ENTRÉE EN MATIÈRE
Sarah
Parlons de ma vie :
J’étais une Ivoirienne de 23 ans, benjamine d'une famille de quatre enfants. J'avais un grand frère et deux grandes sœurs de qui j’étais très proche.
Au lycée, lorsque j'étais en première, je faisais partir d’une des deux classes d'élites du lycée, et c'était pareil lorsque j'étais en terminale.
Inutile de vous dire que je passais mon temps à frimer dans ce lycée.
Cependant, ça avait été difficile pour nous, car il y avait eu beaucoup de pression sur moi et mes amis. On représentait, d'après nos divers professeurs, « L'image du lycée ». Nos professeurs nous avaient traités de nuls, de stupides, de paresseux et tout, mais malgré cela, nous avions réussi à faire un 100%.
J'avais eu mon bac à précisément 17 ans et neuf mois.
J’avais été en couple avec un mec de première lorsque j'étais en seconde. J'avais perdu ma virginité et passé mes meilleurs moments avec lui. Je l'avais aimé de tout mon cœur. Cependant, après un an de relation, il n'avait plus du tout eu confiance en moi à cause d'une petite erreur.
Ne vous méprenez pas, je n’étais pas du genre infidèle.
Je ne l'avais jamais trompé.
Ce manque de confiance faisait qu'on n'arrêtait plus de se disputer, et au fur et à mesure des disputes, je perdais mes sentiments pour lui.
Lorsque je fus en terminale, je n'avais presque plus de sentiments, et lorsque j'eus eu mon bac avec la mention « Bien », j’avais mis fin à notre relation.
Je voudrais devenir un docteur ingénieur des ponts et chaussées. Après le bac, j’étais allée dans une université où j’avais suivi une formation de cinq ans. Après ces cinq années, j’étais devenue un ingénieur des travaux publics. Je devrais encore continuer cinq ans pour enfin être ce que je voulais, sauf que ces cinq années, je devais les faire à l'étranger. J'avais donc passé quatre concours.
Un pour aller aux États-Unis, précisément à New York.
Un pour aller en France, précisément à Paris.
Un pour aller au Canada, précisément au Québec.
Un pour aller au Sénégal, précisément à Dakar.
J'avais écrit deux séries de trois saisons chacune, et je voulais qu'elles soient produites en Amérique. C’était l'une des raisons pour lesquelles j'avais passé deux concours me donnant la possibilité de me retrouver en Amérique.
Mes parents n’étaient pas au courant pour mes séries, mais mon frère, mes sœurs et mes deux meilleurs amis, oui. Depuis la classe de terminale, je n'avais plus eu de petit ami. Ça faisait cinq longues années que je n'avais pas baisé, et cela ne me dérangeait pas le moins du monde.
Cela faisait une heure que j’étais devant mon ordinateur, les mains tremblantes. Les résultats des quatre concours que j'avais passés étaient tous sortis. J’étais là, seule dans ma chambre d'université, incapable de cliquer sur le lien. Mon avenir en dépendait.
- Que vais-je faire si j'ai tout raté ? me demandai-je à moi-même.
Inspire…
Expire…
L'anxiété finirait par avoir raison de moi. Je me sentais mourir, je revivais le stress que j'avais vécu lorsqu'on devait annoncer les admis au bac. Je sentais que j’allais m'évanouir, putain.
- Je suis quand même intelligente ! Allez, je me jette à l'eau.
Cela m'arrivait de me parler à moi-même, à voix haute, lorsque je stressais… ou pas.
Je cliquai sur le lien, ça chargeait, ça chargeait, ça chargeait, ça chargeait.
Merde, ça ne fait que charger !
J'avais l'impression que ça tournait depuis des heures.
- Ho ! Ça ne fait que trente putain de secondes.
J’allais mourir ! La pièce devenait petite, non ? Je me sentais claustrophobe, je me soufflais avec ma main en fixant l'écran. Les résultats étaient là.
Je vis celui du Sénégal en premier.
- Admise. De toute façon, je le savais, me dis-je en haussant les épaules.
