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LE CLUB DE LECTURE DE MINUIT saison 1

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Summary

ROMAN ÉROTIQUE FANTASTIQUE — Tous les personnages sont adultes. Contenu sexuel explicite réservé à un public majeur (+18). À Blackhollow, les cours occupent les journées. Après minuit, les désirs prennent le pouvoir. June Lefèvre rejoint le mystérieux Club de lecture de minuit avec Luna Noctis, sa petite amie vampire. Leur relation est passionnelle, charnelle et parfaitement assumée. Mais l’arrivée de Troy Maddox, séduisant capitaine de l’équipe de football et lycan au sang brûlant, éveille bientôt des envies qu’aucune des deux n’avait prévues. Lorsque Camille, une autre candidate au prestigieux Prix Hollow, disparaît après une cérémonie, le trio découvre que l’université manipule bien davantage que les souvenirs. À Blackhollow, les mots peuvent soumettre les corps, les désirs peuvent être volés et certaines portes ne s’ouvrent qu’en échange d’un abandon. Entre morsures, attirances interdites, archives secrètes et nuits à trois, June, Luna et Troy devront distinguer ce qu’on leur impose de ce qu’ils désirent réellement. Car à Blackhollow, céder peut être dangereux. Mais refuser pourrait leur coûter bien davantage.

Status
Complete
Chapters
8
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 — Minuit, page 69

La salle des livres rares n’avait de crypte que le surnom. À l’origine, ce rectangle de pierre sous la bibliothèque centrale de Blackhollow, une université privée de Nouvelle-Angleterre, servait à entreposer des catalogues périmés. La doyenne Lang avait simplement « oublié » de le faire inspecter, et Luna Noctis s’était chargée du reste : des tentures bordeaux, trois canapés beaucoup trop bas, une table en forme de cercueil dessinée par quelqu’un qui n’en avait probablement jamais vu, et une plaque de laiton fixée sur la porte.

CLUB DE LECTURE DE MINUIT

Entrée libre. Sortie négociable.

À vingt-trois heures quarante, sept étudiants occupaient encore les lieux. Deux bouteilles de vin rouge attendaient sur la table et June Lefèvre était assise en travers des genoux de Luna, comme si le règlement intérieur l’y autorisait.

C’était effectivement le cas. Luna avait rédigé le règlement.

— Si tu tournes encore une page avec les dents, dit June, je le consigne dans le procès-verbal.

— C’est un club de lecture, pas le conseil d’administration. Et mes dents participent au charme de la soirée.

— Tes dents méritent surtout un dossier médical.

Luna sourit sans montrer les canines. À vingt-quatre ans — du moins d’après son dossier universitaire —, elle traînait derrière elle trois siècles de rumeurs, portait une robe noire fendue jusqu’à la hanche et un rouge à lèvres plus cher que le loyer de June. D’une main, elle tenait une édition annotée de Carmilla ; de l’autre, elle entourait la taille de sa compagne.

June sentait le café froid, le papier journal et la vanille bon marché. Une odeur humaine, chaude, devenue familière en sept mois de relation et quelques nuits qu’elles n’évoquaient jamais devant les autres membres du club.

Autour d’elles, tout le monde prétendait encore discuter du sixième chapitre. Personne n’avait pourtant dépassé la page dix-neuf. Sur le canapé d’en face, Camille Rousseau riait plus fort que les autres, un surligneur jaune planté dans ses cheveux. Présidente du conseil étudiant, elle portait une veste rouge trop grande et possédait ce talent agaçant qui consistait à entrer dans une pièce comme si elle venait d’en gagner les murs.

— Si je résume, annonça-t-elle, les héroïnes passent quarante pages à se regarder le cou, puis il y a un château et tout le monde devient malheureux. Finalement, c’est le programme de littérature comparée en version courte.

Cette fois, même June rit. Luna leva son verre.

— Merci, Camille. Tes deux semestres d’études n’auront donc pas été inutiles.

— J’ai lu le résumé sur Wikipédia dans les toilettes. Cela compte comme une recherche documentaire.

