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Maison des Orangers

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Summary

Juliette rêvait de dix jours de vacances sur la Côte d’Azur. Du soleil, des livres, la mer et, surtout, la paix. Elle avait simplement oublié de prévoir Gabriel. Architecte lyonnais, charmant et beaucoup trop doué pour repérer les choses à réparer, il a été invité dans la même maison par leur chère Colette. Laquelle est partie en croisière. Sans prévenir personne. Deux chambres, une valise capricieuse, des voisins qui se mêlent de tout et Gaston, un chat persuadé d’être le véritable propriétaire des lieux. Juliette et Gabriel vont devoir cohabiter. Ce qui serait beaucoup plus simple si les vacances se déroulaient comme prévu… et si Gabriel n’avait pas ce sourire absolument agaçant. Une comédie romantique ensoleillée, pleine de tendresse, de petits désastres et de rencontres qu’on n’avait vraiment pas prévues.

Status
Complete
Chapters
23
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 — 23 h 18

À 23 h 18, Juliette Morel avait déjà regretté trois fois d’être venue sur la Côte d’Azur.

La première fois, devant les marches.

Colette les avait décrites comme « quelques petites marches depuis la rue ». Juliette avait appris depuis longtemps que sa marraine possédait un système métrique personnel dans lequel quelques pouvait signifier n’importe quel nombre inférieur à une expédition himalayenne et petites signifiait simplement qu’aucune n’avait été taillée pour tuer délibérément.

À la cinquante-deuxième, sa valise avait perdu une roue.

À la soixante-septième, Juliette avait cessé de compter.

À la dernière — peut-être la quatre-vingt-troisième, peut-être la quatre-centième — elle avait posé sa valise contre un mur couleur abricot et attendu que son cœur accepte de rester à l’intérieur de son corps.

Le deuxième regret était venu deux minutes plus tard, lorsqu’elle avait découvert que la clé que Colette lui avait fait chercher « sous le pot bleu » n’était pas sous le pot bleu.

Il y avait sept pots. Quatre étaient bleus.

Et l’un contenait un cactus suffisamment agressif pour régler seul le problème des cambriolages dans le quartier.

Juliette avait fini par trouver la clé dans une grenouille en céramique fendue derrière un pot vert.

Sur son téléphone, le dernier message de Colette datait de dix-sept heures trente-deux.

Tu verras, tout est très simple.

Juliette l’avait relu en regardant la grenouille.

Colette avait soixante-huit ans, une excellente vue, toute sa tête et aucune excuse.

Le troisième regret était apparu une fois la porte refermée derrière elle, quand Juliette avait découvert que les volets du salon étaient fermés, que la maison était noire, que son téléphone affichait 9 % et que l’interrupteur qu’elle venait de trouver ne commandait rien de visible.

Elle appuya une deuxième fois. Quelque part dehors, une lumière s’alluma.

Pas chez elle.

La maison voisine.

Juliette resta immobile.

Une fenêtre s’ouvrit presque immédiatement au-dessus du mur.

Elle ne distinguait qu’une silhouette et une masse de cheveux blancs. Puis une voix féminine, très réveillée pour cette heure, lui demanda si elle cherchait quelqu’un.

Juliette expliqua qu’elle venait chez Colette.

Un petit silence suivit. La silhouette se pencha davantage.

La voisine voulut savoir si Juliette était « la fille de Paris ».

Juliette n’était la fille de personne depuis suffisamment longtemps pour trouver la formulation intéressante, mais elle confirma.

La fenêtre se referma.

Aucune bonne nuit.

Apparemment, l’enquête était terminée.

Juliette trouva enfin une petite lampe dans l’entrée. Puis une deuxième dans le salon. Une lumière chaude se répandit sur les carreaux anciens, les murs blanchis à la chaux, un canapé recouvert d’un drap et trois paniers remplis de magazines que Colette promettait de trier depuis l’élection présidentielle précédente.

À travers les volets, on entendait encore la ville. Des pas dans une ruelle plus bas, un scooter qui peinait dans la pente, des couverts quelque part derrière une terrasse invisible. Plus loin, presque sous tout cela, la mer produisait un bruit discret que Juliette sentit plus qu’elle ne l’entendit.