Ensuite, celui de la France...
- Refusée. Quoi ? j’inspirai profondément. Ok. Ça va. Ce n'est pas grave.
Pour finir, celui du Canada et juste à côté celui des USA.
Il ne me restais qu'à glisser en bas de l'écran pour voir les deux résultats en même temps. Je ne me voyais pas voyager pour le Sénégal si je n’étais pas admise. C’était là que tout se jouait, si j'avais réussi l’un de ses concours, ma vie allait changer ! J’allais réaliser mes rêves tout en continuant mes études. Je fis glisser l'écran et...
Ho
My
Gosh
Il fallait que je commence à parler l’anglais, car j’étais admise aux deux concours ! J’étais tellement heureuse que tout ce que j'arrivai à faire, ce fut crier et sauter.
Je n'appelai personne pour le moment. Ma valise était déjà prête, j’allais voyager aujourd'hui pour retrouver ma famille et leur annoncer la nouvelle. C'étaient les vacances, ils étaient tous à Abengourou, notre ville natale, à quelques kilomètres de Yamoussoukro, la ville dans laquelle je me trouvais. J’allais prendre le car aujourd'hui et leur faire la surprise. Merde, j’étais la plus heureuse du monde !
Jason
Pour faire simple :
J’étais un milliardaire afro-américain.
Ce n’est pas pour me vanter, mais…
J’étais beau, grand de 1,90 m et super bon au lit. J’étais le deuxième fils d'une famille de quatre garçons et d'une fille. Mira était notre petite dernière, ma princesse, elle avait 10 ans. J’étais beaucoup attaché à elle, elle était indispensable pour moi. J'avais quitté le Canada pour New York à 22 ans et avais commencé à travailler à 23 ans.
Ma mère était une manipulatrice, une perverse narcissique, et pour couronner le tout, une grande matérialiste sans vergogne.
Vous vous demandez sûrement pourquoi mon père l'a aimée, vu qu'elle n'a que des défauts !
Je dirais que c'était parce qu'ils avaient été pareils tous les deux, n'ayant d'yeux que l'un pour l'autre et semblant oublier qu'ils avaient eu des enfants.
Mon père avait été riche, pas que moi maintenant, mais il l'avait été. Il avait été un radin hors pair ! Cependant, ma mère avait toujours réussi à le faire dépenser sur elle. Il lui avait même cédé tous ses biens avant sa mort. Mira n'avait que 2 ans quand c’était arrivé. Lorsqu'elle avait eu 6 ans, je l'avais prise sous mon aile et l'avait fait quitter le Canada pour New York. Je la voulais près de moi et loin de cette psychopathe qui nous servait de mère.
Quant à mes frères…
Marco était mon aîné, il avait 31 ans et était un célèbre acteur à Hollywood. Il vivait ici à New York, mais c'était comme si ce n'était pas le cas. Les seules fois où je le voyais, c'étaient lors des cérémonies et des fêtes de fin d'année.
On ne pouvait jamais passer une minute l'un dans la même pièce que l'autre sans se disputer. Nous avions toujours été en compétition tous les deux, pour, je ne savais quelle raison. Il avait toujours été dur avec tout le monde, surtout avec moi. Il ne souriait jamais, à part dans les films, et était super réservé.
Ai-je dit qu'il ne souriait jamais ?
Mes cadets, Stéphane et Brayan, étaient des jumeaux de 19 ans. Stéphane était étudiant en économie, et Brayan en comptabilité. Stéphane et Brayan vivaient ensemble au Canada avec notre mère. Je savais aussi que les deux m'aimaient plus qu'ils n'aimaient Marco, et j'adorais ça ! J’étais le grand frère qui dépensait beaucoup sans rien perdre.
Aujourd'hui, j'avais 28 ans, et je n’étais pas le plus heureux, à vrai dire ! Ma mère était parvenue, comme toujours, à me faire quitter New York pour le Canada, avec Mira, soi-disant pour mon anniversaire. Je savais très bien qu'elle voudrait me soutirer de l'argent. C'était ma mère, même si elle était souvent, bon toujours désagréable, je l'aimais et vu que l'argent n'était pas un problème, je ne pourrais le lui refuser. Elle n'avait pas été la meilleure des mères, mais c'était un peu grâce à elle que j’étais qui j’étais.