June griffonna quelques mots dans son carnet. Luna se pencha par-dessus son épaule et lut : « Camille : concurrente au Prix Hollow. Trop visible, trop aimée. À surveiller. » Plus bas, June avait ajouté en lettres minuscules : « Je l’aime bien, merde. »

Luna posa les lèvres contre sa tempe.

— Tu devrais arrêter de tomber amoureuse de tous ceux que tu surveilles. Je suis jalouse et mon agenda est complet.

— Tu n’es pas jalouse. Tu es territoriale.

— C’est beaucoup plus élégant.

La porte s’ouvrit sans qu’on eût frappé. À Blackhollow, les visiteurs avaient l’habitude d’entrer, de déposer un problème sur la table et d’attendre qu’on leur offre un verre.

Le professeur Aldric Thorne enseignait la littérature gothique et siégeait au jury du Prix Hollow. À quarante ans, il cultivait une voix de présentateur nocturne, des chemises noires toujours entrouvertes et une admiration pour Luna qu’il ne prenait pas la peine de dissimuler.

— Mademoiselle Noctis. Votre club existe toujours. Je suis impressionné.

— Nous faisons ce que nous pouvons. Les morts sont difficiles à fidéliser.

Il lui tendit une enveloppe rouge sombre, cachetée aux armes de l’université : un cerf éventré dont Blackhollow semblait particulièrement fier.

— La doyenne souhaite que le Club de lecture de minuit annonce l’ouverture des candidatures au Prix Hollow. Cette année, le règlement est d’une simplicité remarquable.

Luna rompit le cachet. Une odeur de rose s’échappa du papier, mêlée à quelque chose de plus ancien qu’elle ne parvint pas à identifier.

« Le titre d’étudiant de l’année reviendra à celle ou celui qui prouvera que Blackhollow lui appartient. Les dossiers devront être remis avant la pleine lune. Les tricheries seront examinées au cas par cas. — Vespera Lang, doyenne. »

Camille fut la première à réagir.

— Enfin un règlement qui laisse de la place à l’imagination.

— Tu vas te présenter ? demanda June.

— Évidemment. Je préside le conseil étudiant, mes notes sont correctes et je sais où Lang cache les bonnes bouteilles. Avec ça, je devrais au moins atteindre la finale. Et toi ? Le journal du campus aurait besoin d’un titre un peu spectaculaire.

June referma son carnet.

— Je préfère documenter le spectacle. C’est moins glorieux, mais plus honnête.

— L’honnêteté à Blackhollow, murmura Aldric. Voilà une candidature réellement originale.

Son regard descendit vers la fente de la robe de Luna, puis s’attarda sur la main de June posée contre sa cuisse. Luna se redressa légèrement.

— Si vous comptez rester, professeur, il faudra lire à voix haute. Nous sommes très strictes sur la participation.

— Une autre fois. J’ai des copies à corriger et un capitaine de football américain persuadé que trois lignes sur Dracula suffiront à lui ouvrir les archives du Prix.

— Troy Maddox, devina June.

— Lui-même. Lang lui a fait comprendre que le titre ne se gagnerait pas seulement sur le terrain. Il prétend s’intéresser aux livres et j’ai la courtoisie de faire semblant de le croire.

Aldric les salua et remonta l’escalier. Sur la table, l’enveloppe ouverte avait désormais l’air d’une invitation que personne n’aurait dû accepter.

Camille se leva à son tour. Sa jupe remonta assez pour révéler un sous-vêtement noir, mais elle ne sembla pas s’en apercevoir. Elle vola une gorgée dans le verre de Luna, déposa un baiser sonore sur la joue de June et récupéra son sac.

— Demain midi, sur la terrasse du Commons. J’ai découvert quelque chose au sujet de Lang. Ce n’est pas pour le journal, c’est pour le Prix. Et je ne parlerai que si vous êtes sages.

— Tu risques d’attendre longtemps, répondit Luna.

— C’est précisément pour cela que je vous invite.

Elle disparut dans l’escalier, son surligneur toujours dans les cheveux. Son parfum de pamplemousse resta quelques secondes dans la pièce, mêlé à l’odeur chaude de la photocopieuse. Luna enregistra ce détail sans savoir pourquoi.

