Ils n'étaient que Dix

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Summary

« Ils n'étaient que DIX mais un avait pu échapper à ce supplice » Tout le monde vivait une vie dorée à Little Chartwood. La Ville Évangélique, le Jardin d'Éden, là où règnait la paix, la tranquillité et le bonheur éternel. C'était ainsi jusqu'à la mort du dixième père fondateur de Little Chartwood, Maurice Lacroix. Maintenant, des évènements étranges se succèdent : des infrarouges brillent les fenêtres de la cabane hantée, des va-et-vient entre la forêt Interdite et Untergang, le cimetière. Et surtout, Roman, notre jeune protagoniste, vient d'apprendre que sa petite sœur n'est pas morte d'une maladie quelconque, mais qu'elle a été assassinée. Little Chartwood cache de terribles secrets et si Roman veut les découvrir, il va devoir usurper les traits du méchant dans l'histoire, les traits du Diable en personne.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
3.0 2 reviews
Age Rating
16+

Chapter 1




ROMAN

PERSONNE ne pouvait égaler la foi catholique des habitants de Little Chartwood. De grands religionistes de nature, ils adoraient Dieu et respectaient bec et ongles les dogmes chrétiens. Assez souvent, on les retrouvait entrain de demander grâce et bénédiction dans une longue prière à l'Église Saint-Vincent-de-Paul, le cœur de la ville, là où les neuf autres pères fondateurs vivaient. L'une des activités principales qui réjouissaient Little Chartwood était les fêtes chrétiennes et nationales.


Et dans un mois de décembre glacé - où des masses d'air froid provenues de l'Arctique du Nord rasèrent la côte du golfe du Mexique pour apporter en bonus des pluies et des tempêtes glaciales -, les gens attendaient toujours impatiemment l'arrivée du 25 décembre et le Réveillon de Noël qui l'accompagnait.


Tout le monde à Little Chartwood aimait ainsi fêter l'anniversaire de Jésus Christ... Sauf les Routledge, ma famille. Depuis que Christian Routledge, mon arrière-grand-père maternel, découvrit un gisement de pétrole non loin de la forêt Interdite, notre famille devint la plus richissime de la contrée.


Sébastien et Madeleine, mes parents, reprirent le flambeau en 2011 après l'acquisition d'un testament qui certifiait qu'ils étaient « les heureux élus » de la compagnie pétrolière de Christian Routledge.


Riches, leur éthique changea complètement ; ils dénigraient le monde entier, se voyant au dessus de tout et pensaient que les désespérés qui passaient la majeure partie de leur temps à l'Église espéraient un miracle - qui ne viendrait sans doute jamais - de la part du Dieu suprême. En période hivernale aussi, l'extraction de pétrole au dehors se faisait rare, le froid mordait les os des ouvriers qui posaient un lapin à l'investisseur en capitaux qu'était mon père. Une raison de plus pour haïr l'hiver.


Mais la saison froide de l'an 2017, l'hiver de mes dix-sept ans, il y avait une toute autre raison qui rendit mes parents affligés : le décès de Nicole Routledge, ma petite sœur. Elle n'avait que onze ans.


J'avais su son décès trois jours après par le biais de Madeleine. D'après sa version des faits, Nicole ingurgitait des stéroïdes anabolisants pour plaire à un certain Jason McLean populaire au collège. Les risques d'avoir une infarctus du myocarde atteignirent leur point culminant et elle en mourut.


Je n'étais pas comme mes parents qui versèrent plusieurs cristaux de larmes à l'annonce de la nouvelle. Je restais stoïque, une pointe de satisfaction enveloppait même tout mon être. Je détestais cette fille, cette petit sœur, qui faisait tout pour paraître normale, gentille, aimable alors que la vie dans le manoir Routledge était un chaos sans nom.


