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Va te faire aimer ailleurs

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Summary

Elle travaille depuis trois ans comme assistante d'un PDG aussi brillant qu'insupportable. Après une dispute particulièrement mémorable, elle lui envoie par erreur un document intitulé Les 100 raisons pour lesquelles mon patron mérite de finir seul. Au lieu de la licencier, il lui retourne le fichier avec des commentaires, des corrections et une note finale de 4/10. Furieuse, elle décide de lui prouver qu'il mérite chacune de ces critiques. Lui commence à attendre avec beaucoup trop d'impatience la prochaine mise à jour.

Genre
Romance
Author
Lara Dry
Status
2d ago
Chapters
10
Rating
n/a
Age Rating
13+

01

Sienna

Sur mon écran, Jarod Cole vient de déplacer une réunion dans un créneau où Jarod Cole participe déjà à une autre réunion. Je contemple les deux rectangles superposés, puis la porte de son bureau, en cherchant lequel de ces trois éléments possède le moins de bon sens. Après trois ans à travailler pour lui, je sais que le calendrier n’a aucune chance de gagner.

Je décroche le téléphone avant que le responsable commercial commence à envoyer des invitations.

— Marcus, ne valide rien. Il vient de se réserver deux fois.

— Il m’a dit que quatorze heures lui convenait.

— À moi aussi, il a dit ça, précisé-je en ouvrant la première invitation. Ainsi qu’à six personnes qui viennent de Chicago pour le rencontrer.

Marcus laisse échapper un soupir que je connais bien. Dans cette entreprise, on reconnaît les gens qui ont parlé à Jarod au bruit qu’ils font ensuite.

— Je peux passer à quinze heures, mais il voulait que mon équipe ait terminé avant la présentation de demain.

— Je vais lui rappeler que tu travailles avec des êtres humains. Garde ton créneau initial jusqu’à ce que je revienne vers toi.

Je raccroche au moment où Ben apparaît devant mon bureau, un dossier sous le bras et l’expression d’un homme qui espère ne pas être responsable de ce que je regarde.

— Avant que tu me détestes, commence-t-il, je tiens à préciser que je viens pour les slides.

— Tu vas devoir être plus précis. Nous avons les slides approuvées, les slides modifiées et les slides qu’il a modifiées après avoir approuvé les slides modifiées.

— La troisième catégorie. Il trouve que les visuels manquent d’impact.

Je lève les yeux vers lui. Ben travaille à la communication depuis dix-huit mois ; il a encore parfois le réflexe de chercher un sens aux remarques de notre PDG.

— Il a demandé de retirer les couleurs hier.

— Je lui ai rappelé.

— Et il a répondu quoi ?

— Qu’une présentation sobre pouvait avoir de l’impact, répond Ben en déposant son dossier près de mon clavier. Je crois qu’il attend que je découvre une nouvelle nuance de gris.

Je lui montre une chaise, puis ouvre la version sur laquelle nous travaillons depuis le matin. Demain, Jarod doit présenter notre projet de développement à deux partenaires susceptibles de financer la prochaine étape. Les chiffres viennent de Theo, le dossier commercial de Marcus et la mise en forme de Ben. Quant à moi, je m’occupe de faire tenir leur travail dans un document que notre patron ne pourra pas réorganiser à trente secondes de son intervention.

Du moins, c’est ce que prévoit mon contrat moral avec ma santé mentale.

— Les graphiques sont lisibles, les chiffres correspondent au dossier et on a retiré la photo qui lui donnait l’impression de participer à un séminaire sur le bonheur, dis-je. Montre-moi ce qu’il veut changer.

Ben se penche sur l’écran et m’indique trois pages. Nous comparons les titres, ajustons la taille d’un graphique et trouvons une solution qui conserve les couleurs sans donner à Jarod l’impression qu’on a organisé un anniversaire dans sa présentation. Ben repart avec quelques modifications à faire et la promesse de me les envoyer avant midi.

Je consulte l’heure, puis mon téléphone. Maya m’a écrit pendant notre échange.

Dix-neuf heures trente. J’ai réservé. Si tu annules, je demande la garde exclusive de notre amitié.

Je souris en lui répondant que je serai là. Nous avons essayé de fêter son premier gros contrat trois fois ce mois-ci. La première, Jarod m’a retenue pour préparer un déplacement. La deuxième, un partenaire a avancé une échéance. La troisième est ce soir, et j’ai posé un bloc dans mon calendrier depuis une semaine.

