Fuir son âme-soeur - TOME 1

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Summary

Anna est une jeune louve qui retourne dans sa meute après avoir passé plusieurs années dans le monde des humains. Elle est indépendante, têtue et bien décidée à ne pas se laisser mener par le bout du nez par un homme. Alors quand elle croise le chemin de son âme-sœur, un loup puissant enfermé dans des traditions archaïques, elle le fuit. Anna va devoir affronter ses propres sentiments, en même temps qu'un grand danger plane sur sa meute.

Status
Complete
Chapters
22
Rating
4.8 54 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1

Anna

« Anna, je sais que c’est bénévolement que tu viens nous aider, mais est-ce que tu pourrais, s’il te plaît, porter la tenue des serveuses ?

- Hors de question, répliqué-je à Cassandra. Premièrement, tu ne me feras pas porter une jupe aussi courte. Et deuxièmement, c’est pour la cuisine que je suis là, pas pour le service !

Mon amie pose les poings sur ses hanches généreuses, ses sourcils se froncent, et c’est plus fort que moi, j’éclate de rire.

- Hey, mais tu te fous de moi en plus.

- Désolée, réussis-je à dire entre deux hoquets, c’est que ton attitude de « maman autoritaire », ça ne te va pas du tout.

Son joli teint halé se vide soudainement de sa couleur, et ses yeux s’embuent. Merde, qu’est-ce que j’ai dit ? Tout à coup je comprends, en la voyant porter une main tremblante sur son ventre.

- Oh, non, excuse-moi Cass, je ne voulais pas dire ça ! Je veux dire, je suis sûre que sur ton enfant ça fonctionnera très bien. C’est juste que moi j’ai 24 ans, que je te connais depuis que tu es gamine et que je t’ai déjà vue complètement bourrée. On peut aussi parler de la fois où tu es venue en cours en pantoufles et pyjama.

- Hum…

- Bref, tout ça pour dire que ton air n’a pas d’effet sur moi, mais tu étais très convaincante, je t’assure.

- Tu es sûre ?

Son ton est implorant, je ne sais pas si je dois encore rire ou pas. J’opte pour une réponse plus rassurante.

- Évidemment. Tu vas tout déchirer comme maman, j’en suis certaine. »

En réalité, je ne suis sûre de rien. J’imagine que tous les futurs parents pensent qu’ils vont être formidables avec leur progéniture, mais force est de constater que c’est loin d’être toujours le cas. Mais je ne vais pas dire ça à cette pauvre Cassandra, elle est tellement angoissée depuis qu’elle est enceinte. Inutile d’en rajouter.

Je profite de cette diversion pour m’éclipser avant qu’elle ne revienne à la charge avec cette histoire de tenue. Je sais très bien que mon amie dit ça parce qu’elle pense me rendre service, mais cela m’agace au plus haut point qu’on essaye de me vendre à peine deux mois après mon retour dans la meute. J’ai choisi de revenir vivre avec les miens après plus de cinq ans passés chez les humains, à suivre des études à l’université. Même si j’ai adoré cette expérience, ma véritable nature m’a rappelé vers la meute Hotah, vers mes parents, mes amis d’enfance, et surtout vers ma louve.

Cassandra a suivi le chemin tracé pour nous autres, loup-garous femelles adultes : elle a rencontré son âme-sœur, ou Mate, ils se sont marqués et la voilà enceinte à même pas 25 ans. Mais qui suis-je pour la juger ? Même si elle est stressée par l’arrivée du bébé, elle semble très heureuse, et Chris à l’air d’un mec bien. Surtout si on considère qu’il a quitté sa propre meute pour jurer allégeance à la notre, et ainsi ne pas déraciner Cassandra de ses proches.