Quand ma mère eut le courage de me dire qu'ils n'avaient désormais plus qu'un seul enfant, un fils unique qui plus est, j'étais sur une partie de jeux vidéos en ligne. J'avais ri pendant un intervalle de deux bonnes minutes puis avais haussé la voix :


« Bah qu'elle aille crever ! c'est pas mon problème, j'espère au moins qu'elle se noiera dans

le Rodomus* »


Madeleine pleura encore plus mais qu'est-ce que j'en avais à foutre ? De grosses lamentations exagérées qui me valurent auprès des valets en livrée et des femmes de ménage le surnom « sans cœur ». Et encore une fois, qu'est-ce que j'en avais à foutre ? Si ma mère éprouvait vraiment un amour maternel et inconditionnel pour Nicole, elle n'aurait jamais délaissé le jour de son enterrement pour assister à une stupide fête Nationale.


Malheureusement pour elle et heureusement pour moi, les funérailles s'étaient pointées le même jour que la commémoration annuelle de la mort de Maurice Lacroix. Le Saint Reiz Act.


Je n'aurais pas à entendre les vrombissements incessants du corbillard, les appels et le nomadisme des femmes de ménages en toute hâte dans la préparation de la cérémonie funèbre. Et je ne serais pas curieux de voir par la fenêtre de ma chambre le cercueil de Nicole qui coûterait, j'en étais certain, des milliers de dollars. Il n'existait pas sur Terre un seul instant où Madeleine n'exhibait pas sa richesse au monde entier.



LITTLE CHARTWOOD, 2018


On était aujourd'hui le 06 Janvier. Il était huit heures. Et toujours une tempête de neige sévissait dans la Ville Évangélique. D'après la légende, les pères fondateurs auraient reçu des douze apôtres de Jésus la mission de construire une ville de paix, paradisiaque, où règnerait un bonheur éternel. Tout comme le Grand Dieu l'avait fait à Adam et Ève en créant le Jardin d'Éden.


Depuis ma fenêtre, j'apercevais la tache dans le décor, le serpent hostile et maudit dans le jardin d'Éden. C'était la cabane iroquoise. J'avais lu dans la Gazette du Petit, l'hebdo de Little Chartwood, que c'était une cabane hantée parce qu'elle était proche de la forêt Interdite. Des gens racontaient avoir vu, quelques nuits pendant leur footing du soir, des lumières singulières, comme des infrarouges, illuminées les fenêtres délabrées.


Pour ma famille et moi, c'était comme si on nous demandait de chercher une brindille dans un meule de foin ou explicitement la vérité dans un tas de rumeurs sans fondement. Je n'y croyais pas et mes parents n'étaient pas si surperstitieux pour y croire.


Aux environs de neuf heures, je décidai de jouer à un jeu de course sur mon PlayStation quand une personne courageuse toqua à ma porte. Si ce n'était pas Madeleine, qui oserait cogner à la porte d'un « fou » ou un « sans cœur » ?


- Qui est-ce ? demandé-je malgré que j'avais une petite idée là-dessus.


- C'est moi..., hésita une voix. Ta mère.


Ma mère ? Elle ne l'était plus depuis longtemps mais cette virago s'entêtait à y croire dur comme fer.


- Je voulais te dire.... Georges et moi, on va à la fête Nationale. Je me demandais si tu voulais y aller avec nous... Comme au bon vieux temps.


Je poussai un juron. Et puis quoi encore ? Pensait-elle que j'étais et resterais jusqu'à la fin des temps le garçon parfait, ayant de bonnes notes en classe, et qui respectait bec et ongles ses parents de peur d'apporter la honte sur sa famille ? Non ! J'étais passé au dessus de tout ça. Maintenant,

j'exerçais la fonction « claustrophile à plein temps depuis bientôt six mois ». Six longs mois que je n'avais plus vu la lumière du soleil et six longs mois que je refusais de me rendre au lycée.


Et c'était plaisant.


Je pris mon téléphone sous une pile de bordel de vêtements sales et le déverouillai.


« Va te faire foutre ! Crève comme ta fille ! » lui envoyé-je par message.


J'entendis un bip émis par un phone derrière ma porte puis trois nanosecondes plus tard, des pas qui s'éloignèrent. Elle était partie. Enfin ! À présent, je pouvais entièrement me consacrer à mon jeu de course sans être dérangé. C'était ce que je pensais jusqu'à ce que des malpolis téméraires défoncent ma porte.


