CHAPITRE 3
Camille s’est approchée un peu plus près de mon oreille pour poursuivre ses révélations sur le nouvel arrivant :
— Même Chloé, la fille la plus populaire et soi-disant la plus belle du lycée, a tout tenté pour l'attirer dans ses filets... mais ce fut un échec total. On se demande même si ce garçon a un cœur ou s'il est capable de ressentir quoi que ce soit.
Chloé était jolie, c'est vrai, mais sans prétention, je savais que sa beauté n'égalait pas la mienne.
— Et niveau études, il est intelligent ? ai-je demandé, curieuse.
— Je n’en ai aucune idée, a répondu Camille en haussant les épaules. Il sèche constamment les cours. Ça m'étonne tellement de le voir présent aujourd'hui... En plus, c'est un gros fumeur.
Elle m’a ensuite fixé du regard avec un petit sourire en coin :
— Tu l'aimes bien ?
— Pas du tout, ai-je répliqué aussitôt d'un ton sans appel. Je suis venue ici pour étudier et réussir mon avenir, pas pour perdre mon temps dans des histoires amoureuses.
Camille a hoche la tête, rassurée par ma réponse, avant de changer promptement de sujet. Quelques instants plus tard, le professeur est entré dans la salle et le cours a débuté. À la surprise générale, Aras, pourtant réputé pour son absentéisme et son désintérêt, participait activement et répondait avec une aisance déconcertante à toutes les questions posées.
La cloche a fini par sonner l'heure de la récréation. Comme à notre habitude, Camille et moi avons pris notre repas avant d'aller nous installer à notre table habituelle. Alors que nous allions commencer à manger, deux garçons de notre classe se sont avancés vers nous pour nous demander s'ils pouvaient partager notre table.
Par habitude et par timidité, Camille s'apprêtait à refuser. Mais avant qu'elle ne puisse prononcer un mot, j'ai pris la parole en leur souriant :
— Oui, bien sûr, installez-vous !
Ils cherchaient manifestement à faire connaissance avec nous, mais nous ne leur avons pas accordé une grande attention. Nous sommes restées concentrées sur notre complicité, riant et discutant entre nous tout en profitant de leur présence qui rompait enfin l'isolement dans lequel le reste de la classe voulait nous enfermer.
À la fin des cours, la routine s'est installée naturellement : Camille m'a suivie à la maison. Nous avons enchaîné notre séance de skincare puis notre entraînement sportif. La séance a été tellement intense que j'étais littéralement épuisée. Quand est venu le moment pour Camille de rentrer, je me suis contentée de la raccompagner jusqu'à la porte d'entrée.
Dès qu'elle est partie, je suis montée directement dans ma chambre pour m'allonger sur mon lit, à bout de forces, en oubliant complètement de refermer la fenêtre.
Alors que mes paupières devenaient lourdes et que le sommeil commençait à m'emporter, un bruit fort et assourdissant a fait vibrer mes oreilles, accompagné par une forte odeur de fumée de cigarette qui s'infiltrait dans la pièce.
Agacée, je me suis redressée pour comprendre d'où venait ce vacarme. En me penchant à la fenêtre, mes yeux ont croisé la silhouette d'Aras. J'ai poussé un long soupir.
Voulant lui demander poliment de baisser le son, j'ai réalisé que repasser par toute la maison pour aller jusqu'à la porte principale me prendrait trop de temps. Toujours vêtue de ma tenue de sport — un mini-short et un collant ajusté — j'ai préféré franchir la fenêtre pour descendre directement dans sa direction.
Arrivée à sa hauteur, je l'ai fixée droit dans les yeux :
— S'il te plaît, est-ce que tu peux diminuer le volume ?
Pour toute réponse, Aras a lentement balayé mon corps du regard, me toisant de haut en bas, puis de bas en haut, un silence pesant s'installant entre nous...








