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Sous sa protection

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Summary

Alba pensait vivre une vie ordinaire jusqu’au soir où elle assiste à une scène violente dans un restaurant parisien. Sans le savoir, elle vient de découvrir un secret capable de faire tomber des hommes puissants. Nathaniel Ferrand, agent expérimenté du RAID, intervient pour la protéger. Froid, autoritaire et habitué à maîtriser chaque situation, il lui impose une règle : désormais, elle reste sous sa protection. Contraints de vivre sous le même toit, Alba et Nathaniel se rapprochent malgré leurs caractères opposés. Entre regards troublants, attirance interdite et moments de tendresse, une relation intense naît peu à peu derrière les murs que Nathaniel a érigés autour de son cœur. Mais le danger se rapproche. Des documents dissimulés, un rapport falsifié et la disparition mystérieuse de Julien, le frère de Nathaniel, révèlent une affaire bien plus sombre qu’ils ne l’imaginaient. Lorsque Alba devient la cible de leurs ennemis, leur amour est mis à rude épreuve. Pour découvrir la vérité, ils devront affronter les secrets du passé, démasquer ceux qui manipulent l’enquête et apprendre à se faire confiance, même lorsque tout semble les séparer. Entre suspense, trahisons, blessures et passion, Alba et Nathaniel devront choisir : laisser la peur décider de leur avenir ou se battre ensemble pour retrouver leur liberté. Parce que parfois, celui qui est chargé de vous protéger devient celui sans lequel vous ne pouvez plus imaginer votre vie.

Genre
Thriller
Author
Angy8350
Status
Complete
Chapters
34
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 Le dernier dîner

Chapitre 1 — Le dernier dîner tranquille

Je n’aurais jamais imaginé qu’un simple dîner puisse bouleverser toute mon existence.

Ce soir-là, pourtant, je n’avais qu’une envie : profiter d’un bon repas avant de rentrer chez moi.

Ma journée avait été interminable. Entre les commandes personnalisées, les messages de mes clientes et les créations que je devais terminer pour la fin de semaine, j’avais passé près de dix heures dans mon atelier. Mes doigts étaient encore légèrement marqués par les heures de travail, et mes épaules réclamaient une pause.

J’avais donc pris une décision inhabituelle : fermer mon ordinateur, laisser mon travail derrière moi et m’offrir un dîner dans un petit restaurant parisien que j’appréciais particulièrement.

Installée près de la fenêtre, je savourais mon plat tout en parcourant distraitement les photos de mes dernières créations sur mon téléphone.

Un sourire étira mes lèvres devant une attache-sucette aux tons pastel que je venais de terminer.

C’était ce que j’aimais dans mon métier. Imaginer quelque chose, le fabriquer de mes mains et savoir qu’il finirait peut-être parmi les premiers souvenirs d’un enfant.

Je reposai mon téléphone et pris une gorgée d’eau.

Dehors, la pluie glissait sur les vitres. Les passants marchaient rapidement sous leurs parapluies, pressés de retrouver la chaleur de leur appartement.

Je les enviais presque.

Puis la porte du restaurant s’ouvrit.

Un homme entra, le visage pâle, les cheveux trempés. Il regarda derrière lui avant de refermer la porte et balaya la salle du regard. Il semblait chercher quelqu’un.

Je ne m’y attardai pas.

Paris était une grande ville. Les gens avaient leurs problèmes, leurs rendez-vous et leurs secrets. Je n’avais aucune raison de m’intéresser à cet inconnu.

Il traversa pourtant la salle d’un pas hésitant et s’arrêta près de ma table.

— Excusez-moi, mademoiselle. Vous attendez quelqu’un ?

Je relevai les yeux, surprise.

— Non. Pourquoi ?

Il ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Son regard glissa vers l’entrée.

Je suivis instinctivement son mouvement.

Deux hommes venaient de pénétrer dans le restaurant.

Contrairement aux autres clients, ils ne regardaient ni les tables ni le menu affiché près du comptoir. Le premier portait un manteau sombre et gardait une main dans sa poche. Le second avait le visage fermé et une cicatrice qui descendait le long de sa joue.

Leurs regards se posèrent immédiatement sur l’homme près de ma table.

— Merde, souffla celui-ci.

Il recula brusquement.

Tout se déroula en quelques secondes.

