Chapitre 1
Une rencontre fortuite ?
Tahar part à l’endroit où, autrefois, il faisait sa retraite chamanique. Kulldrash, le vieux chaman du clan, lui a vivement conseillé de reprendre quelques habitudes comme celle-ci. Étant jeune, il avait pris l’habitude d’aller sur les hauteurs des Tarides.
Il y avait trouvé une petite vallée cachée de tous, propice au recueillement et à la tranquillité que demande une retraite comme celle-ci. Il a laissé une bonne partie de son armure au camp et même son épée est restée posée près de son matériel ! Il a juste pris une dague, au cas improbable où il croiserait un malfrat, et son sac.
Il ne se souvient plus très bien de son passé. Beaucoup de souvenirs ont été broyés quand ils étaient liés aux êtres qui lui étaient chers. Une chose que la magie destructrice du Roi-Liche a oubliée, c’est son respect et sa loyauté envers son clan, tellement ancrés dans sa volonté.
Les pensées plus personnelles, elles, ont été tellement malmenées qu’il n’en reste que des flashs à peine compréhensibles, sans lien les uns avec les autres. Un rocher lui sert de siège, Tahar s’en remet aux esprits des éléments qui ne l’ont pas abandonné depuis sa mort. Mais le son de leur voix s’est tu ces derniers temps…
Tahar ne voit pas au loin cet oiseau qui descend en vol plané dans sa direction. Il ne fait pas plus attention à cela, jusqu’à ce qu’il reconnaisse un druide ! Oui… en forme d’oiseau… mais celui-ci plonge directement sur lui ! Il se lève, mais n’a pas le temps de réagir que l’oiseau est déjà sur lui !
La jeune druidesse a quelquefois accompagné son ami sur le lieu de sa retraite chamanique pour partager un moment spirituel. Mais là, aujourd’hui, c’est plus une façon de rendre hommage à l’homme qui l’a accompagnée un moment de sa vie.
Elle vit dans le souvenir de sa présence, une fois dans l’année, à cette période où la nature reprend de la vigueur et s’épanouit. Elle ne se rappelle plus très bien à quelle période il a été tué. L’évocation de sa disparition la fait encore souffrir. Mais quelle idée d’avoir eu des sentiments pour un orc ? se demande-t-elle aujourd’hui.
Elle se contente depuis de sa solitude. La paix a eu raison de son chagrin, mais le souvenir de son aimé peut encore la rendre bien pensive. Elle arrive sur le lieu de méditation quand elle aperçoit une forme qui ressemble à celle d’un orc.
Elle a oublié la stature imposante de son orc dans les détails… mais celle de « son » orc est vite reconnaissable, plutôt trapu, droit et musclé sans excès… et là… ses yeux s’embuent de larmes, sa vision se trouble… lui faisant perdre quelques instants le contrôle de son vol… Tahar prend en pleine face l’oiseau qui semble désorienté…
Notre petite elfe, soigneuse, lance automatiquement une aura de guérison qui forme un cercle vert, typique des druides…
Elle a tout juste le temps de reprendre sa forme d’elfe qu’elle et Tahar tombent inconscients au sol.
Notre druidesse est la première à reprendre doucement ses sens. Ses yeux ont du mal à s’adapter à la lumière, lentement les images s’affinent, elle peut remarquer le corps d’un orc allongé sur le dos.
Elle s’approche de lui.
Elle ne peut s’empêcher de fixer son visage longuement, se mettant presque au-dessus de lui.
Le choc est grand quand elle se rend compte que c’est bien son Gorn’Ha qui est allongé à côté d’elle ! Mais quelque chose est différent chez lui… Elle en a la respiration coupée, incapable de se lever.
— Nooooooon ! hurle-t-elle, finissant par se rendre à l’évidence qu’il porte les stigmates des runiques.
Pour eux, la vie s’est terminée au combat, ils se sont battus comme des héros, relevés par un seigneur de la mort, le Roi-Liche.
Ses larmes sont incontrôlables et inondent son visage.
Chapitre 2 — Une inconnue
Comprenant rapidement que ses soins ont fait leur travail sur elle, la druidesse interrompt son cercle. À ce moment, Tahar commence à reprendre cette aura bleutée caractéristique des runiques. Le travail de soins qu’elle se faisait entravait la magie du Chevalier de la Mort.
Tahar commence à reprendre ses esprits… à peine a-t-il vu une forme à côté de lui qu’il se jette dessus, tâtonnant sa hanche pour attraper sa dague. L’elfe comprend trop tard que l’orc qui s’est réveillé est prêt à en découdre. Elle a du mal à saisir ce qui se passe. Mais voyant le visage de Tahar devant le sien, elle ne peut s’empêcher de poser sa main sur la joue de l’orc.
— Gorn’Ha ??? lance-t-elle dans un souffle, la poitrine compressée par le poids de l’orc.
Indécis un instant, au lieu d’attraper sa dague, il prend le poignet de l’elfe pour enlever sa main de son visage et la bloque au sol. L’elfe répète à nouveau dans sa langue, en darnassien, mais cette fois en criant :
— Gorn’Ha, c’est toi ???
L’orc reconnaît son nom et lui répond :
— Oui ! Tais-toi, sale chienne de Kaldorei !
Là-dessus, il s’empresse de lui attraper l’autre poignet pour lui interdire tout mouvement, au cas où elle voudrait lancer à nouveau un sort.
— Arrête tes soins ! lui dit-il d’une voix froide en darnassien.
Il ne se rend même pas compte qu’il lui répond dans sa langue. Il serre ses poignets en les secouant, ce qui fait grimacer l’elfe.
— Je promets ! lui répond-elle tout de suite, levant le visage vers celui de l’orc, cherchant à capter ses yeux.
Elle se rend vite compte que, si elle l’a reconnu, lui, par contre, ne semble pas du tout se souvenir d’elle. Elle sait ce qu’on fait aux Chevaliers pour qu’ils soient entièrement contrôlés.
Son espoir de le voir aller vers elle s’effondre en même temps qu’elle se rend compte qu’elle est en danger et qu’en fait, l’orc va la tuer ! Tahar l’attrape par le cou, décidé à sortir sa dague. L’elfe lui attrape l’avant-bras en voulant limiter l’étranglement qui commence à lui faire perdre conscience.
Elle arrive alors à lancer un Éclat lunaire, puis deux, puis trois, quatre, cinq et trois autres sorts à incantation qui coupent Tahar dans son élan.
C’est au tour de Tahar de grimacer, haletant, prenant un moment pour reprendre de l’énergie. Ses runes reviennent peu à peu.
L’elfe en profite pour se dégager de l’étreinte de l’orc et rouler sur le côté. Elle essaie de lancer sa forme de vol pour s’enfuir, mais Tahar lui balance un coup de poing qui l’assomme…
