Create New List
Share with your friends
Customize readability

La dernière clause

All Rights Reserved ©

Summary

Elle a brisé un cœur. Il a voulu raser une ruelle. Leur pire idée : se fiancer. Camille, l'ex de Stéphane Fortin, revient de New York sans emploi et sans alliés. Dans le Vieux-Port, personne ne lui a pardonné. Philippe Dorval, le promoteur qui a perdu la bataille de la boulangerie, doit décrocher le plus grand projet patrimonial de Montréal. Mais pour ça, il lui faut une fiancée. Leur marché : trois mois de fausses fiançailles, et une dernière clause. Le jour de la signature, ils se séparent. Sans regret. Sans exception. Deux experts de la manipulation. Un seul piège : tomber amoureux pour de vrai. Le tome final de la trilogie Le Contrat.

Status
Complete
Chapters
20
Rating
n/a
Age Rating
13+

Chapter 1

La porte de la boulangerie

Camille Deschênes avait négocié des rachats de plusieurs centaines de millions de dollars sans que sa main tremble une seule fois.

Ce matin-là, devant une porte de bois peinte en vert, au fond d'une ruelle du Vieux-Port, elle n'arrivait pas à tourner une poignée.

Il était sept heures moins cinq. La ruelle sentait le pain chaud, la brique encore humide de la nuit et quelque chose de sucré qu'elle n'arrivait pas à nommer. Quelqu'un avait tendu des guirlandes de fleurs d'un mur à l'autre. Sur un banc, devant un restaurant aux volets fermés, un vieil homme en veston la regardait, une pipe éteinte au coin des lèvres, avec la curiosité tranquille de ceux qui ont tout leur temps.

Camille ajusta son trench rouge. Ses talons de New York se coinçaient entre les pavés depuis le bout de la ruelle, et elle avait failli tomber deux fois. Ça l'aurait presque fait rire, si elle avait encore eu envie de rire.

Dans sa main gauche, elle tenait un bouquet de fleurs sauvages acheté la veille au marché Jean-Talon. Des marguerites, des lupins, un peu de trèfle. Elle avait hésité vingt minutes devant l'étal, comme si le choix d'un bouquet pouvait changer quoi que ce soit.

Quatre mots. Elle les avait répétés dans l'avion, dans le taxi, devant le miroir de sa chambre d'hôtel, une chambre qu'elle n'aurait bientôt plus les moyens de payer.

Je suis venue m'excuser.

Elle avait dit des choses bien plus difficiles devant des conseils d'administration. Elle avait annoncé des pertes, des fermetures, des licenciements. Elle avait écrit, six ans plus tôt, une lettre qui avait brisé le cœur d'un homme trois semaines avant leur mariage.

Quatre mots, ce n'était rien.

Elle poussa la porte.

Une clochette tinta au-dessus de sa tête.

La chaleur la frappa d'abord, puis l'odeur, si riche qu'elle en eut presque le vertige. Il y avait déjà une file de six ou sept personnes devant le comptoir. Derrière, une jeune femme emballait des croissants tout en riant avec un client, une mèche de cheveux retenue par un crayon.

Sophie. Camille ne l'avait jamais rencontrée, mais elle l'aurait reconnue n'importe où. Elle avait vu les photos du mariage. Elle les avait regardées trop longtemps, un soir, seule dans son bureau de Manhattan.

Camille prit sa place au bout de la file. Elle se tint très droite. C'était tout ce qu'elle savait faire, se tenir droite.

Puis la porte du fond s'ouvrit, et Magali Beaulieu sortit du fournil avec une plaque de pains dans les bras.

Elle avait de la farine sur la joue et sur son tablier. Ses cheveux étaient attachés n'importe comment. Elle ne portait aucun bijou, sauf une alliance toute simple, qui brillait sous la lumière chaque fois qu'elle bougeait la main.

Elle posa la plaque sur le comptoir. Leva les yeux.

Et s'arrêta.

Ce ne fut pas un cri ni une scène, seulement un arrêt complet, comme si quelqu'un avait coupé le son du monde. Magali resta immobile, les mains encore posées sur la plaque brûlante, et Camille comprit qu'elle l'avait reconnue. Évidemment. Toutes les deux savaient exactement qui était l'autre.

Le silence se répandit dans la boulangerie comme une tache. Le client cessa de parler. Sophie suivit le regard de Magali jusqu'au bout de la file et ouvrit de grands yeux.

« Oh non, souffla-t-elle. Magali, est-ce que c'est...

— Je sais qui c'est. »

La voix de Magali était parfaitement calme. C'était pire que de la colère.

Les clients, devant Camille, s'écartèrent un peu sans savoir pourquoi, comme on s'écarte d'une flaque. Elle se retrouva seule face au comptoir, son bouquet à la main, avec ses quatre mots coincés quelque part entre sa gorge et sa poitrine.

Je suis venue m'excuser.

Elle ouvrit la bouche. Et ce qui en sortit, ce fut la voix de Camille Deschênes, directrice de la croissance, celle qui ne perdait jamais pied devant personne.

« Votre ruelle est charmante. Les journaux n'exagéraient pas. »

Elle s'entendit le dire, et elle aurait voulu disparaître sous le plancher.

Magali essuya lentement ses mains sur son tablier.

« Qu'est-ce que vous voulez ? »

Il y avait mille réponses possibles. Le pardon. Une seconde chance. Le droit de dormir une nuit entière sans revoir le visage de Stéphane le jour où il avait lu sa lettre. Le droit d'arrêter de se tenir droite.

« Un croissant », dit Camille.