Mais pour ma part, cet avenir tout tracé ne me fait pas rêver. J’ai vu comment fonctionnait les humains et même s’ils ont de nombreux défauts, je trouve leur manière d’envisager une relation amoureuse beaucoup plus intéressante. On se rencontre, on flirte, on sort ensemble, on apprend à se connaître, on vit ensemble, et seulement après on organise une cérémonie d’engagement appelée mariage. Bon, ce n’est pas le cas de tous les humains, et certains restent en couple sans jamais se marier, ou se sépare après avoir juré de ne jamais le faire, mais le fait est qu’ils savent à peu près avec qui ils sont avant de dire oui pour la vie. Chez les loup-garous, ça ressemble plutôt à une émission de télé-réalité qui s’intitulerait « condamné à perpétuité avec un inconnu » : on se regarde, on sent le lien qui nous unit, on se marque - pendant une relation sexuelle, c’est encore mieux - , et on est obligés de passer toute notre vie ensemble. Pas de divorce possible, les personnes accouplées ne peuvent survivre si elles sont éloignées trop longtemps l’une de l’autre, même si elles ne se supportent plus. Elles meurent littéralement de chagrin. Certains se marquent même après seulement quelques secondes ! Tout cela me dépasse.

Je ne dis pas que je ne veux pas rencontrer mon compagnon, mais si cela n’arrive jamais ce n’est pas grave. Je peux très bien me satisfaire de relations de couple avec des personnes que je choisis, et pas qu’on m’impose.

Je suis sortie de mes pensées par ma mère qui me fait signe de l’autre côté de la grande cuisine. Je traverse rapidement l’espace, slalomant entre les personnes affairées à préparer le banquet.

« Ça va ma chérie, tu te sens à l’aise ?

Ma mère me sourit et je le lui rends.

- Bien sûr, tu sais que j’adore préparer à manger pour les autres.

- C’est certain, mais habituellement tu n’es pas entourée d’une dizaine d’autres cuisiniers, et j’ai beaucoup moins d’ustensiles à la maison.

- Ne t’en fais pas, tout va bien. Et puis Cassandra est là pour m’aider à m’intégrer.

Je vois son expression changer et je devine ce qu’elle va me dire. Je prends les devants pour m’éviter son discours.

- Excuse-moi maman, mais il faut vraiment que je te laisse. J’ai laissé en plan mes pâtes feuilletées, il faut que j’aille les garnir. On se voit pendant la soirée.

- Oh, tu sais, ce n’est pas trop mon truc, ces festivités. Mais ton père viendra sûrement. Je te laisse travailler, à plus tard. »

Je retourne à mon plan de travail, entre Sergio et ses marinades et Sasha qui décore des cupcakes dignes d’une pâtisserie haut de gamme. Je lui fais remarquer que ce sont des vrais chefs d’œuvres et elle me remercie timidement. Sasha est plus âgée que moi et je ne la connais pas très bien, mais tout le monde dit qu’elle n’est pas très à l’aise en société, qu’elle a un caractère réservé et même craintif.

Je termine de garnir mes feuilletés de farce avant de les mettre au four. J’ai un peu honte d’avoir menti à ma mère, car j’ai déjà terminé ma tâche et il reste plusieurs heures avant l’ouverture du banquet, mais c’est le premier évènement depuis mon retour dans la meute et je sais que je vais devoir endurer des dizaines de questions sur mes projets d’avenir, des monologues interminables sur les possibilités de rencontrer mon Mate ce soir et les opportunités à saisir, sans subir cela de la part de ma propre mère.

Ce soir la meute Honovi vient pour la grande fête annuelle qui réunit chaque printemps nos deux meutes. Honovi et Hotah sont les meutes les plus proches et elles sont alliées depuis des générations. Chaque année, l’une des deux reçoit l’autre lors d’une soirée, afin de réaffirmer l’alliance, parler des affaires courantes, et permettre aux loups célibataires d’en croiser d’autres en-dehors de leur propre meute. In fine, le but étant de constituer un maximum de couples et ainsi de pérenniser l’amitié des groupes et leur pouvoir. C’est d’ailleurs lors de la fête d’il y a deux ans que Chris et Cassandra se sont rencontrés, à ce qu’on m’a raconté. Pour ma part, je ne suis pas venue depuis 6 ans, et comme ma meute est plutôt petite, je sais de sources sûres et diverses que tout le monde compte sur moi pour que je sois l’attraction de la soirée de cette année.

