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Bouleversement

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Summary

💔 ELLES PENSAIENT AVOIR UNE VIE NORMALE… JUSQU’AU JOUR OÙ TOUT A BASCULÉ. Quatre sœurs. Un père mort. Des secrets. Des trahisons. Des amours qui deviennent dangereuses. Une grossesse cachée. Un amour qui tourne au drame. Une famille au bord de l’explosion. Et quelqu’un, dans l’ombre, connaît tous leurs secrets… Mais le pire n’est pas encore arrivé. Qui ment ? Qui trahit ? Et surtout… quel secret fera voler leur famille en éclats ?

Genre
Action
Author
deborah
Status
Complete
Chapters
35
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Mamadou— père, 48 ans

* Awa — mère, 44 ans

* *Ndeye 19 fille

* Aïssatou 18 fille

* Fatou 18 fille

* Mariama 16 fille

quartier populaire de Dakar, les journées commençaient toujours de la même manière.

Avant même que le soleil ne soit complètement levé, Awa était déjà debout.

Elle balayait.

Elle nettoyait.

Elle rangeait.

Elle lavait.

Puis elle recommençait.

Dans cette maison, la propreté était presque devenue une obsession pour Awa. Même lorsque tout était déjà propre, elle trouvait toujours quelque chose à faire.

Un peu de poussière sous une chaise.

Une trace sur le sol.

Une assiette mal rangée.

Une chaussure qui dépassait.

Rien ne lui échappait.

Ses quatre filles avaient fini par comprendre qu'il existait deux choses qu'il ne fallait surtout pas faire chez leur mère :

laisser une chaussure au milieu du salon et sortir avec un vêtement taché.

Pour le reste, elles pouvaient presque tout se permettre.

Presque.

Awa posa son balai contre le mur et regarda une dernière fois le salon.

Elle passa son doigt sur le meuble.

Rien.

Elle hocha légèrement la tête, satisfaite.

Puis elle retourna dans la cuisine pour préparer le petit déjeuner.

La maison était silencieuse.

Tout le monde dormait encore.

Enfin... presque tout le monde.

Awa regarda l'escalier qui menait aux chambres.

Elle savait déjà qui allait être la plus difficile à réveiller.

Elle inspira profondément.

— Ndeye !

Aucun bruit.

Awa attendit quelques secondes.

Elle reprit ce qu'elle faisait.

Puis elle cria un peu plus fort :

— Ndeye !

Toujours rien.

Awa posa ce qu'elle avait dans les mains.

— Ndeye !

Silence.

Elle leva les yeux au ciel.

— Seigneur...

Elle monta les escaliers.

Arrivée devant la porte de sa fille, elle frappa une première fois.

— Ndeye ?

Aucune réponse.

Elle ouvrit légèrement la porte.

— Ndeye !

Une voix fatiguée répondit depuis la chambre :

— Oui maman !

Awa entra.

Ndeye était encore allongée dans son lit.

— Tu dors encore ?

Ndeye se retourna sous sa couverture.

— Je suis réveillée.

Awa regarda sa fille quelques secondes.

— Alors lève-toi.

Ndeye soupira.

— Dans cinq minutes.

Awa resta immobile devant le lit.

— Les cinq minutes sont terminées.

Ndeye ouvrit les yeux.

— Maman...

Awa ouvrit complètement les rideaux.

La lumière du matin entra dans la chambre.

— Debout.

Ndeye se redressa avec agacement.

— Maman !

— Debout.

Ndeye passa une main sur son visage.

— Tu sais vraiment pas laisser les gens tranquilles.

Awa regarda autour d'elle.

Son regard tomba immédiatement sur le sol.

Une robe.

Une paire de chaussures.

Un sac ouvert.

Elle croisa les bras.

— Et toi tu sais vraiment pas ranger tes affaires.

Ndeye suivit son regard.

— Je rangerai après.

Awa désigna le sol.

— Regarde-moi ça.

Ndeye soupira.

— Maman, j'ai dit que j'allais ranger.

— Après quand ?

Ndeye ne répondit pas.

Awa ramassa la robe.

— C'est toujours « après ».

Ndeye finit par se lever.

— Je vais ranger.

— Maintenant.

— Oui maman.

Awa posa la robe sur le lit.

Elle allait sortir lorsqu'elle aperçut encore une paire de chaussures.

Elle se retourna.

— Et ça ?

Ndeye regarda les chaussures.

— Quoi ?

— Les chaussures.

— Je vais les mettre à leur place.

— Tu vois ? C'est exactement ce que je te reproche.

Ndeye souffla doucement.

— D'accord.

Awa sortit finalement de la chambre.

À peine la porte refermée, un petit rire se fit entendre dans la chambre voisine.

Ndeye tourna immédiatement la tête.

— Fatou !

La porte s'entrouvrit.

Fatou passa la tête.

— Quoi ?

— Ça te fait rire ?

Fatou essayait de retenir son sourire.

— Un peu.

Ndeye la fixa.