L’homme à la cicatrice sortit une arme.

— Personne ne bouge !

Un cri retentit derrière moi. Plusieurs clients se baissèrent aussitôt, tandis que le serveur, près du comptoir, leva les mains.

Je restai figée, mon verre suspendu à quelques centimètres de mes lèvres.

Ce n’était pas possible.

Ce genre de scène n’arrivait pas dans la vraie vie. Pas à moi. Pas alors que je pensais à la couleur d’une prochaine commande quelques secondes plus tôt.

Un coup de feu claqua au plafond.

Je sursautai si violemment que mon verre se renversa sur la table.

— À terre ! Tout le monde à terre !

Je glissai sous la table, les mains plaquées contre ma tête. Mon cœur battait à une vitesse folle. Je sentais le carrelage froid sous mes genoux et j’entendais les sanglots d’une femme, quelques mètres plus loin.

— Toi ! Debout !

Je ne sus pas immédiatement à qui l’ordre s’adressait.

Puis une main m’agrippa par le bras.

Je fus tirée de ma cachette et ramenée brutalement sur mes pieds.

— Avance !

— S’il vous plaît, je n’ai rien fait…

— J’ai dit avance !

Il me poussa vers le mur du fond, où plusieurs clients étaient déjà rassemblés. Je trébuchai contre une chaise et retins un cri lorsque sa main se referma sur mon épaule.

Je n’osai plus bouger.

L’homme que j’avais vu entrer quelques instants plus tôt était agenouillé à proximité, les mains sur la tête. Le premier ravisseur se tenait devant lui.

— Où est-ce que tu l’as mis ?

— Je ne sais pas de quoi tu parles.

L’homme à la cicatrice lui asséna un coup qui le fit basculer sur le côté.

Je plaquai une main contre ma bouche pour étouffer un cri.

— Tu as deux minutes pour me dire où il est !

— Je vous jure que je ne l’ai plus !

Le ravisseur le saisit par le col.

— Tu nous prends pour des idiots ?

Je détournai les yeux. Je ne voulais pas voir la suite.

C’est alors que quelque chose heurta ma chaussure.

Je baissai instinctivement la tête.

Un petit pendentif venait de glisser sous la table renversée à côté de moi. Sa chaîne argentée était emmêlée autour d’un médaillon en forme d’étoile. Au centre, une pierre noire reflétait la lumière du restaurant.

Je regardai l’homme agenouillé.

Il fixait le bijou.

Nos regards se croisèrent.

Il secoua imperceptiblement la tête.

Ne le ramasse pas.

Je ne sais pas pourquoi, mais je compris son avertissement.

À quelques mètres, les ravisseurs continuaient de l’interroger. L’un d’eux s’était éloigné pour surveiller les fenêtres, tandis que l’autre fouillait ses poches.

Je profitai de cet instant pour récupérer le pendentif.

Je le glissai dans la doublure intérieure de mon sac, derrière une petite poche cousue que j’utilisais pour ranger mes clés.

Puis je me redressai.

Mon geste avait duré moins de deux secondes.

Mais lorsque je levai les yeux, l’homme à la cicatrice me regardait.

Il n’avait pas vu où j’avais caché le bijou.

J’en étais presque certaine.

En revanche, il avait remarqué que je m’étais penchée.

— Qu’est-ce que tu as ramassé ?

Ma gorge se serra.

— Rien.

Il s’approcha lentement.

— Je t’ai vue.

— C’était ma chaussure. J’ai perdu l’équilibre.

Il me dévisagea, puis saisit mon sac.

— Donne-moi ça.

— Non, attendez…

Il tira dessus. La bandoulière me scia l’épaule et je dus lâcher prise pour ne pas tomber.

Il vida le contenu sur le sol : mon portefeuille, mes clés, mon téléphone, un paquet de mouchoirs et plusieurs petits objets de mon quotidien roulèrent sur le carrelage.

Je retins ma respiration.

Le pendentif ne tomba pas.

La doublure avait dissimulé son emplacement.

Le ravisseur fouilla rapidement le sac, puis le jeta à mes pieds.

— Si tu me mens, tu le regretteras.

Il s’éloigna pour rejoindre son complice.

Je restai immobile, le visage brûlant et les jambes tremblantes.

Pourquoi avais-je ramassé ce bijou ?

