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Oups, j’ai épousé mon patron

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Summary

Taryn Palmer pensait rentrer de Las Vegas avec une gueule de bois, quelques souvenirs gênants et suffisamment de photos compromettantes pour alimenter les conversations de ses meilleures amies pendant des années. À la place, elle se réveille avec une alliance au doigt, un certificat de mariage bien réel et absolument aucune idée de l’endroit où se trouve son mari. Lorsqu’elle finit par retrouver Raphaël Cross, la situation devient encore pire : l’inconnu qu’elle a épousé au milieu de la nuit est aussi son nouveau patron, celui qu’elle devait rencontrer le lundi suivant. Taryn veut faire annuler ce mariage au plus vite, mais Raphaël refuse de signer les papiers et garde soigneusement pour lui la raison de cette décision. Entre secrets, cohabitation forcée, journées de travail beaucoup trop tendues et attirance impossible à ignorer, Taryn découvre que se marier par erreur à Las Vegas était peut-être la partie la plus simple de toute cette histoire.

Genre
Romance
Author
Lara Dry
Status
2h ago
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

TARYN

Jules pose trois jetons rouges devant moi avec le sérieux d’une femme qui s’apprête à négocier la paix mondiale.

— Tu les joues. Et avant que tu commences à protester, je précise que ma décision est définitive.

Je regarde les jetons, puis elle.

— Je viens déjà d’en perdre cinq. Je pense avoir suffisamment contribué à l’économie locale pour ce soir.

— Justement. Statistiquement, tu te rapproches d’une victoire. Ce serait absurde d’abandonner maintenant.

Naomi, assise de l’autre côté de la table, lève les yeux de son cocktail.

— Ce n’est absolument pas comme ça que fonctionnent les statistiques. Tu viens littéralement d’inventer une règle pour justifier une mauvaise décision.

Jules hausse les épaules.

— Ça fonctionne très bien dans ma tête. Je ne vois pas pourquoi vous cherchez toujours à compliquer les choses.

— Ta tête est précisément le problème, répond Naomi avec un calme désespérant.

Je récupère quand même les jetons.

Autour de nous, le casino ressemble à une attaque contre la sobriété. Les lumières clignotent partout, les machines sonnent sans interruption et une femme en robe argentée vient de hurler assez fort pour faire sursauter trois personnes autour d’elle. À quelques mètres, un homme embrasse littéralement sa machine à sous.

Las Vegas possède manifestement sa propre définition de la dignité.

Je glisse un jeton sur le tapis.

— Si je perds encore, je vous tiens personnellement responsables. Je veux que ce soit établi avant que vous prétendiez ne pas m’avoir poussée à jouer.

— On t’a amenée ici pour que tu arrêtes d’être responsable pendant quarante-huit heures, me rappelle Jules. Tu es en train de saboter tout le concept du week-end.

— Nuance. Vous m’avez amenée ici pour célébrer mon nouveau poste, pas pour tester les limites de mon compte bancaire.

— Même chose. Tu célèbres mal si tu réfléchis encore aux conséquences.

— Pas du tout. Je célèbre avec méthode.

Naomi repose son verre.

— Dans son esprit, c’est effectivement la même chose. Elle considère que toute bonne nouvelle doit être accompagnée d’alcool, d’une dépense inutile et d’au moins une décision qu’on regrette le lendemain.

Jules lève son verre vers elle.

— C’est une philosophie de vie parfaitement respectable. Je trouve votre manque d’ouverture assez triste.

Je retiens un sourire.

Nous sommes arrivées la veille avec beaucoup trop de vêtements pour un simple week-end et un programme que Naomi avait tenté de rendre vaguement raisonnable. Jules l’a détruit avant même que nous ayons quitté l’aéroport, ce qui, avec le recul, était parfaitement prévisible.

Lundi matin, je commence mon nouveau travail dans une entreprise que tout le monde semble connaître sauf moi avant mon entretien. Poste en communication stratégique, contrat permanent, salaire assez correct pour que j’aie vérifié trois fois le mail avant d’y croire.

J’en ai rêvé pendant des mois et maintenant que je l’ai obtenu, je suis terrifiée à l’idée de tout gâcher.

