Chapter 1
Je m’appelle Nina Voss.
Je suis née dans une famille qui n’avait jamais connu le manque.
La famille Voss.
Notre nom, à lui seul, suffisait à ouvrir les portes avant même que nous ayons besoin de les pousser, et à faire naître des sourires sur les visages avant même que l’on sache qui nous étions.
Mon père, Adrian Voss, était un homme connu dans les cercles les plus prestigieux. Je garde peu de souvenirs de lui. Il a quitté ce monde lorsque j’avais dix ans, laissant derrière lui un vide que les années n’ont jamais réussi à combler.
Après sa mort, ma mère, Clara Voss, prit soin de nous élever.
Mes trois sœurs et moi.
Tia.
Mia.
Et moi… Nina, la plus jeune.
Depuis mon enfance, il y avait une chose qui me distinguait aux yeux des autres avant toute autre.
Ma beauté.
Ils appelaient parfois cela le privilège de la beauté.
Je n’en comprenais pas vraiment le sens au début. Mais au fil des années, j’ai compris que les gens me traitaient différemment.
Des sourires plus chaleureux.
Des compliments plus spontanés.
Une attention que l’on ne réservait pas aux autres avec la même facilité.
J’avais de longs cheveux blonds, couleur d’or sous les rayons du soleil, et des yeux bleus que j’avais hérités de mon père.
Quant à ma peau claire, elle avait le don, comme ma mère aimait toujours me le répéter, d’attirer les regards partout où j’allais.
Je souriais chaque fois que j’entendais ces mots.
Mais j’ignorais encore que la même chose qui poussait les autres à aimer me regarder était aussi ce qui éloignait mes sœurs de moi.
Avec le temps, j’ai commencé à remarquer la distance qui se creusait entre nous.
Des regards froids.
Des silences lorsque j’entrais dans une pièce.
Des murmures qui s’interrompaient brusquement dès que je m’approchais.
Je ne comprenais pas pourquoi elles me détestaient.
Ou peut-être que…
Je le comprenais, mais je n’avais pas le courage de me l’avouer.
Je menais une vie différente de la leur.
J’étudiais dans une université fréquentée par les enfants des familles les plus fortunées, où je m’étais spécialisée en langues et en littérature.
La célébrité, les soirées mondaines et les bijoux ne m’intéressaient pas vraiment.
J’aimais les livres.
J’aimais les romans.
J’aimais ces mondes façonnés par les mots, où une seule personne pouvait vivre mille vies sans jamais quitter sa place.
J’écrivais aussi de la poésie.
Peut-être parce que je cherchais dans les mots quelque chose que je n’avais jamais trouvé dans ma propre vie.
L’amour.
Je m’étais toujours demandé ce que l’on ressentait lorsqu’on aimait une seule personne avec une telle profondeur.
Ce que cela faisait de rencontrer quelqu’un et de sentir, au simple fait de croiser son regard, que l’on avait enfin trouvé l’endroit auquel on appartenait.
C’est pour cette raison que j’avais appris l’arabe.
Je voulais lire la poésie arabe dans sa langue originelle. J’étais fascinée par cet univers envoûtant où les émotions semblent se cacher entre les mots.
Parmi les poètes que j’aimais, Abû Tammâm occupait une place particulière dans mon cœur.
Un vers, surtout, était resté longtemps gravé dans mon esprit :
« Emporte ton cœur où tu veux, au gré de l’amour ;
l’amour n’appartient qu’au premier être aimé. »
Je ne savais pas pourquoi ces mots m’avaient bouleversée à ce point.
Peut-être parce que je rêvais d’un amour que je n’avais encore jamais connu.
Un amour capable d’attacher le cœur à une seule personne, même lorsque les jours tenteraient de l’emporter loin de nous.
Cette nuit-là, je refermai mon livre et souris à moi-même.
Puis je pris ma plume.
Je plaçai une feuille devant moi et écrivis :
« Je t’attends… compagnon de mon cœur.
Peut-être qu’après cette longue attente,
je trouverai enfin un grand amour,
un amour qui ne craindra pas les distances,
que les années ne pourront ébranler,
et auquel mon cœur s’accrochera…
comme s’il n’avait été créé que pour lui. »
Je contemplai mes mots pendant quelques instants.
Puis je ris timidement de moi-même.
C’était étrange d’écrire sur un homme que je n’avais jamais rencontré.
Pourtant, je croyais que chaque personne, quelque part dans ce monde, avait une histoire d’amour qui l’attendait.
Et peut-être…
que la mienne n’attendait plus que de commencer.
Je déposai ma plume, refermai mon carnet, puis allai me coucher.
Je ne savais pas encore que le lendemain matin apporterait avec lui le premier fil de cette histoire.
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Le lendemain matin, nous nous retrouvâmes toutes autour de la table du petit-déjeuner.
Je pris ma place habituelle et commençai à manger tranquillement.
L’atmosphère était parfaitement ordinaire.
Jusqu’à ce que ma mère rompe le silence.
— Demain, nous aurons un invité à dîner.
Je relevai les yeux vers elle.
Quelque chose dans sa voix attira mon attention.
Elle poursuivit :
— Je veux que vous portiez des tenues convenables. Et je veux que les domestiques préparent ce que nous avons de meilleur.
Je la regardai, intriguée.
— Et qui est-ce ?
Ma mère esquissa un sourire mystérieux.
— Un ami à moi.
Je ne trouvai rien de particulièrement intéressant à cette annonce.
Je repris mon repas.
Un ami de maman.
Et alors ?
Après le petit-déjeuner, je remontai dans ma chambre et refermai la porte derrière moi.
Je m’installai près de la fenêtre et sortis mon carnet du tiroir.
Je ne savais pas encore que l’homme qui prendrait place, le lendemain, à la table de ma famille…
serait sur le point de bouleverser toute ma vie.








