Customize readability
Aa

Le lien des Chaînes

Summary

« 𝑂𝑛 𝑑𝑖𝑠𝑎𝑖𝑡 𝑡𝑜𝑢𝑗𝑜𝑢𝑟𝑠 𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑒 𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠 𝑠𝑎𝑣𝑎𝑖𝑡 𝑝𝑎𝑛𝑠𝑒𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑏𝑙𝑒𝑠𝑠𝑢𝑟𝑒𝑠. Pourtant, à Méropide, les cicatrices ne s'effacent jamais vraiment. » Hirakû est de retour dans la Forteresse, mais son esprit est ailleurs, perdu dans les échos d'un passé sanglant et les silences d'un présent qui l'étouffe. Wriothesley, le Duc de Méropide, observe sa protégée dépérir, impuissant derrière ses airs de marbre. Il suffira d'un duel dans l'Arène de Pancrace pour que les éléments se déchaînent et que les masques tombent. Mais entre les complots d'une Mélusine malicieuse, un dîner mondain improvisé à la surface et des aveux vieux de vingt ans, Hirakû et Wriothesley devront décider si les chaînes qui les lient sont leur prison... ou leur seule véritable liberté.

Status
Complete
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
18+

Partie 01



On disait toujours que le temps savait panser les blessures. Pourtant, depuis qu’Hirakû était revenue se réfugier dans cet endroit qui l’avait toujours sécurisée, ce dicton ne semblait plus l’atteindre.

Même les mélodies qui résonnaient entre les murs de la Forteresse de Méropide sonnaient comme un requiem. Les paroles, qui ne parvenaient plus à faire vibrer sa voix, ne s’exprimaient qu’à travers cette musique apprise à ses dépens pour sa propre survie.

Depuis combien de temps errait-elle de nouveau dans cette prison qui l’avait autrefois accueillie ?Depuis combien de temps, impuissante, attendait-elle un signe ? Juste un seul ?

Le piano sur lequel elle composait ses propres illusions murmurait comme un écho d’orgue. Pleurant tout autant qu’elle. Son aria hurlait, mais mourait entre ces murs de béton.

Pourtant, ici, à mille lieues sous les mers, dans cette cage dépourvue d’or, se trouvait un homme qu’elle chérissait bien plus qu’un simple ami. Un frère, un camarade de survie. C’est ainsi qu’elle considérait le directeur de cette Forteresse que tout le monde appelait « Monsieur le Duc ».

« Duc » n’était qu’un titre accrocheur. Une appellation idéalisée camouflant les sombres années où le sang coulait encore en ces lieux. Les corps abandonnés par la faim, où seule la loi du plus fort pouvait se faire entendre.

Hirakû et Wriothesley n’étaient alors que de pauvres enfants. Souillés par la crasse, rongés par l’esclavage, ils avaient dû apprendre à grandir trop vite.

Comment de simples gamins des rues pouvaient-ils survivre dans un tel chaos ?

L’odeur du métal pénétrait en elle comme un poison lent. Son cœur se meurtrissait à mesure que les images du passé refaisaient surface.

Où était finalement sa place ? Auprès de cet homme, dans les contrées lointaines, ou bien ici, entre les murs oxydés par le fer et la rage ?

Mais aucune réponse ne parvenait à éclaircir son esprit. Un vide solennel s’écrasait entre les cellules de Méropide, là où même la musique ne l’atteignait plus.

Les touches de l’instrument s’enfonçaient sous les doigts d’Hirakû. Elle s’était de nouveau perdue entre sa mémoire et l’irréel.

Un frisson chaleureux la ramena dans la cellule de Méropide.

Cette odeur mêlant la douceur boisée du santal et l’agressivité du poivre rose apaisa un instant ses maux. Wriothesley était peut-être l’un des seuls à traduire ce que sa musique voulait exprimer.

La main de Wriothesley était douce contre la sienne. Sans un mot, son regard se perdait dans le vide.

Depuis des semaines, il la voyait dans un état de détresse. Wriothesley savait rassembler les hommes, composer des équipes et résoudre les conflits les plus féroces. Mais rien ne semblait calmer l’agonie que sa protégée gardait en elle. Un cœur brisé en éclats. Même Sigewinne, l’infirmière de Méropide, n’aurait su accomplir un tel miracle.

