
Les anciennes alliances.
Et surtout, il connaissait les secrets.
Naïra regarda Kaël.
— Il faut le retrouver.
— Oui.
— Avant mon père.
Kaël acquiesça.
— Parce que s'il possède les preuves, Athanase cherchera à les récupérer.
Élise entra à cet instant.
— Il est déjà parti.
Kaël se retourna.
— Comment le sais-tu ?
— J'ai parlé à un garde. Silas a quitté le palais hier soir avec une escorte.
Naïra fronça les sourcils.
— Où va-t-il ?
Élise répondit :
— Personne ne le sait.
---
Athanase, lui, avait compris que Silas l'avait trahi.
Il entra dans la salle du Conseil.
Le siège du conseiller était vide.
Le Roi resta devant quelques secondes.
Puis il demanda :
— Depuis combien de temps ?
Un garde répondit :
— Nous ne savons pas, Majesté.
Athanase serra les poings.
Silas n'était pas seulement un témoin.
Il avait été son complice.
Pendant des années, il avait falsifié des documents, déplacé des registres et fait disparaître des traces.
Mais Athanase ignorait une chose.
Silas avait conservé des copies.
Toutes les copies.
---
Dans une auberge située à plusieurs kilomètres du royaume, Silas ouvrit une malle.
Il sortit un paquet de documents.
Puis une petite boîte.
À l'intérieur se trouvait un médaillon.
Le même symbole que celui retrouvé sur la lettre de Mara.
Silas murmura :
— Il est temps.
Un homme entra.
— Vous êtes certain ?
Silas acquiesça.
— Le prince est revenu.
— Et le Roi ?
— Il est acculé.
L'homme hésita.
— Que voulez-vous faire ?
Silas regarda les documents.
— Ce que j'aurais dû faire il y a seize ans.
— Témoigner ?
Silas secoua la tête.
— Non.
Il releva les yeux.
— Faire tomber le Roi.
---
Au palais, Kaël préparait son départ.
Élise l'observait.
— Tu veux vraiment partir maintenant ?
— Je dois retrouver Silas.
— Tu pourrais laisser les gardes s'en charger.
— Non.
Kaël regarda les documents.
— Il ne parlera pas aux gardes. Il parlera à quelqu'un qu'il considère comme capable de comprendre ce qu'il sait.
— Toi.
Kaël acquiesça.
Naïra entra.
— Je viens avec toi.
— Non.
— Kaël...
— Naïra, tu dois rester ici.
Elle croisa les bras.
— Pourquoi ?
— Parce que si Silas possède des preuves sur notre père, il pourrait aussi connaître ton histoire.
— Justement.
Elle s'approcha.
— Je veux entendre la vérité moi-même.
Kaël hésita.
Puis il répondit :
— D'accord.
Élise les regarda tous les deux.
— Alors nous partons ensemble.
---
Avant leur départ, Naïra alla voir Mara.
— Je dois retrouver Silas.
Mara pâlit.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que cet homme est dangereux.
— Tu le connais ?
Mara resta silencieuse.
Naïra comprit.
— Tu l'as déjà rencontré.
Mara détourna les yeux.
— Oui.
— Quand ?
— Avant ta naissance.
— Il travaillait pour mon père ?
— Il travaillait pour le royaume.
Mara marqua une pause.
— Mais il a fait plus que servir Athanase.
— Qu'a-t-il fait ?
Mara hésita.
— Il m'a aidée à m'enfuir.
Naïra resta stupéfaite.
— Silas ?
— Oui.
— Alors pourquoi le considérer comme dangereux ?
Mara répondit :
— Parce qu'il n'a jamais rien fait gratuitement.
---
Kaël, Élise et Naïra quittèrent le palais avant le coucher du soleil.
Ils empruntèrent une route secondaire.
Pendant plusieurs heures, personne ne parla.
Puis Naïra regarda Kaël.
— Tu regrettes d'être revenu ?
Il réfléchit.
— Non.
— Même après tout ça ?
— Non.
Il regarda la route.
— J'ai passé quatre ans à croire que partir me permettrait d'oublier.
Il eut un sourire triste.
— J'avais tort.
Naïra baissa les yeux.
— Moi aussi, j'ai longtemps cru que je devais mériter ma place.
Kaël la regarda.
— Tu n'as rien à prouver.
Elle acquiesça.
Puis elle demanda :
— Et toi ?
— Moi ?
— Tu dois encore prouver quelque chose à notre père ?
Kaël resta silencieux.
— Non.
Il regarda devant lui.
— Je dois seulement décider quel homme je veux devenir.
---
Ils arrivèrent à l'auberge à la tombée de la nuit.
Silas les attendait.
Il était assis seul.
Devant lui se trouvait une tasse de thé intacte.
Kaël s'arrêta à quelques mètres.
— Vous nous attendiez.
Silas leva les yeux.
— Je savais que vous viendriez.
Naïra s'avança.
— Vous avez aidé ma mère.
Silas la regarda longuement.
— Oui.
— Pourquoi ?
Il soupira.
— Parce que j'étais jeune.
— Et maintenant ?
— Maintenant, je suis vieux.
Il désigna les chaises.
— Asseyez-vous.
Kaël resta debout.
— Je veux la vérité.
Silas sourit.
— Vous voulez laquelle ?
— Toutes.
Silas regarda Naïra.
— Alors il faudra commencer avant votre naissance.
---
Il ouvrit la malle.
— Votre père n'a pas tué son père dans un accès de colère.
Kaël se crispa.
— Nous savons déjà qu'il avait préparé son acte.
— Vous ne savez pas tout.
Silas sortit un document.
— Athanase avait découvert que son père voulait modifier la succession.
Kaël fronça les sourcils.
— Pour qui ?
Silas posa le document devant lui.
— Pour vous.
Kaël resta immobile.
— Mais je n'étais pas encore né.
— Justement.
Silas regarda Naïra.
— Le vieux Roi voulait que le royaume revienne à l'enfant légitime qu'Athanase aurait avec Éléonore.
Naïra comprit.
— Donc mon père savait qu'il devait se débarrasser de son propre père avant le mariage.
— Oui.
Kaël serra les poings.
— Et Mara ?
Silas baissa les yeux.
— Elle était la seule personne qui pouvait prouver qu'Athanase avait déjà un enfant avant son mariage.
— Moi.
— Oui.
---
Silas sortit alors une deuxième enveloppe.
— Mais il existe une chose que même Athanase ignore.
Kaël la prit.
— Quoi ?
Silas regarda Naïra.
— Le vieux Roi avait préparé un testament.
Naïra sentit son cœur accélérer.
— Un testament ?
— Un document qui aurait changé la succession.
Kaël ouvrit l'enveloppe.
Ses yeux parcoururent les premières lignes.
Puis il releva brusquement la tête.
— Ce n'est pas possible.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Élise.
Kaël lui tendit le document.
Elle lut.
Puis regarda Naïra.
