Chapitre 1 Le venin de la trahison
Ce matin je rentre dans son bureau avec un dossier entre les mains Roman est debout devant les immenses baies vitrées une main dans la poche de son pantalon, sa chemise blanche parfaite ajustée dessinant ses épaules et ses bras. Il se retourne en m’entendant, son regard s’arrête quelques secondes sur moi avant qu’il ne reprenne son expression habituelle.
″ Vous êtes en retard de trois minutes.″
Je lève les yeux au ciel.
″ Bonjour à vous aussi Roman.″
Un léger sourire apparaît au coin de ses lèvres.
″ Bonjour ″
Je pose le dossier sur son bureau.
″ Voilà les documents que vous vouliez.″
Il les prend mais son regard revient immédiatement vers moi.
″ Tout va bien ?″
Je fronce les sourcils. ″ Oui pourquoi ?″
Il détourne les yeux parce qu’il vient de voir mon téléphone s’allumer. Un message de mon compagnon ″ Maxime.″
″Réunion qui finit tard ce soir ne m’attends pas je t’aime.″
Roman serre imperceptiblement la mâchoire, il sait que ce soir Maxime ne sera pas à une réunion, il sera avec une autre femme et cette fois, Roman a décidé de me laisser le découvrir avec un premier indice.
Il fait glisser un dossier vers moi.
″ Au fait vous devriez vérifier les réservations professionnelles de vendredi.″
Je le regarde intriguée
″ Pourquoi ?″
Roman soutient mon regard.
″ Simple conseil professionnel.″
Puis il se détourne, il ne me dira rien pas encore parce qu’au fond de lui une seule pensée tourne en boucle.
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″ Je veux qu’elle soit à moi mais je veux qu’elle me choisisse librement″
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Je fronce les sourcils en baissant le regard vers le dossier qu’il vient de faire glisser sur le bois sombre du bureau.
Le mot de Roman reste suspendu dans l’air trop calme trop calculé pour dissimuler qu’une simple vérification de routine .
″ Les réservations de vendredi,″Je répète à voix haute en posant la main sur la pochette cartonnée.
″ C’est l’équipe commerciale qui s’occupe des déplacements cette semaine, tout était déjà validée depuis mardi.″
Je relève les yeux vers lui cherchant à déchiffrer ce qui se cachent derrière son impassibilité habituelle. Roman est le genre d’homme qui ne laisse rien au hasard et encore moins en ce qui concerne la gestion du cabinet.
S’il me demande de regarder moi-même ce n’est pas pour corriger une erreur de frappe.
Roman ne bouge pas il a repris ses documents mais son attitude est trop rigide presque tendue. Je distingue cette ombre familière au fond de son regard Ce contrôle permanent qu’il exerce sur lui-même et qui manque de perdre par instant.
Je saisis le dossier que Roman vient de faire glisser sur le bureau encore troublé par l’expression sévère qui a traversée sur le visage quelque instants plus tôt, Puis j’attrape mon téléphone posé sur le coin de la table.
J’y jette un coup d’œil, l’écran affiche toujours la notification de message de Max.
″ Ne m’attends pas je t’aime″
Puis mon regard revient sur Roman, déjà penché sur des documents feignant une indifférence parfaite.
Roman qu’est ce que vous cherchez à me dire ?
Il s’arrête un instant le dos tourné avant de pivoter lentement ses yeux s’attardent sur mon téléphone avant de revenir se fixer dans les miens impénétrables.
″ Ouvrez le dossier ″dit-il d’une voix posée dénuée de moindre intonation dramatique.
″ Regardez les nuitées d’hôtel facturées au nom du cabinet pour la fin de semaine, et tirez en vos propres conclusions.″
Je reste immobile un instant interloqué par le ton de sa voix avant d’ouvrir la pochette. Les premières pages révèlent un relevé de notes de frais et une réservation confirmée dans un établissement de luxe du centre ville pour le vendredi soir.
Elle porte un nom que je connais trop bien, une sensation de froid soudain se propage dans ma poitrine.
Hôtel du Collectionneur Paris 8e
Chambre exécutive : une nuit
Date : Vendredi 08 Août 2026
Nom du client : Maxime Matins
Détails de la réservation :2 adultes un lit King-Size
Option accueil : Romantique : Champagne & Fleurs
Je relis le nom, la date puis le détail de la suite réservée pour 2 personnes. La date correspond exactement au déplacement censé être individuel et purement administratif.