— Viens rire devant moi.

Fatou ouvrit un peu plus la porte.

— Pourquoi ? Tu vas me frapper ?

— Descends !

— Non.

— Fatou !

— Je rigole !

Ndeye attrapa son oreiller.

— Attends seulement.

Fatou referma rapidement la porte en riant.

— Je descends pas !

Ndeye secoua la tête.

— Elle est vraiment énervante.

Dans le couloir, une autre porte s'ouvrit.

Une troisième voix arriva.

— Vous pouvez arrêter de crier ?

C'était Aminata, déjà réveillée, un cahier à la main.

Ndeye se retourna.

— Toi, mêle-toi de tes affaires.

Aminata la regarda quelques secondes.

— Je me mêle de rien. Vous criez depuis tout à l'heure.

Fatou ressortit de sa chambre.

— Elle commence déjà à faire la chef.

Aminata soupira.

— Je vous demande juste de parler moins fort.

— Madame la première de la classe est réveillée, lança Fatou.

Aminata baissa les yeux vers son cahier.

— Oui.

Fatou sourit.

— Tu fais quoi encore ?

— Je révise.

— À cette heure ?

— Oui.

Ndeye regarda Aminata avec un petit sourire.

— Elle passe sa vie avec ses cahiers.

Aminata répondit calmement :

— Au moins mes cahiers ne me donnent pas mal à la tête.

Fatou éclata de rire.

— Ah ! Elle commence à répondre maintenant !

Ndeye sourit malgré elle.

— Laisse-la.

Aminata retourna dans sa chambre.

Mais Fatou continuait de rire.

Au fond du couloir, Mariama, la petite dernière, observait toute la scène.

Elle avait entendu les cris depuis sa chambre et semblait amusée par la situation.

Elle sourit.

— Vous êtes vraiment bizarres.

Les trois grandes se retournèrent en même temps.

Ndeye la regarda.

— Toi, tais-toi !

Fatou ajouta :

— Retourne dormir !

Aminata sourit.

— Elle vient à peine de se réveiller.

Mariama haussa les épaules.

— Moi au moins, je ne me dispute pas dès le matin.

Ndeye la regarda.

— Tu veux vraiment commencer ?

Mariama éclata de rire et partit en courant.

— Je rigole !

Fatou se mit à rire elle aussi.

Pendant quelques secondes, les quatre sœurs oublièrent tout.

La maison était petite.

Elles n'avaient pas beaucoup de moyens.

Elles se disputaient souvent.

Elles ne se comprenaient pas toujours.

Mais malgré leurs différences, ces petits moments faisaient partie de leur quotidien.

Et ce matin-là, rien ne semblait pouvoir changer cette routine.

Awa, depuis la cuisine, entendait encore leurs voix.

Elle secoua la tête avec un léger sourire.

— Mes filles...

Puis elle reprit son ménage.

À sept heures, tout le monde était dans la cuisine.

Awa posa les bols sur la table.

— Mangez avant que ça refroidisse.

Ndeye regarda son téléphone.

— Maman, je peux sortir après ?

— Où ?

— Voir une amie.

— Quelle amie ?

— Maman...

— Son prénom.

— Pourquoi tu veux savoir ?

— Parce que je suis ta mère.

— Elle s'appelle Khady.

— Où vous allez ?

— Dehors.

Awa posa brutalement la cuillère.

— Ndeye.

— Quoi ?

— Je t'ai posé une question.

— On va juste au centre-ville.

— Avec qui ?

— Avec Khady.

— Et vous rentrez à quelle heure ?

— Je sais pas.

— Avant dix-huit heures.

— Dix-huit heures ?!

— Oui.

— Mais maman, je suis grande !

Awa la fixa.

— Tu es grande pour quoi ?

Ndeye ne répondit pas.

— Tu es grande pour sortir seule sans me prévenir ? Tu es grande pour rentrer quand tu veux ? Tu es grande pour décider de ta vie ?

— Je suis quand même pas une enfant !

Awa soupira.

— Tu comprendras plus tard.

Ndeye marmonna :

— C'est toujours pareil.

Mamadou, qui était assis au bout de la table, sourit.

— Laisse ta mère tranquille.

Ndeye se tourna vers lui.

— Papa, toi au moins tu comprends.

— Je comprends quoi ?

— Que maman exagère.

Mamadou éclata de rire.

— Ah non ! Ne me mets pas dans cette histoire.

Fatou se mit à rire.

— Papa a peur de maman.

— Je n'ai pas peur de votre mère.

Awa le regarda.

— Tu es sûr ?

Mamadou se tut.

Les quatre filles éclatèrent de rire.

— Voilà ! cria Fatou.

— Vous voyez ? Papa a peur !

Mamadou secoua la tête.

— Vous êtes impossibles.

Awa sourit malgré elle.

Pendant quelques secondes, la maison semblait heureuse.

Après le petit déjeuner, Mamadou demanda à Ndeye de rester.

— Ma fille.

— Oui papa ?