Pourtant, Hirakû avait décidé d’elle-même de revenir ici. Alors, pour lui, rien n’était encore perdu.

Le chant s’arrêta.

Le tintement lourd du métal contre le sol tira Hirakû de sa torpeur. Elle leva enfin les yeux. Son cœur bondit face à cet objet qu’elle n’avait pas revu depuis des années.

Wriothesley tenait une lance. Mais pas n’importe laquelle : c’était la sienne. Durant ses années de survie, cette alliée de métal l’avait suivie et protégée d’innombrables fois.

— Tu viens ?

Le Duc ne dit rien de plus. Il l’invita simplement d’un hochement de tête avant de lui rendre ce qui lui appartenait de droit.

Lorsqu’elle saisit la hampe froide, tous ses souvenirs aux côtés de Wriothesley lui revinrent en mémoire. Il était inutile de préciser où il comptait l’emmener ; elle le savait déjà.

Elle fixa le fer de son arme d’hast, désormais affûté. Son éclat reflétait son œil encore gonflé et son visage terni par la tristesse. Pourtant, un fin sourire apparut enfin sur ses lèvres fines.



L’arène de Pancrace était un lieu qui, autrefois, servait à désigner les plus forts.

Bien qu’elle ressemblât à un ring de boxe, les affrontements qui s’y déroulaient ne se limitaient pas à l’usage des poings. Ici, de nombreuses personnes avaient vu le fil de leur vie se briser du jour au lendemain. Les larmes mêlées au sang tachaient parfois le parquet sale ; les cris étaient devenus une habitude, car lorsqu’on pénétrait dans cet espace, personne n’en ressortait indemne.

Wriothesley était très bien placé pour le savoir. Cet homme aussi chaleureux que sévère comptait d’innombrables entailles sur tout son corps. Ces cicatrices n’étaient désormais que les stigmates d’un passé lourd et sombre. Chacune d’elles parlait d’une victoire, d’une défaite. De larmes, de cris, de haine ou encore d’injustice.

Mais depuis que le Duc dirigeait la Forteresse, toute forme de violence sauvage y était proscrite. La peur n’était plus maîtresse des lieux.

Alors qu’il se dirigeait vers la piste en enjambant les cordes, Hirakû observait l’ambiance qui se profilait devant elle. Quelques détenus restèrent interdits en découvrant la silhouette du Directeur de Méropide. Peu de personnes le connaissaient physiquement ; bien que respecté, même parmi les nouveaux venus, rares étaient ceux qui avaient le « privilège » de le rencontrer officiellement.

Le silence régnait comme un hommage. Cela en devenait presque gênant aux yeux de Wriothesley, qui n’avait jamais recherché un tel éloge.

Hirakû finit par le suivre, la respiration pressée par le stress. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait plus tenu d’arme entre ses mains.

Avait-elle perdu tous ses anciens réflexes ?

Ce n’était pourtant pas la première fois qu’ils s’adonnaient à une telle activité.

À l’époque, ils s’entraînaient régulièrement. Ils n’avaient d’ailleurs guère le choix. Entre être dévoré ou dévorer, la réponse était vite trouvée. Et, même si, contre leur gré, ils avaient dû ôter des vies au prix de la leur, ces séances de combat entre eux avaient toujours été vécues comme une forme de survie. Une légitime défense face à l’enfer.

Dans l’arène, personne n’osait prononcer un mot. Autour de la piste, les rangs se resserraient dans un silence presque religieux. Les détenus se bousculaient à peine, le regard rivé sur le ring, suspendus au moindre geste des deux combattants.

Wriothesley enfila ses gants de métal, son arme de prédilection, témoins de ses nombreuses victoires. Son Œil Divin, ce pouvoir que les divinités lui avaient conféré, baignait dans une brume glaciale. Il scintillait avec la même intensité que son regard ancré dans celui d’Hirakû.

Hirakû tenait désormais sa lance d’une main ferme, la pointe tendue vers le sol. Le pouvoir Hydro qu’elle portait comme un trésor faisait briller ses yeux noisette, reflétant l’adrénaline qui bouillonnait déjà dans ses veines.