— Le vieux Roi avait reconnu Naïra.
Silas acquiesça.
— Pas seulement comme fille d'Athanase.
Il marqua une pause.
— Comme héritière potentielle.
Le silence fut total.
Naïra recula.
— Moi ?
Silas répondit :
— Votre grand-père voulait que la couronne puisse revenir à votre génération selon certaines conditions.
Kaël regarda sa sœur.
Et il comprit enfin pourquoi Athanase avait eu si peur.
Naïra n'était pas seulement la preuve de son adultère.
Elle représentait une menace directe pour sa succession.
---
Silas referma la malle.
— Mais ce n'est pas le pire.
Kaël releva les yeux.
— Quoi encore ?
Silas répondit :
— Le testament n'est pas la seule chose que j'ai gardée.
Il sortit une dernière enveloppe.
Cette fois, elle portait le sceau personnel d'Athanase.
— Cette lettre a été écrite la nuit où votre grand-père est mort.
Kaël la prit.
— À qui est-elle destinée ?
Silas répondit :
— À Éléonore.
Kaël ouvrit lentement l'enveloppe.
La première ligne lui fit perdre toute couleur.
« Si jamais tu apprends ce que j'ai fait à mon père, sache que je n'avais pas prévu de tuer Mara. »
Kaël releva les yeux.
Naïra se rapprocha.
— Qu'est-ce que ça veut dire ?
Kaël regarda la suite.
Son visage se décomposa.
Car la lettre révélait qu'Athanase n'avait pas seulement préparé la mort de son père.
Il avait prévu une autre victime.
Et cette victime n'était pas Mara.
C'était quelqu'un qu'aucun d'eux n'avait encore soupçonné.
Chapitre 26 — La victime oubliée
Kaël relut la phrase.
Une fois.
Puis une deuxième.
Il n'arrivait pas à comprendre.
— « Je n'avais pas prévu de tuer Mara... »
Il leva les yeux vers Silas.
— Alors qui devait mourir ?
Silas ne répondit pas immédiatement.
Il regarda Naïra.
Puis Élise.
Enfin Kaël.
— Éléonore.
Le silence fut brutal.
— Non, murmura Kaël.
Silas acquiesça.
— Votre père avait prévu de supprimer toute personne susceptible de révéler son secret.
Naïra sentit son souffle se couper.
— Ma mère...
— Et la future Reine.
Kaël serra le document entre ses doigts.
— Pourquoi ma mère a-t-elle survécu ?
— Parce que le plan a changé.
— Qui l'a changé ?
Silas regarda Naïra.
— Mara.
---
Le choix de Mara
Mara avait compris qu'Athanase ne voulait pas seulement empêcher la révélation de l'existence de Naïra.
Il voulait contrôler entièrement le récit.
Mara avait alors demandé de l'aide à Silas.
— Je lui ai fourni un moyen de s'échapper, expliqua-t-il.
— Et Éléonore ? demanda Kaël.
— Mara l'a prévenue.
Kaël baissa les yeux vers la lettre.
— Elle savait donc qu'elle était en danger.
— Oui.
— Et elle a quand même épousé mon père.
Silas répondit doucement :
— Parce qu'elle croyait pouvoir empêcher davantage de morts.
Kaël resta silencieux.
Il comprenait maintenant pourquoi sa mère avait toujours semblé porter une culpabilité qu'il n'avait jamais comprise.
Elle n'avait pas seulement vécu auprès d'un homme dangereux.
Elle avait vécu en sachant qu'elle aurait pu être sa prochaine victime.
---
Naïra prit le document.
— Pourquoi mon père voulait-il tuer maman ?
Silas répondit :
— Parce qu'elle avait reçu la lettre de Mara.
— Mais il aurait pu simplement la récupérer.
— Il a essayé.
Naïra releva la tête.
— Et elle a refusé.
Silas eut un sourire triste.
— Votre mère adoptive était beaucoup plus courageuse que votre père ne l'imaginait.
Kaël corrigea doucement :
— Notre mère.
Silas acquiesça.
— Oui.
---
Le retour au palais
Ils repartirent avant l'aube.
Pendant tout le voyage, Kaël ne prononça presque aucun mot.
Élise conduisait.
Naïra était assise à l'arrière.
Elle observait son frère.
Il semblait différent.
Plus grave.
Plus silencieux.
Lorsqu'ils approchèrent du palais, Kaël demanda :
— Tu vas lui pardonner ?
Naïra comprit qu'il parlait d'Athanase.
— Je ne sais pas.
— Moi non plus.
Elle regarda par la fenêtre.
— Mais je ne veux pas passer ma vie à le haïr.
Kaël acquiesça.
— Alors nous ferons autrement.
— Comment ?
— Nous lui demanderons de répondre de ses actes.
Naïra le regarda.
— Sans devenir comme lui.
— Exactement.
---
Au palais, Athanase les attendait.
Il avait compris que Silas avait parlé.
— Vous avez trouvé la lettre.
Kaël s'avança.
— Oui.
Athanase regarda son fils.
— Alors tu sais.
— Je sais que maman devait mourir.
Le visage d'Athanase se ferma.
— Ce n'est pas aussi simple.
Kaël posa la lettre devant lui.
— Rien de ce que tu as fait n'est simple.
Naïra s'approcha.
— Pourquoi ?
Athanase la regarda.
Cette fois, il ne trouva aucune réponse.
— Pourquoi voulais-tu tuer la femme qui m'a élevée ?
Athanase baissa les yeux.
— Parce qu'elle savait trop de choses.
— Et tu appelles ça protéger ta famille ?
Il ne répondit pas.
---
Éléonore entra dans la pièce.
Tout le monde se retourna.
Elle était faible, mais son regard était ferme.
— C'est assez.
Athanase se leva.
— Éléonore...
— Non.
Elle s'approcha.
— Tu as passé toute ta vie à expliquer tes crimes par la peur.
Elle s'arrêta devant lui.
— Mais la peur n'est pas une excuse.
Athanase baissa la tête.
— Je sais.
— Non.
Éléonore secoua la tête.
— Tu commences seulement à le comprendre.
---
Kaël regarda sa mère.
— Il faut que le Conseil sache.
Athanase releva brusquement les yeux.
— Non.
Kaël répondit calmement :
— Si.
— Tu détruiras le royaume.
— C'est toi qui l'as mis en danger.
Le Roi s'approcha.
— Et si le royaume tombe ?
Kaël ne recula pas.
— Alors nous le reconstruirons.
---
La décision
Le lendemain matin, le Conseil se réunit.
Cette fois, Athanase ne tenta pas de contrôler les témoignages.
Silas fut convoqué.
Dorian aussi.
Mara entra ensuite.
Éléonore était présente.
Kaël prit place à la table.
Naïra s'assit à ses côtés.
Élise resta derrière eux.
Le président du Conseil regarda Athanase.
— Majesté, plusieurs documents vous accusent de crimes graves.