— Assieds-toi.

Ndeye s'assit à côté de lui.

— Pourquoi ?

— Parce que j'ai envie de parler avec toi.

— Tu vas encore me parler du mariage ?

Mamadou sourit.

— Comment tu sais ?

— Parce que tu m'en parles tout le temps.

— Tu as dix-neuf ans.

— Et alors ?

— Et alors tu es une jeune femme.

— Je veux profiter de ma vie.

— Je ne t'ai jamais dit le contraire.

— Mais dès que je parle d'avenir, tu me parles de mariage.

Mamadou resta silencieux quelques secondes.

— Parce que je veux que tu sois heureuse.

— Je peux être heureuse sans être mariée.

— Bien sûr.

— Alors ?

— Alors je veux simplement que tu comprennes une chose.

Il se rapprocha d'elle.

— Un jour, tu rencontreras quelqu'un.

— Peut-être.

— Et tu devras faire attention.

Ndeye sourit.

— Papa, tu me fais peur.

— Pourquoi ?

— Tu parles comme si j'allais me marier demain.

— Écoute-moi.

Son ton devint sérieux.

— Ne choisis jamais un homme uniquement parce qu'il a de l'argent.

Ndeye baissa les yeux.

— Pourquoi tu me dis ça ?

— Parce que je sais que tu aimes les belles choses.

Elle le regarda.

— Tu me juges ?

— Non.

— On dirait.

— Je te connais simplement.

Il sourit.

— Tu as toujours voulu avoir ce qu'on n'avait pas.

Ndeye ne répondit pas.

— Et je ne t'en veux pas.

— Je déteste être pauvre, papa.

La phrase sortit brusquement.

Mamadou la regarda.

— Je sais.

— J'ai parfois honte.

— Honte de quoi ?

— De notre maison. De mes vêtements. De tout.

Mamadou baissa les yeux.

— De moi aussi ?

Ndeye resta silencieuse.

Elle venait de comprendre.

— Papa...

— Réponds.

— Non.

Il la regarda.

— Tu as parfois honte de moi ?

Ndeye sentit ses yeux se remplir de larmes.

— Pas de toi.

— Alors de quoi ?

— De notre situation.

Mamadou soupira.

— Je comprends.

Il posa sa main sur la sienne.

— Mais promets-moi quelque chose.

— Quoi ?

— Ne laisse jamais l'argent déterminer la valeur d'une personne.

Ndeye hocha la tête.

— Je te le promets.

Mamadou sourit.

— Et si un jour tu te maries...

— Voilà, on y revient !

Il rigola.

— Si un jour tu te maries, choisis quelqu'un qui te respecte.

— D'accord.

— Quelqu'un qui respecte ta mère.

— Oui.

— Tes sœurs.

— Oui papa.

— Et surtout quelqu'un qui ne te fait jamais croire que tu ne vaux rien.

Ndeye le regarda longuement.

— Pourquoi tu me dis tout ça aujourd'hui ?

Mamadou sourit doucement.

— Parce que je suis ton père.

— Tu es bizarre aujourd'hui.

— Pourquoi ?

— Je sais pas.

Elle le regarda.

— Tu m'aimes ?

Mamadou fronça les sourcils.

— Quelle question.

— Réponds.

Il la prit dans ses bras.

— Plus que tu ne peux l'imaginer.

Ndeye ferma les yeux.

Elle resta quelques secondes contre lui.

— Moi aussi je t'aime, papa.

Plus tard, Mamadou trouva Aïssatou dans sa chambre.

Elle travaillait.

Encore.

— Tu n'en as pas marre ?

— Non.

— Tu travailles depuis ce matin.

— J'ai un examen.

— Tu veux devenir quoi ?

Elle leva les yeux.

— Je ne sais pas encore exactement.

— Mais tu veux continuer les études ?

— Oui.

Mamadou s'assit.

— Alors continue.

— Papa...

— Quoi ?

— Et si on n'a pas les moyens ?

Il resta silencieux.

— Je trouverai.

— Mais comment ?

— Je trouverai.

— Tu travailles déjà énormément.

— Je suis ton père.

— Mais je ne veux pas que tu te fatigues pour moi.

— Tu crois que je me fatigue pour toi ?

— Oui.

— Non.

Il sourit.

— Je me bats pour vous toutes.

Aïssatou baissa la tête.

— Je veux réussir.

— Je sais.

— Je veux que maman puisse arrêter de s'inquiéter pour l'argent.

— Alors travaille.

— Je travaille.

— Encore plus.

Elle sourit.

— Tu es dur.

— Parce que je crois en toi.

Il prit son cahier.

— Tu vois ça ?

— Oui.

— C'est ton avenir.

Il le lui rendit.

— Personne ne pourra jamais te retirer ce que tu apprendras.

Aïssatou sourit.

— Je te promets que je réussirai.

Mamadou se leva.

— Je compte sur toi.

FATOU, CELLE QUI CRIAIT POUR ÊTRE ENTENDUE

Dans l'après-midi, Fatou et Ndeye commencèrent à se disputer.