Pourquoi cet inconnu m’avait-il regardée de cette façon ?

Et surtout, pourquoi ces hommes étaient-ils prêts à prendre un restaurant entier en otage pour récupérer un simple pendentif ?

Je n’eus pas le temps de chercher une réponse.

Une sirène retentit dans la rue.

Puis une seconde.

Les deux hommes échangèrent un regard.

— Ils sont là, murmura l’un d’eux.

À travers la vitrine, je distinguai plusieurs véhicules qui venaient de s’immobiliser devant le restaurant. Des silhouettes équipées de gilets de protection se déployaient autour du bâtiment.

Mon cœur s’emballa davantage.

La police.

Enfin.

Une voix puissante résonna à l’extérieur.

— Ici, le RAID ! Vous êtes encerclés ! Libérez les otages et déposez vos armes !

Les ravisseurs se mirent à crier.

L’homme à la cicatrice se précipita vers moi et me saisit par le bras.

— Toi, tu viens avec moi.

— Non ! Lâchez-moi !

Il me tira vers le centre de la salle et me plaça devant lui. Je sentis le canon froid de son arme contre mes côtes.

Mes jambes se dérobèrent presque.

— Reculez ! hurla-t-il en direction de la vitrine. Si vous entrez, elle meurt !

Je fermai les yeux.

Je n’avais jamais eu aussi peur de toute ma vie.

J’entendais mon propre souffle, court et irrégulier, ainsi que les pleurs des autres clients. Mon ravisseur me maintenait si fermement que j’avais mal au bras.

Puis une voix masculine s’éleva de l’autre côté de la porte.

— Relâchez-la. Elle n’a rien à voir avec votre affaire.

La voix était grave, calme et étonnamment posée.

Je rouvris les yeux.

À travers la vitre, je distinguai un homme en tenue d’intervention. Il se tenait légèrement en retrait des autres agents, le regard fixé sur notre position.

Même à distance, il dégageait une autorité naturelle.

— Vous allez déposer votre arme, reprit-il. Personne n’a besoin d’être blessé.

— Vous voulez le pendentif ? cria le ravisseur. Alors vous allez nous laisser partir !

Le silence qui suivit me glaça.

Le pendentif.

Ils savaient qu’il était ici.

Je sentis mon ravisseur se raidir derrière moi.

— Où est-il ? souffla-t-il près de mon oreille.

Je ne répondis pas.

— Je sais que tu l’as pris.

— Je ne l’ai pas !

Il appuya davantage son arme contre moi.

— Tu as intérêt à me le rendre.

Je tentai de garder mon calme, mais mes yeux s’embuèrent.

À l’extérieur, l’homme du RAID ne me quittait pas du regard.

— Écoutez-moi, dit-il au ravisseur. Vous êtes en train d’aggraver votre situation. Laissez-la partir et nous pourrons discuter.

— Vous n’avez rien à m’offrir !

— Vous avez raison sur un point : je ne peux pas vous garantir ce que décidera la justice. En revanche, je peux vous garantir que nous allons tout faire pour que cette femme sorte vivante d’ici.

Je ne savais pas pourquoi, mais je crus cet homme.

Il ne cherchait pas à m’apaiser avec des promesses impossibles. Il parlait comme quelqu’un qui mesurait chaque mot.

Et son regard…

Même à travers la vitre, j’avais l’impression qu’il cherchait à me faire comprendre une seule chose : tenez bon.

Je m’accrochai à cette idée.

Quelques secondes passèrent.

Puis tout bascula.

Le complice du ravisseur se précipita vers la cuisine. L’homme derrière moi tourna la tête, distrait par son mouvement.

Je profitai de cet instant pour me dégager.

— Maintenant ! cria l’agent.

La porte s’ouvrit dans un fracas assourdissant.

Des agents entrèrent et ordonnèrent aux ravisseurs de lâcher leurs armes. Je me jetai au sol, les mains sur la tête, tandis que les cris et les bruits de pas se mélangeaient autour de moi.

Je n’essayai pas de comprendre ce qui se passait.

Je voulais seulement rester vivante.

Quelques instants plus tard, une main se posa près de mon épaule.

— Mademoiselle, ne bougez pas.

Je relevai lentement la tête.