Athanase resta debout.
Pendant quelques secondes, il sembla vouloir nier.
Puis il regarda Naïra.
Sa fille.
Kaël.
Son fils.
Éléonore.
La femme qu'il avait failli perdre.
Et Mara.
La femme qu'il avait cru morte.
Il inspira.
— C'est vrai.
Un murmure parcourut la salle.
— J'ai tué mon père.
Silence.
— J'ai voulu faire disparaître Mara.
Mara ferma les yeux.
— J'ai falsifié des documents.
Athanase continua.
— Et j'ai menacé Éléonore pour préserver mon pouvoir.
Kaël baissa la tête.
La vérité était enfin prononcée.
Mais le Conseil n'avait pas encore rendu son verdict.
---
Après plusieurs heures, le président annonça :
— En attendant la décision définitive concernant la succession, le Roi est placé sous surveillance du Conseil.
Athanase ne protesta pas.
Sa couronne était toujours sur sa tête.
Mais elle ne lui appartenait plus réellement.
Le pouvoir avait changé de mains.
---
Dans les jardins, Naïra retrouva Mara.
— C'est fini ?
Mara sourit.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que découvrir la vérité n'est que le début.
Naïra regarda le palais.
— Alors qu'est-ce qui vient maintenant ?
Mara lui prit la main.
— Apprendre à vivre sans les mensonges des autres.
Naïra sourit doucement.
Pour la première fois, elle n'avait plus besoin de chercher qui elle était.
Elle connaissait son nom.
Elle connaissait ses origines.
Et elle savait désormais qu'elle n'était ni une erreur, ni un secret, ni une menace.
Elle était Naïra.
---
Mais dans la salle du Conseil, une dernière enveloppe venait d'être découverte.
Elle portait le sceau de l'ancien Roi.
Le président l'ouvrit.
Son visage changea.
— Qu'y a-t-il ? demanda Kaël.
L'homme releva lentement les yeux.
— Ce testament...
Il regarda Naïra.
— Il ne désigne pas seulement un héritier.
Kaël se leva.
— Que dit-il ?
Le président hésita.
Puis il répondit :
— Il prévoit précisément ce qui doit arriver au royaume si Athanase est reconnu coupable.
Tous se figèrent.
Et lorsque le texte fut lu à voix haute, une nouvelle vérité apparut
Chapitre 27 — Le testament du vieux Roi
Le président du Conseil relut le document.
Personne ne parlait.
Puis il déclara :
— Le vieux Roi avait prévu une règle particulière concernant la succession.
Kaël se redressa.
— Quelle règle ?
L'homme posa le testament sur la table.
— Si le Roi régnant est reconnu coupable d'avoir obtenu la couronne par meurtre, fraude ou manipulation de la succession, son héritier direct peut être écarté temporairement du trône.
Kaël fronça les sourcils.
— Temporairement ?
— Oui.
Il tourna une page.
— Le Conseil doit alors déterminer quel membre de la famille royale possède la légitimité nécessaire pour assurer la continuité du royaume.
Tous les regards se tournèrent vers Naïra.
Elle resta immobile.
— Non.
Sa voix était faible.
— Je ne veux pas de couronne.
Athanase, assis à l'écart, la regarda.
— Ce n'est pas toi qui décides.
Naïra se tourna vers lui.
— Justement. Toute ma vie, les autres ont décidé pour moi.
Elle désigna le testament.
— Je ne veux pas que cela recommence.
---
Kaël se leva.
— Le testament parle-t-il clairement de Naïra ?
Le président hocha la tête.
— Oui.
Il lut :
— « Si mon fils venait à perdre sa légitimité par des actes contraires aux lois du royaume, la descendance qu'il aura reconnue pourrait être considérée par le Conseil comme une branche légitime de la maison royale, sous réserve de la volonté du peuple et des règles de succession. »
Kaël regarda Naïra.
— Il t'avait prévue.
— Pas moi personnellement, répondit-elle. Il avait prévu ce que mon existence pouvait provoquer.
Mara prit alors la parole.
— Votre grand-père avait compris qu'Athanase chercherait à contrôler la succession.
Athanase releva les yeux.
— Il me détestait.
— Non, répondit Mara. Il avait peur de ce que tu deviendrais si tu obtenais tout ce que tu voulais.
Le Roi ne répondit pas.
---
Le choix de Kaël
Le président du Conseil se tourna vers Kaël.
— Prince Kaël, vous êtes toujours l'héritier officiel. Mais votre position peut être contestée.
Kaël resta silencieux.
Il regarda Naïra.
Puis Éléonore.
Enfin Élise.
Il comprit alors ce que son grand-père avait réellement voulu éviter.
Une nouvelle guerre pour le trône.
— Je renonce provisoirement à toute revendication personnelle, déclara-t-il.
Un murmure parcourut la salle.
Athanase se leva.
— Quoi ?
Kaël continua :
— Tant que cette affaire ne sera pas réglée, je ne réclamerai pas la couronne.
— Tu es mon héritier !
— Je suis ton fils.
Kaël marqua une pause.
— Mais je refuse que notre famille se déchire encore pour un titre.
Naïra le regarda avec émotion.
— Kaël...
Il lui sourit.
— Tu n'as rien à porter à ma place.
---
Après le Conseil, Kaël rejoignit Élise dans les jardins.
Elle resta silencieuse quelques instants.
— Tu viens vraiment de renoncer au trône ?
— Temporairement.
— Et si le Conseil te le rend ?
Kaël réfléchit.
— Alors je déciderai.
Élise s'approcha.
— Et si on te demande de choisir entre ton père et ta sœur ?
Kaël secoua la tête.
— Je ne choisirai pas entre eux.
Il regarda le palais.
— Je choisirai entre le mensonge et la vérité.
Élise posa doucement sa main sur la sienne.
— Alors je resterai à tes côtés.
Kaël la regarda.
— Même si tout s'effondre ?
— Surtout si tout s'effondre.
---
Naïra face à Athanase
Plus tard, Naïra retrouva son père.
Athanase était seul dans la salle du trône.
Sa couronne reposait devant lui.
Il ne la portait plus.
Naïra s'arrêta à quelques mètres.
— Tu vas être jugé.
— Oui.
— Tu pourrais perdre le trône.
—
Chapitre 27 — L'héritage oublié
Le silence qui suivit la lecture du testament semblait irréel.
Kaël regardait le président du Conseil.
— Lisez.
L'homme déplia lentement le document.
— « Si mon fils Athanase venait à être reconnu coupable d'avoir attenté à ma vie ou d'avoir usurpé la succession par la violence, la couronne ne pourra être transmise selon son bon vouloir. Elle devra revenir à la génération suivante selon les règles établies par la Couronne. »
Kaël fronça les sourcils.
— Ça signifie quoi ?