— Tu as pris mon parfum !

— Non.

— Je sais que c'est toi.

— Je ne l'ai pas pris.

— Alors pourquoi il est dans ta chambre ?

Ndeye regarda le flacon.

— Ah.

— « Ah » ?

— J'ai dû le prendre sans faire exprès.

— Sans faire exprès ?!

— Oui.

— Tu fais toujours ça !

Ndeye soupira.

— Tu peux arrêter de crier ?

— Tu crois que parce que tu es l'aînée, tu peux tout prendre ?

— Je t'ai dit que je ne l'avais pas fait exprès.

— Tu ne t'excuses même pas !

— D'accord. Désolée.

Fatou resta silencieuse.

— C'est tout ?

— Oui.

— Tu ne sais même pas t'excuser correctement.

— Mais tu veux quoi ?

— Rien.

Elle partit.

Mamadou avait entendu.

— Fatou.

Elle se retourna.

— Quoi ?

— Viens.

Elle s'approcha.

— Tu es encore énervée ?

— Non.

— Tu mens mal.

Elle s'assit.

— Papa...

— Oui ?

— Est-ce que tu préfères Ndeye ?

Mamadou soupira.

— Encore cette question.

— Réponds.

— Non.

— Elle est belle.

— Et toi aussi.

— Elle est l'aînée.

— Et toi tu es ma fille.

— Aïssatou est intelligente.

— Toi aussi.

— Mariama est la petite.

— Et alors ?

Fatou baissa les yeux.

— Parfois j'ai l'impression que personne ne me voit.

Mamadou resta silencieux.

Puis il lui prit le visage entre les mains.

— Moi, je te vois.

Fatou commença à pleurer.

— Je ne veux pas être toujours la fille qui fait des problèmes.

— Alors arrête de chercher les problèmes.

Elle rit malgré ses larmes.

— C'est facile à dire.

— Je sais.

— Je veux juste qu'on fasse attention à moi.

— Je fais attention à toi.

— Promis ?

— Promis.

Le soir arriva.

Mariama avait fait une bêtise.

Elle avait pris de l'argent dans le portefeuille de son père.

Mamadou le remarqua.

— Mariama.

Elle s'arrêta.

— Oui papa ?

— Viens ici.

Elle s'approcha doucement.

— Tu as pris mon argent ?

— Non.

— Regarde-moi.

Elle leva les yeux.

— Tu as pris mon argent ?

Elle hésita.

— Oui.

— Pourquoi tu as menti ?

— J'avais peur.

— Pourquoi tu as pris l'argent ?

— Je voulais acheter quelque chose.

— Tu pouvais demander.

— Tu aurais dit non.

— Peut-être.

— Voilà.

Mamadou se leva.

— Ce n'est pas une raison.

Mariama commença à pleurer.

— Je suis désolée.

— Tu dois apprendre quelque chose.

— Quoi ?

— La confiance.

— Je suis désolée.

— Je sais.

— Tu es fâché ?

— Oui.

— Beaucoup ?

— Oui.

Elle pleura davantage.

— Papa...

— Va dans ta chambre.

— Mais...

— Va.

— Tu ne veux plus me parler ?

Mamadou resta silencieux.

Puis il dit :

— Ce soir, je suis fâché.

Mariama partit.

Mamadou, lui, était déjà parti travailler. Il travaillait dans le bâtiment et quittait souvent la maison très tôt le matin. Ce jour-là, avant de partir, il avait simplement embrassé Awa et ses filles avant de prendre son sac.

— Je rentre ce soir, avait-il dit.

— Fais attention à toi, lui avait répondu Awa.

— Toujours.

Il avait souri à ses quatre filles.

— Et soyez sages.

— Oui papa ! avaient-elles répondu presque en même temps.

Puis il était parti travailler, sans savoir que quelques heures plus tard, son absence allait se faire ressentir dans toute la maison.

Vers la fin de la matinée, Awa entendit frapper à la porte.

Elle ouvrit.

Sa belle-sœur se tenait devant elle, accompagnée de son mari.

— Awa !

— Entrez, entrez.

— Ça va ?

— Oui, ça va. Venez vous asseoir.

Les quatre filles étaient dans le salon. Ndeye était assise sur le canapé, Fatou regardait son téléphone, Aïssatou lisait et Mariama jouait tranquillement dans un coin.

Au début, tout se passa normalement.

On parlait du quartier, du travail de Mamadou, des enfants, des nouvelles de la famille.

Awa apporta du thé.

— Servez-vous.

— Merci.

Sa belle-sœur regarda les quatre filles.

— Elles ont grandi.

Awa sourit.

— Oui. Elles grandissent trop vite.

La femme regarda Mariama.

— Elle est jolie.

Puis elle regarda Fatou.

— Elle aussi.

Elle regarda Ndeye.

— Celle-là est vraiment belle.

Ndeye leva légèrement les yeux, gênée.

Puis la femme regarda Aïssatou.

