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L'OMBRE DE L'ÂME

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Summary

À SÉOUL, LE DANGER PORTE PARFOIS UN COSTUME SUR MESURE. Entraînée malgré elle dans les rouages obscurs d'un puissant conglomérat familial, Ji‑ah n'a qu'un objectif : survivre et faire la lumière sur la disparition de son frère. Mais son chemin croise celui de Min‑jun, l'héritier énigmatique au regard d'obsidienne, aussi redoutable qu'irrésistible. Entre pacte dangereux, secrets d'État et désir interdit dans les ruelles détrempées de Gangnam, la frontière entre haine et passion n'a jamais été aussi ténue. Pour le sauver et découvrir la vérité, jusqu'où sera‑t‑elle prête à s'abandonner à l'ombre ?

Genre
Romance
Author
Marie
Status
Complete
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 : L'Ombre de Gangnam

La pluie d’octobre ne lavait pas Séoul; elle se contentait d’étaler le vice et les secrets de la mégapole sur l’asphalte trempé. Au cœur du district de Gangnam, les enseignes aux néons rose, violet et bleu électrique grésillaient dans l’air saturé d’humidité. Leurs lueurs crues se reflétaient sur la carrosserie rutilante des berlines de luxe qui fendaient la nuit à toute vitesse, éclaboussant les trottoirs déserts.

Ji-ah enfonça ses mains plus profondément dans les poches de son trench-coat trempé. Le tissu lourd collait à ses épaules, mais ce n’était pas la fraîcheur nocturne qui la faisait frissonner : c’était la terreur. Une terreur froide, méthodique, qui la hantait depuis exactement quatre-vingt-dix jours.

Trois mois. C’était le temps écoulé depuis la disparition brutale de son frère aîné, Su-ho.

Au début, elle avait cru à une mauvaise plaisanterie ou à une charge de travail excessive. Su-ho était un esprit brillant, un comptable d’une rigueur maladive qui vivait pour son travail. Mais lorsqu’il avait cessé de répondre à ses messages quotidiens, que son appartement du quartier de Mapo avait été retrouvé vide, débarrassé de tous ses effets personnels, comme si personne n’y avait jamais habité, la certitude s’était imposée.

Au commissariat, les inspecteurs s’étaient montrés d’un dédain glacial : « Un jeune homme surmené qui s’est envolé pour échapper à ses dettes, mademoiselle. Cela arrive tous les jours à Séoul. Rentrez chez vous. »

Mais Ji-ah savait que c’était faux. Su-ho n’aurait jamais abandonné sa sœur unique, la seule famille qui lui restait depuis le traumatisme de l’accident qui avait emporté leurs parents dix ans plus tôt.

Le seul indice qu’elle avait réussi à retrouver, caché au fond d’une doublure de veste laissée chez elle, était une carte d’accès magnétique. Un rectangle de plastique noir mat, totalement vierge de tout nom ou de tout numéro de matricule, ne portant qu’un symbole gravé en filigrane d’argent : deux triangles entrelacés formant le sigle de Shinsewa Group.

Shinsewa. Le plus vaste conglomérat de Corée du Sud. Un empire financier intouchable dont les filiales s’étendaient des technologies militaires aux chaînes d’hôtels de luxe, en passant par le développement immobilier et les fonds d’investissement internationaux. Une dynastie dirigée par la famille Park, dont le nom se chuchotait avec autant de respect que de crainte et de déférence dans les plus hautes sphères du gouvernement.

Pendant des semaines, Ji-ah avait mis sa propre vie entre parenthèses. Elle avait épié les abords de la tour principale, cartographié les rondes de sécurité et piraté les registres des prestataires de nettoyage grâce à ses compétences d’archiviste. Ce soir, le conseil d’administration tenait un gala privé au sommet de l’édifice. C’était sa seule chance.

Elle leva les yeux vers la structure titanesque. Soixante-dix étages d’acier et de verre fumé qui perçaient les nuages bas comme une lame acérée.