Le président poursuivit :
— « Si l'héritier mâle légitime est vivant, il conserve son droit. Mais si une enfant de mon sang, née avant le mariage d'Athanase, est reconnue publiquement et légalement, le Conseil devra considérer son droit à la succession avant toute décision définitive. »
Tous les regards se tournèrent vers Naïra.
Elle recula légèrement.
— Non.
Kaël se leva.
— Elle ne veut pas du trône.
Le président répondit :
— Ce n'est pas la question.
— Alors quelle est la question ?
— La question est de savoir si le vieux Roi avait voulu empêcher qu'Athanase transforme la succession en propriété personnelle.
Naïra secoua la tête.
— Je ne veux pas prendre la place de Kaël.
Kaël la regarda.
— Et je ne veux pas que tu renonces à quelque chose simplement parce que tu as peur de ce que les autres vont penser.
Elle se tourna vers lui.
— Tu me laisserais vraiment devenir ton adversaire ?
— Tu es ma sœur.
Il lui prit la main.
— Je ne veux pas d'une couronne qui exige que je te perde.
---
Athanase n'avait pas parlé.
Il fixait le testament.
Puis il murmura :
— Mon père avait prévu tout cela.
Mara répondit :
— Il connaissait ton ambition.
Athanase leva les yeux.
— Il savait que je pouvais devenir dangereux.
— Oui.
Cette réponse fut plus douloureuse qu'une accusation.
---
Une couronne pour deux enfants
Le Conseil se retira pour délibérer.
Dans le couloir, Naïra marchait seule.
Elle avait l'impression que tout ce qu'elle avait appris sur elle-même venait encore de changer.
Fille secrète.
Pupille.
Princesse.
Et maintenant, potentielle héritière.
Élise la rejoignit.
— Tu vas bien ?
— Non.
Élise sourit légèrement.
— Au moins, tu es honnête.
Naïra soupira.
— Je voulais seulement connaître ma mère.
— Et tu l'as retrouvée.
— Maintenant on veut me donner une couronne.
Élise posa une main sur son épaule.
— Peut-être que ce n'est pas une couronne qu'on veut te donner.
— Alors quoi ?
— Une responsabilité.
Naïra regarda la salle du Conseil.
— Je ne suis pas prête.
— Personne ne l'est lorsqu'on lui demande de réparer les erreurs des générations précédentes.
---
Kaël les rejoignit.
— Le Conseil va rendre sa décision demain.
Naïra se tourna vers lui.
— Et toi ?
— Moi, je veux que tu sois libre de choisir.
— Même si je deviens héritière ?
— Même dans ce cas.
Naïra sourit.
— Tu es vraiment mon frère.
Kaël sourit à son tour.
Mais son sourire disparut rapidement.
— Il y a quelque chose que je dois te dire.
— Quoi ?
— Pendant mon exil...
Il hésita.
— J'ai rencontré quelqu'un.
Naïra sourit.
— Élise ?
— Oui.
— Je sais.
Kaël eut un léger rire.
— Non. Tu ne sais pas tout.
Il regarda Élise.
— Elle m'a sauvé d'une période où je ne savais plus qui j'étais.
Naïra regarda Élise avec affection.
— Alors je comprends pourquoi tu l'as épousée.
Élise sourit.
Mais derrière cette conversation familiale, une inquiétude persistait.
Car le royaume n'était pas seulement confronté à une crise de succession.
Des nobles commençaient déjà à choisir leur camp.
---
Les deux camps
Dans les jours suivants, deux groupes se formèrent au Conseil.
Les premiers soutenaient Kaël.
Il était le fils légitime d'Éléonore.
Il avait été élevé comme héritier.
Il connaissait le royaume.
Les autres soutenaient Naïra.
Elle était la petite-fille reconnue de l'ancien Roi par le testament.
Elle représentait une rupture avec le règne d'Athanase.
Et certains nobles voyaient en elle une occasion de reconstruire le royaume sur de nouvelles bases.
Naïra découvrit rapidement une chose :
les gens ne voulaient pas seulement savoir qui devait régner.
Ils voulaient savoir quel genre de pouvoir allait naître après Athanase.
---
Un soir, Naïra entra dans la salle du Conseil.
Elle trouva Kaël seul.
— Tu ne dors pas ?
— Non.
— Moi non plus.
Elle s'assit.
— Est-ce que tu as peur ?
Kaël réfléchit.
— Oui.
— De perdre la couronne ?
— Non.
Il la regarda.
— De perdre ma famille.
Naïra baissa les yeux.
— Moi aussi.
Kaël se leva.
— Alors faisons une promesse.
— Laquelle ?
— Peu importe ce que décide le Conseil, nous ne deviendrons jamais ennemis.
Naïra tendit sa main.
— Promis.
Ils se serrèrent la main.
---
Le dernier coup d'Athanase
Pendant ce temps, Athanase était toujours placé sous surveillance.
Mais il n'était pas inactif.
Dans ses appartements, il demanda à voir Élise.
Elle entra avec prudence.
— Vous vouliez me parler ?
Athanase lui tendit une enveloppe.
— Prends-la.
Élise ne la toucha pas.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Une preuve.
— De quoi ?
— De la personne qui finance actuellement les nobles opposés à Kaël.
Élise fronça les sourcils.
— Vous savez qui les soutient ?
— Oui.
— Qui ?
Athanase répondit :
— Silas.
Élise resta immobile.
— Le conseiller ?
— Il ne cherche pas seulement à me faire tomber.
Athanase marqua une pause.
— Il veut contrôler celui qui viendra après moi.
Élise prit finalement l'enveloppe.
— Pourquoi me la donner ?
Athanase la fixa.
— Parce que tu es la seule personne ici qui ne veut pas devenir reine.
Élise resta silencieuse.
Puis elle demanda :
— Et si c'est vrai ?
— Alors tu devras décider si tu préfères un royaume libre...
Il s'interrompit.
— ...ou un royaume dirigé par ceux qui ont attendu seize ans pour prendre leur revanche.
---
Élise sortit.
Elle ouvrit l'enveloppe.
À l'intérieur se trouvait une liste de noms.
Des nobles.
Des commerçants.
Des militaires.
Et au sommet de la liste...
le nom de Silas.
Mais un deuxième nom attira immédiatement son attention.
Un nom qu'elle connaissait très bien.
Dorian.
Élise pâlit.
Si Dorian travaillait avec Silas, alors leur témoignage pouvait être une manipulation.
Et si les preuves contre Athanase avaient été soigneusement orientées...
alors quelqu'un d'autre avait peut-être préparé cette chute depuis longtemps.
Elle courut chercher Kaël.
Mais avant de le trouver, un garde l'arrêta.
— Madame Élise, vous devez venir avec moi.
— Pourquoi ?
Le garde baissa la voix.
— Le prince Kaël a été convoqué par le Conseil.
— Pour quoi faire ?
Le garde hésita.
— Il est accusé d'avoir tenté de renverser son père avant même que le Conseil rende son verdict.
Élise sentit son cœur s'arrêter.