L’homme de la porte était accroupi devant moi. Son casque dissimulait encore une partie de son visage, mais je pouvais désormais distinguer ses yeux bleu acier et les traits fermes de sa mâchoire.

— Vous êtes blessée ?

Je secouai la tête, incapable de parler.

— Regardez-moi.

J’obéis.

— Comment vous appelez-vous ?

— Alba…

— Très bien, Alba. Je m’appelle Nathaniel Ferrand. Je suis du RAID. Vous êtes en sécurité pour le moment.

Pour le moment.

Je m’accrochai à ces mots sans parvenir à retenir mes larmes.

Nathaniel jeta un regard vers les secours qui venaient d’entrer, puis revint vers moi.

— Je vais vous aider à vous relever. Dites-moi si vous avez mal quelque part.

Il attendit mon accord avant de passer une main derrière mon bras pour me soutenir.

Lorsque je tentai de me remettre debout, mes jambes tremblèrent. Je basculai légèrement vers lui et il me retint immédiatement.

Sa prise était ferme, mais précautionneuse.

— Doucement. Prenez votre temps.

Je baissai la tête, honteuse de trembler autant.

— Je suis désolée…

— Vous n’avez rien à justifier.

Il m’aida à m’asseoir sur une chaise, à distance des autres clients, pendant qu’un collègue sécurisait la salle.

Une secouriste vint vérifier mes blessures. Je répondis à ses questions mécaniquement, encore incapable de réaliser ce qui venait de se produire.

Nathaniel resta à proximité.

Il échangeait régulièrement avec ses collègues, mais son attention revenait vers moi chaque fois que je relevais les yeux.

Je ne savais pas pourquoi sa présence me rassurait autant.

Peut-être parce qu’il était le premier, depuis le début de cette soirée, à me parler sans me crier dessus.

Peut-être aussi parce que, malgré son équipement et son expression sérieuse, il semblait réellement soucieux de mon état.

Lorsqu’il revint s’accroupir devant moi, je remarquai une petite coupure sur sa pommette.

— Vous êtes blessé, murmurai-je.

Il porta brièvement ses doigts à sa pommette, comme s’il avait oublié cette marque.

— Ce n’est rien.

— Vous dites ça à tout le monde ?

Un silence passa entre nous.

Puis, à ma grande surprise, le coin de sa bouche se releva légèrement.

— Seulement aux personnes qui ont d’autres choses à gérer.

J’aurais presque pu sourire si mes mains ne tremblaient pas encore.

Il reprit rapidement son sérieux.

— Alba, j’ai besoin de vous poser quelques questions sur ce qui s’est passé ici.

Mon ventre se noua.

— Je vous ai déjà dit que je ne savais rien.

— Je ne vous accuse de rien. Je veux simplement comprendre pourquoi les ravisseurs semblaient chercher un objet précis.

Je baissai les yeux vers mon sac, toujours posé près de la chaise.

Le pendentif était là.

Caché dans la doublure.

Nathaniel suivit mon regard, puis revint à mon visage.

— Vous avez remarqué quelque chose avant leur arrivée ?

Je songeai à l’homme trempé, à son regard suppliant, au bijou tombé près de ma chaussure.

Je pouvais tout lui raconter.

Je pouvais lui dire que j’avais récupéré le pendentif et le laisser décider de la suite.

Mais je repensai au visage de l’homme à la cicatrice lorsqu’il avait compris que l’objet avait disparu.

Je repensai à sa menace.

Et je compris que, si ces hommes avaient accepté de risquer leur liberté pour récupérer ce bijou, ils ne renonceraient pas facilement.

— Non, répondis-je finalement. Je n’ai rien vu d’autre.

Nathaniel m’observa quelques secondes.

Je crus qu’il avait compris que je lui cachais quelque chose, mais il ne fit aucun commentaire.

— D’accord. Nous allons reprendre votre témoignage dans un endroit plus calme. Les enquêteurs auront également besoin de votre déposition.

— Est-ce que je vais pouvoir rentrer chez moi ?

Il marqua une pause.

— Pas avant que nous ayons évalué les risques. Ces hommes vous ont prise pour cible pendant la prise d’otages. Nous devons déterminer pourquoi.

Je serrai les doigts autour de mon sac.

— Mais je n’ai rien fait.

— Je vous crois sur ce point, Alba. Cependant, je ne peux pas encore vous garantir que vous êtes hors de danger.