Je lève les yeux vers Roman, la gorge serrée. Il soutient mon regard sans ciller le visage fermé mais je perçois la tension extrême qui habite ses pupilles.
″ Ce n’est pas une erreur de saisie n’est ce pas ?″
Ma voix est plus basse presque hésitante. Roman fait un pas lent vers le bureau posant les paumes à plat sur le bois vernis pour se pencher légèrement vers moi.
″ Je ne commets pas d’erreur sur ce genre de détails,″ répond il doucement.
″ La seule question que vous devez vous poser maintenant C’est ce que vous comptez faire de cette information.″
Un froid glacial me traverse le dos, vendredi dernier Max m’avait juré qu’il était en déplacement à Lyon pour négocier un contrat difficile avec un client exigeant. Il m’avait même appelé tard dans la soirée prétendant être seul dans sa chambre d’hôtel, fatigué par sa journée.
Roman sent le parfum léger que je porte, un contraste frappant avec l’odeur de papier froid et de café qui imprègne habituellement la pièce. Le silence s’étire entre nous chargés de ce qu’il ne dit pas encore, de cette vérité qui l’a patiemment orchestrée pour qu’elle éclate au moment opportun.
Il me regarde en se demandant combien de temps encore je porterai ce masque d’innocence avant que le doute s’y installe définitivement.
Je tourne les pages du dossier mes doigts manquants de force contre le papier glacé. Le nom de ″ L’hôtel du Collectionneur et l’option ″Accueil Romantique″ me saute aux yeux comme une gifle.
La mention ″ 2 adultes″ s’imprime dans mon esprit chassant le souvenir du message encore chaleureux reçu quelques minutes plus tôt sur mon téléphone. Je tente de garder une posture professionnelle, mais ma respiration se bloque dans ma poitrine.
Je baisse les yeux vers la page indiquée, mon regard flou balaye la ligne des dépenses complémentaires.
Un dîner pour deux au restaurant gastronomique de l’hôtel réglé avec sa carte professionnelle suivi de 2 cocktails au bar vers minuit vendredi soir à l’heure exacte où il m’assurait par téléphone qu’il s’endormait seul épuisé par sa réunion à Lyon.
La trahison s’infiltre en moi, froide et incisive. Mais à côté de cette douleur grandissante une troublante certitude commence à émerger. Je lève lentement les yeux vers Roman, il est immobile si proche que je distingue la tension dans ses épaules et le battement rapide de sa tempe. Il n’a pas posé ces documents là par simple rigueur administrative, il savait les frais annexes.
Je murmure, ma voix plus ferme cette fois cherchant à masquer l’onde de choc.
″ Tout est parfaitement en ordre sur le plan comptable Roman Mais ce n’est pas pour la conformité que vous me montrez ça. ″
Je referme doucement le dossier le posant sur le bord du bureau entre nous deux.
″ Depuis combien de temps vous savez ?″
Roman soutient mon regard sans s’écarter, laissant le silence amplifier la tension dans la pièce.
Roman serre légèrement les poings dans les poches de son pantalon luttant manifestement contre l’envie de tendre la main vers moi.
″ Depuis vendredi soir″ répondit-il sans ciller.
″ J’ai reçu les justificatifs lundi matin j’ai immédiatement reconnu le nom de Maxime.″
″ La réservation a été fait avec la carte de la société par erreur ou par excès de confiance, quand la note est passée sur mon bureau pour validation j’ai vérifié.
Il relève les yeux vers moi.
″ J’aurais pu vous le dire dès ce moment-là″ un soupir discret lui échappe ″ mais je savais que si je venais simplement a vous dire votre compagnon vous trompe vous pourriez penser que je cherchais à vous séparer de lui.″
Il désigne doucement le dossier du regard.
″ Alors j’ai préféré vous donner les faits, vous laisser le découvrir par vous même.″
Son regard reste accroché au mien ″ et maintenant c’est vous qui décidez de ce que vous voulez faire de ce que vous venez de découvrir.″
Il se penche légèrement vers moi son regard soutenu trahissant une intensité qu’il ne cherche plus du tout à cacher.