Elle posa son sac.

Gaston apparut.

Pas dans l’entrée.

Sur une étagère.

À hauteur de visage.

Juliette eut un mouvement si violent que son épaule heurta le mur.

Le chat gris la regarda avec le calme satisfait d’un propriétaire qui vient de surprendre une employée en retard.

Colette lui avait écrit trois paragraphes à propos de Gaston.

Il était doux, indépendant, ne montait jamais sur les meubles de cuisine et avait besoin de deux repas par jour ainsi que d’une présence humaine raisonnable.

Juliette observa le chat perché entre un vase et une pile de livres.

Gaston bâilla.

La présence humaine raisonnable allait devoir faire un effort.

— Bonsoir.

Le chat sauta à terre et partit.

C’était déjà la conversation la plus simple de la journée.

Juliette monta sa valise jusqu’au premier palier. La roue survivante protesta sur chaque marche intérieure. Elle trouva la chambre principale, reconnut le couvre-lit à fleurs des photos de Colette, puis découvrit une grande bande de plâtre gris sur le plafond près de la fenêtre et un seau vide posé au-dessous.

Ah.

La fuite.

Colette avait mentionné quelque chose à propos du toit.

Dans son souvenir, c’était « presque réglé ».

Juliette décida qu’elle aurait tout le temps de découvrir demain ce que presque voulait dire dans le dialecte de sa marraine.

Elle redescendit avec seulement son sac à main.

À Paris, elle aurait pris une douche, ouvert son ordinateur « juste cinq minutes » et fini par répondre à un mail professionnel à minuit quarante-sept. Ici, elle avait promis de ne pas travailler avant lundi.

On était vendredi.

Cela représentait, selon les calculs de Juliette, deux jours et huit heures pendant lesquels personne n’avait le droit de lui demander de réduire une phrase de quarante-six caractères à trente-deux sans perdre le sens, l’ironie, le prénom du personnage ni l’information qu’il était allergique aux fruits à coque.

Elle allait se reposer, lire, nager. Elle allait devenir ce genre de femme qui achetait des tomates le matin sur un marché et savait quoi en faire le soir.

Cette dernière partie était ambitieuse.

Pour commencer, elle ouvrit le réfrigérateur.

Il était plein.

Juliette resta devant.

Colette lui avait pourtant assuré qu’elle n’avait « presque rien laissé » parce qu’elle partait trois semaines.

Il y avait du beurre, six yaourts, deux courgettes, une bouteille de rosé, trois citrons, un morceau de comté, des œufs, un pot de moutarde, un melon et une boîte en verre contenant quelque chose qui pouvait être soit une ratatouille, soit une expérience scientifique suffisamment avancée pour demander un financement public.

Sur l’étagère du haut se trouvait aussi une bouteille d’eau gazeuse entamée.

Juliette la prit.

Puis remarqua le papier collé dessus.

GABRIEL

Elle plissa les yeux.

Gabriel.

Le neveu.

Bien sûr.

Colette avait mentionné Gabriel plusieurs fois au fil des années, généralement dans des phrases du type Gabriel pourrait regarder cette fissure ou Gabriel m’a expliqué que ce mur n’est pas porteur, mais je ne vois pas ce que ça change à ma vie. Juliette savait qu’il était architecte. Elle savait aussi qu’il vivait à Lyon, ou qu’il avait vécu à Lyon, ou que Colette avait décidé qu’il devait vivre à Lyon parce qu’elle confondait régulièrement les villes où les membres de sa famille travaillaient avec celles où ils avaient mangé récemment.

La bouteille pouvait être ancienne.

Juliette la reposa.

Elle prit le rosé.

À cet instant précis, son soutien-gorge devint insupportable.

Ce phénomène arrivait chaque soir à une heure différente mais toujours avec la même brutalité morale. Une minute auparavant, le vêtement était une construction textile acceptable. La minute suivante, il devenait une atteinte aux droits fondamentaux.

Juliette posa la bouteille sur le plan de travail, passa une main sous son tee-shirt, décrocha le soutien-gorge dans son dos, libéra une bretelle, puis l’autre.