La porte du bureau s’ouvre avant que je puisse ranger mon téléphone. Jarod apparaît en tenant une tasse vide, les manches de sa chemise retroussées et les yeux déjà tournés vers mon écran.

— Vous avez vu le déplacement de la réunion commerciale ?

— Oui. Je viens de demander à Marcus de rester sur l’horaire initial.

— J’ai besoin de lui à quatorze heures.

— Les partenaires de Chicago aussi, lui rappelé-je. Comme vous n’avez pas encore développé la faculté de vous dédoubler, j’ai choisi de conserver la réunion qui implique des billets d’avion.

Il regarde le calendrier que je tourne vers lui. À trente-quatre ans, Jarod a bâti une entreprise, négocié des contrats que personne ne pensait obtenir et appris à regarder un écran comme si l’écran allait finir par s’excuser. Il possède aussi un visage assez réussi pour que certaines personnes confondent ses silences avec du charme. Je les laisse profiter de leurs premières semaines.

— Décalez Marcus à quinze heures, dit-il.

— C’est prévu. Il aura besoin de votre validation sur les données commerciales avant midi.

— Je lui répondrai.

Je tends la main vers sa tasse. Il la regarde, puis me la donne.

— Je peux faire mon café.

— Je voulais vérifier si elle contenait encore quelque chose avant que vous la posiez sur le dossier des investisseurs.

Il baisse les yeux vers les papiers à côté de mon clavier et déplace sa main. Je dépose la tasse sur le coin vide du bureau, tandis qu’il examine les pages que Ben vient de laisser.

— Le titre de cette partie manque de précision.

— Vous l’avez écrit.

— Ce n’est pas une garantie.

— Je vais faire encadrer cette déclaration, annoncé-je. Ça nous fera gagner du temps lors de nos prochains désaccords.

Le coin de sa bouche bouge, mais il reprend le dossier avant que je puisse décider s’il s’agissait d’un sourire.

— Passez dans mon bureau quand vous aurez terminé la compilation.

Il retourne à l’intérieur sans refermer la porte. Je profite de cette occasion pour lui rappeler la validation de Marcus, puis reporte la réunion à quinze heures. Ensuite, je reprends la présentation.

À onze heures cinquante, tout correspond enfin. À midi dix, Jarod approuve les données commerciales. À treize heures, Theo m’apporte les derniers chiffres et un sandwich parce qu’il m’a vue répondre « dans cinq minutes » à Ben deux heures plus tôt.

— Vous êtes combien à surveiller si je mange ? lui demandé-je en prenant le sachet.

— Assez pour constituer un groupe de travail. Tu veux une réunion ?

— Si Jarod participe, je préfère mourir de faim.

Theo rit et pose les tableaux près de mon clavier.

— Les hypothèses restent les mêmes. J’ai précisé le calendrier des dépenses sur la dernière page.

— Je l’intègre et je verrouille cette version dès qu’il la valide.

— Tu sais qu’un PDF ne l’empêchera pas d’avoir une opinion ?

Je le sais si bien que je pourrais le broder sur un coussin. Je mange en relisant les tableaux, puis passe les heures suivantes à vérifier les références, les annexes et les éléments que les partenaires ont demandés. La réunion de Chicago se termine avec vingt minutes de retard, celle de Marcus en commence avec autant, et je parviens à déplacer un appel sans provoquer de crise diplomatique.

À seize heures trente, j’entre dans le bureau d’Jarod avec la présentation complète.

Il parcourt les premières pages sur son écran, me pose deux questions auxquelles je réponds avec les documents ouverts sur mes genoux, puis revient au tableau financier. Je connais cette immobilité. Elle signifie qu’il vient d’avoir une idée qui va coûter du temps à quelqu’un d’autre.

— Nous allons mettre le scénario accéléré en premier, annonce-t-il.

Je garde les mains sur mon dossier.

— Nous avons convenu de présenter le scénario progressif. Les tableaux, les commentaires et les annexes suivent cet ordre.

— Je veux qu’ils voient l’ambition du projet avant les précautions.

— Ils la verront à la page huit. Nous avons prévu cette progression parce qu’ils ont demandé à comprendre les risques avant d’examiner les options.

