La boîte à sourire

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Summary

Dans un petit village, une maladie sévie et tue de nombreuses personnes. Deux sorcières décident d’aider leurs voisins en leur rendant le sourire, avec une boîte qui leur rend le bonheur.

Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
13+

La boîte à sourire


Pendant quelques semaines, une terrible souffrance couru sur le village, qui fut mis en quarantaine. Les plus fragiles avaient été les premiers à montrer des signes du virus, les bébés pleuraient sans arrêt et les personnes âgées ne pouvaient plus se lever.

La Distortia commençait par affaiblir les muscles des victimes. Puis quand les muscles, au bout d’une quinzaine de jours, ne supportaient plus rien, le virus s’attaquait à la peau. [Celle-ci était déformée, fondue, et cassée. Les victimes étaient défigurées, jusqu’à ne plus être reconnues par leur propre famille.] La fin du virus arrivait quand la peau recouvrait la bouche et le nez des victimes, incapables de respirer, qui mourraient d’asphyxie.

Bien vite, le virus devint plus fort et se transmettait même aux adultes en bonne forme. Quand les scientifiques trouvèrent enfin un remède, la moitié de la population du village avait été décimée. Ce qu’il en restait, c’était des personnes en deuil, traumatisés par les effets du virus, à qui il ne restait plus rien. Des parents sans enfants, des enfants sans parents, des voisins sans voisins, un village sans maire, une école sans amis. La vie tournait au ralentit. Plus personne ne voulait se lever le matin, ayant rêvé des atrocités qu’avaient traversées leurs proches.

Comment se remettre d’avoir vu son nouveau-né souffrir, sans rien pouvoir faire ? Comment oublier le visage tordu par la douleur de son père qui nous supplie de le tuer pour stopper sa souffrance ? La cellule psychologique mise en place dans le gymnase, qui accueillait tout le monde à n’importe quelle heure, ne pouvait effacer la mémoire de toutes ces âmes errantes.

Lilura et Brielle, deux sorcières, ne supportaient plus de voir le malheur des gens qui les entouraient. Elles-mêmes avaient perdu des proches. Mais voir le regard des gens baissé, voilé par le deuil, était devenu insupportable. [Il n’y avait plus de coopération. Chacun restait dans sa tristesse.]

Elles se retrouvèrent plusieurs nuits, feuilletèrent des grimoires, goutèrent des potions, appelèrent des voyantes et druides, firent des vidéo-conférences avec des enchanteurs, jusqu’à mettre au point un remède.

A la nuit de pleine lune qui suivi, elles étaient autour du plus vieil arbre des alentours, et invoquèrent les grandes forces supérieures. Elles épuisèrent leurs forces pour les mettre dans leur création. Une nappe de brouillard se leva et les entoura, et devant ce spectacle, une vieille boîte se matérialisa et sembla illuminer toute la scène.

Elle s’ouvrit tout d’un coup, une force fit voler les cheveux des deux femmes, écarta le brouillard, puis referma d’un bruit sec. La force se rabattit sur la boîte, emmenant avec elle Lilura et Brielle. Elles s’avancèrent presque hypnotisées par la boîte brillante et sombre à la fois. Elles l’ouvrèrent, mais ne trouvèrent rien à l’intérieur. Juste une boîte vide, abimée par le temps, qui ne brillait plus.

Elles essayèrent plusieurs fois de la refermer et de l’ouvrir, à la manière d’un ordinateur qu’on éteint et allume. Mais rien ne se produisait, et elles perdaient espoir. Le matin allait se lever, donc Brielle saisit la boite et elles se rentrèrent chez elles.

La boîte resta là, sur le meuble de l’entrée de leur appartement plusieurs jours, intouché, signe de leur défaite. Elle commença même à prendre la poussière et paraitre encore plus vieille qu’elle ne l’était déjà.

Un jour que Lilura décida de faire du nettoyage, elle prit la boite et la posa par terre pour faire la poussière sur le meuble. Elle reprit la boite, et en passant un coup de lavette sur le couvercle, il remua un peu, et elle ressentit de nouveau la force qui les avait emmenés vers la boîte la nuit de sa création.

Sa main tremblante ouvra le couvercle de bois, tandis que ses yeux faisaient tout pour éviter la boîte. Après quelques secondes sans qu’il ne se passe rien, Lilura tenta de poser un regard sur la boîte.