Son sourire disparut légèrement.

— Et celle-là est différente.

Awa s'arrêta.

Elle posa doucement son verre.

— Différente comment ?

La femme haussa les épaules.

— Tu sais bien.

Awa la fixa quelques secondes.

— Non. Je ne sais pas.

La femme eut un petit rire.

— Awa, ne fais pas semblant.

Le mari de la femme était assis à côté d'elle. Il ne disait rien.

Aïssatou avait commencé à comprendre.

Elle baissa les yeux vers son cahier.

Fatou, elle, regardait sa tante avec méfiance.

La femme reprit :

— Je dis simplement que certaines ont été plus favorisées par la nature.

Awa sentit son visage se fermer.

— Favorisées ?

— Oui.

— Par quoi ?

La femme regarda Aïssatou.

— Par leur couleur.

Cette fois, personne ne parla.

Même Mariama avait arrêté de jouer.

Aïssatou resta immobile.

Elle avait entendu ce genre de remarques auparavant.

Mais lorsqu'elles venaient d'un membre de sa propre famille, elles faisaient beaucoup plus mal.

Awa prit une inspiration.

— Laisse.

La femme répondit :

— Mais je ne dis rien de méchant.

— Justement. Alors ne dis rien.

— Tu es susceptible.

— Non.

Awa regarda sa fille.

— Je protège simplement mes enfants.

La femme soupira.

— Tu sais très bien ce que je veux dire.

— Oui. Et c'est justement ça qui me dérange.

Le mari de la femme continuait de boire son thé en silence.

Awa poursuivit :

— Elles sont quatre. Elles ont quatre teints différents, quatre caractères différents, quatre façons d'être. Et alors ? Ce sont mes filles.

La femme regarda Aïssatou.

— Il ne faut pas se vexer pour si peu.

Aïssatou releva enfin la tête.

— Je ne suis pas vexée.

Sa voix tremblait légèrement.

— Mais tu viens de dire que mes sœurs sont plus favorisées que moi à cause de leur couleur.

La tante resta silencieuse.

— Je n'ai jamais dit qu'elles valaient plus que toi.

Aïssatou répondit doucement :

— Vous n'avez pas besoin de le dire directement pour qu'on le comprenne.

Awa regarda sa fille.

Son cœur se serra.

Elle savait que derrière cette petite phrase, il y avait probablement des années de remarques entendues par ses enfants.

La tante croisa les bras.

— Vous êtes trop sensibles aujourd'hui.

Fatou se leva brusquement.

— Non. C'est vous qui allez trop loin.

— Fatou !

Awa lui lança un regard.

— Assieds-toi.

— Mais maman...

— J'ai dit assieds-toi.

Fatou se rassit, furieuse.

La tante secoua la tête.

— Voilà. Même celle-là est toujours agressive.

— Parce qu'elle défend sa sœur, répondit Awa.

— Tu les as trop gâtées.

Awa la fixa.

— Mes filles n'ont pas besoin d'apprendre à accepter les insultes pour te faire plaisir.

Le mari de la femme baissa enfin son verre.

Mais il ne dit toujours rien.

La tante continua pourtant.

— Moi, je dis seulement la vérité. Dans la vie, il faut être réaliste. Certaines couleurs sont mieux vues que d'autres.

Aïssatou sentit les larmes lui monter aux yeux.

Elle les essuya rapidement pour que personne ne les voie.

Ndeye posa une main sur son bras.

— Laisse tomber.

Mais Aïssatou murmura :

— Pourquoi c'est toujours moi ?

Ndeye ne répondit pas.

Awa, elle, avait entendu.

Elle se tourna vers sa belle-sœur.

— Ça suffit.

— Pourquoi tu cries ?

— Parce que tu viens chez moi et tu fais pleurer ma fille.

— Je n'ai même pas crié.

— Mais tu l'as blessée.

La femme se leva.

— Très bien. Donc maintenant je suis la méchante ?

— Je n'ai pas dit ça.

— Si. C'est exactement ce que tu insinues.

Awa pointa la porte.

— Je te demande simplement d'arrêter.

— Tu me mets dehors ?

— Oui, si tu continues à manquer de respect à mes enfants.

Le mari de la femme regarda enfin Awa.

Puis sa propre épouse.

Il semblait mal à l'aise.

Mais il ne prit pas la parole.

La femme, elle, était maintenant complètement énervée.

— Tu oublies à qui tu parles.

— Non. Je sais très bien à qui je parle.

— Je suis ta belle-sœur.

— Et moi je suis leur mère.

Un silence.

Awa reprit :

— Tu peux être ma belle-sœur, ma sœur, ma cousine ou n'importe qui d'autre. Tu ne viendras pas dans ma maison pour apprendre à mes filles à avoir honte de leur peau.

La femme attrapa son sac.

— Très bien. On s'en va.

Elle se tourna vers son mari.

— Viens.

Il se leva sans répondre.

Ils commencèrent à se diriger vers la porte.