En effet, lorsqu’un couple se reconnaît à l’une de ces festivités, il est d’usage que le mâle se transforme et hurle pour ameuter tout le monde. La femelle se transforme ensuite et se place avec son mâle, tous les invités forment un large cercle autour d’eux en criant et gesticulant. S’ensuit une rapide parade amoureuse avant que les deux loups se mordent pour se marquer, avant de s’éclipser pour aller copuler dans un endroit à l’abri des regards.

Autant dire que ce n’est pas, mais alors pas du tout, mon truc. J’appréhende donc beaucoup cette soirée. D’un autre côté, je suis curieuse de rencontrer des loups d’une autre meute, car je n’en ai pas beaucoup eu l’occasion. Mes parents m’ont laissé participer seulement deux fois au banquet, et ensuite je suis partie à l’université pour étudier et voir comment fonctionnait la vie chez les humains.

Je retourne récupérer mon sac au vestiaire, et trouve sans surprise une jupe noire et un chemisier blanc posé dessus. Ah, Cassandra ! Rien ne l’arrête. Je prends les vêtements et les pose sur le banc. Hors de question que je porte ça. De toute manière, si jamais je rencontrais mon âme-sœur, il se ficherait pas mal de comment je suis habillée. Et s’il était question de simple drague, je préfère être moi-même et mettre mes propres habits. Je sais que son idée est aussi de me forcer la main pour faire le service. Ils sont en sous-effectif et elle m’assure que c’est le meilleur moyen de croiser et pouvoir discuter avec tout le monde, mais cela ne m’intéresse pas. J’ai déjà concocté des plats pendant quatre heures gratuitement pour rendre service, il ne faut pas exagérer ! Le Bêta de la meute n’a qu’à revoir l’organisation de l’évènement s’il n’y a pas assez de monde pour la logistique.

Bon, pour être honnête, comme je l’ai dit à ma mère, j’adore cuisiner, ce n’était donc pas un gros service pour moi, c’était même plutôt un plaisir ! N’empêche que je ne dois pas donner l’impression que je suis corvéable à merci. Je suis revenue à la maison pour un poste particulier, que je commence lundi prochain, pas question que j’aide en cuisine tous les week-ends. Je vais établir un calendrier avec des dates au hasard pour cuisiner à la maison de la meute, histoire que personne ne puisse prévoir et s’habituer à ma présence comme main-d’œuvre gratuite. Même si j’avoue que j’ai adoré les compliments sur mon chili d’il y a deux semaines, et que j’aime particulièrement les équipements de la cuisine.

Je laisse Belle, ma louve, se dégourdir les pattes pour rentrer à l’appartement. Il est assez excentré du village de Moonlake où la meute Hotah s’est établie depuis des générations, et de mon boulot, mais le loyer n'est vraiment pas cher, les voisins tranquilles, et il était loué meublé. Malgré l’allure vive de ma louve, il me faut près d’une demi-heure pour l’atteindre. Je me transforme derrière la haie de la cour et enfile la robe que j’ai toujours dans mon sac pour ce type de situation, avant de regagner ma tanière. L’intérieur est vraiment petit, avec seulement une chambre et une pièce de vie qui comprend le salon et un coin cuisine. Je file sous la douche pour me débarrasser de l’odeur de friture qui m’imprègne, puis je m’accorde un moment cliché de diva : je me plante devant ma penderie, envisageant toutes les tenues que j’ai. Non, trop décontracté. Cette robe est trop sexy. Mon tailleur bleu, trop coincé. C’est toujours trop si, ou pas assez ça. Je voudrais simplement quelque chose de confortable mais élégant. Après vingt minutes je commence déjà à avoir chaud, je vais perdre le bénéfice de ma douche à me changer encore et encore. Après tout je ne joue pas ma vie, c’est simplement une soirée où je suis censée m’amuser. J’opte donc pour mon jean favori, et pour la touche d’élégance une blouse lilas vaporeuse. Pas de talon aiguille, je me souviens que les tables sont dressées dans le jardin de la maison de la meute, et pas question de s’enfoncer dans l’herbe avec des escarpins. De toute manière j’ai tendance à intimider vu que je suis grande pour une femme, alors des chaussures plates seront très bien.

