Prologue: L'écho des mondes lointains
Le silence de l’Observatoire de Linkon avait la texture lourde de l’attente et du regret. À travers l’immense verrière panoramique, la ville s’étirait comme une constellation artificielle, clignotant dans la nuit froide de l’hiver. Mais pour Zayne, le véritable univers ne se mesurait pas en années-lumière, mais au rythme erratique d’un moniteur cardiaque et au poids invisible d’une éternité qu’il n’avait jamais demandée. Ses doigts gantés de blanc venaient de refermer le dossier médical, une habitude machinale pour masquer le tremblement imperceptible qui le trahissait depuis des semaines. Chaque patient qu’il sauvait sur sa table d’opération n’était qu’un sursis, une minuscule victoire volée à un destin implacable qui semblait se resserrer autour de lui. De l’autre côté de la vitre, adossé contre la balustrade métallique balayée par le vent glacial, Xavier regardait le ciel. Les néons bleutés de la cité se reflétaient dans ses yeux clairs, y éveillant cette lueur d’un autre monde, celle des étoiles mortes depuis longtemps qui continuent pourtant de briller. Dans sa main, une particule de lumière pure pulsait doucement, un éclat d’Aether Core réveillé par la proximité d’une tempête magnétique. Pour lui, le temps n’était qu’une ligne brisée, un cercle infini qu’il parcourait inlassablement à la recherche d’un visage effacé par les siècles. Il savait que le répit était de courte durée ; les monstres du vide et les ombres du passé convergeaient à nouveau vers ce point névralgique de l’espace-temps. Deux hommes que tout opposait et que tout rattachait. L’un cherchait à réparer les corps, rivé à la fragilité de la chair et à la précision froide du scalpel ; l’autre tentait de réparer le temps lui-même, guidé par la lueur brûlante et destructrice d’un astre égaré. Lorsque leurs regards finirent par se croiser à travers la pénombre, aucun mot ne fut prononcé. Ils savaient tous deux que le prochain battement de cœur de Linkon déclencherait une collision cosmique qu’aucun d’eux ne pourrait plus ignorer. La tempête s’abattit sans crier gare, une décharge d’énergie brute qui plongea l’Observatoire dans une pénombre stroboscopique, zébrée par les éclairs bleutés de l’Aether Core. Le vrombissement des machines médicales s’accéléra, se transformant en une plainte stridente que le vent glacial étouffait à peine. Zayne fit un pas en avant, sa main droite effleurant machinalement la poche de sa blouse où reposait son scalpel de précision. Une brûlure familière, sourde et glacée, s’éveilla au creux de sa paume, réagissant à l’anomalie spatiale qui venait de déchirer l’atmosphère.
- Tu arrives tard pour un rendez-vous, murmura Zayne, sa voix coupant le sifflement du vent avec une clarté clinique.
À quelques mètres de là, Xavier s’était redressé, la silhouette drapée dans les ombres mouvantes de la verrière. La particule lumineuse dans sa paume avait pris une intensité incandescente, illuminant ses traits tirés par une fatigue vieille de plusieurs vies. Il esquissa un sourire énigmatique, à la fois lointain et tranchant comme une lame.
- Le temps n’a jamais été de notre côté, Zayne. Et ce qui approche n’attendra pas que tu finisses ton diagnostic.
Au-dehors, au cœur même de Linkon City, le ciel se fractura, révélant l’abîme infini du cosmos et les silhouettes menaçantes des Wanderers qui s’éveillaient. Entre la rigueur implacable de la médecine et le poids insoutenable des étoiles, le compte à rebours venait de commencer.








