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Histoire sans titre

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Summary

Une chambre introuvable. Un manuscrit vieux de huit siècles. Treize notes… dont la dernière n’a jamais été écrite.À Marenge-les-Villes, John Art découvre qu’une étrange porte relie son présent à l’année 1246. Avec Sandrine et le Dr Elias Lessin, il va devoir suivre les traces d’Ariel, un mystérieux musicien devenu gardien du temps.Mais lorsque la treizième note commence à résonner, John comprend qu’elle ne vient pas du passé…Elle vient de lui.

Genre
Scifi
Author
Johnart
Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

PROLOGUE LA TREIZIÈME NOTE La pluie avait commencé dans la nuit. À Marenge-les-Villes, elle ne faisait pas beaucoup de bruit. Elle tombait sur les toits, glissait le long des gouttières, s’accumulait dans les creux des vieux trottoirs et disparaissait dans les caniveaux avec cette discrétion des choses 12 auxquelles personne ne prête attention. Une pluie de province. Pas assez forte pour obliger les gens à rester chez eux. Pas assez faible pour les laisser tranquilles. Elle avait cette manière particulière de rendre les rues plus longues, les maisons plus grises et les visages plus fermés. À sept heures trente du matin, la ville semblait encore endormie. Quelques voitures passaient sur l’avenue principale. Une boulangerie venait d’ouvrir. 13 Un homme en manteau sombre fumait devant un café. Deux pigeons se disputaient quelque chose sur le trottoir. Rien d’inhabituel. C’était précisément ce qui rendait la matinée inquiétante. Les journées où quelque chose allait mal commençaient rarement par un coup de tonnerre. Elles commençaient généralement comme les autres. Avec une pluie ordinaire. Un café trop chaud. Une facture qu’on n’avait pas envie d’ouvrir. 14 Un téléphone qui ne sonnait pas. Et parfois une lettre. Une lettre dont personne n’avait encore compris qu’elle allait changer la vie d’un homme. À quelques pas de là, dans une rue plus calme, se trouvait la maison de John Antoine Nathan Indiana Art. Juste à côté, séparée par un petit passage couvert, se trouvait son agence de détective privé. Deux portes. Deux plaques. Deux lieux presque identiques. Chez John, la vie. À l’agence, les affaires. 15 C’était ainsi depuis longtemps. John n’aimait pas perdre de temps dans les déplacements. Il disait que lorsqu’une affaire vous suit jusque chez vous, autant habiter à côté du bureau. Sandrine prétendait que c’était surtout une manière élégante de ne jamais vraiment quitter son travail. John ne lui avait jamais donné tort. Ce matin-là, il était déjà installé derrière son bureau. Il avait retiré son manteau. Son chapeau reposait sur une chaise. Une vieille lampe éclairait une partie du bureau tandis que le reste de la 16 pièce demeurait dans une pénombre tranquille. Devant lui se trouvait un café. Il était froid. John le savait. Il s’en moquait. Il regardait par la fenêtre. De l’autre côté de la rue, une femme courait avec un sac au-dessus de la tête. Un autobus passa. Les roues éclaboussèrent le trottoir. La femme leva le bras. L’autobus continua. 17 John sourit à peine. — Elle aurait dû attendre le suivant. Sandrine entra dans la pièce. Elle tenait deux dossiers sous le bras. — Elle n’a peut-être pas le temps. John se retourna. — Personne n’a jamais le temps. — C’est profond. — Non. C’est une constatation. Sandrine posa les dossiers. Elle retira son manteau et le suspendit derrière la porte. — Tu es là depuis longtemps ? 18 — Depuis six heures. — Pourquoi ? — Je dormais mal. — Alors tu aurais pu rester au lit. — Je n’aime pas réfléchir au lit. — Tu réfléchis mieux ici ? John regarda son café. — Non. Sandrine suivit son regard. — Tu devrais peut-être le boire. John prit la tasse. Il avala une gorgée. Son visage se crispa. 