Il se tourne vers moi, sa main encore posée sur la souris.

— Et je pense que nous devons leur montrer ce que nous pouvons faire avant de leur expliquer ce que nous craignons.

Son raisonnement se tient. C’est le plus agaçant chez Jarod : il peut rendre une décision catastrophique pour mon emploi du temps intéressante sur le fond. Je relis le sommaire et compte les pages concernées.

— On peut revoir l’ouverture, dis-je. Mais déplacer le scénario accéléré implique de reprendre les transitions et de faire vérifier les chiffres par Theo. Ben devra aussi modifier deux graphiques.

— Appelez-les. Je veux la nouvelle version ce soir.

— À quelle heure ?

— Vingt heures devrait suffire.

Je regarde l’horloge au-dessus de la bibliothèque, puis la présentation qu’il a validée la veille. Je pense aux trois réservations de Maya et à mon calendrier qu’il peut consulter chaque fois qu’il le souhaite.

— Je pars à dix-huit heures, lui rappelé-je. Je peux lancer les modifications et préparer la passation, mais je ne resterai pas jusqu’à vingt heures.

Il fronce les sourcils.

— Vous avez quelque chose ?

— Oui. Une soirée prévue depuis une semaine.

— Vous pouvez la déplacer ?

— Non. J’ai déjà annulé deux fois.

Jarod s’adosse à son fauteuil. Il ne hausse pas la voix ; il prend ce ton posé avec lequel il explique aux gens que la solution est évidente et qu’ils retardent sa mise en œuvre.

— Cette présentation conditionne les prochains mois de travail de plusieurs équipes, Sienna. J’ai besoin d’un peu de souplesse.

Je referme mon dossier pour éviter de serrer les pages.

— Vous avez reçu une version complète hier. Vous l’avez approuvée à dix-sept heures douze, puis confirmé ce matin que nous pouvions finaliser les annexes. Ce changement arrive maintenant parce que vous avez changé d’avis.

— J’ai le droit de revoir notre approche.

— Oui, et moi celui de vous dire combien de travail cela représente.

Son regard se fixe sur le mien. Nous avons eu des désaccords, des échanges secs et plusieurs conversations après lesquelles j’ai dû marcher jusqu’à la cuisine pour me souvenir que jeter une tasse relevait d’un autre niveau de communication. Mais je finis d’habitude par arranger les choses. Aujourd’hui, je reste assise.

— Vous pensez que je fais cette demande pour vous compliquer la vie ? me demande-t-il.

— Je pense que vous ne vous êtes pas posé la question. Vous avez décidé que ce serait prêt à vingt heures, puis supposé que toutes les personnes concernées seraient disponibles.

— Nous travaillons sur une échéance importante.

— Depuis deux semaines. C’est pour cette raison que nous vous avons demandé de valider la structure hier.

Il passe une main sur sa mâchoire, puis regarde les pages sur son écran.

— Vous connaissez ce dossier mieux que personne. Une passation à cette heure risque de nous faire perdre davantage de temps.

— Parce que je centralise les informations, réponds-je. Parce que je rappelle les échéances, que je compare les versions et que je vais chercher les réponses lorsque quelqu’un reçoit une demande différente de la précédente. Vous vous appuyez sur ce travail pour modifier le reste au dernier moment.

— C’est aussi votre fonction.

La remarque me coupe l’envie de chercher une formulation délicate. Je pose le dossier sur son bureau et me penche pour montrer le sommaire.

— Ma fonction me permet de vous dire que votre planning ne tient pas. Je peux préparer les éléments jusqu’à dix-huit heures. Ensuite, vous aurez une présentation qui nécessite encore votre travail, celui de Theo et celui de Ben. Je ne vais pas vous promettre autre chose pour que cette conversation soit plus agréable.

Jarod baisse les yeux vers mon doigt, puis les relève vers moi.

— Vous auriez pu me prévenir que vous n’étiez pas disponible.

— C’est dans mon calendrier. Je vous l’ai aussi dit lundi lorsque vous m’avez demandé de réserver votre dîner de ce soir.

Il ne répond pas tout de suite. Je vois qu’il se souvient, ce qui me donne un plaisir mesquin auquel je ne résiste pas.