Des géants d'un mètre quatre-vingt-cinq, sortis de je-ne-sais-où, me prirent par les bras fortement.


- Lâchez-moi ! crié-je. Lâchez-moi ! Je le dirai à Sébastien, il vous fera vivre un enfer tous autant que vous êtes. Pauvres imbéciles !


Ils avaient les tympans bouchés puisqu'ils refusèrent d'obtempérer. Ceci étant, je compris de suite la raison de toute cette mascarade en voyant la tête du con qui traversa la porte.


- Georges, dis à tes chiens de garde de me laisser tranquille !


Le dénommé Georges me regarda d'un œil malicieux presqu'insidieux.


- Je suis désolé, navra-t-il. Mais je ne peux pas enfreindre une loi de Dieu et des pères fondateurs. Tu dois nous accompagner au Saint Reiz. Si Roman Routledge n'est pas présent à ce grand rassemblement, que penseront les gens de notre famille ?


- Que vous exploiter le libre arbitre d'un gosse de dix-huit ans ! Et que je sache, tu ne fais pas partie de la famille. T'es qu'un imposteur !


Son air malicieux le quitta rapidement. Il devint furieux, rouge et bouillant, prêt à me tordre le cou s'il le pouvait. Jusqu'à ce qu'une svelte silhouette s'approche de lui.


Madeleine Routledge.


Une grande haine m'envahit, mon cœur roula en tachycardie et mes iris s'empourprèrent de sang.


Je me débattis de nouveau. Plus violemment.


- Madeleine, crève ! Je vais te tuer de mes propres mains ! Crève ! Tu ne vaux pas mieux que Sébastien alors crève ! Allez tous crever.


Ma démence prenaient de court les titans mais là aussi, qu'est-ce que j'en avais à foutre ? Madeleine transpirait de crainte pourtant, elle eut le courage de faire un pas dans ma direction. Un bras bloqua sa route. Sage décision.


- N'y va pas, modula George d'une voix quasi agressive. Il est devenu fou.


Mon ex mère respira un peu fort, comme pour exprimer qu'elle était blessée que son nouveau mari tienne de tels propos. Et même si, je m'en fichais. Les chances que Madeleine devienne une autre femme - plus aguerrie, sans une once de cupidité pour l'argent, avec des sentiments et un cœur.... Ce serait probablement dans une autre vie, une fois ma réincarnation complète.


- Quand bien même, c'est tout de même mon fils. Alors laisse-moi passer.


Oh que oui ! Viens, c'était tout ce que je voulais. Elle s'arrêta à deux, trois pas de moi. Étant à ma portée, je réussis à retirer une main de l'emprise de ces géants. Mon poing vola dans l'air et se blottit sur sa joue gauche. Sa tête se déroba sur le côté faisant disparaître ses yeux bleus cæruleums qui me revulsaient tant et que j'avais, hélas, hérités.


Une satisfaction déchira mes entrailles. Je me sentais moins lourd. Et je me moquais royalement que les gorilles pieux de servilité resserèrent davantage leur étreinte. Le mal était déjà fait.


- Mado, ça va ? s'écria Georges en la réceptionnant dans ses bras.


- Je vais bien. Ne t'en fais pas, répondit Mado alors qu'elle était sonnée et déjà, un gnon apparaissait sous son œil.


Je ris aux éclats.


- Il t'appelle Mado ? C'était pas un diminutif de Papa, ça ? Et tu l'as donné à ce connard sorti de je-ne-sais-où ? Tu fais pitié, Madeleine.


- Toi, me menaça Georges. Il s'avança. Cependant, la Madeleine tapise au sol poussiéreux de ma chambre l'en dissuda, en tirant sur la manche de sa chemise à pois blancs sur fond noir.


- Mais il vient de... De te frapper, remarqua Georges tout chamboulé.


Elle secoua la tête de gauche à droite.


- Très bien, agis à ta guise ! Je n'interviendrai plus, pesta-t-il en me scrutant d'un œil assassin, les bras croisés.