19 — Froid. — Je te l’avais dit. — Non. — Quoi, non ? — Tu m’as dit de le boire. Pas qu’il était froid. Sandrine sourit. Elle connaissait John depuis suffisamment longtemps pour savoir qu’il pouvait transformer une remarque banale en discussion philosophique lorsqu’il n’avait pas envie de parler d’autre chose. Elle ouvrit l’un des dossiers. Son sourire disparut. — Rien de nouveau. 20 — Tant mieux. — Tu dis toujours ça quand il n’y a pas d’affaires. — Les bonnes journées sont celles où personne n’a besoin de nous. — Et les mauvaises ? — Elles paient le loyer. Elle allait répondre lorsqu’on frappa à la porte. Trois coups. Lents. Espacés. John regarda Sandrine. Elle regarda la porte. 21 Personne ne parla. Trois nouveaux coups. Cette fois, plus faibles. — Tu attends quelqu’un ? demanda Sandrine. — Non. — Moi non plus. John se leva. Il traversa la pièce. La poignée était froide. Il ouvrit. Personne. Le couloir était vide. 22 Au sol, devant la porte, se trouvait une enveloppe. Brune. Épaisse. Nouée avec une ficelle noire. John resta immobile. — Quelqu’un a dû partir juste avant que tu ouvres, dit Sandrine. John ne répondit pas. Il se pencha. Il prit l’enveloppe. Elle était humide. Pas simplement mouillée par la pluie. 23 Humide comme si elle avait passé plusieurs heures dans un endroit froid et fermé. Il la retourna. Aucune adresse. Aucun timbre. Aucun nom. Seulement un petit symbole dessiné à l’encre noire. Un cercle. Traversé de treize traits. Sandrine s’approcha. — C’est quoi ? — Je ne sais pas. 24 — Tu connais ce symbole. John la regarda. — Pourquoi dis-tu ça ? — Parce que tu fais cette tête quand tu reconnais quelque chose que tu préférerais ne pas reconnaître. John observa encore le dessin. Elle avait raison. Il connaissait ce symbole. Il ne savait simplement pas où il l’avait vu. Il referma la porte. Puis posa l’enveloppe sur son bureau. — Tu l’ouvres ? 25 — Non. — Pourquoi ? — Parce qu’elle est pour toi. Sandrine haussa les épaules. — Et si elle contient une bombe ? John regarda l’enveloppe. — Une bombe aurait été plus simple. — Tu plaisantes ? — Pas vraiment. Il prit son coupe-papier. La lame passa sous la ficelle. La ficelle se détacha. John ouvrit l’enveloppe. 26 Il n’y avait qu’une feuille. Un vieux papier couleur ivoire. Il la sortit. Aucune signature. Seulement quelques lignes. John les lut. Son expression ne changea pas. Mais Sandrine le connaissait assez pour voir que quelque chose venait de se déplacer derrière ses yeux. — Alors ? John lui tendit la feuille. Elle lut. Monsieur Art, 27 Je vous demande de retrouver un manuscrit musical disparu au XIIIᵉ siècle. Vous ne trouverez pas son auteur dans les archives. Vous ne trouverez pas son nom dans les livres. Vous ne trouverez pas sa musique dans les bibliothèques. Parce que ceux qui l’ont possédée ont compris ce qu’elle pouvait faire. Il existe encore une copie. Une seule. Elle se trouve à l’endroit où le temps se sépare. Cherchez la treizième note. 28 Lorsque vous la trouverez, ne la jouez pas. Elle vous entendra. Et si quelqu’un vous dit qu’il vous connaît déjà, partez. Il vous attend depuis huit cents ans. Sandrine releva les yeux. — C’est quoi, ce délire ? John reprit la feuille. — Je ne sais pas. — Ça ne ressemble pas à une demande d’enquête. — Non. — Alors à quoi ça ressemble ? 29 John regarda la fenêtre. — À un avertissement. Sandrine resta silencieuse. Puis elle remarqua quelque chose. — John. — Oui ? — La date. Il regarda le bas de la feuille. Il n’y avait aucune date. Seulement un nombre. 1257. Sandrine fronça les sourcils. — Pourquoi 1257 ? 30 John posa le papier. — XIIIᵉ siècle. — Je sais compter. John regarda encore le nombre. — Ce n’est pas ce qui m’inquiète. — Qu’est-ce qui t’inquiète ? Il désigna le dossier posé sur son bureau. Un dossier qu’ils n’avaient pas encore ouvert ce matin-là. Sur sa couverture figurait un nom. DANIEL MERCER. Sandrine comprit immédiatement. — Tu penses que ça a un rapport ? 