S’infiltrant dans la ruelle adjacente, Ji-ah s’assura que la voie était libre avant de s’engager vers l’accès technique du sous-sol VIP. L’air y était lourd, saturé d’effluves d’huile de moteur et d’humidité stagnante. Le bruit régulier et lointain des turbines de ventilation couvrait à peine le claquement accéléré de ses propres talons sur le béton ciré.

Elle s’arrêta devant une lourde porte blindée marquant l’entrée du secteur des archives informatiques du Conseil. Ses doigts tremblaient tellement qu’il lui fallut trois tentatives pour sortir la carte noire de sa poche.

Elle retint son souffle et plaqua le badge contre la borne de contrôle.

Pendant deux secondes interminables, la diode devint rouge. Le cœur de Ji-ah manqua un battement. Puis un léger bip retentit et le voyant bascula au vert. Dans un souffle d’air pressurisé, le panneau d’acier coulissa lentement.

Elle glissa à l’intérieur et la porte se referma derrière elle avec un bruit sec d’enclenchement, l’isolant du reste du monde.

La pièce était immense, baignée dans une pénombre presque irréelle. Seule la lumière bleuâtre des rangées de serveurs informatiques éclairait les larges bureaux en acajou et les étagères contenant des dossiers physiques scellés. La température était glaciale, maintenue basse pour préserver les circuits électroniques.

Se précipitant vers la console centrale d’administration, Ji-ah posa ses mains sur le clavier. Ses yeux balayèrent l’écran à toute vitesse.

— Nom d’utilisateur : Park Su-ho… Recherche par mot-clé : disparition, dossiers du personnel, incidents…

L’interface clignota. Une barre de progression apparut, se chargeant avec une lenteur exaspérante. La sueur froide coulait le long de la colonne vertébrale de Ji-ah. Elle savait que les systèmes de sécurité finiraient par détecter une intrusion non planifiée.

Soudain, une ligne d’alerte rouge sang barra la totalité de l’écran.

ACCÈS RESTREINT. Niveau d’autorisation 5 requis. Fichier Nobilis — segment 09.

— C’est quoi, ce fichier… ? murmura-t-elle, les yeux écarquillés par la confusion.

— Ce fichier est exactement la raison pour laquelle tu ne reverras jamais la lumière du jour, si tu continues de taper sur ce clavier, petite ombre.

La voix avait surgi du coin le plus sombre de la pièce.

Elle était basse, feutrée, portée par une assurance si absolue qu’elle provoqua une véritable décharge électrique le long des nerfs de Ji-ah.

Elle sursauta violemment, renversa son sac à main sur la table et se retourna d’un bond, le dos plaqué contre l’arête métallique du bureau.

Un homme se tenait adossé au cadre d’une baie vitrée qui donnait sur le gouffre de la ville illuminée. Il tenait entre ses doigts un verre en cristal, où le liquide ambré d’un whisky d’exception scintillait doucement sous les néons bleus. Il portait un costume trois-pièces d’un noir profond, ajusté avec une rigueur absolue. Sa chemise était légèrement entrouverte au niveau du col, cassant le côté rigide de sa posture. Ses cheveux sombres, coupés à la perfection, tombaient légèrement sur un front haut, encadrant des sourcils fermes et une mâchoire taillée à la serpe.

Mais ce furent ses yeux qui paralysèrent Ji-ah sur place. Des yeux d’obsidienne, d’une profondeur insondable et d’une froideur mortelle.

Park Min-jun.

Le fils cadet du président du groupe Shinsewa. Le prodige impitoyable que la presse financière présentait comme l’avenir de l’économie coréenne, mais que les rumeurs plus sombres de la ville décrivaient comme le bras armé de la famille, l’homme chargé des affaires que la loi ne devait jamais connaître.

— Je… je me suis trompée de secteur, balbutia Ji-ah en essayant de masquer la panique qui menaçait de la submerger. Je suis une nouvelle employée de l’équipe de nuit. Je cherche le service de maintenance.

Min-jun porta le verre à ses lèvres sans quitter la jeune femme du regard. Il en but une minuscule gorgée, puis reposa le cristal sur un meuble à côté de lui avec un geste d’une lenteur calculée. Un sourire glacial et dénué de la moindre chaleur humaine étira le coin de ses lèvres.