Je me souviens alors que je suis de retour parmi les loups, et que ma taille n’a pas d’incidence dans la meute vu que je suis plutôt basse dans la hiérarchie. Mon faible statut importait peu aux humains, mais ici les choses sont différentes. Même en faisant une tête de plus qu’un homme, s’il est plus haut placé, il ne sera jamais impressionné.

Déjà 17h30. Les invités d’Honovi doivent déjà être arrivés, la maison de la meute doit être en effervescence. J’imagine notre pauvre Alpha Dan en train de serrer des mains à tour de bras. Je ne peux m’empêcher de sourire à cette idée. L’Alpha de ma meute est du genre ermite, à gérer les affaires importantes mais à ne se déplacer qu’en cas d’obligation absolue. Ce n’est pas du tout un mauvais chef, mais son caractère est plutôt solitaire. C’est surtout son Bêta qui se montre à la population, l’Alpha gouverne dans l’ombre.

Je sèche mes cheveux et les laisse libres, je fais l’effort de me maquiller, sans trop en faire. Je n’ai plus le temps, ce serait grossier de ma part d’arriver après le discours des Alphas. Pour ne pas gâcher mon apparence, je décide de prendre ma voiture. Je l’ai acheté lors de ma première année de fac et je l’adore. Elle n’a rien d’exceptionnel, c’est une vieille Chevrolet Cavalier jaune. Mais c’est la première chose qui a vraiment été à moi, et qui m’a fait me sentir adulte.

Je roule à vive allure, espérant ne pas me faire remarquer par mon retard. Je pensais arriver sur place plus tôt, mais j’avais mal prévu le temps qu’il me faudrait pour faire l’aller-retour jusqu’à mon appartement et pour me préparer. Tout ça pour ressembler à la Anna de tous les jours ! Je traverse pendant de longues minutes des étendues de forêts que la route scinde en deux, avec de temps à autre des petits lotissements. Les loups-garous sont friands d’espace, aussi le territoire est vaste, bien que le nombre d’habitants peu impressionnant. Cela rend la zone difficile à couvrir pour en assurer la sécurité, mais fort heureusement notre meute vit en paix depuis un bout de temps.

Le parking de la maison de la meute est blindé, mais je trouve quand même une place. Je me fonds dans la file des personnes qui contournent la majestueuse demeure pour rejoindre la terrasse et le jardin. Ouf, je ne suis finalement pas aussi en retard que je le pensais.

La bâtisse est un bâtiment colossal à deux ailes, avec en son centre la partie administrative, comme une mairie pour une commune d’humains. Le bâti est en pierre, sans âge, et allie majestuosité et élégance. Même si sa taille est imposante, il ne comporte pas beaucoup de fioritures. Ma meute n’est pas du genre à faire étalage de richesses, de statues ou d’ornements. Elle aurait plutôt comme devise « efficacité et bienveillance », ce que j’apprécie. Après, cela reste un clan fondé sur le principe de dominance : certains pourraient penser que notre système est tyrannique, et d’un côté c’est la vérité. Chacun doit connaître et respecter sa place dans la hiérarchie, sous peine de sanction, et même de mort. Mais nous avons la chance d’être bien gouvernés, même les subalternes ont le droit de s’exprimer et d’être entendus. De toute manière, c’est dans notre ADN de nous conformer à ce mode de vie. Je suis en bas de l’échelle sociale, car je suis issue d’une famille d’Omégas, des loups qui ont moins de force, et qui sont destinés à obéir. Pour autant, à Moonlake, les brimades et les démonstrations de pouvoir ne sont pas tolérées, sauf s’ils répondent à un affront antérieur.

