I
Kokonoi, un lycéen en classe de première, était un jeune homme des plus normaux, discret, intelligent, organisé, riche, beau et calme. Certains disaient qu'il était parfait, d'autres l'enviaient, le haïssaient, l'aimaient, l'admirait. Pour le lycéen, les personnes qui le complimentaient mentaient, la seule personne à ses yeux parfaite dans ce monde était Inui Seishu.
Inui...
Inui était son voisin de classe, mais aussi la personne qu'il admirait secrètement. Il était tellement beau avec ses yeux bleu ciel et ses cheveux blond clair qu'il aimerait tant coiffer. Sa magnifique cicatrice autour de son œil gauche lui ajoutait un côté d'unique dans ce monde où tout le monde était différent. Ses lèvres aussi fines que rose que Kokonoi aimerait toucher, embrasser, mordre, lécher. Son sourire si gracieux le rendait joyeux tous les matins. Kokonoi aimerait serrer l'une des magnifiques mains fines de Inui et marcher près de lui tout en souriant.
Seishu était aussi gentil, il aidait souvent Kokonoi quand celui-ci ne comprenait pas un exercice, il l'écoutait parler de sa vie et de son argent, il ne jugeait personne et acceptait que le jeune homme traîne avec lui. Chaque midi, Kokonoi allait ma'ger avec Inui. Sauf qu'un midi, Kokonoi avait oublié son déjeuner, il alla donc voir Inui, comme tous les midi et ils s'installèrent au pied d'un arbre. Seishu sortit son déjeuner qu'il avait soigneusement préparé le matin même pendant que Kokonoi se demandait ce qu'il allait faire sans déjeuner et sans argent sur lui pour s'en acheter un. Inui commençait à manger, ne se souciant pas de ce que Hajime faisait. Au bout de quelques minutes, le jeune blond tourna sa tête vers son ami et le vit sans déjeuner, ayant de la peine pour son camarade, Seishu partagea son déjeuner avec lui, et Kokonoi n'était pas près d'oublier ce geste adorable de sa part.
Kokonoi voudrait être plus proche d'Inui, au sens propre du terme. Il donnerait beaucoup pour coiffer ses cheveux, lui tenir la main, le prendre dans ses bras, toucher son torse, son dos, ses cuisses, ses joues, ses lèvres.
Ses lèvres...
Il aimerait tant y goûter, il aimerait tellement que leur bouche se touche et se joignent en un baiser tendre, rempli d'amour et plein de douceur. Ce serait le plus beau jour de la vie de Kokonoi...
- Vous devrez vous mettre en binôme avec votre voisin de classe pour l'exposé ! annonça le professeur d'histoire géographie, Mr. Bosak.
Les élèves soufflaient, encore une mauvaise note qu'ils allaient récolter, car leur professeur d'histoire géographie était très stricte avec les notes, en particulier avec les exposés.
On voyait sur des visages des mines tristes, dégoutés, exités ou même joyeux de travailler avec leur voisin de classe.
Kokonoi, lui, faisait partie des élèves joyeux de faire l'exposé avec son voisin de classe, Inui Seishu. Mais qu'est-ce qu'il pensait lui ? Était-il écœuré de travailler avec Kokonoi ? Ou au contraire, était-il heureux ?
Kokonoi laissa ses questions dans un coin de sa tête quand Inui lui parla.
- Il faut qu'on ait une bonne note cette fois. Arrêtes de te distraire avec des oiseaux ou avec mon chat s'il te plaît.
- Désolé Inupi.
- C'est Inui, rectifia le blond.
- Inui, Inupi c'est la même chose. Ça te fait un surnom !
- Donnes moi un surnom sur mon prénom comme tout le monde, pas sur mon nom de famille.
- Oui mais je ne suis pas « tout le monde ». A moins que tu aimerais bien ?
- Je n'en sais rien. Ce que je veux c'est que tu arrêtes de te distraire pour tout et rien ! La dernière fois nous avons eu 12/20 à cause de toi.
- C'est une excellente note 12.
- Non ! S'il te plaît Kokonoi, fais ça pour moi, le supplia Inui.
- D'accord ! On se voit quand pour le faire ?
- Après les cours, ça t'arrange ? interrogea Inui.
- Oui parfait !
...
Le cœur de Kokonoi battait très fort depuis qu'il était entré dans la chambre de son voisin de classe, Inui. Celle-ci n'avait rien de très surprenant et était assez banale pour un adolescent de 16 ans. Les murs étaient blancs, son lit deux personnes dans un coin de sa chambre, son bureau près de sa fenêtre - qui donnait une vue sur son jardin plein de verdure et de couleurs - était très bien rangé : ses livres de cours dans un tiroir, ses affaires de dessin dans un autre, sur la surface du meuble on pouvait y trouver du matériel de dessin trié dans des boîtes à crayons, des feuilles placées dans une pochette...