31 John prit le dossier. — Je ne sais pas. — Alors pourquoi tu le regardes comme ça ? — Parce que le dossier est arrivé hier soir. — Et ? John l’ouvrit. — Et la victime est morte dans un hôtel qui a une chambre inexistante. Sandrine se pencha. — Chambre 16. — Oui. — Rien d’étrange jusque-là. 32 John sortit une photographie. — Regarde le plan. Elle observa. — La chambre 17 n’existe pas. — Sur le plan actuel. — Tu as vérifié les anciens ? — Pas encore. John retourna la photographie. Au dos, une inscription manuscrite apparaissait. NE CHERCHEZ PAS LA CHAMBRE. Sandrine resta silencieuse. 33 John retourna lentement la photographie. — Voilà pourquoi je pense que cette lettre n’est peut-être pas arrivée par hasard. Il regarda la feuille ivoire. Puis le dossier. Deux affaires qui, quelques minutes auparavant, semblaient étrangères l’une à l’autre. Un manuscrit vieux de huit siècles. Un homme retrouvé mort dans un hôtel. Une chambre inexistante. Et un numéro. 17. 34 John prit son carnet noir. Il l’ouvrit. Tourna plusieurs pages. Des noms. Des adresses. Des dates. Des affaires terminées. Des affaires oubliées. Puis il s’arrêta. Sandrine se pencha. Sur une page jaunie, John avait écrit quelque chose des années auparavant. 35 Elle reconnut immédiatement son écriture. TREIZE. En dessous : 1257. Puis une troisième ligne. NE PAS CHERCHER LA PARTITION. Sandrine resta immobile. — Tu avais déjà ça ? John fixa la page. — Apparemment. — Tu ne t’en souvenais pas ? — Non. 36 — C’est impossible. John referma doucement le carnet. — C’est justement pour ça que je vais commencer à m’en souvenir. À cet instant, quelque chose résonna dans la rue. Une musique. Très faible. Presque imperceptible. John leva la tête. Sandrine aussi. Une mélodie venait de quelque part. Un instrument ancien. Peut-être un piano. 37 Peut-être autre chose. Trois notes. Puis une quatrième. John ne bougea plus. La mélodie continuait. Cinq. Six. Sept. Huit. Neuf. Dix. Onze. Douze. 38 Puis plus rien. Sandrine murmura : — Il en manque une. John regarda la feuille. La treizième note. Il ne dit rien. La musique avait cessé. Pourtant, dans le silence qui suivit, ils entendirent quelque chose d’autre. Un bruit de pas. Dans le couloir. John se dirigea vers la porte. Il l’ouvrit. 39 Personne. Mais au sol se trouvait maintenant une petite enveloppe blanche. Pas brune. Pas humide. Neuve. John la ramassa. À l’intérieur : une seule photographie. Une photographie ancienne. Un hôtel. Le même hôtel que celui du dossier Daniel Mercer. 40 Mais sur cette photographie, une inscription apparaissait au-dessus d’une porte : 17. Sandrine prit la photographie. — Elle existait donc. John ne répondit pas. Il regardait le bas de l’image. Une date. 17 OCTOBRE 1978. Puis, au dos, quatre mots. LA MUSIQUE EST LA CLÉ. John posa lentement la photographie sur son bureau. 41 — Non. Sandrine le regarda. — Non ? — La musique n’est jamais une clé. — Pourquoi ? — Une clé ouvre une porte. Il regarda la photographie. — La musique peut seulement nous dire où se trouve la porte. Un silence. Puis le téléphone sonna. John décrocha. — Agence Art. Aucune réponse. 42 Il attendit. — Allô ? Une respiration. Puis une voix d’homme. Très faible. Vieillie. Comme si elle venait de très loin. — Monsieur Art... John se redressa. — Qui êtes-vous ? La voix ne répondit pas à la question. — Vous ne devez pas chercher la chambre. 43 John regarda Sandrine. — Pourquoi ? Un silence. Puis : — Parce qu’elle vous cherche déjà. La communication fut coupée. John resta avec le combiné à la main. Sandrine s’approcha. — Qui était-ce ? — Je ne sais pas. — Qu’est-ce qu’il voulait ? John raccrocha. 