Pour toujours, mon amour

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Résumé

Quand Alice lui tombe dans les bras, la foudre lui tombe dessus. Alessandro ne sait pas qu'elle fuit, mais il a besoin de la protéger, de l'aimer. Fou d'elle, il fera tout pour qu'elle soit heureuse avec lui.

Genre :
Romance
Auteur :
Mireille Defretin
Statut :
En cours
Chapitres :
33
Rating
4.8 45 avis
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

Il est environ deux heures du matin, je suis en train de mettre mes affaires dans un sac de voyage que j’ai trouvé sur une étagère de la cave. Cette même cave qui me fait office de chambre. Un jean, un short, une jupe, un tee-shirt, un top et une chemise, plus deux ou trois culottes. Voilà toute ma garde-robe, mais tant mieux, car je ne dois pas trop me charger. Avec mes ongles, je décroche l’ordinateur portable que j’avais scotché derrière la commode et sort l’appareil photo d'une boîte à chaussure. Ma brosse à dents, mon dentifrice et mon shampoing et ma brosse. Voilà, mon sac est fait. Maintenant la serrure. Le tournevis est caché dans un trou que j’ai fait dans mon oreiller. J’ai commencé à desserrer les vis les nuits précédentes, une, deux, trois, quatre. Faites que ça marche. J’arrête de respirer et tire sur la gâche, super, la porte s’ouvre. Je revisse la gâche et mets le tournevis dans ma poche. Doucement, il ne faut pas que je les réveille, sinon je suis foutue et ce sera bien pire. Mon sac sur les épaules, je monte les marches, toutes les cellules de mon corps tremblent. En haut de l’escalier, je me retourne lentement et regarde encore une fois ce qui a été ma chambre pendant vingt-deux ans. J'attrape la clé accrochée à un clou sur le mur et referme la porte avec, sans faire de bruits. Immobile, l'oreille aux aguets, je n'entends que le silence, rien de bouge. Sur la pointe des pieds, j’avance vers la sortie, ouvre avec précaution les serrures de la porte d'entrée, sors et la referme sans bruits. Ensuite, le portail du jardin, le chien du voisin aboie. Non, il va tout faire foirer ! Je sors aussi vite que possible dans la rue et rase les murs jusqu’à ce qu’il ne puisse plus me voir. Là, je cours, je cours pour sauver ma vie. Il faut que j’atteigne la gare routière d'Aubagne, le bus est à cinq heures et demie. Je regarde mon portable, il est trois heures et demie. Tout à coup, je me tape sur le front. J’ai oublié d’enlever la géolocalisation, vite, voilà, ouf. Je garde encore quelques jours mon portable, pas parce que je vais les contacter. Mais, certainement qu’ils vont m’appeler et tant qu’ils le feront, ça voudra dire qu'ils ne savent pas où je suis. À peu près une heure de marche, jusqu’à la gare routière. En espérant ne pas faire de mauvaises rencontres, je pense à l’emploi que je vais occuper. C’est un chasseur de tête qui m’a recruté à l’université où j’ai fini mes études d’architecte d’intérieur. Oui, je pouvais étudier, c’est la seule chose qu’il m'autorisait à faire. Cela m'a permis de ne pas sombrer dans la folie.