Seishu était à côté du noiraud, il écrivait ce qu'ils avaient convenu pendant que Kokonoi l'observait, son regard plein d'amour et d'admiration.
- Arêtes de me mater s'il te plaît, s'agaça Inui.
- Quoi ? Je ne te mate pas du tout !
- Bien sûr que si. Tu crois que je ne te vois pas depuis tout à l'heure ? Ça fait une heure que nous sommes chez moi et une heure où tu es dans la lune, tu ne fais que fixer mes lèvres, tu m'observes, on dirait un pervers et ça m'agace. Si tu as envie de m'embrasser, vas-y fais-le !
Eh merde... Seishu voyait tout ce que faisait Hajime depuis tout à l'heure et le fait qu'il avait proposé au noiraud de l'embrasser le déstabilisa tellement qu'il en restait bouche bée.
- Kokonoi, je ne suis pas aveugle, j'ai remarqué la façon dont tu me regardes en cours. Et aussi...
Il se coupa dans sa phrase, laissant un temps de suspense qui faisait suer Kokonoi tellement il avait peur de ce qu'Inui pouvait dire.
- ... un jour, tu as oublié ton carnet noir sur ta table. Je voulais le ramasser pour ensuite te le rendre le lendemain, mais je suis désolé, la page était grande ouverte, mes yeux n'ont pas pu s'empêcher de lire ce qui était écrit.
Hajime était horrifié, Inui avait vraiment lu les pages de son journal intime ? Le blond continua.
- « Qu'Inui est beau ! Ça existe une beauté pareille ? Je suis sûr qu'il sait bien cuisiner. Si seulement il pouvait me cuisiner un bon plat qu'on partagerait à deux ! Je voudrais tant qu'il m'embrasse le front avant qu'on parte s'endormir dans le même lit. Sa tête posée contre mon torse, je penserais à quel point je serais chanceux tout en lui caressant les cheveux pendant qu'il serait en train de dormir.
Je parie ses baisers sont d'une douceur absolue. À part être riche, ce que j'aimerais plus que tout au monde est de goûter ses lèvres, l'embrasser avec passion, mélanger ma salive avec la sienne...
Peut-être qu'il a un petit ami ? Si c'est le cas, qu'est-ce qu'il doit être chanceux. »
Kokonoi ne répondit pas, choqué et en même temps impressionné que Inui ait pu retenir tout le texte qui était écrit en une soirée, à moins qu'il avait pris la page en photo ? Et s'il avait fouillé dans tout le carnet ? Kokonoi n'osait même pas imaginer.
Il voulait juste disparaître ou s'enterrer vivant, ce silence devenait très malaisant. Qu'est-ce que Inui pensait de Kokonoi à présent ? Qu'allaient-ils faire maintenant que les deux adolescents savent qu'un aimait l'autre ? Allaient-ils faire comme si rien ne s'était passé et continuer leur exposé ? Inui allait couper tout espoir pour Kokonoi en lui disant qu'il ne l'aime pas ? Ou, au contraire, en lui disant qu'il est fou amoureux de lui ?
- J'ai compris pourquoi tu me fixes sans cesse, pourquoi tu as des rougeurs aux joues quand je te parle, pourquoi tu t'inquiètes quand j'ai la moindre égratignure, pourquoi tu m'attends toujours après les cours. Je n'étais pas vraiment surpris de découvrir ça, par contre la chose qui m'a le plus étonné est que, te savoir amoureux de moi m'a procuré un sentiment de joie énorme que je ne pus me le cacher. Je me suis convaincu que c'était parce que quelqu'un me donnait enfin de l'attention, mais je pense qu'il n'y a pas que cela...
Inui s'arrêta en plein milieu de sa phrase, comme s'il voulait que Hajime le supplie de continuer. Le jeune homme en effet brûlait d'envie de savoir la suite de son récit. Inupi venait de lui avouer beaucoup de choses, mais Kokonoi sentait qu'il manquait quelque chose, il sentait que sa phrase n'avait pas de sens si Inupi ne continuait pas. Il fallait absolument qu'il termine son récit. Mais il finit simplement par dire.
- Il se fait tard, tu devrais rentrer chez toi.
- Pardon ?
Kokonoi avait-il mal entendu ? Inupi voulait qu'il rentre chez lui alors qu'il éclatait d'envie de savoir ce que Seishu allait dire.
- Pourquoi veux-tu que je parte ? finit-il par demander.
- Il se fait tard et...
- J'ai compris qu'il était « tard » sauf que j'ai prévu de rentrer à 20 heures ou même plus tard donc ce n'est pas parce qu'il est 18 heures qu'il est tard.
- Je dois aller me doucher.
- C'est pour ça que tu veux que je parte ? Je ne vais pas rentrer, je suis respectueux moi !
- Menteur.
- Si tu n'as pas confiance en moi, fermes là de ta salle de bain porte à clef.
- C'est toi qui devrait la fermer et partir.
- Je t'en prie, fais moi taire alors.