C’était une compétence acquise à l’adolescence et perfectionnée à un niveau qui aurait mérité une certification.

Elle tira le soutien-gorge par une manche.

Au moment exact où elle le brandissait dans la cuisine, un plancher craqua au-dessus.

Juliette se figea.

Gaston, qui venait de réapparaître près de la porte, ne manifesta aucune inquiétude.

Le craquement se reproduisit.

Puis un autre.

Des pas.

Lents.

Humains.

Juliette remit très doucement le soutien-gorge sur le plan de travail.

Son cerveau fit un inventaire immédiat de la cuisine.

Couteaux : trop loin.

Poêle : lourde.

Bouteille de rosé : chère, probablement.

Cactus : dehors.

Téléphone : 8 %.

Gaston : traître.

Elle saisit finalement une cuillère en bois.

Ce n’était pas un choix dont elle était fière, mais il était trop tard pour développer une stratégie.

Les pas approchèrent de l’escalier.

Juliette se déplaça sur le côté, le cœur soudain beaucoup trop haut dans sa poitrine. La lampe du salon projetait une lumière oblique sur les premières marches.

Une ombre apparut, suivie d’un pied nu, d’une jambe et, finalement, d’un homme.

Il portait un tee-shirt gris froissé et un pantalon de pyjama sombre. Ses cheveux, presque noirs, étaient aplatis d’un côté et soulevés de l’autre. Il avait l’air d’avoir dormi.

Ce détail énerva immédiatement Juliette.

Elle venait de monter une montagne avec une valise amputée pendant que cet homme dormait chez sa marraine.

Il descendit encore deux marches avant de la voir vraiment.

Son regard passa de son visage à la cuillère en bois, puis au soutien-gorge posé près de la bouteille de rosé.

Il s’arrêta.

Juliette eut la sensation très nette que sa dignité venait de quitter la pièce sans prendre ses chaussures.

L’homme se frotta le visage.

Il ne paraissait pas alarmé. Plutôt fatigué par un problème administratif apparu pendant son sommeil.

Quand il parla, sa voix portait encore cette rugosité des gens réveillés trop vite.

— Vous comptez cambrioler longtemps ou je peux me rendormir ?

Dans d’autres circonstances, Juliette aurait peut-être apprécié la réplique.

Mais elle tenait toujours une cuillère en bois, son soutien-gorge séchait moralement sur le plan de travail et un inconnu occupait la maison où elle était censée passer dix jours seule.

Elle posa la cuillère, moins par confiance que parce qu’elle refusait de poursuivre cette conversation armée comme une grand-mère défendant une soupe.

Elle lui expliqua que, techniquement, c’était plutôt elle qui pourrait poser la question.

L’homme cligna des yeux.

Puis regarda autour de lui, comme s’il vérifiait l’adresse.

Il indiqua qu’il était chez sa tante Colette.

Juliette répondit que c’était intéressant parce qu’elle aussi.

Un autre silence.

Cette fois, il ne venait pas d’un effet comique. Tous les deux étaient simplement en train de recalculer leurs informations.

L’homme descendit la dernière marche.

Il était plus grand qu’elle ne l’avait évalué depuis l’escalier. Pas immense. Juste suffisamment pour l’obliger à relever légèrement la tête, ce qu’elle détestait toujours dans les discussions où elle souhaitait avoir raison.

Il se présenta comme Gabriel Vasseur.

Bien sûr.

Le Gabriel de la bouteille.

Juliette regarda vers le réfrigérateur, puis vers lui.

Il suivit son regard.

Quelque chose passa sur son visage : il venait de reconnaître une preuve.

Gabriel expliqua qu’il était arrivé dans l’après-midi. Colette lui avait demandé de vérifier la fuite, plusieurs volets et une fissure derrière la salle de bains. Il devait rester une dizaine de jours.

Juliette écouta jusqu’à dizaine.

Ensuite son cerveau s’arrêta.

Dix jours.

Elle aussi.

La même maison.

Elle demanda quand Colette lui avait parlé de cette organisation.

Gabriel répondit qu’elle ne lui en avait pas parlé.