Jules prétend que c’est précisément pour ça que je dois profiter de ce week-end. Selon elle, lundi marquera officiellement mon entrée dans « la vie adulte sérieuse », catégorie qui comporte apparemment les réunions, les chemisiers blancs et une consommation inquiétante de café.

Je regarde les cartes sur la table.

— Je ne comprends toujours pas pourquoi on considère que perdre de l’argent m’aide à préparer mon avenir professionnel.

Jules répond sans la moindre hésitation.

— Parce que tu apprends à gérer l’échec. C’est une compétence essentielle dans le monde du travail.

Naomi tourne lentement la tête vers elle.

— Tu viens réellement d’inventer ça maintenant. Il y a deux minutes, ton argument reposait uniquement sur les statistiques.

— Les deux approches peuvent coexister. Je suis une femme complexe.

Je ris et pousse mon dernier jeton.

Quelques secondes plus tard, je perds encore.

Je me laisse tomber contre le dossier de ma chaise.

— Voilà. C’est terminé. Je mets officiellement fin à ma carrière de joueuse avant qu’elle ne devienne un problème financier.

Jules me regarde comme si je venais d’annoncer quelque chose de profondément décevant.

— Tu abandonnes déjà ? Je pensais avoir mieux travaillé ton esprit de compétition.

— Je préfère conserver un minimum de ressources financières pour rentrer chez moi. Ça me paraît être une ambition raisonnable.

— Tu commences lundi, rappelle-t-elle.

— Justement. J’aimerais éviter d’arriver à mon premier jour avec douze dollars sur mon compte et une histoire de faillite prématurée.

Naomi sourit.

— Voilà une pensée responsable. Je suis fière de toi.

Jules grimace.

— Beurk. Ne l’encourage pas, on essaie précisément de faire l’inverse depuis hier.

Je lui lance un regard.

— Tu sais que je dois devenir crédible dans moins de quarante-huit heures ?

— C’est exactement pour ça qu’il faut profiter maintenant. À partir de lundi, tu vas devoir faire semblant d’être raisonnable toute la journée.

Elle se lève brusquement.

— On change d’endroit. Cette table a officiellement saboté mon énergie.

Je hausse les sourcils.

— Pourquoi est-ce que le problème viendrait de la table ?

— Parce qu’elle nous porte malheur.

Naomi regarde les jetons disparus.

— Je pense que le problème vient surtout de toi et de ta théorie personnelle des probabilités.

Jules l’ignore avec beaucoup de dignité.

Nous quittons le casino pour traverser un hôtel beaucoup trop luxueux où chaque surface semble brillante. Jules insiste pour prendre une photo devant une fontaine intérieure, Naomi refuse trois fois de tenir un faux bouquet acheté dans une boutique de souvenirs et je finis par rire tellement fort que mon ventre me fait mal.

C’est exactement ce dont j’avais besoin.

Ne pas réfléchir, ne rien prévoir et arrêter d’imaginer mon premier jour pendant quelques heures. Juste elles.

Nous terminons dans un bar d’hôtel avec des fauteuils en velours, une lumière tamisée et des cocktails suffisamment chers pour justifier au moins une crise de conscience.

Jules attrape la carte et pointe presque immédiatement une ligne du doigt.

— Celui-là. Je refuse toute discussion.

Je regarde ce qu’elle désigne.

— Il est rose fluorescent. Ce n’est pas un cocktail, c’est un avertissement sanitaire.

— Et ? demande-t-elle comme si je venais de soulever un détail sans importance.

— Je refuse de boire quelque chose qui pourrait servir de liquide de refroidissement. J’ai encore besoin de mes organes.

Naomi se penche vers moi.

— Tu as bu pire à vingt ans. Je crois même que certaines boissons étaient servies dans des gobelets en plastique.

— J’avais vingt ans. J’étais vulnérable, influençable et manifestement inconsciente.

— Tu as vingt-trois ans, Taryn. Tu parles comme si plusieurs décennies nous séparaient de cette époque.

— J’ai énormément évolué en trois ans. Respecte mon parcours.

Jules appelle quand même le serveur.

Je secoue la tête.

— Vous êtes de mauvaises personnes. Je tiens à ce que ce soit dit clairement.

— Et pourtant, tu nous gardes depuis des années, répond Jules. Ça signifie que nous apportons quelque chose à ta vie.

Le serveur arrive avec trois verres.

Je regarde le mien avec méfiance.