″ Ce soir il vous a écrit qu’il avait une réunion n’est ce pas ?″
Un silence sourd s’installe.
″ Vous n’avez même pas besoin de répondre, votre visage parle pour vous.″
Je sens un frisson me traverser au son de sa voix. Le fait qu’il sache déjà pour le message de ce soir me glace autant qu’il me perturbe, il lit en moi comme dans un livre ouvert.
″ Il ne sera pas plus en réunion ce soir, tout comme il n’était à Lyon vendredi,″ ajoute-t-il la voix plus douce mais implacable.
″ Vous méritez de savoir la vérité Alba, mais je voulais que vous la voyez de vos propres yeux.″
Un mélange de colère, de honte et d’incrédulité se tord dans mon estomac. Mon monde s’effondre doucement autour de moi et pourtant la présence massive de Roman au-dessus du bureau agit comme un ancrage étrange.
″ Pourquoi ?″ je murmure les yeux brillants mais le regard fixe dans le sien.
″ Pourquoi faire ça ainsi, vous auriez pu simplement me le dire, pourquoi me faire chercher, m’imposer cette mise en scène.″
Roman fait un pas de plus vers moi contournant le coin du bureau La distance entre nous s’amenuise drastiquement.
″ Parce que si je vous l’avez dit vous auriez cherché à le défendre.″ dit-il à voix basse.
″ Vous m’auriez accusé d’avoir des motifs cachés.″
Il s’arrête juste devant moi si près que je peux sentir la chaleur qui s’en dégage.
Et vous n’auriez pas eu tort.″
Je prends une grande respiration, ferme les yeux un court instant
pour refouler les larmes puis je referme le dossier d’un geste ferme. En me redressant mes jambes sont encore un peu tremblantes mais mon regard s’est endurci.
Je fixe Roman droit dans les yeux.
″ Merci de m’avoir montré ça !″ dis-je d’une voix que je force à rester stable.
″ J’ai besoin d’assimiler ce qui se passe.″
″ Je demande l’autorisation de prendre mon après-midi Roman.
″ Je ne serai pas efficace ici aujourd’hui.″
Un éclat de respect passe dans le regard de Roman. Il fait un pas vers moi abandonnant sa posture distante et baisse la voix.
″ Vous n’avez pas besoin de mon autorisation prenez votre après-midi prenez demain si vous en avez besoin. Il jette un coup d’œil au dossier dans mes mains puis accroche de nouveau mon regard avec une intensité troublante.
″ Si vous besoin de quoi que ce soit, des informations complémentaires, de l’aide ou simplement quelqu’un à qui parler vous savez où me trouver je suis là.
Je hoche la tête prends le dossier et m’apprête à me tourner vers la sortie.
″ Au fait ″ ajoute t-il doucement juste avant que je franchisse la porte.
″ Ne le laissez pas vous manipuler ce soir vous valez tellement mieux que ça.″
Je quitte son bureau le cœur battant le dossier serré contre ma poitrine prête à affronter la tempête qui m’attend.
Le battement frénétique de mon cœur résonne à mes oreilles alors que je traverse le couloir. Le poids du dossier contre ma poitrine est à la fois une brûlure et un ancrage. Les mots de Roman continuent d’infuser en moi profond et tenace.
″ Vous valez tellement mieux que ça.″
De retour à mon bureau je rassemble mes affaires mécaniquement mes mains tremblent légèrement quand je glisse le dossier dans mon sac à côté de mon téléphone sur lequel clignote encore la notification du faux message d’amour de Max.
Une sourde colère commence à remplacer le choc initial. Le contraste entre le soin que Roman a pris pour me révéler la vérité et le mensonge cynique qui m’attend ce soir est insupportable. Je jette un dernier regard vers la porte vitrée du bureau de Roman à travers le verre sablé.
Je devine sa silhouette immobile toujours tournée vers l’endroit où je me tenais quelques secondes plus tôt. Il m’a tendu la perche mais le choix de la suite me revient entièrement. Je quitte l’étage et m’engouffre dans l’ascenseur.
Dehors l’air frais de la ville me fouette le visage me tirant de ma torpeur. Ce soir la confrontation est inévitable mais c’est moi qui vais fixer les règles.