Madeleine décida de se lever et me confronta une nouvelle fois. Je grimaçai. Il fallait vraiment que j'améliore ma poigne de main si j'espérais un jour subir de gros dégâts sur sa bouille infernale.


- Je sais, Roman. Je n'ai pas été la mère que tu aurais voulu que je sois et pour ça... Je fais pitié, dit-elle en dépoussiérant sa jupe à jupons.


Un sourire crispé par la douleur étira ses joues, une hématosée.


- Mais s'il te plaît, viens avec moi à la fête Nationale. Je ne te demanderais jamais rien de plus que d'aller chaque année au Saint Reiz Act. Sébastien viendra, il sortira de l'hôpital. C'est l'occasion pour toi de le revoir.


Si au premier abord, ma personnalité externe restait neutre et figée d'impassibilité, mon moi intérieur était décontenancé.


- Il... sortira de l'hosto ?


- Oui, vociféra-t-elle avec entrain.


Le seul hic, c'était qu'elle ne se rendait pas compte à quel point son fils avait changé. Avant j'aurais crié de joie et d'extase de le revoir, maintenant c'était tout autre !


- Pourquoi sortirait-il ? Il ne devait pas mourir, englouti par le sol épineux d'Untergang à ce que je sache ? crié-je déçu.


- C'est ce qu'on pensait. Mais ton père a eu quelques améliorations ces derniers mois et le Dr Barrett pense que ce serait plus convenable s'il changeait d'air le temps d'un jour ou deux. Le relent pouacre de l'hôpital agit beaucoup sur ses nerfs et sa santé, tu comprends ?


Sa main frôla ma joue. Je me braquai immédiatement.


- Ne me touche pas ! cinglé-je. Aussitôt, elle enleva son membre. Et dis à ton salaud de mari d'ordonner à ses chiens de garde de me lâcher.


Madeleine effectua un signe codé à l'aide de sa tête à Georges.


- Lâchez-le ! imposa-t-il.


À ce connard, ils obéirent. Je me laissai tomber sur le divan de ma chambre, harassé. Mes bras étaient engourdis et mes muscles raidis. Qu'ils aillent au diable !


- Nous allons prendre congé, Mr Green, émit un des chiens de garde.


- Vous êtes renvoyés, clama Georges franco. Que je ne vous voie plus dans les parages !


Ouch...


Silence. Ils ne bronchèrent pas, accablés par la nouvelle qui m'enchantait agréablement.


- Entendu Mr Green, révéla un autre qui reprit très vite pleine conscience.


Les deux gaillards prirent la porte en essayant de marcher dignement.


Nos trois paires d'yeux suivirent leur cheminement jusqu'à ce qu'ils disparaissent dans l'allée d'un couloir vaste, coloré et raffiné par des canevas bourgognes sur lesquels étaient brodés l'écu de la famille Routledge.


Je rigolai à m'en décrocher la mâchoire tandis que Madeleine pivotât vers moi.


- Alors ? m'interrogea mon ex daronne. Quelle est ta réponse ? Tu viens ou pas ?


Ma réponse... Je ne savais pas. Mandeleine aurait dû me donner une échéance ; j'aurais mieux réfléchi et étudié la situation sous tous les angles possibles. Au lieu de ça, elle se pointait et me flanquait en pleine figure que Sébastien avait une chance de guérir.


Je mentirais en disant que je n'avais pas envie de le revoir, l'apercevoir en chaise roulante, habillé d'une robe blanche aseptisée. Et surtout, le voir souffrir comme il m'avait fait souffrir huit ans plus tôt.


- Vous voulez ma réponse ? demandai-je.


- Exactement ! répondit Madeleine.


Je les scrute à tour de rôle, les faisant patienter plus qu'il ne le fallait. Ils connaissaient d'avance ma réponse mais il suffisait que je l'extraie de ma gorge pour qu'ils en soient définitivement convaincus.


- Je refuse.


Imminemment, je sentis un objet lourd frapper ma tête et sonner mes neurones.


Puis le trou noir.