— C’est offensant. Même la couleur me juge.

Jules lève le sien.

— À Taryn Palmer, future reine de la communication et terreur des réunions stratégiques.

— Non. Je refuse ce titre avant même mon premier jour.

— Future femme de pouvoir, alors. C’est plus élégant.

— Encore pire. Tu vas finir par me donner envie de rentrer.

Naomi lève son verre à son tour.

— À ton nouveau poste. Sans titre ridicule, sans prophétie et sans pression supplémentaire.

Ça, au moins, me touche.

Je souris.

— Merci. Je savais qu’il y avait une raison pour laquelle tu étais ma préférée.

Jules ouvre la bouche avec indignation.

— Je choisis d’ignorer cette attaque.

Naomi cogne doucement son verre contre le mien.

— Et au fait que tu ne paniques pas lundi matin avant même d’avoir franchi les portes.

— Je ne panique jamais, déclaré-je avec suffisamment d’assurance pour que personne ne puisse me contredire.

Mes deux amies me regardent en silence.

Je soupire.

— D’accord. Je panique intérieurement. C’est plus discret.

Jules rit.

— Tu vas être parfaite. Tu t’inquiètes déjà suffisamment pour trois personnes, donc tu arriveras probablement préparée à toutes les catastrophes imaginables.

— Tu n’en sais rien. Je pourrais très bien me ridiculiser dans les cinq premières minutes.

— Tu te remettras. Les gens survivent à des choses bien pires que dire une phrase stupide devant leur patron.

Je prends mon verre.

— À ma future carrière brillante et au fait que je ne me ridiculise pas devant mon patron pendant au moins six mois.

Naomi cogne son verre contre le mien.

— Pourquoi six ? Pourquoi pas trois ou douze ?

— Parce qu’après six mois, les comportements embarrassants deviennent officiellement des habitudes professionnelles. À ce stade, on ne peut plus vraiment me les reprocher.

Nous trinquons.

Je goûte et grimace immédiatement.

— C’est infect. On dirait du sucre liquide avec une menace chimique.

Jules prend une gorgée à son tour et fait exactement la même grimace.

— Oui. Je reconnais que le goût ne correspond pas vraiment à la couleur.

Je la dévisage.

— Attends. Tu ne l’avais jamais goûté ?

— Non. Je trouvais simplement qu’il avait l’air très bien.

— Donc tu m’as fait commander un cocktail uniquement parce qu’il était rose ?

— Ça me semblait cohérent avec l’ambiance. Je ne pensais pas devoir effectuer une analyse approfondie.

Naomi éclate de rire.

Je prends quand même une seconde gorgée.

— Pourquoi tu continues ? demande-t-elle. Tu viens littéralement d’expliquer qu’il était infect.

Je regarde mon verre.

— Il coûte vingt-deux dollars. À ce prix-là, je vais jusqu’au bout de mes erreurs.

Naomi acquiesce.

— Argument recevable. Financièrement discutable, mais recevable.

Jules regarde soudain derrière mon épaule et son expression change.

Je connais cette expression.

Je la connais beaucoup trop bien.

— Non, dis-je immédiatement.

Elle relève les yeux vers moi.

— Quoi ? Je n’ai absolument rien fait.

— Ton visage vient de changer. Je sais exactement ce que signifie cette tête.

— Mon visage ne change pas. Tu inventes.

Naomi suit discrètement son regard avant de sourire très légèrement, ce qui m’inquiète encore davantage.

Je les regarde tour à tour.

— Quoi ? Qu’est-ce que vous avez vu ?

Jules se penche vers moi.

— Ne te retourne surtout pas. Essaie juste d’être naturelle pendant quelques secondes.

Je me retourne immédiatement.

— Taryn, souffle Naomi avec résignation.

Je hausse une épaule.

— Il fallait choisir une formulation moins provocatrice. Tu ne peux pas dire ça à quelqu’un et attendre qu’il obéisse.

Mon regard balaie le bar.

Puis je le vois.

Un homme est installé seul quelques mètres plus loin, près du comptoir. Grand, chemise blanche aux manches retroussées, pantalon sombre, cheveux noirs légèrement désordonnés, un verre à la main. Rien d’extravagant, rien de tape-à-l’œil, et pourtant il attire immédiatement le regard.

Je m’attarde une seconde de trop.