— C'est impossible.
Le garde répondit :
— Ils ont des preuves.
---
Dans la salle du Conseil, Kaël se tenait seul.
Les portes se refermèrent derrière lui.
Le président posa plusieurs documents sur la table.
— Prince Kaël, ces lettres portent votre signature.
Kaël les regarda.
Son visage devint livide.
— Elles sont fausses.
— Pourtant, elles annoncent votre intention de prendre le pouvoir par la force.
Kaël releva les yeux.
— Quelqu'un essaie de me piéger.
Le président répondit :
— C'est exactement ce que nous allons déterminer.
Au fond de la salle, Naïra apparut.
Elle regarda les documents.
Puis son frère.
Et elle comprit immédiatement :
quelqu'un venait de lancer une guerre pour empêcher les deux héritiers de s'unir.
Et cette guerre ne faisait que commencer.
Chapitre 28 — Le piège
— Ces lettres sont fausses.
La voix de Kaël résonna dans la salle du Conseil.
Personne ne répondit.
Le président du Conseil avait posé les documents devant lui avec une froideur implacable.
— Elles portent votre sceau.
— Mon sceau peut être copié.
— Votre signature également ?
Kaël prit l'une des lettres.
Il l'examina attentivement.
— Oui.
Un conseiller se leva.
— Prince Kaël, plusieurs témoins affirment vous avoir vu rencontrer des hommes liés à l'armée.
— Je suis l'héritier du royaume. Je rencontre des officiers depuis mon enfance.
— Et pourtant, ces hommes auraient reçu de vous des instructions pour préparer un changement de pouvoir.
Kaël serra les mâchoires.
— Je n'ai jamais donné ces ordres.
Au fond de la salle, Naïra observait chaque visage.
Certains conseillers semblaient réellement troublés.
D'autres avaient l'air étrangement satisfaits.
Elle comprit alors que ce procès n'était peut-être pas destiné à découvrir la vérité.
Il était destiné à produire un coupable.
---
La défense de Naïra
— Arrêtez.
Tous se retournèrent.
Naïra s'avança.
— Vous êtes en train de juger mon frère sur des lettres que n'importe qui aurait pu fabriquer.
Un conseiller répondit :
— Princesse, vous êtes directement concernée par la succession.
— Justement.
Elle posa les mains sur la table.
— C'est pour cela que je demande que toutes les preuves soient vérifiées.
Le président la fixa.
— Et si les preuves sont authentiques ?
Naïra regarda Kaël.
— Alors je serai la première à accepter votre décision.
Kaël la regarda avec reconnaissance.
Mais un conseiller intervint :
— Et si vous êtes celle qui a intérêt à faire disparaître son frère ?
Un murmure parcourut la salle.
Naïra resta parfaitement immobile.
— Alors vous me soupçonnez également.
— Nous soupçonnons tout le monde.
— Très bien.
Elle regarda l'ensemble du Conseil.
— Alors commencez par ceux qui avaient accès au sceau royal.
Un silence s'installa.
Cette remarque dérangea visiblement plusieurs personnes.
---
Élise entra brusquement.
— J'ai quelque chose à montrer.
Le président fronça les sourcils.
— Vous n'avez pas été convoquée.
— Je sais.
Elle posa l'enveloppe d'Athanase sur la table.
— Mais ceci concerne directement l'affaire.
Kaël la regarda.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Une liste de personnes qui pourraient être impliquées dans la manipulation de la succession.
Elle sortit les feuilles.
— Et il y a un nom que vous devez voir.
Kaël lut.
Son expression changea.
— Dorian.
Naïra s'approcha.
— Le témoin ?
Élise acquiesça.
— Oui.
Kaël secoua la tête.
— Il a témoigné contre mon père.
— Peut-être.
Élise posa un autre document.
— Mais regardez la date.
Naïra la lut.
— Cette lettre a été écrite avant son témoignage.
— Exactement.
Élise regarda le Conseil.
— Dorian savait déjà qu'Athanase serait accusé.
---
La fuite
Un conseiller se leva brutalement.
— Cette enveloppe vient du Roi lui-même. Elle n'a aucune valeur !
Élise le fixa.
— Pourquoi ?
— Parce qu'Athanase est accusé.
— Ce qui ne rend pas automatiquement ses informations fausses.
Le conseiller resta silencieux.
Kaël se tourna vers le président.
— Faites vérifier les sceaux.
— Nous allons le faire.
Mais avant que quelqu'un puisse quitter la salle, une cloche retentit dans le palais.
Une fois.
Deux fois.
Puis trois fois.
Tous les visages changèrent.
Un garde entra en courant.
— Les archives royales ont été forcées !
Kaël se leva.
— Qu'est-ce qui a été volé ?
Le garde hésita.
— Nous ne savons pas encore.
Naïra comprit immédiatement.
— Le testament.
Ils quittèrent la salle.
---
Les archives étaient plongées dans le désordre.
Des tiroirs avaient été ouverts.
Des parchemins jonchaient le sol.
Une vitrine avait été brisée.
Silas avait disparu.
Mais le testament du vieux Roi était toujours là.
Kaël poussa un soupir de soulagement.
— Il est intact.
Naïra regarda autour d'elle.
— Non.
— Quoi ?
Elle désigna une étagère.
— Quelqu'un cherchait autre chose.
Élise s'approcha.
Derrière les vieux registres, une petite boîte était ouverte.
À l'intérieur, il ne restait qu'un morceau de papier.
Naïra le prit.
Quelques mots étaient encore visibles.
« ...la véritable filiation de Naïra... »
Elle sentit son cœur se serrer.
— Il existe encore un document.
Kaël la regarda.
— Un document qui prouve quoi ?
Naïra répondit :
— Peut-être quelque chose que nous ignorons encore sur ma naissance.
---
Le secret de Mara
Ils retrouvèrent Mara dans ses appartements.
Naïra lui montra le fragment.
Le visage de sa mère changea immédiatement.
— Où avez-vous trouvé ça ?
— Dans les archives.
Mara s'assit.
— Je pensais que ce document avait disparu.
Kaël s'approcha.
— Quel document ?
Mara resta silencieuse.
Puis elle regarda Naïra.
— Le registre original de ta naissance.
Naïra sentit son cœur battre plus vite.
— Mais mon père est Athanase.
— Oui.
— Alors qu'est-ce qu'il y a de plus à découvrir ?
Mara baissa les yeux.
— La date.
Kaël fronça les sourcils.
— Quelle date ?
— Ta naissance a été enregistrée avant celle que ton père a officiellement déclarée.
Naïra resta sans voix.
— Pourquoi ?
Mara répondit :
— Parce qu'Athanase voulait que personne ne puisse déterminer précisément quand tu étais née.
Élise comprit.
— Pour cacher qu'elle était née avant son mariage avec Éléonore.
Mara acquiesça.
— Oui.
Mais elle n'avait pas terminé.
— Et il y a une autre raison.
