Prologue : sortir des profondeurs
Imaginez votre pire cauchemar. Allez-y.
Pour certains, ce sera une nuée d’araignées. Pour d’autres, se retrouver au bord d’une falaise sans protection. Moi, je le vis actuellement.
Au début, le chaos. Un néant chaotique. Des brides de sons. Une voix grave. Puis aiguë. Des trous noirs. Une vision bloquée. La douleur. Les battements de mon cœur. Je ressombrais indéfiniment, comme si j’étais incapable de sortir de mon sommeil. Je me voyais en route pour la soirée d’anniversaire de ma meilleure amie, puis j’étais aspirée dans ce noir bruyant. Encore et encore.
J’entendais des pleurs, puis des voix, parfois proches, parfois lointaines. Je sentais que l’on me touchait, ou alors je me sentais seule.
— Elle est stable maintenant. Parlez-lui.
J’ai presque senti les lèvres de ma mère sur mon front. J’ai voulu lui crier que j’étais là. Je n’ai pas pu la retenir, je suis repartie dans mon rêve.
Mes réveils étaient courts, douloureux et particulièrement stressants. Au fur et à mesure, j’arrivais à maintenir ma conscience quelques secondes de plus. J’étais dans un hôpital. Plus précisément dans un lit d’hôpital.
Mais pourquoi je n’arrive pas à bouger ? Pourquoi je suis là ?
Puis un jour, alors que mon esprit était moins brumeux qu’à son habitude, la douleur moins présente. Malheureusement, ma vision toujours aussi noire que de l’onyx. Alors, j’ai voulu comprendre. J’ai voulu palper ce qui m’entourait, mais impossible de bouger la moindre parcelle de mon corps. J’ai pris conscience de mon environnement par des bruits : un bip répétitif, des voix éloignées.
— Ma chérie, réveille-toi, je t’en supplie.
J’ai reconnu la voix de ma mère, tremblotante et fragile. Croyez-moi, j’ai vraiment essayé de lui répondre. Mais mes cordes vocales suivant le (non -) mouvement du reste de mon corps, aucun son n’est sorti. Elle pleurait. Ma mère est la personne la plus forte que je connaisse. Je pense que c’est à ce moment-là que j’ai compris que c’était grave. Oui, on peut dire que j’étais grave dans la merde.
Alors voilà mon pire cauchemar : être dans le coma en étant consciente. À présent, j’ai pu prendre quelques repères pour comprendre à quel moment de la journée l’on est. Le matin, le monde s’anime. Un hôpital, c’est comme une petite ville. J’entends le départ de l’équipe de nuit et l’arrivée de celle du jour. Les deux se croisent et discutent. Puisque je suis dans le coma, ils ne font pas attention au secret médical près de ma chambre, alors je connais à peu près tous les potins.
Ensuite viennent tous les traitements médicaux. Bon à savoir : une personne dans le coma ne reste pas seulement à dormir toute la journée, on vient très souvent le faire chier. On vient me prendre la tension que je reconnais grâce à la pression sur mon bras, vérifier les machines, je les entends les trifouiller. On me bouge les membres, pour éviter qu’ils s’ankylosent d’après cce qu’ils ont dit à mes parents. J’ai même le droit à quelques prises de sang, et les infirmiers ne s’embêtent pas à être précautionneux. Le moins agréable reste la toilette. Heureusement, celle-ci n’arrive pas tous les jours, mais je me sens violée. Je sais pertinemment que c’est pour mon bien, mais tout le monde me touche sans me demander mon avis.
Parce qu’au fond, je crois que c’est ça le pire. Je suis devenue un objet dans le décor. On ne me prévient plus avant de me toucher. Je suis une étape calme et docile dans la tournée des infirmiers. Le médecin semble s’ennuyer de ne pas voir de changements dans mes résultats d’analyse.
Le soir, mes proches viennent. Au début, il y avait toujours quelqu’un à mes côtés. Mes parents, ma meilleure amis, d’autres amis et membres de ma famille. J’entendais des pleurs, on me parlait sur les conseils du médecin. Je me sentais entourée. Maintenant, les choses ont changé. Je peux les comprendre : ils perdent espoir et doivent reprendre le cours de leur vie. Les seuls qui reviennent encore sont mon père et TROUVER NON, ma meilleure amie.
Je suis seule. Je veux crier. Je veux leur dire que je suis là. Je veux voir le monde.
Puis j’ai entendu sa voix.