Je levai les yeux vers lui.

— Et qu’est-ce que vous allez faire ?

Il se redressa légèrement.

— Pour commencer, je vais m’assurer que vous puissiez quitter cet endroit en sécurité. Ensuite, nous allons comprendre ce que ces hommes cherchaient.

Son regard se posa brièvement sur mon sac.

Mon cœur manqua un battement.

Je devais garder mon calme.

Je ne savais pas encore ce que cachait le pendentif. Je ne savais pas non plus pourquoi l’inconnu du restaurant semblait avoir si peur qu’il tombe entre les mauvaises mains.

Mais une chose était certaine : je ne pouvais plus faire comme si cette soirée n’avait été qu’un mauvais souvenir.

Je venais de mentir à un agent du RAID.

Et, pour la première fois de ma vie, j’avais une bonne raison de le faire.


Plus tard, alors que les enquêteurs commençaient à recueillir les témoignages des clients, je fus installée dans une petite pièce à l’écart de la salle principale.

Nathaniel m’avait assuré que quelqu’un resterait à proximité.

Il revint quelques minutes après, un dossier à la main.

— Nous avons identifié l’homme qui est entré le premier dans le restaurant. Il était recherché dans le cadre d’une enquête criminelle en cours.

— Et les deux autres ?

— Nous vérifions encore leurs identités.

Il s’assit en face de moi.

— Vous avez remarqué s’ils se connaissaient ?

Je secouai la tête.

— Ils semblaient se connaître, oui, mais je ne peux pas vous en dire davantage.

Il nota ma réponse.

Je l’observai pendant qu’il écrivait.Je me suis fait la réflexion à moi même. Tiens un gaucher comme moi. Ses gestes étaient précis, son visage concentré. Il ne cherchait pas à m’impressionner ni à me faire peur. Il semblait simplement vouloir que chaque détail soit exact.

— Vous travaillez toujours au RAID ? demandai-je, sans trop savoir pourquoi.

Il releva les yeux.

— Oui.

— Ça doit être… difficile.

Je regrettai aussitôt ma remarque. Elle était maladroite, presque insignifiante après ce que nous venions de vivre.

Pourtant, Nathaniel ne se moqua pas de moi.

— Certains jours plus que d’autres.

Je hochai la tête, puis regardai mes mains.

Je n’avais pas envie de lui mentir davantage. Mais je n’étais pas prête à lui confier le seul objet qui, à mes yeux, expliquait tout ce qui venait de se passer.

Il ferma son dossier.

— Alba, je vais être direct avec vous. Les hommes que nous venons d’arrêter ne semblent pas avoir choisi ce restaurant au hasard. Je ne sais pas encore si vous étiez leur cible ou si vous vous êtes retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment.

— Je ne les connais pas.

— C’est ce que nous allons vérifier.

Il se leva, puis s’arrêta près de la porte.

— Une équipe va vous raccompagner. Ne rentrez pas seule et prévenez-nous immédiatement si vous remarquez quelque chose d’inhabituel.

Je me redressai.

— Vous pensez vraiment qu’ils pourraient revenir ?

Nathaniel ne détourna pas les yeux.

— Je préfère prendre cette possibilité au sérieux plutôt que de vous dire ce que vous avez envie d’entendre.

Je restai silencieuse.

Puis je finis par murmurer :

— Merci de m’avoir aidée.

Il inclina légèrement la tête.

— C’est mon travail.

Il ouvrit la porte, mais avant de sortir, il se retourna une dernière fois.

— Et, Alba ?

— Oui ?

— Si vous vous souvenez d’un détail supplémentaire, même insignifiant, vous me le dites.

Je soutins son regard.

— D’accord.

C’était un mensonge.

Pas entièrement, peut-être.

Mais un mensonge quand même.


Il était presque minuit lorsque je retrouvai enfin mon appartement.

Je verrouillai la porte, vérifiai deux fois la serrure et déposai mon sac sur la table de la cuisine.

Le silence me parut irréel.

J’avais l’impression que les cris résonnaient encore dans mes oreilles. Chaque bruit dans la cage d’escalier me faisait sursauter. Je n’arrivais pas à chasser l’image de l’arme contre mon corps ni celle de Nathaniel, accroupi devant moi, me demandant de respirer.

