Chapitre 1 — Bienvenue dans mon chaos fa
Chez nous, il existe une règle que personne n’a jamais écrite, mais que tout le monde respecte : le calme ne dure jamais longtemps.
Et si, par miracle, la maison devient silencieuse, il faut immédiatement vérifier que tout le monde est encore vivant.
Chez nous, le silence est suspect. Le bruit est normal. Les disputes sont quotidiennes et les réconciliations arrivent parfois tellement vite qu’on ne sait même plus pourquoi on était énervés au départ.
Bref, bienvenue chez nous.
Ce matin-là, je dormais tranquillement dans mon petit coin. J’étais bien installée, paisible, sans aucun problème dans la vie. Pour une fois, personne ne m’énervait, personne ne me demandait de faire quelque chose et personne ne venait perturber mon sommeil.
Enfin… c’est ce que je croyais.
Soudain, j’entendis une voix qui venait de loin.
— ROUBYYYYY !
Ma mère m’appelait encore.
À cet instant précis, je savais déjà que mon repos était mort.
Je restai couchée quelques secondes, dans l’espoir qu’elle oublie mon existence. Peut-être qu’elle allait appeler quelqu’un d’autre. Peut-être qu’elle allait changer d’avis. Peut-être que, pour une fois dans sa vie, elle allait me laisser dormir.
Mais non.
— ROUBY ! TU M’ENTENDS ?!
Bon. C’était officiel. Ma carrière de dormeuse venait de prendre fin.
Je me levai doucement, avec mes yeux fatigués. Je marchais jusqu’à la cuisine sans même être complètement réveillée. Mon corps avançait, mais mon cerveau était encore dans le lit.
Et là, je les vis.
La vaisselle m’attendait. Le ménage aussi.
On aurait dit qu’ils avaient organisé une réunion pour m’accueillir.
Quant au balai, je commençais sérieusement à croire qu’il faisait partie de la famille. À force de le tenir, j’allais finir par lui donner un prénom et lui raconter mes problèmes.
Franchement, moi, le ménage, je ne l’aime pas du tout.
Mes mains sont fatiguées, mon courage disparaît et, à force de nettoyer, je vais finir par demander ma retraite.
Le pire, c’est que je n’avais même pas encore commencé que j’étais déjà fatiguée.
Mais attendez, avant de continuer, laissez-moi me présenter.
Moi, c’est Rouby.
La fille qui survit dans le chaos.
La fille qui peut avoir mille rêves dans la tête, mais qui se retrouve quand même devant une pile d’assiettes sales.
La fille qui veut réussir sa vie, voyager, réaliser ses projets et rendre sa famille fière… mais qui, certains matins, rêve simplement qu’on la laisse dormir cinq minutes de plus.
Chez moi, je suis régulièrement appelée pour travailler pendant que d’autres personnes profitent tranquillement de leur vie.
Et quand je dis « d’autres personnes », je parle principalement de mes deux frères jumeaux : Mamadou et Mamoudou.
Eux, ils ont trouvé le secret du bonheur.
Une PlayStation, des jeux vidéo et suffisamment de tranquillité pour oublier complètement l’existence d’une éponge.
Ils peuvent rester concentrés sur un jeu pendant des heures. Ils connaissent les niveaux, les stratégies et toutes les astuces possibles.
Mais demande-leur de laver quelques assiettes et, soudain, leur cerveau décide de partir en vacances.
Et moi, pendant ce temps-là, je suis là.
Avec mon balai.
Mon éponge.
Et mes rêves de liberté.
Mais ne vous inquiétez pas. Mes frères ne sont qu’une partie du problème.
Parce que, dans cette famille, chacun a son propre talent pour me faire perdre patience.
Il y a Mama, ma mère, qui peut être ma meilleure amie une minute et mon ennemie jurée la minute suivante. On peut se disputer pour une histoire de vêtements, se lancer des remarques et, quelques instants plus tard, rire ensemble comme si rien ne s’était passé.
Il y a Papa, protecteur et têtu, qui pense parfois que je suis encore trop petite pour certaines choses. Avec lui, obtenir ce que je veux demande une véritable stratégie.
Il y a Mamadou et Mamoudou, les jumeaux, qui semblent avoir signé un accord secret pour tester mes nerfs.
Et puis, il y a Ablaye, le petit provocateur. Lui, sa spécialité, c’est de venir m’énerver, de rigoler et de partir comme s’il n’avait rien fait.
Autrement dit, je vis entourée de personnes qui semblent avoir fait de ma patience leur passe-temps préféré.
Mais ce que ma famille ne sait pas encore, c’est que derrière cette fille qui râle pour le ménage, se dispute avec ses frères et se plaint de tout, il y a une personne qui a de grands rêves.
Et un jour, je compte bien les réaliser.
Mais avant de conquérir le monde, il faudrait peut-être déjà que je survive à cette journée.
Parce que, chez nous, une journée normale n’existe pas.
Et mon histoire ne fait que commencer








