La Rencontre
Sous le soleil tapant d’été, je marchais, en sueur, haletant. J’étais un homme mort.
Il y a de cela quelques jours ma vie a pris un tournant inattendu. J’ai tout perdu, et je me retrouve aujourd’hui blessé, affamé, assoiffé, dans la campagne italienne. Tout s’était passé tellement vite. J’ai toujours été l’homme à tout faire dans ma famille. On me demandait de faire quelque chose, je le faisais. Sans question, sans hésitation. J’avais cette idée reçue que la famille c’était tout, qu’on la respecte, qu’on la chéri, qu’on se fasse confiance quoi qu’il arrive. Ma naïveté m’a bien eu putain. Je descends d’une grande famille criminelle. Des voleurs. Je n’ai jamais questionné la moralité ou encore la légitimité de nos actions. On me demande de voler, je vole. On me demande de revendre, je revends. On me demande de négocier, je négocie. J’ai fini par apprendre les cordes du métier bien trop vite sans m’en rendre compte. Mais j’ai foiré. J’ai foiré tellement fort.
Récemment, ma famille a mis la main sur des tableaux de très grandes valeurs. On les revend généralement à une clientèle restreinte pour ensuite arnaquer d’autres petites organisations avec des copies très précises. J’ai confondu les lots. Même un bleu fait pas la connerie. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris, je devais être fatigué. Cela faisait 2 jours que je n'avais pas dormi parce que je devais tout faire seul pendant que les autres s’occupait de chercher des potentiels clients et organiser toute la manœuvre. J’avais placé la copie et l’original à côté, chose qu’il ne faut jamais faire, parce que les deux devait être expédiées le même jour. Et j’ai envoyé la copie à un parrain italien. Et on a beau produire des copies presque identiques, on ne trompe pas la mafia. On essaye et on se fait tuer seulement pour y avoir pensé. Et moi, quand bien même ce n’est pas ce que j’ai voulu faire, à leurs yeux, j’ai essayé de tromper la mafia. J'y ai pas pensé, je l’ai fait.
Vite, en se rendant compte de ma connerie, ma famille s’est retrouvée menacée et au bord de l’implosion. Malgré le fait que j’ai, à de nombreuses reprises, porté le chapeau pour des bêtises que je n’avais pas commises, il a suffit que j’en fasse une pour qu’on me jette droit dans la gueule du loup. Ils étaient tous mort sauf s’ils envoyaient le coupable, vivant, droit vers la demeure du boss. Pas les soldats, pas les capos, le boss lui-même. Le pire c’est que je dois me démerder seul. Je dois les trouver. Ils savent où je suis. Si je m’enfuis, je suis mort. Si je me cache, je suis mort. Mais si j’y vais ... je suis mort. Ils voulaient que je me rende moi-même vers mon lieu d’exécution. J’avais pris l’avion, en sortant j’ai pris un taxi pour me rendre vers ma destination. Je n’avais presque plus de sous alors j’ai demandé au chauffeur de me conduire aussi proche qu’il le pouvait avec l’argent que j’avais.
Ca fait des heures que je marche et j’aperçois enfin une maison au loin. Il y a une étendue folle de culture de raisins, on commence à apercevoir des voitures passer et revenir, des gardes circuler, des drones raser le périmètre. Ils me voient tous, personne ne s’alarme, personne ne bouge, personne ne m’aide. J’ai l’air si inoffensif ? Je continue à marcher. J’évite la route, j’ai peur qu’une voiture me rentre dedans sans hésitation. J’évite aussi la vigne de peur de commettre une deuxième erreur : saccager leur culture.
Je marche, je marche... Et j’arrive devant l’immense villa. Là enfin je semble redevenir visible aux gardes qui m’escortent... Enfin, qui m’attrapent et me trainent de force à l’intérieur. On prend un ascenseur. Je n’ose même pas parler, puis je suis tellement fatigué, je vais juste préserver ma salive pour les supplier de m’épargner. Putain... Je pensais pas mourir à 23 ans. On sort de l’ascenseur, ils me trimballent jusqu’à la terrasse. Une belle odeur de steak me donne l’eau à la bouche. Je n’arrive même plus à penser correctement. TU VAS MOURIR, réveille toi putain. On s’arrête. Devant moi, 3 gardes en costumes, une table avec une assiette de steak et de légumes sautés, une coupe, un dossier et une personne qui semble profiter de son repas tout en travaillant. Une femme aux cheveux courts et sombres, plaqués en arrière, une tenue noire et une veste de costume tout juste posée sur ses épaules. Ses yeux sont soulignés d’un trait noir tranchant qui met en valeur ses iris grises. Ses lèvres sont marquées d'un rouge à lèvre matte et foncé. Elle a une cicatrice sur le sourcil gauche, une autre petite sur sa mâchoire, et il manque un bout à son oreille droite. Elle me regarde fixement et moi je regarde son assiette, puis elle, puis son verre, puis elle encore.
Elle me sourit et avec son pied écarte une chaise de la table violemment pour m’inviter à m’assoir près d’elle.
- Approche-toi Gamberi.
Elle a un fort accent italien. Les gardes me lâchent, je n’ose pas m’avancer. Elle perd son sourire, bois une gorgée et me redit d’un ton beaucoup plus dur.
- Je t’ai dit approche-toi.









Hum intéressant, voir la suite (pas commun une Dona)