Je repère facilement Cassandra qui tient un plateau croulant de verres vides, et qui semble totalement dans son élément. Elle ne me remarque pas et je décide de ne pas la déconcentrer. C’est plutôt pour ne pas être enrôlée de force ? Mais pas du tout, enfin !

Il y a foule sur la terrasse, les gens ont tous des coupes à la main, et je me fraye un chemin, cherchant un visage connu. C’est finalement assis sur un banc avec un ami que je vois mon père. Je le salue et nous discutons quelques minutes avant que je ne reparte vers un groupe composé d’anciens camarades du lycée. Mon père semble dans son élément, trop content de participer à des mondanités et de voir des amis de la meute Honovi.

« Anna ! Quel plaisir de te revoir parmi nous, me dit gentiment Jon.

- Salut les gars ! Ouais, ça fait un bail !

- Tu es de retour depuis quand ? Me demande Gina.

- Quelques semaines seulement. Désolée de ne pas avoir cherché à vous voir, j’ai été pas mal occupée avec mon emménagement et ma formation pour reprendre le poste de Rachel.

- Ah oui, j’ai entendu dire que tu prenais sa place bientôt. C’est imminent non ?

- Oui, absolument, en fait lundi prochain je me retrouve dans le grand bain ! Elle m’a montré tout ce que je devais savoir ces deux dernières semaines, et c’était son dernier jour hier.

- Elle va nous manquer, reprend Gina. Ne te méprends pas, on est super contents que tu sois revenue, mais Rachel, tu vois quoi.

Je sens qu’elle est un peu émue et gênée.

- Oui, je sais, répondis-je. C’est quelqu’un de formidable, tout le monde l’aime. Mais c’est une bonne chose pour elle. Sa fille et ses petits-enfants lui manquent trop. Elle a raison d’aller les rejoindre, et elle a promis de revenir au moins une fois par an.

Je trouve soudain l’atmosphère plus aussi joyeuse qu’elle ne devrait l’être. Je jette un regard à Josh, le bout-en-train du groupe, qui a l’air de penser la même chose.

- Bon, dit-il en se frottant les mains. C’est pas tout ça mais je ne suis pas venu pour avoir la larme à l’œil, mais plutôt pour me remplir le ventre, boire beaucoup trop et me dégoter une jolie gonzesse.

- Bien dit !

- Alors, on prend les paris sur le couple qui va se découvrir ce soir !

Je lève les yeux au ciel à la remarque de Josh. Lui non plus n’a pas encore rencontré celle qui lui est destiné.

- Pourquoi pas toi, hein ? Lance Gina. Beaucoup misent sur notre revenante Anna, mais toi aussi tu es célibataire !

- Faut dire que les choix sont restreints, vous n’êtes pas nombreux du tout, commente Kristen, la plus jeune de la bande. Je veux dire, des jeunes qu’on connaît, il y a donc vous deux, et qui d’autre ?

Je ne participe pas à la conversation, espérant qu’ils finissent par oublier que je suis sûrement la seule femme non accouplée de la meute ! Je perds le fil, Jon et Gina trouve deux autres mecs de moins de 30 ans.

- Et puis il y a aussi notre Alpha et notre Bêta ! S’exclame Josh. On les oublie, mais ce serait bien qu’ils trouvent leur Mate, ça consoliderait notre pouvoir. On est déjà une petite meute.