— L’équipe de maintenance n’a pas accès aux archives privées de la famille Park, Ji-ah. Et elle ne possède certainement pas le badge personnel d’un haut responsable porté disparu.

Le sang de Ji-ah ne fit qu’un tour. Il connaissait son nom. Il savait exactement qui elle était.

— Où est Su-ho ? cria-t-elle, abandonnant toute tentative de mensonge. Sa colère prenait soudain le dessus sur sa détresse. Qu’avez-vous fait à mon frère ?!

Min-jun décolla ses épaules du mur et fit un pas vers elle.

Chacun de ses mouvements était fluide, maîtrisé, rappelant ceux d’un prédateur s’approchant d’une proie piégée dans un cul-de-sac. Le bruit sec de ses souliers en cuir sur le sol résonnait comme un décompte macabre.

— Ton frère a commis la plus grande erreur de sa misérable vie, dit-il d’un ton d’une neutralité terrifiante. Il s’est imaginé qu’un simple auditeur financier pouvait subtiliser des documents confidentiels appartenant à ma famille et s’en sortir indemne. Il a cru qu’il pouvait jouer les héros.

— Su-ho est un homme honnête ! Il a dû découvrir vos fraudes ou vos crimes ! C’est vous qui l’avez attaqué !

Min-jun s’arrêta à quelques centimètres d’elle. L’espace entre eux s’était réduit au point que Ji-ah pouvait sentir l’odeur subtile qui l’enveloppait: un mélange complexe de bois de santal, de cuir neuf et d’une pointe de tabac froid. Il était si grand qu’il lui masquait la quasi-totalité de la pièce.

— L’honnêteté n’est qu’une invention pour consoler les faibles, Ji-ah, murmura-t-il en se penchant légèrement vers elle. Et dans cette tour, il n’y a pas de place pour les faibles.

Avant qu’elle n’ait pu esquiver, sa main gantée de cuir noir s’éleva et attrapa son menton. Sa prise n’était pas violente, mais elle était ferme comme un étau d’acier. Il força Ji-ah à basculer le visage vers le haut pour l’obliger à ancrer ses yeux dans les siens.

— Lâchez-moi… souffla-t-elle, la respiration saccadée.

— Tu veux savoir s’il est mort ? continua Min-jun d’une voix dangereusement calme, ignorant sa supplique. La réponse dépend entièrement de ce que tu vas faire dans les dix prochaines secondes.

Ji-ah hoqueta, piégée entre l’effroi et une lueur d’espoir désespérée.

— Il… il est en vie ?

— Son cœur bat encore, répondit-il en approchant son visage du sien au point que son souffle tiède effleura sa joue glacée. Mais il a sécurisé les fichiers volés derrière un chiffrement biométrique lié à ta lignée familiale. Il pensait te protéger. En réalité, il n’a fait que te signer ton arrêt de mort.

Un frisson d’horreur parcourut la peau de la jeune femme.

— Qu’allez-vous me faire ?

Min-jun approcha son pouce du coin de son œil pour essuyer une larme de rage qui venait d’échapper au contrôle de Ji-ah. Son geste était d’une délicatesse troublante, en contraste total avec la menace absolue qui émanait de sa personne.

— Tu as deux options, Ji-ah. La première : je claque des doigts, mes hommes te sortent d’ici et tu rejoins ton frère dans la cellule sans fenêtre où il attend son jugement. La seconde : tu signes un contrat avec moi. Tu deviens mon ombre. Tu m’obéis au doigt et à l’œil, et tu m’aides à déverrouiller ce que ton frère a caché.

Il resserra imperceptiblement ses doigts sur sa mâchoire.

— En échange, je te promets que vous resterez tous les deux en vie. Mais si tu tentes de me doubler, de contacter la police, ou simplement de me mentir… le châtiment sera pire que la mort.

Ji-ah le fixa, le souffle court, sentant le piège se refermer inexorablement sur elle. Elle n’avait plus de choix. Elle venait de vendre son âme au démon de Séoul.

— D’accord, murmura-t-elle dans un souffle.

Min-jun relâcha son menton et esquissa un sourire sombre.

— Sage décision. Bienvenue en enfer, mademoiselle.

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