Qu’est-ce qu’elle a fait ?
Elle m’a amené dans ce monde !
J’étais assis autour de la table ronde, entouré de ma mère, mes frères et de ma petite princesse qui rayonnait de joie.
Ça me faisait plaisir de la voir si heureuse. J'avais un énorme gâteau en face de moi que je regardais avec indifférence. Les fêtes d'anniversaires n’avaient jamais été mon truc. J’avais juste envie que ça se termine pour que je puisse rentrer et continuer à travailler.
- Fais un effort Jason ! me dit ma mère en me foudroyant du regard.
- Je me suis déplacé jusqu'ici pour ton putain d'anniversaire, et tu joues l’indifférent ? s’énerva Marco.
- Pas de gros mots ! Il y’a une petite ici ! lui dit ma mère.
- Je ne t'ai pas obligé à venir Marco. La porte est ouverte, tu peux sortir, fis-je en lui montrant la porte d’un signe de tête.
- Tu es toujours le même connard, me répondit-il.
- J'ai dit pas de gros mots ! Tu ne sais pas qu'il y a des choses à ne pas dire devant un enfant ? s’énerva ma mère en s’adressant à lui.
- Comment il le pourrait ? demandai-je à ma mère. Il n'aura jamais d'enfant, continuai-je sans lui adresser un regard.
Oh ! Avais-je oublié de vous dire que Marco avait des problèmes de fertilité ?
Il n’était pas stérile, c'était juste compliqué.
Ne dites pas que j'y étais allé trop fort, c'était un insensible.
- Tu sais bien que ça ne me touche pas.
Qu’avais-je dit ?
- Je ne veux pas de petites saletés se promenant dans ma maison, je ne veux pas ce genre de responsabilité, je ne veux pas me marier, je ne veux pas de relations sérieuses, je veux juste baiser n'importe comment, dit-il après avoir haussé les épaules.
- Non, mais tu es si grossier ! Elle a 10 ans, lui dis-je en le regardant avec dégoût.
- Alors, qu'elle sorte ! dit-il en roulant les yeux.
- Tu n'aimes personne en fait, dis-je en secouant la tête.
- Si, affirma-t-il en s'adossant dans sa chaise et en croisant les doigts. Moi ! Et c'est toujours mieux. Ce n'est pas comme toi qui as été abandonné par Savannah que tu aimais.
- Ne t'avise pas de prononcer son nom encore une fois, m’énervai-je en l'indexant.
Comment osait-il dire son nom après tout ce que lui et ma mère avait fait pour me séparer d'elle ? Ça faisait des années que je n'avais pas entendu ou même prononcé ce nom à haute voix.
Je ne supportais pas mon satané de frère. Je n'avais qu’une envie, lui arracher la tête et le regarder se vider de son sang.
- Sinon ? me provoqua-t-il.
- Je te jure qu'un jour, je te tuerai, Marco.
Il rit aux éclats. Si j’avais pu lui arracher les dents ! Putain…
- À la base, nous nous sommes réunis ici pour l'anniversaire de Jason…, commença Stéphane.
- Et non pour vous regarder vous disputer, continua Brayan.
- Mon chéri, j'ai organisé ceci pour toi. Mets-y un peu du tien s'il te plaît ! m’implora ma mère, alias l’hypocrite.
Je roulais les yeux. C’était une vraie actrice cette femme. J'avais envie de verser le contenu de mon verre sur Marco puis de sortir en claquant la porte, risquant de la faire sortir de ses gonds. Mais, alors que j'essayais de me contrôler, Mira, qui avait été silencieuse à mes côtés jusqu'à présent, me toucha le bras et me parla en chuchotant.
- S'il te plaît, Jas.
Je me raidis instantanément. Elle me regardait droit dans les yeux avec ce regard si innocent, et je ne pus résister.
- Ok princesse.








