Prologue
Le centre américain de préparation ressemblait davantage à une gare gigantesque qu’à un lieu d’entraînement. Des écrans défilaient au plafond. Des employés traversaient les couloirs. Des valises roulaient dans tous les sens. Des voix résonnaient partout. Et au milieu de tout ça :
— ATTENTION !
Tom traversait la salle à pleine vitesse avec deux sacs sur les épaules. Puis son pied accrocha immédiatement quelque chose.
— AH-
Il bascula vers l’avant. Ses affaires explosèrent sur le sol. Une seconde plus tard, Rick l’attrapa par le bras avant qu’il ne s’écrase complètement.
Silence. Tom regarda Rick. Rick regarda Tom.
— Merci.
— Fais attention.
— Je maîtrisais totalement la situation.
— Tu volais.
— Détails.
— Jour un du documentaire mondial.
Un peu plus loin, Pitt filmait déjà tout avec beaucoup trop d’enthousiasme.
— Aujourd’hui nous observons une espèce extrêmement rare :
La caméra tourna immédiatement vers Tom.
— L’idiot américain.
— JE T’AI ENTENDU !
— Sujet très agressif.
Ryan observait silencieusement toute la scène depuis une rangée de sièges. Sans vraiment participer. Sans vraiment s’éloigner non plus. Il regardait simplement.
Les gens. Les groupes. Les habitudes. George passa devant lui en ajustant parfaitement sa veste.
— Pourquoi tu t’habilles comme un ministre ?
Deux secondes plus tard, Victoria venait d’apparaître à côté de lui. George leva lentement les yeux.
— Je prends ça comme un compliment.
Victoria le fixa plusieurs secondes.
— C’était pas un compliment.
Puis elle repartit. George resta immobile.
— …je crois que c’était une insulte.
Sally arriva au milieu de la salle avec une expression déjà fatiguée.
— On part dans quelques heures et personne n’est prêt.
— Je suis prêt, dit Tom.
— T’es tombé il y a trente secondes.
— C’est indépendant.
Un peu plus loin, une étrange conversation se déroulait :
— Et après on verra d’autres pays.
— Hm.
— Et peut-être d’autres langues.
— Hm.
— Et peut-être des trucs interdits.
Kim releva lentement les yeux.
— Pourquoi interdits ?
Zélie sourit immédiatement.
— Parce que ça attire l’attention.
— Hm.
Petit silence.
— Tu parles pas beaucoup.
— Non.
— Ça tombe bien.
Kim cligna légèrement des yeux.
— Pourquoi ?
— Parce que je parle beaucoup.
Puis elle continua naturellement à marcher à côté de lui. Comme si la discussion était parfaitement normale. Plus loin, Paul observait un écran rempli de statistiques.
— Techniquement si on considère les probabilités—
— T’as faim ?
Paul tourna lentement la tête. Camille venait de parler sans quitter l’écran des yeux. Silence.
— …quoi ?
— T’as l’air d’avoir faim.
Paul resta immobile plusieurs secondes.
— Ça ne répond absolument pas à ce que je disais.
Camille hocha simplement la tête. Puis repartit. Adrien traversait le centre avec deux énormes sacs sur les épaules. Clémence le regarda.
— T’es pas obligé d’aider tout le monde.
— Je sais.
Il continua à marcher. Tom passa à côté.
— Il a un problème psychologique.
— Je t’ai entendu.
— Tout le monde m’entend aujourd’hui c’est fou.
Daniel passa devant plusieurs personnes en regardant son reflet dans une vitre.
— Je suis clairement le plus stylé de l’équipe.
Isabelle leva à peine les yeux.
— Personne ne l’a demandé.
— Les grands artistes sont incompris.
À quelques mètres, deux autre membres de l’équipe se diisputaient :
— Je cours plus vite.
John regardait Bella.
— Non.
— Si.
— Non.
Trois secondes plus tard ils traversaient déjà la salle en courant.
— JE GAGNE !
— TU TRICHES !
Peter était assis sur un siège avec quelque chose d’indéfinissable dans les mains. Kandi le fixa. Longtemps.
— T’as trouvé ça où ?
Peter regarda l’objet. Puis Kandi.
— J’ai pas posé de questions.
— Ça me fait peur.
Dans un coin isolé, Calvin était assis seul. Téléphone dans les mains. Écran éteint. Regard perdu quelque part devant lui. Reine s’arrêta à côté.
— Tu dors ?
Calvin releva légèrement les yeux.
— J’en sais rien.
Petit silence. Puis Reine s’assit simplement à côté de lui. Sans rien dire. Mike passa près d’Aurore avec plusieurs badges dans les mains. Aurore l’observa quelques secondes.
— Pourquoi tu transportes tout ça ?
Mike regarda les badges.
— Personne ne le faisait.
Petit silence.
— Les gens oublient beaucoup de choses aujourd’hui.
Aurore réfléchit quelques secondes.
— Étrange.
Pendant ce temps Rick essayait déjà d’organiser tout le monde.
— Si on pouvait tous rester ensemble—
— Non.
Naomi venait de parler sans même lever les yeux de sa tablette. Rick cligna plusieurs fois des yeux.
— …je n’ai pas fini.
Rita passa à côté de Tom.
— Arrête de parler.
Tom sembla choqué.
— Je viens littéralement de respirer.
Plus loin encore… Céleste regardait les avions derrière une immense baie vitrée. Zia arriva à côté d’elle.
— T’es encore partie dans ta tête.
Céleste tourna légèrement la tête. Puis un petit sourire apparut.
— Peut-être.
Zia la regarda quelques secondes.
— T’as encore oublié de manger ?
Céleste cligna des yeux.
— …peut-être.
Zia soupira avant de lui tendre une barre chocolatée sortie de sa poche.
— Je te connais.
Céleste la regarda quelques secondes. Puis sourit légèrement. John fronça légèrement les sourcils.
— Il est où Saul ?
Peter haussa les épaules.
— Aucune idée.
— Et Rango ?
Petit silence. Calvin détourna légèrement les yeux.
— Ils ont choisi une autre route.
Puis la conversation continua immédiatement. Comme si personne n’avait vraiment voulu rester sur le sujet. Tom regardait maintenant une immense affiche du Mondial accrochée près des écrans.
— C’est qui lui ?
Pitt leva sa caméra. Sur l’écran, un joueur souriait pendant une interview.
— Alex Freeze.
Tom plissa les yeux plusieurs secondes.
— Ah. Il a une tête de problème.
Puis finalement… tout le monde finit au même endroit. Tom parlait trop. Pitt filmait toujours. Rick essayait d’organiser. Sally râlait. Calvin semblait ailleurs. Daniel se vantait. John provoquait Bella. George remettait encore correctement sa veste. Ryan regarda autour de lui. Son regard s’arrêta une seconde sur Céleste. Une voix résonna alors dans tout le centre :
— Embarquement pour le Mondial Gamma.
Silence. Petit. Très court. Mais réel. Parce que cette fois… ça devenait vrai. À cet instant-là… ils étaient encore simplement une équipe. Pas encore des survivants.