À ce moment-là, la porte s'ouvrit brusquement.

Mamadou était là.

Il venait de rentrer plus tôt que prévu.

Son visage était fatigué, ses vêtements portaient encore les traces de son travail.

Il regarda sa sœur.

Puis sa femme.

Puis ses filles.

Il sentit immédiatement que quelque chose n'allait pas.

— Qu'est-ce qui se passe ?

Personne ne répondit.

Mamadou regarda Aïssatou.

Ses yeux étaient rouges.

— Aïssatou ?

La jeune fille baissa la tête.

— Rien, papa.

— Ne me dis pas rien quand je vois que tu as pleuré.

Awa s'approcha.

— Ta sœur a fait des remarques sur la couleur d'Aïssatou.

Mamadou regarda sa sœur.

— Qu'est-ce que tu as dit ?

— Rien de grave.

— Je te demande ce que tu as dit.

Elle soupira.

— J'ai simplement dit que certaines étaient plus favorisées par la nature.

Mamadou comprit immédiatement.

Son visage changea.

— Tu as encore fait ça ?

Sa sœur resta silencieuse.

— Je t'ai posé une question.

— Mamadou, je ne voulais pas...

— Tu n'as pas le droit de parler comme ça de mes filles.

— Mais je n'ai jamais dit qu'elle était laide !

— Ce n'est pas la question !

Sa voix résonna dans toute la maison.

— Tu viens ici, tu regardes mes enfants et tu leur fais comprendre qu'elles ne sont pas assez bien à cause de leur couleur ?

— Je n'ai pas dit ça !

— C'est exactement ce que tu as fait !

Sa sœur se mit elle aussi à crier.

— Tu prends toujours sa défense !

— Parce que c'est ma fille !

— Et moi je suis ta sœur !

— Alors comporte-toi comme une sœur !

La tension monta d'un coup.

Awa tenta de calmer les choses.

— Mamadou, ça suffit.

Mais sa sœur se retourna vers Awa.

— C'est toi qui montes tout le monde les uns contre les autres !

— Pardon ?

— Depuis que tu es arrivée dans cette famille, tu fais toujours des histoires !

Awa resta figée.

Mamadou se tourna immédiatement vers sa sœur.

— Tu vas t'excuser.

— Non.

— Excuse-toi.

— Je n'ai rien à me reprocher.

Mamadou serra les mâchoires.

Puis il regarda sa femme.

Awa était bouleversée.

— Fais-la sortir, dit-elle simplement.

Mamadou ouvrit la porte.

— Sortez.

Sa sœur le regarda, blessée.

— Tu me mets dehors pour elle ?

— Je te mets dehors parce que tu as dépassé les limites.

Elle partit avec son mari.

Mais au moment de franchir la porte, elle se retourna.

— Tu regretteras de m'avoir humiliée devant tout le monde.

Mamadou répondit froidement :

— Ce que je regretterai surtout, c'est de ne pas avoir été là quand mes filles ont dû entendre ça.

La porte se referma.

À l'intérieur, plus personne ne parlait.

Mamadou se retourna vers ses filles.

Il s'approcha d'Aïssatou.

— Regarde-moi.

Elle leva les yeux.

— Tu n'as rien de moins que tes sœurs.

Aïssatou éclata en sanglots.

Mamadou la prit dans ses bras.

— Jamais. Tu m'entends ? Jamais tu ne dois avoir honte de toi.

Les autres filles s'approchèrent également.

Mamadou les regarda toutes les quatre.

— Vous êtes mes filles. Je vous aime exactement comme vous êtes.

Awa essuya discrètement une larme.

Mais derrière cette scène familiale, quelque chose avait changé.

Mamadou se réveilla très tôt.

Awa était déjà dans la cuisine.

— Tu pars tôt ?

— Oui.

— Tu vas où ?

— J'ai quelques courses à faire avant le travail.

Awa lui tendit son petit déjeuner.

— Mange.

— Je n'ai pas très faim.

— Mange quand même.

Il sourit.

— Tu es toujours en train de me donner des ordres.

— Quelqu'un doit le faire.

Il rit.

Avant de partir, il regarda le couloir.

Les portes des quatre chambres étaient fermées.

Il s'approcha.

Il ouvrit doucement celle de Ndeye.

Elle dormait.

Il sourit.

Il passa ensuite devant celle d'Aïssatou.

Elle dormait avec un cahier près d'elle.

Puis Fatou.

Puis Mariama.

Il resta quelques secondes devant la petite dernière.

Il pensa à leur dispute.

Il entra.

Mariama dormait profondément.

Il s'approcha d'elle.

— Ma fille...

Elle ne se réveilla pas.

Il lui caressa doucement les cheveux.

— Papa est toujours fâché, mais papa t'aime.

Il resta quelques secondes à la regarder.

Puis il sortit.

À la porte, Awa lui dit :

— Fais attention.

— Oui.

— Appelle-moi quand tu arrives.

— Promis.

Il l'embrassa.

— Je t'aime.

