prologue
Des années plus tôt…
L’enfance est censée être une période d’insouciance, faite de rires, de jeux et de moments heureux passés avec sa famille et ses amis. Une époque où les seules préoccupations sont de savoir si l’on peut aller jouer dehors et s’il est possible de manger des bonbons entre les repas. Mon enfance ressemblait à cela. Des balades, des éclats de rire, des amis, des parents aimants… une vie simple et heureuse au sein de ma meute. Puis tout s’est effondré.
Ce soir-là, en rentrant chez moi, j’ai découvert mon territoire en flammes. Les maisons brûlaient, la fumée étouffait l’air et des cris déchiraient la nuit. Les membres de ma meute gisaient à terre ou tentaient de fuir. Certains essayaient encore de se battre, mais c’était perdu d’avance. Je ne comprenais pas. Affolée, j’ai cherché ma mère. C’est elle qui m’a trouvée la première. Sans un mot, elle m’a attrapée et m’a poussée vers la forêt.
— Cours, Solange. Cache-toi dans la forêt et reste-y jusqu’au lever du soleil.
Je n’ai pas eu le temps de poser la moindre question. Elle m’a repoussée encore une fois, plus fort, vers les bois. Terrifiée, j’ai obéi. J’ai couru, me suis cachée, tremblante, attendant que la nuit s’achève. À l’aube, comme elle me l’avait demandé, je suis revenue. Ce que j’ai vu restera gravé en moi à jamais. Des corps jonchaient le sol. La fumée s’élevait encore des ruines calcinées. Puis je l’ai aperçue, adossée à un arbre un peu plus loin. J’ai couru vers elle.
— Maman !— Solange… ma chérie… écoute-moi bien…
Elle s’est mise à tousser violemment. Du sang coulait de sa bouche et de ses blessures.
— Maman ? Pourquoi ont-ils brûlé nos maisons ? Où est papa ?— Papa est parti, ma puce… Il est parti avec toute la meute. Ils sont là-haut, dans le ciel, à veiller sur toi. Et maman va bientôt les rejoindre…
Je comprenais. Je ne voulais pas comprendre, mais je savais.
— Je veux venir avec vous… Je ne veux pas rester seule…
Les larmes coulaient sur mes joues.
— Non, ma chérie. Tu ne peux pas. Toi, tu as encore tant de choses à vivre. Tu rencontreras des amis, tu trouveras l’amour… ton âme sœur. Tu vivras une longue vie, pleine d’amour. Je te le promets.
— Mais maman…— Non, Solange. Tu dois partir maintenant. Cours, sans te retourner. Et si un jour tu entends parler de la D77, promets-moi de t’enfuir loin d’eux. D’accord ?
Des voix se rapprochaient.
— Tu me le promets, ma puce ?— Oui maman, je te le jure.— Alors cours… et n’oublie jamais que papa et moi t’aimons plus que tout au monde.
Je l’ai serrée une dernière fois dans mes bras.
— Je t’aime, maman. Puis je suis partie.
J’ai couru comme jamais auparavant. Toujours plus loin. Toujours plus vite. Jusqu’à atteindre une route. Trop épuisée, trop effrayée, je n’ai pas vu la voiture arriver. Le conducteur ne m’a pas vue non plus. Le choc a été brutal. La douleur m’a traversée. Puis le noir.
Maman… Papa…
J’ai vu des chaussures courir vers moi. Une voix féminine m’a demandé de tenir bon, que les secours arrivaient. Puis tout s’est effacé.
Plus de bruit. Plus de douleur. Plus rien.
Ainsi s’est achevée mon enfance. À la suite de cet accident, j’ai perdu la mémoire. J’ai été placée dans une famille d’accueil qui m’a adoptée par la suite. J’ai grandi sans souvenirs de mon passé, avec ce vide inexplicable au fond de moi. À ma majorité, une seule chose est restée intacte : ce besoin irrépressible de comprendre. Retrouver ma famille. Ou découvrir s’il restait encore quelqu’un quelque part… Je l’espérais du plus profond de mon cœur.