Je me risque un commentaire humoristique

- Vous imaginez Alpha Dan en couple vous ?

Le groupe rit et à ce moment-là j’ai une sensation très étrange qui m’envahit toute entière. Tout le monde se tait, l’aura des Alphas et Bêtas des deux meutes sortant ensemble sur la terrasse nous pousse tous à la soumission. Je me souviens parfaitement de ce que l’on ressent dans ce moment-là, lorsque les dominants diffusent leur pouvoir, mais ce que j’éprouve à cet instant est différent, il y a quelque chose en plus. Quelque chose de plus fort, qui m’incite à lever les yeux. Pourtant le protocole l’interdit, je dois attendre, comme tout le monde, qu’Alpha Dan parle pour relever la tête. Je lutte de toutes mes forces pour continuer à fixer mes pieds, mon corps tout entier vibre. Ma louve pousse des gémissements dans ma tête, me rendant presque sourde à mon environnement. Elle d’habitude si calme est complètement surexcitée.

Soudain, une chaleur s’insinue en moi, un désir incontrôlable qui me pousse à serrer mes jambes l’une contre l’autre et à contracter mes cuisses. Je comprends tout à coup ce qu’il m’arrive. Mon âme-sœur est présente, et je ressens le lien. L’attirance est tellement forte, alors que je ne l’ai pas encore vu, que je comprends mieux pourquoi les loups-garous se marquent et baisent quasiment immédiatement une fois qu’ils se reconnaissent. Je dois concentrer toute mon énergie pour ne pas bondir sur la terrasse et me jeter sur l’objet de ma convoitise, que je n’ai même pas pu encore repérer. Je regarde toujours le sol et je ne perçois donc que son odeur, une senteur inconnue qui m’est pourtant complètement familière, comme une fragrance d’enfance, qui me fait me sentir en sécurité. Mais en plus de ça il y a un arôme forestier, boisé, et une note oh combien désirable.

J’entends mon Alpha qui commence son discours de bienvenue, mais je ne regarde toujours pas l’estrade. Je sens, non je sais, que mon compagnon est dessus, et qu’il me regarde. Je mords ma lèvre inférieure pour ne pas gémir face à l’excitation qui me traverse de part en part. J’entends alors un grognement sourd, et Alpha Dan s’interrompt. C’est plus fort que moi, je relève la tête pour voir qui a émis ce grondement si sexy et sauvage.

- Pourquoi Bêta Chase est si bizarre tout à coup ?

- Et qui est-ce qu’il regarde comme ça ?

Les murmures m'entourent. Nos regards se croisent une seconde à peine, et je détourne précipitamment le mien. Mon dieu que ses yeux bleus m’appellent ! Ça n’arrange pas mon état, qui est de plus en plus incontrôlable. Je vais devoir m’éloigner, ce n’est pas possible autrement. Mais un départ alors qu’Alpha Stanley prend à son tour la parole n’est pas possible, sous peine de représailles. Sans compter que je ne veux pas me faire remarquer. Belle continue à gémir et sauter dans mon esprit.

Je réfléchis à tout allure. Ce Bêta Chase est donc mon Mate. Je ne sais même pas si c’est celui de la meute Honovi ou de la mienne, étant donné que j’étais absente lorsqu’il a repris cette place. Peu importe, ce n’est pas du tout le moment de toute façon. Il s’attend sûrement à ce qu’on se marque devant tout le monde, là, une fois le discours terminé.

Le discours, oui voilà ! Réfléchir m’aide à me calmer et à reprendre mes esprits. Mon désir reflue peu à peu, mais je sens le sien, toujours très présent. Pourtant, il me paraît contenu. Bien, il sait se tenir un minimum au moins ! Donc le discours. Il ne tentera rien tant que les Alphas parlent. Bien, quelques minutes de répit. Que dois-je faire ? Le mieux serait de profiter de ce court moment où il s’osera pas agir pour m’enfuir. Mais il faut que je le fasse discrètement, pour ne pas attirer l’attention.