Juliette reprit plus lentement : de la présence de Juliette.

Non.

Il avait seulement compris qu’une amie de Colette passerait « peut-être un jour ou deux ».

Juliette ferma les yeux.

Colette.

Le nom suffisait maintenant comme diagnostic.

Elle récupéra son téléphone.

7 %.

Trois messages furent nécessaires avant que l’application accepte d’envoyer quoi que ce soit.

Tu m’as dit que la maison était libre.

Elle attendit.

Gabriel, qui avait manifestement compris qu’une enquête externe était en cours, ouvrit le réfrigérateur et prit sa bouteille d’eau.

Il but directement au goulot.

Juliette le remarqua.

Elle ne savait pas pourquoi.

Peut-être parce que c’était sa bouteille.

Avec son nom.

Le téléphone vibra.

Une réponse de Colette.

Rapide.

Trop rapide pour une femme supposément en croisière en mer Adriatique.

Juliette ouvrit.

Mais oui ma chérie, libre dans le sens où je n’y suis pas.

Elle relut.

Puis montra l’écran à Gabriel.

Il lut.

Son visage ne bougea presque pas.

Ensuite il sortit son propre téléphone.

Il avait reçu un message au même moment.

Colette avait écrit autre chose.

Juliette demanda à voir.

Gabriel hésita une seconde, puis tendit l’appareil.

Je t’avais dit que Juliette venait. Vous êtes adultes. La maison a des portes. Bisous de Split.

Juliette resta silencieuse.

Gabriel reprit son téléphone.

Dans cette phrase, Colette avait réussi à mentir sur le passé, minimiser le présent, invoquer l’architecture et terminer avec une information touristique.

C’était presque élégant.

Juliette envoya :

Tu ne m’avais jamais dit qu’il serait là.

Les trois petits points apparurent.

Disparurent.

Réapparurent.

Colette était probablement occupée à construire une version du passé compatible avec sa tranquillité.

Finalement :

Je pensais l’avoir fait.

Juliette leva les yeux vers Gabriel.

Il venait visiblement de recevoir la même version.

Un deuxième message arriva.

Et il y a deux chambres.

Gabriel regarda le plafond.

Juliette pensa au seau.

Il devait penser à la même chose.

Elle tapa :

Une chambre a une fuite.

Colette répondit presque immédiatement.

Seulement quand il pleut.

Juliette resta immobile.

Dehors, quelque part au loin, un grondement traversa la baie.

Gabriel tourna légèrement la tête.

Juliette aussi.

Deux secondes plus tard, une goutte frappa une vitre.

Puis une autre.

Ils allèrent ensemble jusqu’à la porte-fenêtre du salon.

La pluie commença avec une précision obscène.

Pas une tempête.

Quelque chose de beaucoup plus insultant : une vraie petite pluie d’été, régulière, suffisante.

À l’étage, après quelques secondes, on entendit distinctement une goutte tomber dans le seau.

Gabriel eut un soupir très lent.

Juliette regarda son téléphone.

Colette avait envoyé un dernier message.

Une photo.

Elle était assise sur le pont d’un bateau, lunettes de soleil sur le nez, un verre à la main. Derrière elle, la mer était parfaitement bleue.

Sous la photo :

Profitez bien de Villefranche ❤️

Juliette posa le téléphone face contre table.

Elle n’avait plus 7 % de batterie.

Elle n’avait plus de chambre.

Et il y avait maintenant, dans la maison de ses vacances solitaires, un homme qui possédait une bouteille d’eau étiquetée à son nom et qui avait l’air beaucoup trop calme face à la situation.

Gabriel finit par proposer qu’ils regardent la fuite avant que le plafond n’empire.

Pratique, raisonnable : parfaitement irritant.

Juliette remit son soutien-gorge dans son sac sans le remettre sur elle.

Il y avait des limites à la reconstruction d’une soirée.

Puis elle prit le seau de la cuisine.

Gabriel monta chercher une bassine.

Gaston les regarda partir tous les deux vers l’étage.

Pour la première fois depuis son arrivée, le chat semblait vraiment satisfait.

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Good Writing

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Compelling Plot

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Great Character

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Strong Dialog

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