Au fait, je m’appelle Alice Garnier, j’ai vingt-cinq, je suis H.P.I.. Je connais beaucoup de choses en théorie, mais rien, ne serait-ce que sur la vie de famille. Il m’a élevé de façon à ce que je ne connaisse presque rien sur tout ce qui concerne les rapports humains. J’avais le droit d’aller en cours, mais je ne devais surtout pas regarder les gens et encore moins leur parler. Les élèves et les profs pensaient que j’étais autiste. Il me disait tous les jours avant que je parte en cours, qu’il le saurait si j'adressais la parole à une personne et qu'alors je me souviendrai longtemps de ma punition. Les quelques fois où il m’est arrivé de dire pardon ou merci à quelqu’un devant lui, en récompense, j’avais une brûlure de cigarette en plus sur le dos. Je dois en avoir une quinzaine, je le hais tellement cette ordure. J’essuie une larme et vérifie qu’il ne soit pas derrière moi. Enfin, à la gare routière, il n'y a personne. Je me dissimule à la vue, derrière des voitures. Les gens arrivent avec les premières lueurs du soleil. Normalement, Garnier se lève à cinq heures trente et moi à six heures trente. Pourvu qu’il ne lui prenne pas l’idée d’aller vérifier. Mon cœur bat à tout rompre. Il est cinq heures trente, j’ai payé mon ticket jusqu’à Hyères, dans le Var. Heureusement que mes grands-parents m’ont ouvert un compte pour lequel ils m’ont fait jurer de ne jamais lui dire. Je pense qu’ils savaient qu’il se passait quelque chose, mais il fait peur à tout le monde. Enfin, le bus se met en route, est-ce que c’est possible ? J’y suis arrivée ? Une crise de panique commence à se faire ressentir, je dois me calmer. Inspire, expire doucement. Tout tourne autour de moi, alors je me pose bien sur le dossier de mon siège et dirige la buse d’air conditionné vers moi. La personne à côté de moi, me demande si si je vais bien. Avec un sourire, je coupe court à la conversation. En fait, mon boulot se trouve à Bormes-les-Mimosas. Quand le chasseur de tête m’a annoncé que je serai logée et nourrie. J’ai tout de suite accepté, qui ne le ferait pas, en tant que débutante, c’est merveilleux et surtout, je pouvais me barrer de chez mon tortionnaire. Le voyage jusqu'à Hyères s'est bien passé, ma voisine a passé son temps à regarder des vidéos sur son portable, parfois, elle émettait de petits rires. Je descends du bus, à la gare d'Hyères et attends la correspondance. Quand le bus pour le Lavandou arrive, rien que le nom de la ville me donne envie de sauter de joie. C’est là que quelqu’un devrait venir me chercher.

Enfin, je suis arrivée. En descendant du bus, je respire à fond. Il fait super chaud, les cigales s’en donnent à cœur joie. Mais, aujourd’hui, premier août deux mille vingt-deux, c’est le premier jour de ma nouvelle vie. Cherchant autour de moi la personne qui doit me récupérer, j’en vois un homme qui porte une pancarte, je m’approche, c’est mon nom.

Bon, maintenant, il va falloir m'adresser à cette personne, et ça, j’ai du mal. Non que je ne sache pas parler, mais comme je n’avais pas le droit de le faire, ça m’intimide énormément.

-Hum. Bonjour, lui dis-je avec le sourire.

-Bonjour, me répondit-il, vaguement, en continuant de scruter la foule.

C’était un homme d’une trentaine d’années qui avait l’air de prendre grand soin de lui, d’allure assez élégante et de taille moyenne. Ses cheveux étaient châtains clairs, bien coiffés et ses yeux marron.

-Pardon, monsieur.

Il tourne les yeux vers moi, en haussant un sourcil. Je lui montre la pancarte et me montre du doigt.

- Je suis Alice Garnier.

Surpris, il me détaille, d’une façon que je n’aimais pas. Je ne pense pas être si jolie, me trouvant plutôt banale de visage et de corps. Mes yeux sont noisette, mes cheveux noirs et bouclés sont coiffés en chignon et tenus par un crayon. Je suis vêtue d’un short et d’un tee-shirt blanc.

-Mais vous êtes une enfant ! S’exclama-t-il. Vous êtes vraiment Alice Garnier ?

Une chose que j’avais oublié de vous dire, je parais bien plus jeune que mon âge.

Timidement, je lui souris, mais aussitôt, mon sourire retombe en entendant mon portable sonner. Je l’ignore et réponds à mon interlocuteur.

-Oui, c’est moi. Le chasseur de tête m’a dit qu’il vous préviendrait, car lui-même ne croyait pas que j’ai vingt-cinq ans.