— Votre table est à vingt et une heures, ajouté-je. Si vous commencez à dix-huit heures, vous devriez avoir le temps de finir vos corrections avant de partir.

— Mon dîner concerne un partenaire.

— Je ne vous demande pas de l’annuler. Je vous demande de comprendre que le mien peut compter sans rapporter quoi que ce soit à l’entreprise.

Il se lève et contourne son bureau. Je reste à ma place, refusant de lui offrir une retraite qui ressemblerait à un recul.

— Vous considérez que je ne respecte pas votre temps ?

— Je considère que vous le traitez comme une réserve. Quand une réunion déborde, je décale la suite. Quand vous modifiez un dossier, j’organise les corrections. Quand vous oubliez de répondre, je relance les personnes qui attendent. Vous voyez les problèmes résolus, mais vous ne voyez pas les heures que j’y passe.

Il ouvre la bouche et je continue avant de perdre le courage qui me tient assise.

— Ben attend votre retour depuis hier. Marcus a réorganisé son équipe pour la réunion de quinze heures. Theo a fait vérifier deux scénarios parce que vous n’aviez pas choisi lequel présenter. Nous pouvons tous travailler avec votre niveau d’exigence. Nous avons besoin que vous preniez des décisions et que vous mesuriez ce qui se passe lorsque vous les changez.

Jarod reste près du bureau. Son expression s’est fermée, mais il m’écoute encore.

— Et vous attendiez aujourd’hui pour me le dire ?

— Je vous l’ai dit à chaque fois que j’ai annoncé un délai, expliqué une difficulté ou demandé une validation. Vous avez entendu une objection à résoudre. Aujourd’hui, je vous dis que je pars à dix-huit heures.

Le silence me laisse le temps d’entendre mon propre cœur. Je viens de parler à mon patron comme je raconte mes journées à Maya, avec quelques insultes en moins. Il regarde la présentation, puis saisit son téléphone.

— Envoyez-moi la liste des changements nécessaires, dit-il. Je vais voir avec Theo ce qu’il peut prendre en charge.

Je me lève avec mon dossier contre moi.

— Je vous la prépare.

— Sienna.

Je m’arrête près de la porte. Il me regarde, et je m’attends à une dernière remarque sur mon ton.

— Dix-huit heures, répète-t-il. Faites en sorte que les éléments soient transmis avant.

— Ils le seront.

De retour à mon bureau, j’appelle Ben et Theo pour expliquer le changement. Je détaille les pages concernées, rassemble les sources et prépare un mail qui permettra à chacun de reprendre le travail. Mes mains tremblent encore un peu lorsque je termine, ce qui m’agace presque autant que la conversation.

Pour me calmer, j’ouvre un document personnel commencé après une journée où Jarod avait demandé pourquoi un compte rendu n’était pas prêt alors que la réunion n’était pas terminée. Le titre apparaît en haut de la page : Les 100 raisons pour lesquelles mon patron mérite de finir seul.

Il y en a déjà quatre-vingt-dix-neuf. Certaines sont injustes, plusieurs sont drôles et la raison trente-deux concerne sa manière de demander « où en sommes-nous ? » quatre minutes après avoir confié une tâche. Je descends jusqu’au bas du fichier et ajoute la dernière.

100. Il pense qu’une soirée peut être déplacée tant que ce n’est pas la sienne.

À dix-sept heures cinquante-huit, Ben m’appelle pour vérifier un graphique. Je lui réponds tout en joignant à mon mail le document enregistré quelques secondes plus tôt. Je termine la phrase que je lui destinais, relis les destinataires et clique sur envoyer.

C’est en fermant les fenêtres avant de partir que je remarque les deux fichiers ouverts. La liste des modifications porte son titre habituel et n’a pas été enregistrée depuis dix minutes. L’autre affiche ma centième accusation.

Je retourne dans les messages envoyés. Sous le nom d’Jarod Cole, la pièce jointe confirme ce que mon estomac vient de comprendre.

Je tente de rappeler le mail, puis fixe l’écran en attendant une réponse que je sais incertaine. Derrière la cloison vitrée, Jarod consulte son ordinateur. Il avance la main vers sa souris, clique et se penche pour lire.

Mon manteau reste posé sur mon bras pendant que je regarde mon patron ouvrir les cent raisons pour lesquelles personne ne devrait jamais l’aimer.

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Good Writing

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Compelling Plot

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