Naïra murmura :
— Laquelle ?
Mara regarda sa fille droit dans les yeux.
— Tu n'avais pas huit mois lorsque tu es entrée au palais.
Naïra fronça les sourcils.
— Alors quel âge avais-je ?
Mara répondit :
— Trois mois.
Le silence tomba.
Kaël regarda sa sœur.
— Pourquoi avoir menti sur ton âge ?
Mara inspira profondément.
— Parce qu'à trois mois, il était impossible de prétendre que tu étais simplement la fille d'un ami mort.
Naïra sentit une étrange peur l'envahir.
— Alors pourquoi Athanase a-t-il choisi cette histoire ?
Mara répondit :
— Parce qu'il avait besoin de gagner du temps.
— Pour quoi faire ?
Mara fixa la porte.
— Pour attendre ta mère adoptive.
Naïra comprit soudain.
Éléonore n'était pas encore mariée à Athanase lorsqu'elle avait découvert la vérité.
Et Athanase avait besoin d'une histoire crédible avant leur mariage.
Mais une question demeurait.
Qui avait réellement amené Naïra au palais ?
---
Le lendemain
Au lever du jour, un messager arriva.
Il portait une lettre destinée uniquement à Naïra.
Elle l'ouvrit.
Une seule phrase était écrite :
« Si tu veux connaître la vérité sur ta naissance, viens seule au vieux monastère avant minuit. »
Aucun nom.
Aucune signature.
Naïra replia la lettre.
Kaël l'observait.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Elle hésita.
Puis elle lui tendit le papier.
Kaël lut.
— Tu n'iras pas seule.
— C'est précisément ce qu'on me demande.
— Alors nous irons ensemble.
Naïra secoua la tête.
— Si cette personne connaît réellement la vérité, elle pourrait ne parler que si je suis seule.
Élise intervint :
— Ou elle veut simplement t'attirer dans un piège.
Naïra regarda la lettre.
Elle savait qu'Élise avait raison.
Mais après toute une vie de mensonges, elle ne pouvait plus ignorer une vérité qui venait frapper à sa porte.
— J'irai.
Kaël soupira.
— Alors je te suivrai sans que tu le saches.
Naïra sourit malgré elle.
— Tu n'as jamais été très doué pour obéir.
— Pas quand il s'agit de toi.
---
À minuit, Naïra quitta discrètement le palais.
Elle ignorait qu'une autre silhouette avait quitté les jardins quelques minutes auparavant.
Et qu'une troisième personne l'attendait déjà dans l'obscurité.
Au loin, une cloche sonna.
Une fois.
Puis deux.
Naïra poussa la porte du vieux monastère.
— Il y a quelqu'un ?
Une voix répondit dans l'obscurité :
— Oui.
Naïra s'immobilisa.
La silhouette sortit lentement de l'ombre.
Et lorsqu'elle leva le visage, Naïra reconnut immédiatement cette personne.
Dorian.
Chapitre 29 — Le témoin
Naïra recula d'un pas.
— Dorian...
L'homme referma lentement la porte derrière elle.
— Tu n'aurais pas dû venir.
— C'est toi qui m'as envoyé cette lettre.
Dorian secoua la tête.
— Non.
Naïra fronça les sourcils.
— Alors qui ?
Avant qu'il puisse répondre, un bruit résonna derrière les murs du monastère.
Dorian se retourna brusquement.
— Quelqu'un nous a suivis.
Naïra comprit immédiatement.
Kaël.
Elle allait parler lorsqu'une voix surgit dans l'obscurité.
— Elle n'est pas seule.
Kaël apparut.
Dorian ferma les yeux.
— Je savais que tu viendrais.
— Je n'allais pas la laisser entrer ici seule.
Naïra regarda son frère.
— Tu m'avais promis de me laisser choisir.
— Et je tiens ma promesse. Je n'ai pas choisi à ta place. Je suis simplement venu m'assurer que tu rentres vivante.
Dorian les interrompit.
— Vous devez partir.
— Pas avant d'avoir la vérité, répondit Naïra.
Dorian resta silencieux.
Puis il sortit une petite clé de sa poche.
— Alors venez.
---
Ils traversèrent un long couloir souterrain.
Le monastère cachait sous ses fondations une ancienne salle d'archives.
Dorian ouvrit une porte métallique.
À l'intérieur, des dizaines de boîtes étaient empilées.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Les archives que Silas n'a jamais réussi à trouver.
Kaël regarda autour de lui.
— Pourquoi me faire confiance maintenant ?
Dorian répondit :
— Parce que j'ai commis une erreur.
— Laquelle ?
Dorian baissa les yeux.
— J'ai cru qu'en protégeant Athanase, je protégeais le royaume.
Naïra s'approcha.
— Et maintenant ?
— Maintenant, je sais que je protégeais un homme.
Il désigna une boîte.
— Et cet homme a détruit sa propre famille.
---
Dorian ouvrit la boîte.
À l'intérieur se trouvaient plusieurs documents.
Naïra aperçut immédiatement son nom.
Naïra — registre de naissance.
Ses mains tremblèrent.
Elle prit le document.
Kaël se plaça à côté d'elle.
La date indiquée confirmait les paroles de Mara.
Trois mois avant son arrivée officielle au palais.
Mais quelque chose attira l'attention de Kaël.
— Il manque une page.
Dorian acquiesça.
— Oui.
— Où est-elle ?
— Silas l'a prise.
Naïra releva la tête.
— Qu'y avait-il dessus ?
Dorian répondit :
— Le nom de la personne qui vous a amenée au palais.
— Ma mère ?
— Non.
Le silence tomba.
— Alors qui ?
Dorian regarda Kaël.
— Votre père.
Kaël resta immobile.
— Athanase m'a amenée lui-même ?
— Oui.
Naïra sentit son cœur se serrer.
— Pourquoi m'avoir raconté que j'étais la fille de son meilleur ami ?
Dorian répondit :
— Parce qu'il avait besoin de cacher la vérité jusqu'à son mariage avec Éléonore.
Kaël serra les poings.
— Et maman ne savait rien ?
— Elle savait qu'Athanase avait une enfant.
Dorian hésita.
— Mais elle ignorait certains détails.
---
Naïra regarda le registre.
— Il y a autre chose.
Dorian acquiesça.
— Oui.
Il sortit une seconde feuille.
— C'est une copie du registre conservée par le vieux Roi.
Naïra la prit.
Une annotation apparaissait dans la marge.
« L'enfant doit être protégée, quel que soit le prix. »
Aucune signature.
Kaël demanda :
— Qui a écrit ça ?
Dorian répondit :
— Votre grand-père.
Naïra sentit les larmes monter.
Son grand-père, qu'elle n'avait jamais connu, avait au moins voulu qu'elle vive.
Puis elle remarqua une autre inscription.
« Athanase ne doit jamais savoir que l'enfant a été reconnue. »
Elle releva les yeux.