Ce qu’elle y vit, était incroyable. Plus elle regardait, et plus elle sentait son cœur battre rapidement, les rouages de son cerveau tourner, mais surtout le coin de ses lèvres se relevèrent. Tout doucement. Comme pour ne pas perturber ce mouvement si pur. Elles avaient réussi, car cela faisait longtemps qu’elle ne s’était pas sentie si heureuse, joyeuse et légère.

Sans perdre de temps elle apporta la boîte à sa sœur, à la fois pour vérifier et pour montrer leur réussite. Comment aurait-il pu être possible de décrire ce sentiment incroyable de joie que leur procurait la boîte ? Cela ne l’était pas. Par contre, elles savaient que l’impatience qu’elles ressentaient venaient de leur désir d’aider leurs concitoyens.

Il était une heure déjà bien avancée de la journée, mais elles ne voulaient pas perdre une minute. Elles enfilèrent leur long manteau, leurs bottes, et saisirent la boîte en direction de la place centrale du village. Seuls quelques adolescents se trouvaient là, à trainer sur les bancs.

Elles posèrent la boîte sur un de ces bancs, et invitèrent les jeunes à regarder un par un dedans. Chacun qui y posait le regard relevèrent la tête avec un magnifique, grand, radieux sourire aux lèvres. Les sorcières avaient réussi, rien ne pouvait leur faire plus plaisir.

Le lendemain, les deux femmes retournèrent sur ce banc, et sans surprise, elles virent quelques habitants timidement s’avancer vers elles. Ou plutôt vers la boîte. C’étaient les parents des adolescents, qui après avoir vu le miracle de les revoir sourire, devaient venir vérifier.

Et leurs attentes étaient plus que comblées. Non seulement la boîte faisait sourire, mais elle réanimer cette flamme de bonheur dans l’âme des villageois. Le mot se passa rapidement, et bientôt tous les habitants retrouvaient une joie de vivre, presque semblable à avant. Rien ne pouvait effacer leur chagrin, mais il n’était plus l’unique sentiment qui les habitait.

Le mot avait couru, mais aussi par-delà les limites du village. De nouvelles personnes des villages voisins commencèrent à venir voir le produit de la magie de Lalura et Brielle. Pour des chagrins personnels, d’abord, puis pour l’intrigue, ensuite.

Des journalistes entendirent la rumeur se propager et écrivirent des articles qui firent la Une. La télévision et les réseaux sociaux relayèrent la découverte, et de plus en plus de personnes vinrent dans le village.

Ce petit village autrefois si calme, qui avait été ravagé par un virus, était maintenant envahis de curieux. Les habitants n’osaient plus sortir de chez eux, leur lieu de vie n’était plus le leur. C’était une nouvelle forme de quarantaine, encore plus difficile.

Les jours, et les semaines passèrent, sans que la stupéfaction et la curiosité du grand public ne se tarisse, au contraire. De plus en plus de monde venait. Mais rares étaient ceux qui avaient ce chagrin immense à guérir. Le village, en particulier la boîte, était devenu une simple attraction touristique.

Les villageois ressentirent de nouveau la noirceur les envahir. Ils voulaient juste être heureux.

Pour Brielle et Lilura, la situation était de plus en plus pénible. Leur création, qui étaient destinée à aider leurs personnes, se retournait contre elles. La boîte ne leur faisait plus aucun bien.

Elles cherchèrent des solutions, prenant en compte l’avis de leurs voisins. Relurent leurs grimoires, consultèrent de nouveau leurs collègues, mais rien n’y fit, elles savaient en elles-mêmes qu’il n’existait qu’une seule solution.

Pour ne pas se retrouver sous l’invasion de touristes et journalistes chez elles, elles laissèrent la boîte sur le banc encore un peu, jusqu’au moment.

Le moment de la prochaine pleine lune. Au crépuscule, avec la boîte sous le bras, elles retournèrent au plus vieil arbre.

Les remerciements durèrent une éternité. Les sorcières ressentaient beaucoup d’émotion les traverser, car malgré tout, leur magie avait magnifiquement aidé des gens qu’elles connaissaient. Cette boîte, cette magie, qui ne semblait que vouloir donner, sans rien attendre en retour. L’arbre accepta leurs remerciements en faisant flotter doucement la boîte en son sein. L’écorce, couche par couche, se rabattit sur le bois maintenant usé de toutes les mains et tous les regards qu’il avait subi, puis finit par le recouvrir totalement.

Lilura prit la main de Brielle. Elles sentaient que ce qu’elles avaient fait était juste, mais c’était l’œuvre de leur vie qu’elles venaient de cacher pour l’éternité.