Les autres membres partirent peu à peu : un sorcier de première année qui n’avait pas osé prendre la parole et deux étudiantes humaines qui s’étaient tenu la main toute la soirée. Morgane Solas, elle, n’était pas venue. Elle avait fait déposer sur le seuil un traité de toxicologie accompagné d’un petit mot : « Si quelqu’un boit n’importe quoi demain, appelez-moi avant l’autopsie. — M. »

Luna glissa le livre sous le canapé. June ferma la porte à clé, même si le verrou ne protégeait pas grand-chose.

— Camille va gagner, dit-elle. Quand elle entre quelque part, tout le monde se tourne vers elle.

— Les foules ont mauvais goût.

— Tu l’aimes bien, toi aussi.

— Comme une chanson jouée trop fort. On a envie de danser pendant trente secondes, puis de couper le son.

June se plaça à califourchon sur elle et releva la robe noire sans cérémonie. Ses lunettes avaient glissé sur son nez. Luna les lui retira et les posa sur Carmilla, ouvert à la page soixante-neuf.

— Les gardiens ne descendront pas avant une heure, souffla June. Tu as faim ?

— Toujours.

— Je parlais de moi.

— Moi aussi.

Leur premier baiser conserva quelque chose de sage, une habitude prise lorsque n’importe qui pouvait encore pousser la porte. Le deuxième fut plus exigeant. June entrouvrit les lèvres ; Luna mordit doucement l’inférieure et la sentit frissonner contre elle.

— Ici, murmura June. Si nous remontons dans ma chambre, tu vas redevenir théâtrale.

— Je ne suis jamais théâtrale.

— Tu portes une robe fendue dans une cave décorée comme un tombeau.

Luna ne trouva rien à répondre et la renversa sur le canapé.

June portait une jupe légère sous un cardigan de rédactrice en chef. Luna déboutonna ce dernier avec une lenteur volontaire. Lorsque June voulut l’aider, elle lui saisit le poignet.

— Nous sommes encore dans un club de lecture. Il faut prendre le temps d’étudier le texte.

— Alors passe aux travaux pratiques.

Luna écarta les pans du cardigan. Elle connaissait chaque tache de rousseur sur la poitrine de June, chaque réaction de son corps, et elle prit pourtant le temps de les redécouvrir. Sa bouche se referma sur un sein, puis sur l’autre. Elle fit rouler un téton entre ses lèvres jusqu’à ce que June cambre le dos et laisse échapper un juron beaucoup trop sonore pour une bibliothèque.

Elle descendit ensuite entre ses cuisses. La culotte bleu pâle de June avait une normalité presque indécente au milieu des tentures gothiques. Luna la tira sur le côté et posa la bouche contre elle. June agrippa aussitôt ses cheveux.

— Si tu t’arrêtes pour faire une plaisanterie, je te jure que…

Luna releva la tête.

— Tu me jures quoi ?

— Que tu dormiras seule pendant un siècle.

La menace suffit. Luna reprit ses caresses, d’abord lentement, puis avec cette précision que June ne lui pardonnait qu’en privé. Elle glissa deux doigts en elle et trouva le mouvement qui effaçait toujours ses dernières protestations. June serra les cuisses autour de ses épaules. Son orgasme la traversa dans un silence tendu, la bouche ouverte, les ongles plantés dans le cuir du canapé.

Luna prolongea encore la caresse, juste assez pour la faire trembler, puis remonta vers elle.

— À mon tour, souffla June.

Elle l’installa à cheval sur sa cuisse et passa une main sous la robe. Luna était déjà humide. June eut un sourire satisfait avant de la caresser du pouce, sans précipitation.

— Plus fort, demanda Luna.

— Tu peux faire mieux.

— S’il te plaît, June. Plus fort. Et embrasse mon cou.

June obéit à moitié : elle mordit la peau sans la percer pendant que deux de ses doigts entraient en Luna. Un troisième les rejoignit lorsqu’elle sentit son bassin réclamer davantage. Le canapé protesta sous leur poids. À l’étage, un gardien passa en sifflant l’hymne des Wolves, parfaitement inconscient de ce qui se déroulait sous ses pieds.