Peut-être deux.

Il tourne légèrement la tête et nos regards se croisent.

Merde.

Je me retourne aussitôt vers mes amies.

Jules affiche un sourire immense.

— Alors ? Et ne me dis pas que tu n’as rien remarqué.

— Alors quoi ? Il y a un homme dans un bar. Je ne vois pas ce que tu attends comme analyse détaillée.

— Tu viens de le regarder comme si tu faisais une étude de marché. J’ai rarement vu quelqu’un observer un inconnu avec autant de concentration.

— J’observais simplement mon environnement. C’est une compétence professionnelle.

— Très professionnel, confirme-t-elle avec un sérieux parfaitement faux.

Naomi prend une gorgée de son cocktail.

— Il est très séduisant. Je pense qu’on peut au moins reconnaître ce fait sans transformer ça en intervention.

Je pointe immédiatement un doigt vers elle.

— Voilà. Validation indépendante. Si Naomi le dit, c’est que ce n’est pas seulement l’alcool.

Jules se rapproche.

— Va lui parler. Tu es célibataire, il est visiblement intéressant et nous sommes à Las Vegas.

Je ris.

— Absolument pas. Je ne vais pas traverser un bar pour parler à un inconnu simplement parce que vous avez voté qu’il était séduisant.

— Pourquoi ? Qu’est-ce qui pourrait arriver de si grave ?

— Rien. Je suis simplement très bien ici.

— Tu viens de te retourner trois fois.

Je fronce les sourcils.

— Deux. Et je refuse qu’on falsifie les chiffres pour soutenir ton argument.

— Tu comptes vraiment le nombre de fois où tu le regardes ?

— J’aime les données précises. Ça évite les conclusions hâtives.

Jules prend un air grave.

— Taryn, tu commences lundi. Après ça, tu vas travailler, répondre à des mails, participer à des réunions et probablement commencer à dire des choses comme « je te fais un retour ».

— Je refuse catégoriquement. Si je prononce cette phrase sérieusement, tu as l’autorisation de m’interner.

— Alors profite de ton dernier week-end de liberté avant que le vocabulaire professionnel ne t’avale entièrement.

Je regarde de nouveau derrière moi.

L’homme n’est plus à sa place.

Je hausse les épaules.

— Problème réglé. L’univers vient de trancher en faveur de la raison.

— Dommage, dit une voix masculine juste derrière moi.

Je me fige.

Jules ouvre de grands yeux tandis que Naomi baisse lentement son verre.

Je me retourne.

Il est là.

De près, c’est nettement pire.

Enfin, mieux.

Je n’ai pas encore décidé.

Il tient toujours son verre dans une main et me regarde avec un sourire discret.

— J’avais l’impression que les problèmes faisaient justement partie du programme à Vegas, ajoute-t-il.

Je croise les bras.

— Vous écoutez souvent les conversations des inconnues ou nous avons droit à un traitement particulier ?

— Seulement quand elles parlent suffisamment fort pour m’inclure dans la conversation. À un certain stade, j’ai considéré que j’étais presque concerné.

Jules étouffe un rire et je lui lance un regard.

— Ne l’encourage pas. La situation est déjà suffisamment mauvaise.

L’homme sourit davantage.

— Je prends ça comme une autorisation de rester quelques minutes.

— Ce serait une interprétation extrêmement libre de ce que je viens de dire.

— J’aime les interprétations libres. Elles rendent les conversations plus intéressantes.

Je le dévisage une seconde.

— Vous avez un prénom ou vous comptez rester « l’homme qui écoute les conversations privées » ?

— Raphaël, répond-il simplement.

Juste Raphaël.

Il ne tend pas immédiatement la main. Il attend, comme s’il me laissait décider si je souhaite poursuivre la conversation.

Je finis par lui donner mon prénom.

— Taryn.

— Enchanté, Taryn. Même si j’imagine que vous allez encore me dire qu’il est trop tôt pour établir ce genre de conclusion.

Je bois une gorgée de cocktail.

— C’est effectivement encore un peu tôt pour se prononcer. Mais vous apprenez vite.

Cette fois, il rit.

Et je comprends immédiatement pourquoi Jules me regarde comme ça.

Ce week-end était censé n’avoir aucune conséquence.

Raphaël ressemble précisément au genre d’homme capable de compliquer ce programme.

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