L’humidité envahit le ring tandis qu’une couche brumeuse s’y répandait à une vitesse monstrueuse. La fraîcheur faisait déjà frémir le public.

Aucun dialogue ne fut échangé durant cet interlude ; ils n’en avaient plus besoin. Chaque respiration perçue au soulèvement de leur poitrine suffisait à communiquer.

Leurs sourires, à peine perceptibles, trahissaient cette détermination pour laquelle ils s’étaient durement battus autrefois.

La première offensive fut lancée par Wriothesley, qui se déplaça aussi furtivement qu’un jaguar de Sumeru.

Si le Duc excellait dans le combat rapproché et la force primale, Hirakû, rusée comme un renard, savait garder ses distances grâce à l’allonge de son arme.

S’il utilisait ses poings pour frapper les parties les plus robustes du corps, elle utilisait ses jeux de jambes pour faire vaciller sa cible.

S’il maniait l’élément Cryo pour durcir l’air, elle utilisait l’élément Hydro pour le diluer.

Leur complémentarité créait une tension lourde pour les spectateurs, qui suivaient l’action du seul mouvement de leurs yeux.

Chaque coup résonnait dans l’arène comme un souvenir viscéral de leur volonté de survivre.

Chaque attaque était parée d’une main habile. Ni l’un ni l’autre ne voulait renoncer trop vite à cette complicité tacite qu’ils n’avaient finalement jamais perdue.

Leur force n’était plus à prouver : seule la stratégie de l’affaiblissement par l’endurance pourrait désigner un vainqueur. Leurs corps se synchronisaient en une véritable danse acrobatique. Les pas frappaient le sol avant de reprendre leur envol. Aucun instant suspendu n’était permis.

Leurs battements de cœur restaient sourds et leurs souffles se coupaient, comme si leur discrétion de jadis était encore une question de vie ou de mort.

La fine pellicule de givre sous les pieds d’Hirakû lui permettait de se déplacer sans effort. Grâce à sa constitution particulière, elle savait manier l’onde à mains nues. La lance n’était pour elle qu’une extension de ses propres bras, un levier lui servant à réaliser des esquives ou des sauts périlleux. Wriothesley, qui devait utiliser un catalyseur pour canaliser le froid, se trouvait désormais face à un dragon aqueux qu’il n’avait plus vu depuis de longues années.

Ses yeux brûlaient d’en découdre. L’ombre de la créature, presque vivante, s’étendait jusqu’à lui. Mais le Duc ne fut pas surpris. Malgré la lueur rougeâtre qui perçait dans le regard du Wriothesley et le menaçait de l’engloutir. Le Duc se frotta le nez, affrontant sans ciller les yeux de la bête.

Les cris de la foule oscillaient entre la panique et le suspense face à cette entité qui atteignait à présent les tuyauteries de la Forteresse.

L’air ambiant devint plus froid qu’au début. Le dragon se figea progressivement au contact de Wriothesley. C’était précisément l’effet voulu. La glace durcit le corps liquéfié, qui chuta et fit trembler l’arène. Alors que le terrain était enveloppé par un brouillard épais, Hirakû en profita pour s’élancer sur sa créature de givre craquelant sous ses pieds.

Wriothesley scrutait chaque recoin de l’arène avec une précision chirurgicale. Sa vue se brouillait à cause des débris qui encombraient désormais la surface. Rien ne se profilait à l’horizon, mais le sifflement de l’air perça jusqu’à ses oreilles lorsqu’Hirakû plongea tel un faucon vers lui.

Le fracas fut si violent qu’une bourrasque glaciale se déchaîna, balayant les gradins, où les détenus restaient en haleine, tendus par l’intensité d’un affrontement qu’ils n’auraient jamais imaginé voir un jour.

L’ombre du Duc avait à peine bougé alors qu’Hirakû reculait d’un pas vif, marquée par l’épuisement. Chacun peinait à ne pas sombrer. Tout était décisif. Leurs cœurs tambourinaient contre leurs poitrines, la fatigue muant en une douleur sourde. Les attaques étaient parées, mais quand les coups devenaient moins précis, ils commençaient à porter, à blesser.

Wriothesley gardait l’avantage par sa force brute, mais Hirakû ne se soumettait pas.