Magali la regarda encore un long moment. Puis elle prit une pince, choisit un croissant sur la plaque, le glissa dans un sac de papier brun et le posa sur le comptoir.

« C'est offert, dit-elle. Comme ça, vous ne nous devez rien. »

Le message était limpide. Vous ne nous devez rien, donc vous n'avez aucune raison de revenir.

Camille posa le bouquet sur le comptoir pour prendre le sac. Elle sortit un billet de vingt dollars de son portefeuille et le déposa à côté, parce qu'elle n'acceptait jamais rien gratuitement, et surtout pas de cette femme-là.

Puis elle se retourna vers la porte, les joues en feu, et oublia les fleurs.

Sur le seuil, elle faillit renverser une vieille dame qui entrait avec une canne.

« Pardon, murmura Camille.

— Il n'y a pas de mal. »

La vieille dame ne bougea pas. Elle restait plantée dans l'embrasure, appuyée sur sa canne, et elle examinait Camille de la tête aux pieds, du trench rouge jusqu'aux talons pleins de poussière de pavé.

« Vous n'avez pas dit ce que vous étiez venue dire, n'est-ce pas ? »

Camille se raidit.

« Je ne vous connais pas, madame.

— Non. » Un petit sourire plissa le visage de la vieille dame. « Mais je connais cette tête-là. J'ai vu la même, il n'y a pas si longtemps, sur un grand monsieur en cravate qui ne savait pas faire un croissant. »

Elle s'écarta enfin pour la laisser passer.

« Ils reviennent toujours, ceux qui ont cette tête-là. Bonne journée, mademoiselle. »

Camille sortit dans la ruelle sans répondre. Elle marcha vite, trop vite pour ses talons, jusqu'à la rue de la Commune, et ne s'arrêta qu'au bord du fleuve, devant les quais encore déserts.

Elle ouvrit le sac. Le croissant était tiède, parfaitement doré.

Elle n'avait rien mangé depuis la veille. Elle y mordit, et c'était le meilleur croissant qu'elle avait mangé de sa vie, et c'est probablement pour ça qu'elle se mit à pleurer, là, toute seule, au bord du Saint-Laurent, à sept heures du matin, pour la première fois depuis six ans.

Son téléphone vibra dans sa poche. Un courriel des avocats d'Aravis. Objet : Rappel de votre clause de non-concurrence.

Elle ne l'ouvrit pas.

Dans la boulangerie, la file avait repris son cours. Les conversations aussi, plus bas qu'avant.

Madame Tremblay reçut son pain aux noix, tranché mince, et déclara à qui voulait l'entendre que la journée commençait de façon très intéressante.

Magali, elle, n'avait pas bougé de derrière le comptoir. Elle regardait le bouquet oublié.

Des marguerites, des lupins, un peu de trèfle.

Elle le prit doucement, comme on prend quelque chose de fragile. Elle connaissait ces fleurs. Elle n'avait jamais oublié le bouquet de fleurs sauvages qu'elle avait reçu un jour, avec une petite carte qui ne portait que deux mots : « Une amie ».

Elle se souvint du vingt dollars, glissé à côté d'un croissant offert. Du dos très droit. De la voix trop froide, qui sonnait comme celle de quelqu'un qui récite un texte qu'il n'a pas choisi.

Sophie s'approcha, une main sur son épaule.

« Ça va ?

— Oui. »

Sophie regarda le bouquet, puis Magali, puis encore le bouquet.

« Tu vas le dire à Stéphane ? »

Magali mit longtemps à répondre. Elle remplit un pot d'eau, y plaça les fleurs et les posa sur le rebord de la fenêtre, dans la lumière du matin, juste à côté de la photo de son mariage.

« Pas encore », dit-elle.

⭐ Elle est de retour... 👠 Vous pensez que Magali devrait lui laisser une chance ? Dites-le-moi en commentaire, et un petit vote m'aide énormément ! 💛

Let stephanefortin12 know what you thought about this chapter!
Love this

0

Love this

Funny

0

Funny

Spicy

0

Spicy

Suspenseful

0

Suspenseful

Emotional

0

Emotional

Profound

0

Profound

Heartwarming

0

Heartwarming

Shocking

0

Shocking

Good Writing

0

Good Writing

Compelling Plot

0

Compelling Plot

Great Character

0

Great Character

Strong Dialog

0

Strong Dialog

Further Recommendations

Married by Fate

Bargara4670: This is a real feel-good love story. I enjoyed it very much. I'll certainly read more by this author.

Read Now
The Grumpy Next Door

ceruleandecay: Great book! couldn't peel my eyes of it... finished it in one go!! Amazing!!

Read Now
Rebuilding After Betrayal

Caspian Gray: Hello everyone!I'm Caspian Gray, a writer who focuses on deep, character-driven emotional dramas. I'm currently looking for trial readers for my new short drama, "Love of the Introvert."It's a story of...

Read Now
My Blacksmith Savior

Carla Little: This is a great book! I like the story so much I don’t want it to end! I will definitely read it again.

Read Now
To Catch a Ghost, Part 1

Denver: Superb story, can't wait for the other two parts to this. Strong characterisation and story telling.

Read Now
Ruthless Lord

NeenaJ: Well written and captivating

Read Now
Shattered Steel

Jkind12: Good read. Short and sweet!

Read Now
The Luna He Threw Away

Asm272: This has been a delight to read. Such a well crafted story. Not a single word wasted, while it might be shorter than some, it does not lack emotion, excitement, romance, or humor. I am looking forward to reading the others in this series.

Read Now
Exile in Flames

Dorota: I can not put this book down, it consumes my attention. The plot and characters feels real, and it is easy for my brain to put me into the world in the book, while I am reading it.

Read Now