— Moi aussi.

Mamadou partit.

Awa resta quelques secondes devant la porte.

Elle le regarda s'éloigner dans la rue.

Elle ne savait pas que ce serait la dernière fois qu'elle verrait son mari vivant.

La journée avançait.

Mamadou était sur la route.

Il devait rejoindre un chantier pour son travail dans le bâtiment.

Il pensait déjà à ce qu'il allait faire en rentrant.

Il avait encore la dispute avec Mariama dans un coin de sa tête.

Il voulait lui parler.

Il voulait lui dire qu'il était toujours son père, même lorsqu'il était en colère.

Il voulait retrouver ses filles le soir.

Mais quelques minutes plus tard, tout bascula.

Une voiture arriva brutalement.

Mamadou aperçut le véhicule au dernier moment.

Il tenta de l'éviter.

Le choc fut violent.

La voiture le percuta de plein fouet.

Un bruit assourdissant retentit sur la route.

Le véhicule qui venait de le percuter ne s'arrêta pas.

Il continua sa route et disparut.

Mamadou resta seul.

Des morceaux de verre étaient éparpillés autour de lui.

Il était grièvement blessé.

Du sang coulait de son visage.

Il essaya de bouger.

Une douleur terrible lui traversa le corps.

— Aah...

Il porta difficilement sa main vers son visage.

Puis il chercha son téléphone.

Il était tombé quelques mètres plus loin.

Mamadou tenta de se redresser.

Il n'y arriva pas.

Il essaya encore.

Sa main tremblait.

— Awa...

Il voulait appeler sa femme.

Il voulait entendre sa voix.

Il voulait simplement lui dire qu'il l'aimait.

Mais il n'avait plus la force.

Ses yeux se remplirent de larmes.

Il pensa à ses quatre filles.

Ndeye.

Aïssatou.

Fatou.

Mariama.

Il ferma les yeux.

Sa respiration devint de plus en plus faible.

Puis il ne bougea plus.

Mamadou mourut seul sur la route.

À la maison, Awa avait appelé une première fois.

Pas de réponse.

Elle regarda son téléphone.

— Il doit être occupé.

Quelques minutes plus tard, elle appela encore.

Toujours rien.

Cette fois, son cœur commença à battre plus vite.

À quinze heures, son téléphone sonna.

Elle regarda l'écran.

Un numéro inconnu.

Elle décrocha.

— Allô ?

— Madame Ndiaye ?

— Oui.

— Je vous appelle concernant votre mari.

Le visage d'Awa changea immédiatement.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— Votre mari a été victime d'un accident.

Awa se leva brutalement.

— Où est-il ?

— Madame...

— Où est mon mari ?

— Il faut que vous veniez.

Awa commença à trembler.

— Il est vivant ?

Un silence.

Awa sentit son cœur s'arrêter.

— Monsieur ?

Aucune réponse.

— Je vous demande s'il est vivant !

La voix au téléphone finit par répondre :

— Nous sommes désolés.

Le téléphone tomba de sa main.

Awa resta immobile.

Son regard était vide.

Comme si son cerveau refusait de comprendre.

Ndeye arriva.

— Maman ?

Awa ne répondait pas.

— Maman, qu'est-ce qu'il y a ?

Aïssatou arriva à son tour.

— Qu'est-ce qui se passe ?

Awa porta les mains à son visage.

— Votre père...

Elle n'arrivait plus à parler.

— Papa quoi ? demanda Fatou.

Awa se mit à pleurer.

— Votre père a eu un accident.

Ndeye pâlit.

— Où est-il ?

— Je ne sais pas.

— Il est à l'hôpital ?

Awa secoua la tête.

— Je ne sais pas.

Mariama arriva à son tour.

— Papa est où ?

Personne ne répondit.

Elle regarda sa mère.

Puis ses sœurs.

— Pourquoi vous pleurez ?

Elle s'approcha.

— Il va revenir ?

Awa leva les yeux vers elle.

Elle aurait voulu mentir.

Elle aurait voulu dire oui.

Elle aurait voulu que cette journée ne soit qu'un mauvais rêve.

Mais elle n'y arrivait pas.

Awa regarda ses quatre filles.

Puis elle murmura :

— Votre père est mort.

Silence.

Mariama resta immobile.

— Non.

Awa pleurait.

— Mariama...

— Non.

Elle secoua la tête.

— Papa est juste à l'hôpital.

— Non...

— Maman, dis-lui.

Awa éclata en sanglots.

— Il est mort.

— NON !

Le cri de Mariama déchira la maison.

Elle recula.

— NON ! NON ! NON !

Elle secoua la tête.

— C'est pas vrai !

Fatou s'approcha.

— Mariama...

— JE VEUX MON PÈRE !

Elle se mit à courir vers la porte.

— Je vais le voir !

Fatou la rattrapa.

— Mariama, attends !

— LÂCHE-MOI !

— Mariama !

— LÂCHE-MOI ! JE VEUX VOIR MON PÈRE !