Elle rassembla ses dernières forces, profitant de la distance qui les séparait. L’air ondula, se transformant en une fine pluie qui finit par former une bulle aquatique autour d’elle. Malgré le pouvoir de son adversaire, qui lui permettait de geler l’eau, les mouvements qu’elle exerçait de ses doigts contrôlaient le flux avec une fluidité absolue.

Les lames aqueuses se jetaient par dizaines, fendant l’air sans répit. Il en évitait quelques-unes de justesse, tandis que d’autres se brisaient dans un fracas liquide sur le sol glissant. Les dents serrées, il restait en mouvement, contraint d’esquiver encore et encore. L’épuisement gagnait du terrain, s’insinuant peu à peu dans ses muscles.

Cependant, l’énergie élémentaire, elle aussi, consommait des ressources précieuses. Plus elle se concentrait, plus elle devait prendre appui sur sa lance, son unique ancre dans la tourmente. Hirakû perdait en précision tandis que Wriothesley se frayait un chemin entre les ruines gelées. Il ne vacillait pas. Il avançait, inébranlable, le regard déterminé.

Soudain, les jambes d’Hirakû cessèrent de la porter et se plièrent sous son propre poids. Les pas sourds de Wriothesley martelaient le parquet, implacables. Elle ferma les yeux, le souffle trop court pour tenir une seconde de plus.

Il avait toutes les chances de porter le coup de grâce.

Pourtant, lorsque son cœur reprit un battement, son corps n’avait pas heurté le sol.

Pendant un instant, elle crut flotter.

Hirakû sentit alors le bras puissant du Duc se glisser au creux de ses reins pour la retenir. Leurs rythmes cardiaques s’emballaient. Leurs souffles épuisés brûlaient jusqu’à leurs visages, tandis que leurs regards se croisaient, incandescents d’une nouvelle passion.

Sur les gradins, les détenus retinrent leur respiration, sans réellement comprendre le silence électrique qui venait de figer l’arène. Mais un homme au milieu de la foule se leva, les étoiles dans les yeux.

Collins était un ancien employé qui avait toujours vibré pour les sports de compétition. Lui aussi avait connu la sombre époque de Méropide, quand le métal se mêlait aux ténèbres de la Forteresse. Il escalada le ring afin de lever les bras triomphants de Wriothesley et d’Hirakû, provoquant sans détour un tonnerre d’applaudissements.

Ils n’avaient été autrefois que de simples parias ; désormais, ils étaient perçus comme les héros d’une ère révolue.

Let La Plume d'Astréa know what you thought about this chapter!
Love this

0

Love this

Funny

0

Funny

Spicy

0

Spicy

Suspenseful

0

Suspenseful

Emotional

0

Emotional

Profound

0

Profound

Heartwarming

0

Heartwarming

Shocking

0

Shocking

Good Writing

0

Good Writing

Compelling Plot

0

Compelling Plot

Great Character

0

Great Character

Strong Dialog

0

Strong Dialog

Further Recommendations

The Easter Bunny

Mia: Really nice story

Read Now
Going For The Goalie

fathiahmosebolatan: Nothing is wrong with

Read Now
The Heir's Shadow

Biva: Quite good for a novella. Impressive writing style and we'll edited. Just one thing- Karla keeps referring herself to a stray cat and while at first it makes sense the analogy gets stale after a while.

Read Now
The Full Moon Breeding Club

Christina: I love that the FL is intelligent, purposeful, kind, and thoughtfull. She protects herself and others without compromising her morals or diminishing her values.Great character development showing their growth.

Read Now
Bloodlines

karenfancp: I have noticed a few typos, the story line is good. I can’t put this down.

Read Now
Called by the Alpha

Sylvia Jeffree: It’s not bad at all Fast moving and interesting I will certainly recommend this author

Read Now
Mystic Wolf

Robin: Loved the book. I couldn't put it down. I read it way faster than most books!

Read Now
The zatorian

ktkirata: The story is really interesting. How the character described in the story is like you can see them and picture how they move, talk and feel in the every plots. Well done writer and keep it up.

Read Now
The Grumpy Next Door

AuntyLizzie: Loved this , easy read, romantic n great story line, would love to read more.

Read Now