— Mais il le savait.
Dorian secoua la tête.
— Pas immédiatement.
— Alors comment l'a-t-il appris ?
Dorian regarda la porte.
— Quelqu'un lui a parlé.
Kaël comprit.
— Silas.
— Non.
Dorian prit une profonde inspiration.
— Une autre personne.
---
Un bruit violent retentit dans le couloir.
Dorian souffla :
— Ils nous ont trouvés.
Kaël se plaça devant Naïra.
— Qui ?
Dorian éteignit la lampe.
— Les hommes de Silas.
Des pas approchaient.
Lents.
Nombreux.
Naïra murmura :
— Il veut les documents.
— Oui.
— Alors il faut les prendre.
Dorian secoua la tête.
— Trop tard.
La porte commença à trembler sous les coups.
Kaël regarda Naïra.
— Recule.
— Kaël...
— Fais-moi confiance.
La porte céda.
Trois hommes entrèrent.
Puis quatre.
Dorian lança la boîte à Kaël.
— Partez !
Kaël attrapa les documents.
Il saisit la main de Naïra.
Ils coururent.
---
Dans les couloirs du monastère, les bruits de pas résonnaient derrière eux.
Ils trouvèrent finalement une sortie donnant sur la forêt.
Kaël referma la porte.
— On doit retourner au palais.
Naïra serrait toujours le registre contre elle.
— Et Dorian ?
Kaël se retourna.
Il était resté derrière.
Naïra voulut revenir.
— Non.
Kaël lui barra le passage.
— Il nous a donné les preuves pour qu'on puisse partir.
— Mais ils vont le tuer.
Kaël regarda la porte.
— Alors nous devons faire en sorte que son sacrifice serve à quelque chose.
---
Ils atteignirent le palais avant l'aube.
Élise les attendait.
Lorsqu'elle vit leurs visages, elle comprit que quelque chose s'était passé.
— Où est Dorian ?
Kaël ne répondit pas.
Il posa les documents sur la table.
— Il nous a donné ça.
Élise parcourut rapidement les pages.
Puis elle s'arrêta.
— Cette annotation...
— Quoi ?
— Elle n'a pas été écrite par le vieux Roi.
Naïra se rapprocha.
— Comment le sais-tu ?
Élise montra l'encre.
— Elle est beaucoup plus récente.
Kaël fronça les sourcils.
— Alors quelqu'un l'a ajoutée après sa mort.
Naïra fixa le document.
Une nouvelle inquiétude naquit en elle.
— Pourquoi quelqu'un aurait-il voulu faire croire que mon grand-père me protégeait ?
Élise répondit :
— Pour nous faire croire que nous comprenons toute l'histoire.
Elle retourna le document.
Une petite marque apparaissait au dos.
Un symbole.
Naïra le reconnut.
— Je l'ai déjà vu.
— Où ?
Elle réfléchit.
Puis son visage changea.
— Sur la bague de mon père.
---
Au même moment, dans une autre partie du royaume, Athanase reçut un message.
Il le lut.
Son visage devint livide.
Le message ne contenait que six mots :
« Ils ont retrouvé le registre original. »
Athanase ferma les yeux.
Il savait désormais que le dernier secret de sa jeunesse était sur le point d'être découvert.
Mais ce qu'il ignorait encore, c'était que le registre ne révélait pas seulement la naissance de Naïra.
Il révélait également qui avait ordonné sa disparition après sa naissance.
Et ce nom n'était pas celui d'Athanase.
Chapitre 30 — Le nom dans le registre
Athanase resta seul dans ses appartements.
Le message tremblait légèrement entre ses doigts.
« Ils ont retrouvé le registre original. »
Il savait ce que cela signifiait.
Pendant seize ans, il avait cru avoir enterré cette partie de son passé.
Mais certaines vérités ne meurent jamais.
Elles attendent.
Il ouvrit son coffre et en sortit une vieille bague.
Le même symbole que celui découvert sur le registre.
Il la contempla quelques secondes.
Puis un souvenir lui revint.
Une nuit.
Un berceau.
Une servante tenant un nouveau-né.
Et une voix qui lui disait :
— Si cette enfant reste ici, tout changera.
Athanase ferma les yeux.
Il avait toujours raconté que la décision avait été la sienne.
C'était faux.
Quelqu'un l'avait poussé à agir.
Quelqu'un avait eu intérêt à ce que Naïra disparaisse des registres.
---
La découverte
Dans la bibliothèque, Naïra posa la bague devant Mara.
— Tu reconnais ce symbole ?
Mara pâlit.
— Oui.
Kaël s'approcha.
— Qu'est-ce que c'est ?
Mara ne répondit pas immédiatement.
Elle prit la bague.
Ses doigts tremblaient.
— Cette marque appartenait à une ancienne famille de la cour.
— Laquelle ?
— La famille Varec.
Élise fronça les sourcils.
— Les Varec ont été bannis du royaume il y a dix-sept ans.
Mara acquiesça.
— Peu de temps avant ta naissance.
Naïra sentit une inquiétude grandir.
— Pourquoi ?
Mara regarda sa fille.
— Parce qu'ils avaient découvert quelque chose.
— Quoi ?
— Qu'un membre de la famille royale avait détourné de l'argent destiné aux provinces.
Kaël comprit.
— Athanase ?
Mara secoua la tête.
— Non.
Elle marqua une pause.
— Quelqu'un de beaucoup plus proche du vieux Roi.
---
La porte s'ouvrit.
Éléonore entra.
Elle avait entendu les derniers mots.
— Mon père avait un frère.
Tout le monde se retourna.
— Un frère ? demanda Kaël.
Éléonore acquiesça.
— Un homme dont personne ne parle plus.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il a été exilé.
Naïra regarda la bague.
— Quel était son nom ?
Éléonore répondit :
— Valérien.
Mara ferma les yeux.
— C'est lui.
Naïra sentit son cœur accélérer.
— Lui quoi ?
Mara regarda Éléonore.
— C'est lui qui m'a trouvée après ma fuite.
Éléonore pâlit.
— Valérien ?
— Oui.
— Mais il était censé avoir quitté le royaume.
— Il l'avait quitté.
Mara posa la bague sur la table.
— Mais il est revenu.
---
Le véritable commanditaire
Kaël parcourut les documents.
— Alors Valérien connaissait Mara.
— Oui, répondit Mara.
— Il connaissait Naïra ?
— Il savait qu'elle existait.
Naïra demanda :
— Et il voulait me faire disparaître ?
Mara hésita.
— Il voulait que ton existence reste secrète.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il avait découvert que ta naissance pouvait provoquer une crise de succession.
Kaël
Chapitre 30 — Le nom effacé
Athanase resta longtemps devant le message.
« Ils ont retrouvé le registre original. »
Il connaissait désormais le danger.
Ce registre pouvait détruire la dernière version officielle de l'histoire.
Mais une chose le troublait davantage.
