Chapitre 1
Encore une journée à travailler derrière ce bureau.
La chaleur tape contre les fenêtres.
J'ai chaud.
Mais elles sont toujours abîmées en été… Jamais en hiver.
Je dois encore finir deux dossiers.
Les calculs…
Toujours des calculs mais je ne dois faire aucune erreur.
C'est mon travail.
Une erreur et ça change beaucoup de choses.
Je n'aurais pas choisi ce métier mais mes professeurs me disaient ne pas être assez intelligente pour autre chose.
Je suis donc partie dans les calculs.
Mes parents ne faisaient pas vraiment attention.
Mon père travaillait trop et je ne lui en veux pas. J'ai eu une enfance sans problème d'argent grâce à lui.
Ma mère, elle, s'amusait…
Maxime est rentré dans mon bureau.
Me sortant de mes rêveries.
Il sourit.
Maxime : Mastehaa… aaaa.
Mastehaa : Mas-té-a, combien de fois je vais te le répéter…
J'ai levé les yeux au ciel, je n'aime pas quand il fait ça et il le sait.
Maxime : Pardon. On va manger, tu te joins à nous ?
J'ai pris mes deux dossiers en mains et je lui ai montrés.
Mastehaa : J'ai encore du travail…
Maxime : Moi aussi et plus que toi.
Il m'a pris les dossiers des mains et les a mis sur un meuble loin de mon bureau.
J'ai souri presque malgré moi.
Il m'a tendu mon manteau que j'ai enfilé puis nous sommes descendus rejoindre les autres.
Allison a collé ses joues contre les miennes.
Pour dire bonjour...
Je dois avoir du fond de teint.
J'ai passé la manche de mon manteau sur mes joues.
Évidemment, il y en a...
J'ai plus qu'à le mettre à la machine.
Allison : Tout le monde est déjà parti au restaurant.
Maxime : Bonne idée, on ne cherchera pas de place.
Je les ai suivis instinctivement puis j'ai jeté un regard à mon téléphone.
Douze heures vingt.
Pas de message.
Arrivée au restaurant, j'ai pu apercevoir mes collègues.
On sera six…
Je me suis assise près de la sortie.
Maxime près de Cassandra, sa femme.
Léandre me regarde. Son regard est malaisant mais je ne dis rien.
Ils ont tous commandé.
Moi, je me contenterai de repas à volonté.
C'est pas cher et il y a du choix.
Léandre m'a suivie.
Il s'est rapproché de moi.
Doucement,
Sans paraître malsain.
Léandre : Salut Mastehaa, je t'ai pas vue ce matin.
Mastehaa : Je suis arrivée tôt pourtant…
Il s'est approché, puis a chuchoté.
Léandre : Tu ne veux toujours pas d'augmentation de salaire ?
Je vois où il veut en venir.
Ce n'est pas la première fois.
Mastehaa : Toujours pas !
Il a passé sa main sur mes hanches.
Je l'ai repoussé instantanément.
Mastehaa : Touche-moi encore une fois, et j'irai en parler avec ton père.
Il a poussé ses mains en signe de défaite.
Léandre : Je dis juste que si tu veux, tu peux manger mieux que ça.
Mastehaa : Et j'ai pas besoin de ton augmentation.
Léandre : Si tu changes d'avis, tu sais où je suis.
Je me suis contentée de l'observer. Je lui en aurais déjà mis une si je ne travaillais pas pour son père.
Il a été rejoindre les autres en rigolant.
Je n'aime pas ce type.
Il pense être quelqu'un d'important pour l'entreprise, et qu'il peut faire ce qu'il veut des gens.
Mais pas avec moi.
Je sais que son père n'est pas au courant de son comportement.
Il m'avait dit que son fils était exemplaire, que c'était quelqu'un de gentil et généreux.
La blague…
Je me suis servie puis j'ai rejoint ma place.
Lexia m'a regardée en souriant.
Lexia : Pourquoi tu as refusé qu'il te paye ton repas ?
Mon regard a dérivé vers Léandre, puis est revenu vers elle.
Mastehaa : Je peux me payer mon repas, seule.
Cassandra : Pourquoi elle aurait dû accepter ?
Lexia ne dit plus rien.
Elle n'aime pas Cassandra, mais ne dit rien car elle est plus haut placée.
Cassandra : Une femme n'a pas besoin qu'on lui paye son repas.
Maxime : D'ailleurs, Cassou a toujours payé ses repas, même au lycée.
Cassandra : Je le laisse m'offrir des fleurs.
Elle l'a dit en souriant puis en l'embrassant.
Allison s'est penchée vers moi.
Allison : Dis, Mastehou… ?
Je n'aime pas ce surnom…
Elle a un truc à me demander.
Dans un chuchotement, elle me dit :
Allison : Tu peux m'aider ce soir ?
Mastehaa : Encore ?
Allison : Oui, mais tu n'as rien à faire, toi…
Mastehaa : J'ai un rendez-vous ce soir.
Elle va me refiler son travail, c'est sûr.
Allison : Je… seulement trois dossiers.
Mastehaa : Trois ?
Elle fait une petite mine.
Allison : C'est pas beaucoup ? Je peux t'en donner quatre si tu veux…
Mastehaa : Désolée, mais je ne peux pas ce soir.
Allison : Tu pourrais au moins m'aider.
Mais elle se moque de moi ?
Tous les soirs, elle me refile ses dossiers.
Elle n'a même pas d'enfants à charge.
Allison : C'est pas grave, je ne peux pas compter sur toi. Si tu as besoin, ne viens pas me voir.
Elle s'est tournée vers Léandre.
J'ai pas tout compris mais je n'ai pas cherché à comprendre non plus.
Mon téléphone a vibré dans ma poche.
Je l'ai immédiatement regardé.
Ma sœur…
Clairement pas ce que j'attendais, et même pas un bonjour.
Seulement des reproches.
« Quand tu auras le temps, tu prendras des nouvelles ! »
Est-ce que tu en prends, toi ?
J'ai soufflé.
Puis j'ai rangé mon téléphone.
Mastehaa : Je vais retourner au bureau…
Maxime : Déjà ?
Je lui ai souri.
Mastehaa : Je dois vraiment finir ces dossiers rapidement, aujourd'hui.
Maxime s'est contenté d'un sourire puis j'ai salué les autres d'un geste de la main.
Sur le retour, j'ai attrapé mon téléphone, j'ai composé son numéro.
Pas de réponse…
J'avance, doucement.
Je n'ai pas envie d'entrer dans ce bureau.
En plus, avec cette chaleur.
C'est insupportable.
Mais pas plus que cette attente.
Pourquoi il ne l'a dit qu'à moi ?
Je ne peux rien faire avant ce soir…
J'aurais aimé être près de lui.
Ou juste avoir de ses nouvelles.
Savoir si tout s'est bien passé.