Luna jouit contre la main de June avec un rire étouffé. Elle resta un moment penchée sur son épaule, les canines sorties, le souffle court.

— Maintenant, murmura June. Avant que tu retrouves quelque chose d’intelligent à dire.

Luna écarta sa cuisse et découvrit la bande de peau située juste sous le pli de l’aine, assez haut pour que la marque restât invisible sous une jupe. Elle lécha l’endroit, autant pour prévenir que pour s’excuser, puis planta les crocs.

Le sang de June emplit sa bouche : chaud, métallique, avec une douceur que Luna refusait obstinément d’appeler de l’amour. Elle but lentement. Elles avaient leurs règles et leurs habitudes. Trois gorgées, puis quatre.

À la cinquième, elle s’arrêta.

Quelque chose troublait le goût familier. Une amertume chimique, presque florale, se dissimulait sous le café et la vanille.

Luna referma la petite plaie d’un coup de langue.

— Qu’as-tu pris aujourd’hui ?

June cligna des yeux, encore engourdie par le plaisir.

— Du café. Et un demi-comprimé contre l’anxiété vers seize heures, parce que la rédaction était infernale. Pourquoi ?

— Pour rien. Ton sang avait un goût différent.

— Luna.

— Les humains avalent tellement de molécules que je pourrais ouvrir une pharmacie après chaque repas.

Elle avait répondu trop vite. June le comprit, mais choisit de ne pas insister. Elle attira Luna contre sa poitrine, rajusta sa jupe d’une main et chercha ses lunettes de l’autre. Carmilla tomba par terre, toujours ouvert à la même page.

— Tu viendras demain au Commons ? demanda-t-elle.

— Si je te laisse y aller seule, tu vas prendre des notes pendant que quelqu’un te sourira de trop près.

— C’est mon métier.

— Voilà pourquoi je viens.

Elles restèrent enlacées quelques minutes, encore à moitié dévêtues. Le cœur de June retrouva progressivement son rythme habituel. Dans la bouche de Luna, en revanche, le goût de fleur persistait.

En rangeant la salle, June ramassa l’enveloppe du Prix et découvrit dessous un ticket de vestiaire qui ne s’y trouvait pas auparavant. Le numéro 17 était accompagné du tampon des Blackhollow Wolves. Au verso, quelqu’un avait écrit d’une main large :

« Le club lit à minuit. Moi, je frappe à 23 h 55. — T. »

June lui tendit le ticket.

— Ton lycan aux épaules de cathédrale.

— Ce n’est pas mon lycan.

— Pas encore.

Luna glissa le billet dans Carmilla en guise de marque-page. Elle éteignit les lampes, à l’exception de celle qui éclairait l’étagère des ouvrages interdits au prêt.

Dans l’escalier, l’air sentait la poussière et le gazon humide du stade. Minuit était passé depuis près d’une demi-heure lorsqu’elles atteignirent la dernière marche. Le téléphone de June vibra.

Camille R. :

« Changement de programme. Ce soir, 23 h 55. Vestiaire des filles.

Venez toutes les deux. Lang n’est pas seule dans l’histoire du Prix.

Et demande à ta vampire de ne pas me manger avant que j’aie parlé. »

June releva les yeux vers Luna. Cette fois, ses canines apparurent sans qu’elle cherchât à sourire.

— Troy nous donne rendez-vous à 23 h 55 et Camille choisit exactement la même heure.

— Ils se sont concertés, dit June.

— Ou quelqu’un l’a fait à leur place.

Elles sortirent dans la cour. La pleine lune n’arriverait que dans quelques jours, mais Blackhollow semblait déjà retenir son souffle. Au-dessus du stade, les projecteurs venaient de s’allumer. Une silhouette trop massive pour un homme ordinaire courait seule sur la pelouse, un ballon sous le bras.

June glissa sa main dans celle de Luna.

— On tourne la page ?

— Cette fois, oui, répondit Luna en regardant le ticket qui dépassait de Carmilla. Mais pas avec les dents.

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