- Tout va bien Anna ? Me demande Gina.

Je risque un regard vers mon amie, qui à l’air vraiment inquiète.

- Oui, oui, parvins-je à répondre d’une voix blanche.

- Tu es sûre ? Tu es toute rouge, et tu n’as pas l’air dans ton assiette. Bêta Chase te pousse à la soumission, c’est ça ?

- Hein? Non, pourquoi dis-tu cela ?

- Il te regarde avec beaucoup d’insistance et d’intensité, comme si tu lui avais fait un affront, ou quelque chose du genre.

La curiosité l’emporte et je relève mon regard vers lui. Mauvaise idée, il est encore plus beau que ce que j’avais entre-aperçu plus tôt.

- En fait non, tu as raison, je me sens mal.

Je vois les yeux marrons de Gina se voiler, signe qu’elle envoie un message télépathique. Quelques secondes plus tard, elle me murmure à l’oreille.

- Viens, il faut que tu t’assois.

Je me laisse entraîner, chancelante.

- Alors, dis-moi ce qu’il y a, demande-t-elle de nouveau quand je suis assise sur le muret, de l’autre côté de la maison de la meute.

- Je ne sais pas, un étourdissement. Je dois faire de l’hypoglycémie, je n’ai pas mangé à midi, j’étais occupée en cuisine.

C’est un mensonge mais je le trouve crédible, et visiblement Gina aussi.

- Mais il faut vite y retourner, et que je m’excuse, m’étranglé-je.

- Ne t’en fais pas, Alpha Dan m’a donné son accord.

- Oh, soupirais-je soulagée. Merci Gina.

- Je t’en prie, elle a très bien compris. Elle aussi a remarqué que tu étais fébrile.

- Je ne la savais pas observatrice !

Je tente l’humour pour détourner sa curiosité. Mais je suis aussi sincèrement étonnée, Alpha Dan, ou plutôt Daniela, n’est pas réputée pour sa sollicitude.

- Depuis que Chase est son Bêta, elle est moins renfrognée. Je t’assure, il a une influence très bénéfique sur elle.

Donc Chase est bien le Bêta de ma propre meute. Merde, il ne va donc pas repartir demain avec le reste des Honovi. De toute manière je me fourre le doigt dans l’œil en imaginant qu’un mâle qui trouve sa Mate accepterait de repartir sans l’avoir marquée.

Le brouhaha des conversations nous parvient, ce qui signifie que les discours sont achevés. Vite, une idée.

- Gina, tu irai me chercher un truc à grignoter s’il te plaît ?

- Bien sûr, bien sûr. Ne bouge pas, je reviens. »

Tu peux compter dessus ! Je regarde mon amie dans sa belle robe noire s’éloigner, puis je prends mes jambes à mon cou. Derrière le premier bosquet que je trouve je me déshabille à toute vitesse, laisse mes affaires sur place et cède la place à Belle.

« Vas-y ma beauté, cours le plus vite possible »

Elle est loin d’être ravie, elle préférerait rejoindre son compagnon, et certainement se laisser marquer et baiser la minute suivante, mais comme toujours elle accepte que je sois celle qui décide, et elle file à la vitesse du vent. Comme je le disais, je suis basse dans la hiérarchie, je dois donc prendre un maximum d’avance. Car je devine aisément que mon compagnon ne va pas être content que je me sois enfuie, et qu’il va me poursuivre dès que ses obligations de Bêta le lui permettront. J’ai senti et vu qu’il était très puissant, il doit donc courir beaucoup plus vite que moi. Mon odeur va aussi être très facile à suivre pour lui.

Merde, pourquoi je n’ai pas pris ma voiture ? Mais quelle idiote, il n’aurait pas pu suivre ma trace ! Parfois ma stupidité me dépasse moi-même !