Elle se débattait dans les bras de sa sœur.

— IL EST PAS MORT !

Awa se leva difficilement.

— Mariama...

La jeune fille se retourna.

— MAMAN, DIS-MOI QU'IL EST PAS MORT !

Awa ne pouvait plus parler.

Elle porta une main à sa bouche.

Puis elle poussa un cri.

— AAAAAAH !

Elle s'effondra sur une chaise.

— Mon mari...

Elle pleurait sans pouvoir s'arrêter.

— Mon mari...

Ndeye éclata en sanglots.

— Papa...

Elle se prit la tête entre les mains.

— Je lui ai parlé ce matin...

Elle suffoquait.

— Pourquoi ?

Aïssatou tomba à genoux.

— PAPAAAA !

Elle cria son nom comme si sa voix pouvait le ramener.

— Papa !

Fatou pleurait en tenant Mariama.

Mais Mariama continuait de crier.

— JE VEUX MON PÈRE !

Elle tomba au sol.

— PAPA !

Elle frappa le sol avec ses mains.

— PAPA !

Sa voix se brisa.

— Je lui ai pas dit pardon...

Elle se mit à pleurer encore plus fort.

— Je lui ai pas dit pardon !

Fatou s'agenouilla devant elle.

— Il t'aimait.

— Je me suis disputée avec lui !

— Il t'aimait quand même.

— Je lui ai pas demandé pardon !

— Mariama...

— JE LUI AI PAS DEMANDÉ PARDON !

Ndeye vint s'agenouiller près d'elle.

— On est là...

Mariama repoussa sa sœur.

— Je veux pas vous !

Elle cria :

— JE VEUX PAPA !

Awa les regardait.

Ses quatre filles étaient au sol.

Elle s'approcha lentement.

Puis ses jambes cédèrent.

Elle tomba à genoux devant elles.

Elle les prit toutes les quatre dans ses bras.

Et cette fois, elle ne chercha plus à être forte.

Elle hurla.

— POURQUOI ?

Les filles pleuraient dans ses bras.

— POURQUOI LUI ?

Awa serrait ses filles contre elle.

— IL EST PARTI CE MATIN !

Elle criait entre deux sanglots.

— IL M'A DIT QU'IL M'AIMAIT !

Elle frappa sa poitrine.

— IL M'A DIT QU'IL M'AIMAIT !

Ndeye hurlait :

— PAPAAAA !

Aïssatou pleurait :

— Papa !

Fatou répétait :

— Non... non...

Mariama criait :

— PAPA ! REVIENS !

Les cris remplissaient toute la maison.

Des voisins commencèrent à arriver.

Mais personne ne pouvait calmer cette famille.

Parce qu'il n'y avait rien à calmer.

Il n'y avait plus rien à réparer.

Mamadou était mort.

Et cette vérité venait de détruire leur monde.

Cette nuit-là, la maison était remplie de monde.

Des voisins.

De la famille.

Des proches.

Des femmes pleuraient dans le salon.

Des hommes parlaient à voix basse.

Mais pour les quatre filles, il n'y avait plus personne.

Elles avaient l'impression d'être seules.

La maison était exactement la même.

Les murs.

Les meubles.

Les chambres.

La cuisine.

Le canapé où leur père s'asseyait chaque soir.

Tout était là.

Sauf lui.

Ndeye entra dans la chambre de son père.

Elle trouva sa chemise posée sur une chaise.

Elle la prit.

Elle la serra contre elle.

Puis elle sentit son odeur.

Elle ferma les yeux.

— Papa...

Sa voix trembla.

— Tu devais rentrer...

Elle s'effondra sur le lit.

— Tu devais rentrer, papa...

Elle éclata en sanglots.

Dans le couloir, Aïssatou entendit.

Elle entra.

Puis Fatou.

Puis Mariama.

Les quatre sœurs se retrouvèrent dans les bras les unes des autres.

Mariama prit la chemise de leur père.

Elle la serra contre son visage.

— Il sent encore comme papa...

Personne ne répondit.

Elle pleura.

— Je veux pas qu'on la lave...

Fatou se mit à pleurer.

— Pourquoi ?

Mariama regarda ses sœurs.

— Si on la lave... il n'y aura plus son odeur.

Cette phrase brisa les trois autres.

Elles se mirent toutes à pleurer.

Elles qui passaient leur temps à se disputer.

Elles qui se criaient dessus pour des vêtements, des téléphones, des parfums ou des petites histoires.

Cette nuit-là, aucune ne voulait être seule.

Awa les regardait depuis la porte.

Elle ne disait rien.

Elle pleurait.

Elle savait que leur vie venait de changer.

Elle savait aussi qu'à partir de maintenant, elle devrait élever seule quatre filles au caractère difficile.

Et, quelque part au fond d'elle, une peur commençait déjà à naître.

Comment allait-elle faire pour maintenir cette famille debout sans Mamadou ?

Elle n'avait pas encore la réponse.

Et ses quatre filles non plus.

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