- Non ce n'est pas ce que j'ai prévu pour mon avenir. D'ailleurs, il n'y a pas de verrou sur la porte de ma salle de bain, je ne peux donc pas la fermer.
Kokonoi, agacé qu'Inupi ne lui fasse pas confiance, le plaqua au mur et lui déclara :
- Oui, je t'aime Inupi, oui, je me suis imaginé un tas de choses avec toi, mais ce n'est pas pour autant que je vais te regarder te doucher. Tu as de l'intimité et j'en ai tout autant que toi, je comprends donc ce que c'est. Et si tu ne me fais vraiment pas confiance alors si je rentre, tu as le droit de me prendre 10 €.
- 10 € ? Que ça ?
- Mais c'est énorme 10 € !! s'écria Kokonoi.
- Pas réellement, marmonna Inupi.
- Fais-moi confiance.
- Si tu rentres, je porte plainte.
- Ok, fais comme tu veux.
Pendant que Seishu se douchait, Kokonoi se demander comment allait-il interroger jeune homme pour savoir s'il est, lui aussi, amoureux de lui.
Devant la porte de la salle de bain de Seishu, Kokonoi hésitait à toquer. Il n'entendait plus l'eau couler depuis un bon bout de temps et conclut qu'il se séchait.
Hajime prit une grande inspiration et toqua, avant qu'il ne puisse dire ou demander quoi que ce soit, Inui lui hurla de partir.
- Inupi...
- Arêtes de m'appeler comme ça, je m'appelle Inui !
- Jamais. Inupi, je ne vais pas entrer, j'ai juste une chose à te demander.
Espérant n'entendre serait-ce qu'une remarque ou réponse de son interlocuteur, mais n'en entendant pas, il continua.
- Finis ta phrase. Tu ne m'as pas dit pourquoi tu étais heureux que j'écrivais ce genre de texte sur toi.
Le blond ouvrit la porte de la salle de bain et regarda Kokonoi droit dans les yeux. Ne portant seulement une serviette autour de sa taille, Kokonoi rougit.
- Inspires tout l'air que tes poumons peuvent contenir, conseilla Inui.
Inui prit le menton de Kokonoi et l'embrassa. Comme l'avait imaginé Hajime, ses lèvres étaient douces et agréables, tout comme le baiser qu'ils étaient en train de partager. Comme l'avait imaginé Inui, les lèvres de Kokonoi étaient humides et agréables à embrasser. Kokonoi répondit rapidement au baiser et mit ses mains dans le cou d'Inui, il en profitait, car c'était peut-être le premier et dernier baiser qu'il partageait avec Inui. Face à la réaction de Kokonoi, Inui plaça ses mains sur la taille de son ami. Les mains de Kokonoi étaient sèches, tièdes et ses doigts étaient fins voir anorexiques tandis que celles d'Inui étaient douces, chaudes et rassurantes.
Par manque d'air, ils se séparèrent avec rancœur. Leur visage était quand même encore très proches, leur nez se collait et personne n'osait ni parler ni se regarder dans les yeux et encore moins faire le moindre geste.
- Putain d'oxygène, chuchota Kokonoi.
Inui laissa échapper un petit rire nerveux et le silence reprit place. Pendant celui-ci, les deux jeunes hommes repensaient au baiser qu'ils venaient d'avoir. Pour Inui, la sensation de ses lèvres contre celles de quelqu'un d'autre était nouvelle, il ne trouvait pas cela désagréable, au contraire et voulait même y goûter une deuxième fois.
- Je je peux eum et merde, balbutia-t-il avant de prendre les joues de Kokonoi et de les attirer vers lui pour l'embrasser une deuxième fois.
Kokonoi ne voulait pas rater sa chance, il ne pouvait pas, pas cette fois. Il mit alors ses mains sur les hanches de Inui et, tout en continuant leur baiser, ils se déplacèrent de quelques pas puis entrèrent dans la salle de bain où Kokonoi plaça Inui contre le mur de la douceur d'un ange. Saisissant son courage à deux mains, Kokonoi intensifia le baiser et mordit la lèvre inférieure de Inui. Celui-ci en voulait plus, il rajouta alors sa langue et venait chercher celle de son aimant qui ne refusa pas la demande en rajoutant la sienne.
Ce long bisou durait pendant plus de deux minutes, mais par un cruel manque d'oxygène, ils se séparèrent.
- Je devrais peut-être rentrer chez moi.
- Non ! Ne pars pas ! s'exclama Inui.
- Tu ne veux pas que je parte ? s'étonna Kokonoi.
- Euh et bien vu que ton bus est à 20h je me disais qu'on pouvait sûrement regarder un film toi et moi ou un truc comme ça, enfin, tu n'es pas obligé d'accepter, je propose juste, dit Inui, pas très assuré.
- Avec plaisir !
Et c'est ainsi que les deux jeunes hommes partirent main dans la main dans le salon, tel deux amoureux...
End