Je quitte le bâtiment le dossier glissé sous le bras et je m’installe dans un petit café calme, à quelques rues de la tour. L’atmosphère paisible et le murmure des conversations autour de moi contraste brutalement avec le tourbillon d’émotions qui me brisent le cœur.
Je commande un café étale les pièces du dossier sur la table en bois et sort un carnet. Je prends une grosse inspiration et décide de poser méthodiquement mes idées.
Les faits sont là incontestables la réservation du vendredi dernier à l’hôtel du Collectionneur avec l’option accueil romantique le mensonge orchestré sur son prétendu déplacement professionnel à Lyon, son message de ce matin en m’annonçant une réunion tardive.
Un schéma qui se répète désormais trop clairement. En repensant à Roman une certitude s’impose. S’il a choisi de me montrer ce document aujourd’hui ce n’est pas par hasard mais pour l’instant l’urgence est de décider comment je vais mener la confrontation ce soir lorsqu’il passera la porte de l’appartement. Je prends mon téléphone et tapote rapidement mon écran. Je rédige un message plein de sous entendu conçu pour observer jusqu’où va son effronterie.
″ Je sais que ta réunion finit tard mais comme je suis en ville ce soir je me disais que je pourrais venir te chercher et qu’on pourrait se rejoindre pour un verre juste après. Dis moi où tu es et à quelle heure tu penses finir.″
L’envoi est confirmé le piège est tendu. Quelques minutes plus tard alors que je termine mon thé mon téléphone vibre sur la table c’est sa réponse.
″ C’est gentil mon cœur mais ne t’embête pas la réunion a lieu dans un resto privé avec des clients exigeants et ça va vraiment s’étirer tard. Rentre tranquillement ne m’attends pas je me rattrape ce week-end je t’aime.″
Un sourire amer se dessine sur mes lèvres. Il vient de s’enfermer exactement dans le mensonge que je lui tendais. Soudain mon téléphone émet une nouvelle notification.
C’est un message de Roman.
″ Si vous avez besoin d’une adresse pour vérifier où a lieu sa réunion, je viens d’avoir la confirmation du lieu où il a réservé pour ce soir. Roman a anticipé chacun de mes mouvements et me laisse le choix d’aller voir de mes propres yeux ou de clore le chapitre autrement.
Le piège est refermé. La réponse de Max confirme toute sa duplicité. Le même ton affectueux, la même aisance à mentir pour couvrir ses traces. Et puis il y a la notification de Roman, précis, méthodique, toujours avec un temps d’avance en m’offrant l’adresse exacte il met entre mes mains la décision finale.
Assister en direct à la preuve irréfutable de sa trahison ou garder mes forces pour une confrontation sans filtre chez nous.
Je fixe l’écran de mon téléphone mes doigts hésitant au dessus du clavier l’odeur du thé chaud monte jusqu’à moi manquant un instant dans la réalité de cette table de café la colère est là lucide et froide. Je lui envoie un message.
″ Envoyez-moi l’adresse. Merci ″
Quelques secondes plus tard le téléphone vibre
″ Le Gabriel place de la Concorde
table réservée au nom d’une société écran pour 20h30.
N’y allez pas seule si vous ne vous sentez pas prête mon chauffeur peut passer vous chercher.″
Un frisson me parcourt. Il a déjà tout anticipé.
A 20h45 , je suis posté en face du restaurant dissimulé dans l’obscurité de la rue, la pluie fine qui tombe sur Paris reflète la lumière des lampadaires sur le pavé. Puis je les vois. Maxime sort du restaurant en riant tenant la main d’une femme élégante qu’il enlace par la taille avant de l’embrasser sur la joue. Un sourire complet aux lèvres.
Aucun doute possible ce n’est pas un dîner d’affaires. Le trajet jusqu’à mon appartement se fait dans un flou total.
Une fois sur place c’est un véritable tourbillon. J’attrape deux grands sacs poubelle j’y jettent à la hâte les affaires de Max ses vêtements, sa trousse de toilette, ses chaussures, avant de tout balancer brutalement sur le palier. Je laisse la facture de l’hôtel bien en évidence scotchée sur les sacs. L’air de cet appartement rempli de tous nos souvenirs trahis me fait suffoquer, chaque pièce me dégoûte. Je referme la porte d’un coup sec et je m’enfuis.