Je me servis un verre d’eau, mais mes mains tremblaient toujours.

Puis je sortis le contenu de mon sac.

Mon portefeuille. Mes clés. Mon téléphone.

Et enfin, la petite poche dissimulée dans la doublure.

Je glissai deux doigts à l’intérieur et récupérai le pendentif.

Sous la lumière de la cuisine, il semblait presque ordinaire. La pierre noire était lisse, sans inscription apparente. Le médaillon portait de minuscules motifs gravés autour de l’étoile centrale.

Je le retournai.

Un détail attira mon attention : une fine rainure courait le long du bord, si discrète qu’elle aurait pu passer inaperçue.

Je tentai de faire pivoter le médaillon, sans succès.

Puis je remarquai une petite encoche.

Je glissai l’ongle dessous.

Un déclic presque imperceptible retentit.

Le pendentif s’ouvrit légèrement.

À l’intérieur se trouvait une minuscule pièce sombre, semblable à une puce électronique, accompagnée d’une suite de caractères gravés sur un morceau de métal.

Je cessai de respirer.

Ce n’était pas un bijou ordinaire.

Je pris mon téléphone pour photographier les caractères. Au moment où j’allumai l’écran, une notification apparut.

Numéro masqué.

Je fronçai les sourcils et ouvris le message.

Vous avez quelque chose qui ne vous appartient pas.

Mon sang se glaça.

Un second message arriva presque aussitôt.

Nous savons que vous étiez au restaurant. Rendez le pendentif si vous voulez rester en vie.

Je fixai l’écran, incapable de bouger.

Ils savaient qui j’étais.

Ils avaient réussi à me retrouver en quelques heures.

Mon téléphone vibra une troisième fois.

Ne contactez pas la police. Ils ne pourront pas vous protéger.

Je laissai tomber l’appareil sur la table.

Pendant plusieurs secondes, je restai immobile, les yeux rivés sur le pendentif.

Puis je repensai à Nathaniel Ferrand.

À sa voix calme.

À son regard attentif.

À cette promesse mesurée de faire tout ce qui était possible pour me protéger.

Je ne savais pas s’il pouvait réellement m’aider. Je ne savais pas non plus si les hommes qui m’avaient menacée avaient raison sur un point : peut-être que quelqu’un, au sein même des services chargés de les arrêter, était impliqué.

Mais je savais une chose.

Je ne pouvais pas rester seule avec ce secret.

Je repris mon téléphone et retrouvai le numéro que Nathaniel m’avait laissé pour le joindre dans le cadre de mon témoignage.

Mon pouce resta suspendu au-dessus de l’écran.

Je venais de lui cacher le pendentif.

L’appeler maintenant signifiait lui révéler que je lui avais menti.

Je fermai les yeux.

Puis je composai son numéro.

Il décrocha après quelques sonneries.

— Ferrand.

J’inspirai difficilement.

— Nathaniel ? C’est Alba.

Un silence.

— Que se passe-t-il ?

Je regardai la porte verrouillée, puis le pendentif posé devant moi.

— J’ai reçu des menaces.

Sa voix changea immédiatement.

— Vous êtes où, exactement ?

Je lui donnai mon adresse.

— Ne sortez pas de chez vous. Verrouillez votre porte et n’ouvrez à personne. Je fais le nécessaire pour qu’une équipe vous rejoigne.

Je serrai le téléphone contre mon oreille.

— Nathaniel…

— Oui ?

Je regardai le médaillon.

Je n’étais pas encore prête à tout lui avouer.

— Je crois que je suis en danger.

Sa réponse fut immédiate.

— Je vais m’en occuper, Alba.

La communication prit fin.

Je restai dans ma cuisine, seule avec le pendentif, les messages anonymes et une peur qui ne cessait de grandir.

Je ne connaissais pas encore la signification des caractères gravés à l’intérieur du bijou.

Je ne savais pas que ces quelques symboles constituaient la première pièce d’un dossier que certains hommes étaient prêts à tout pour faire disparaître.

Et je ne savais certainement pas que Nathaniel Ferrand allait bientôt devoir choisir entre suivre les règles de son métier et protéger la femme qui venait de lui mentir.

Pour le moment, une seule certitude s’imposait à moi.

Ma vie d’avant venait de prendre fin.

Et je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait derrière la porte.

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