La phrase finale du message :
« Le nom n'est pas le vôtre. »
Athanase froissa le papier.
— Silas...
Il comprit qu'il devait retrouver le registre avant que Naïra ne découvre la vérité.
Mais cette fois, il était trop tard.
---
Dans les appartements d'Éléonore, Naïra avait posé le registre sur la table.
Mara se tenait devant elle.
— Tu connaissais ce symbole ?
Mara regarda la marque.
Son visage se décomposa.
— Oui.
Kaël s'approcha.
— Alors dites-nous ce qu'il signifie.
Mara resta silencieuse.
— Maman ?
Elle inspira profondément.
— C'est le symbole de la maison Valcourt.
Kaël fronça les sourcils.
— Une ancienne famille noble ?
— Oui.
Élise intervint :
— Elle a disparu de la cour il y a seize ans.
Mara acquiesça.
— Elle n'a pas disparu.
Elle regarda Naïra.
— Elle a été détruite.
Naïra sentit un frisson.
— Pourquoi ?
Mara répondit :
— Parce qu'une personne de cette famille connaissait l'identité de ton père.
— Qui ?
— Le frère aîné d'Athanase.
Kaël se figea.
— Mon père avait un frère ?
— Oui.
— Pourquoi personne ne m'en a jamais parlé ?
Mara répondit doucement :
— Parce qu'il est mort avant ta naissance.
Naïra regarda le registre.
— Et quel rapport avec moi ?
Mara hésita.
— Il avait découvert que j'étais enceinte.
Le silence fut immédiat.
Kaël murmura :
— Donc il savait que Naïra existait.
— Oui.
— Et il voulait la protéger ?
Mara acquiesça.
— Il voulait empêcher Athanase de cacher son existence.
Naïra serra le document contre elle.
— Alors pourquoi son nom n'apparaît nulle part ?
Mara répondit :
— Parce qu'après sa mort, tous les documents concernant sa famille ont été retirés des archives.
Élise comprit.
— Quelqu'un voulait effacer toute trace de lui.
— Exactement.
---
Le véritable secret
Kaël prit le registre.
— Il faut retrouver les archives Valcourt.
Élise secoua la tête.
— Si elles ont été supprimées, elles ne seront probablement plus au palais.
Naïra regarda Mara.
— Tu sais où elles sont ?
Mara hésita.
— Oui.
— Où ?
— Dans l'ancien domaine de votre grand-père.
Kaël releva les yeux.
— Celui qui a été abandonné ?
— Oui.
Naïra se leva.
— Alors nous irons.
Mara lui attrapa doucement le bras.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce qu'Athanase sait probablement déjà ce que nous cherchons.
Kaël répondit :
— Justement. Nous devons être plus rapides que lui.
Mara regarda les deux jeunes gens.
Elle comprit qu'ils avaient hérité de la même détermination.
— Alors ne partez pas seuls.
---
Cette nuit-là, Athanase reçut un second message.
Cette fois, il ne provenait pas de Silas.
Il portait une signature.
Dorian.
«« Je suis vivant.
Et je sais qui a ordonné que Naïra disparaisse. »»
Athanase resta pétrifié.
Dorian savait.
Mais surtout, il avait compris que la véritable menace n'était plus Athanase.
Quelqu'un d'autre avait manipulé les événements depuis le début.
Quelqu'un qui avait intérêt à ce que Naïra soit cachée.
Quelqu'un qui avait également intérêt à ce que Kaël soit considéré comme l'unique héritier.
Athanase murmura :
— Ce n'était pas seulement pour moi...
Pour la première fois, il envisagea une possibilité qu'il avait toujours refusée.
Peut-être n'avait-il jamais été le seul maître de son propre destin.
---
Le domaine abandonné
À l'aube, Kaël, Naïra, Élise et Mara quittèrent le palais.
Ils atteignirent le domaine Valcourt après plusieurs heures.
La demeure était envahie par la végétation.
Les fenêtres étaient brisées.
Les portes grinçaient sous le vent.
Naïra regarda le bâtiment.
— Quelqu'un est venu ici récemment.
Kaël s'arrêta.
— Comment le sais-tu ?
Elle désigna le sol.
Des traces fraîches apparaissaient dans la poussière.
Élise sortit une lampe.
— Nous ne sommes pas les premiers.
Ils entrèrent.
Au fond du couloir, une porte était entrouverte.
Mara murmura :
— Les archives.
Ils descendirent un escalier.
Une pièce souterraine apparut.
Des centaines de documents étaient encore conservés dans des coffres.
Kaël ouvrit le premier.
Des actes de naissance.
Des correspondances.
Des contrats.
Puis Naïra trouva une enveloppe.
Elle portait son nom.
Naïra.
Ses mains tremblèrent.
— Elle était destinée à qui ?
Mara s'approcha.
— À moi.
Naïra lui tendit l'enveloppe.
Mara l'ouvrit.
Elle lut.
Son visage devint livide.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Kaël.
Mara ne répondit pas.
Naïra prit la lettre.
Elle lut les premières lignes.
Puis elle releva les yeux.
— Ce n'est pas mon grand-père qui l'a écrite.
Mara secoua la tête.
— Non.
— Alors qui ?
Mara regarda le bas de la page.
Une signature.
Athanase.
Kaël se figea.
— Mais pourquoi mon père aurait-il écrit cette lettre ?
Naïra continua de lire.
Puis son visage changea.
— Parce qu'il ne voulait pas que je meure.
Kaël s'approcha.
— Quoi ?
Naïra lui tendit la lettre.
Il lut.
Athanase y expliquait qu'après la naissance de Naïra, quelqu'un avait donné l'ordre de la faire disparaître.
Mais il ne révélait pas l'identité de cette personne.
Une seule phrase apparaissait à la fin :
« Si quelque chose m'arrive, cherchez celui qui avait intérêt à ce que Naïra n'existe jamais. »
Kaël releva lentement les yeux.
— Ce n'était pas Athanase.
Mara répondit :
— Non.
Un bruit retentit derrière eux.
Une porte claqua.
Élise se retourna.
— Nous avons de la compagnie.
Des pas résonnèrent dans l'escalier.
Kaël prit le registre.
— Il faut partir.
Mais Mara ne bougea pas.
Elle fixait l'obscurité.
— Je connais ces pas.
Naïra demanda :
— Qui est-ce ?
Mara répondit à voix basse :
— La personne qui a essayé de me tuer il y a seize ans.
Une silhouette apparut au sommet de l'escalier.
Et une voix prononça :
— Vous avez enfin trouvé ce que vous cherchiez.
Naïra sentit son sang se glacer.
L'homme descendit lentement.
Il portait l'emblème d'une ancienne maison noble.
Puis il ajouta :
— Maintenant, je vais vous expliquer pourquoi votre père a passé seize ans à vous mentir.
Et Naïra comprit que le prochain secret ne concernait pas seulement son père.
Il concernait toute la succession royale.
À suivre....