44 — Que je ne cherche pas la Chambre 17. Sandrine regarda la photographie. — Et maintenant ? John prit son manteau. — Maintenant, nous allons aux archives. — Pourquoi les archives ? Il regarda le dossier de Daniel Mercer. — Parce qu’avant de comprendre ce qui est impossible, il faut établir ce qui a réellement existé. Sandrine prit son propre manteau. — Et le manuscrit ? 45 John prit la feuille ivoire. Il la replia soigneusement. — Pour l’instant, le manuscrit attendra. Il ouvrit la porte. Puis s’arrêta. Son regard se posa sur l’horloge ancienne accrochée au mur. Elle indiquait : 9 h 13. Sandrine regarda sa montre. — Elle avance de trois minutes. — Je sais. — Tu l’as remontée hier ? 46 — Oui. Elle s’approcha. Le balancier était immobile. John regarda les aiguilles. Elles commencèrent lentement à tourner dans le mauvais sens. Neuf heures douze. Neuf heures onze. Neuf heures dix. Puis neuf heures neuf. Sandrine recula. — John... Les aiguilles continuèrent. Puis s’arrêtèrent brutalement. 47 9 h 13. Exactement. John ne bougea pas. Il regardait l’horloge. — Elle ne recule pas. — Alors qu’est-ce qu’elle fait ? — Elle revient. — À quoi ? John ne répondit pas. Car sur la feuille ivoire posée derrière lui, une nouvelle inscription venait d’apparaître. Une ligne. Puis une seconde. 48 L’encre se forma lentement. Comme si une main invisible écrivait. LA TREIZIÈME NOTE N’A PAS ÉTÉ ÉCRITE. Un espace. Puis : ELLE A ÉTÉ ATTENDUE. Sandrine ne bougea plus. John sentit alors quelque chose qu’il n’avait pas ressenti depuis longtemps. La peur. Pas la peur d’un homme poursuivi. Pas la peur d’un danger immédiat. 49 Une peur plus ancienne. Plus froide. La sensation qu’une porte venait de s’ouvrir quelque part. Une porte qu’il n’avait jamais cherchée. Et derrière cette porte, quelqu’un savait déjà qu’il allait entrer. John prit le dossier de Daniel Mercer. Il regarda une dernière fois la photographie de la Chambre 17. Puis la lettre. Puis le nombre 1257. Il comprit une seule chose. 50 Ces trois éléments n’étaient pas trois indices différents. Ils appartenaient à la même histoire. Une histoire commencée huit siècles plus tôt. Une histoire poursuivie en 1978. Une histoire interrompue en 1988. Et qui venait de recommencer à Marenge-les-Villes. Le même jour où Daniel Mercer était mort. John enfila son manteau. — On y va. Sandrine ouvrit la porte. — Où ? 51 John regarda la pluie. — Trouver la Chambre 17. Ils descendirent l’escalier. Dans la rue, une voiture noire était stationnée de l’autre côté. À l’intérieur, un homme les observait. Il tenait une photographie ancienne entre ses doigts. La même photographie. Mais sur la sienne, quelque chose était différent. À côté de la porte 17 se tenait un homme. Antoine Ravel. 52 Et à côté de lui... un homme qui ressemblait étrangement à John Art. L’observateur rangea la photographie. Il prit son téléphone. — Ils sont partis. Un silence. — Oui. Il regarda l’agence. Puis ajouta : — Ils ont trouvé la première correspondance. Il raccrocha. 53 La voiture démarra. Pendant quelques secondes, elle resta visible au bout de la rue. Puis disparut. À l’intérieur de l’agence désormais vide, l’horloge continuait de fonctionner. 9 h 13. 9 h 13. 9 h 13. Puis, très faiblement, une dernière vibration traversa la pièce. Une note. Une seule. Pas jouée. 54 Pas chantée. Simplement présente. La treizième. Et très loin de là, dans une pièce éclairée par une seule chandelle, un homme penché sur un manuscrit vieux de huit siècles leva brusquement la tête. Il venait de l’entendre. Il posa sa plume. Regarda la porte. Puis murmura : — Il est revenu. FIN DU PROLOGUE 55 JOHN ANTOINE NATHAN INDIANA ART Et le manuscrit des treize temps PREMIÈRE PARTIE L’ENQUÊTE CHAPITRE I Le signal À dix heures moins vi

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