L’homme haussa les épaules.

-Ça va nous changer de la vieille, dit-il, en ramassant son sac, tout en continuant de me la regarder. Vous faites à peine dix-huit ans.

-On me le dit tout le temps. Je soupire.

Il se présenta en lui tendant la main.

-Je suis Maxime Legrand, le directeur de l’entreprise Guerrini. Venez, la voiture est garée là.

Le regard qu’il posait sur moi commençait à vraiment me déranger. Et ce satané portable qui sonne encore, je rejette l’appel.

Il met le sac à l’arrière d’une Méhari blanche et nous partons. On ne roule pas longtemps, la propriété se trouve aux abords de la ville de Bormes-les-Mimosas. Maxime prend un chemin qui monte jusqu’à une grande bâtisse et se gare à l’ombre des arbres. Comme l’indique le nom de la ville, il y a beaucoup de mimosas, dont la floraison était finie depuis bien longtemps, et des pins parasol, dont la résine chauffée au soleil embaume les lieux. Les cigales sont encore plus présentes qu’au Lavandou. La bâtisse est immense, de style provençal, avec les volets couleur lavande. Et la façade est toute en pierres apparentes. Deux grandes jarres, débordantes de géranium multicolore, encadraient la porte d’entrée. Des pieds de lavande, cernés d’abeilles, entouraient les plus gros arbres. Je souris et tourne sur moi-même en regardant la cime des arbres au-dessus de moi. C'est bien mon Sud tant aimé.

-Le studio, au bout de la maison, sera votre chez-vous, me dit Maxime en avançant. Vous pourrez utiliser la piscine, même pour faire du topless, si vous voulez, Appuya-t-il avec un clin d’œil.

Je prends le parti de l’ignorer.

La porte-fenêtre du studio donne directement sur le jardin, devant trônent deux jarres plus petites que celles de la porte principale. Il me devance pour poser mon sac.

-Bienvenue, formula-t-il en souriant et me détaillant des pieds à la tête. Appelez-moi si vous avez besoin de quelque chose. Votre téléphone...

-Oui ?

-Vous ne répondez jamais.

-Si, si, je vais le faire. J'entre dans le studio. C’est un cinq étoiles ! M'exclamé-je en souriant.

Il me rend mon sourire.

-Nous n’allons pas tarder à déjeuner, venez nous rejoindre dans trente minutes.

-D’accord, merci.

Je ferme la porte.

« Il est lourd, lui, beurk ! »

Mon portable sonna encore. L’angoisse me presse la poitrine, alors que les larmes me montent aux yeux, mais je refuse l’appel et le pose sur la table basse.

Avant tout, ouvrir les fenêtres et les volets. Le studio est bien aménagé. La petite cuisine américaine, le salon. Ébahie, en ouvrant les portes, je découvre le lit escamotable et la salle d’eau.

-Oh oui, une douche. M'écrié-je, avec un soupir de soulagement.

En cherchant dans mon sac, j'en sors ma jupe longue en tissu provencal et un chemisier blanc. La musique de mon portable à fond, je me douche et m’habille en chantant et dansant comme à mon habitude. Je danse sur « Easy lover » de Phil Collins. Virevoltant, chantant, je sors enfin du studio et rentre dans une surface dure, ouf ! Quelqu’un rit doucement et retire les cheveux que j’ai sur le visage et les met derrière mes oreilles, tout en me maintenant par la taille. J’accuse un peu le coup et comprends que je suis dans les bras d’un homme. Je lève la tête et ne vois rien d’autre que sa bouche et une barbe fournie, car j’ai le soleil dans les yeux.

-Ça va, mademoiselle Garnier ? Demande-t-il d’une voix grave avec un sourire qui me fait rougir.

En repoussant ses mains qu'il a toujours sur ma taille, je lui réponds timidement.

-Oui, merci, vous pouvez me lâcher, s’il vous plait ?

-Oui, pardon.

Il se recule, je fais quelques pas à l’ombre et vois l'homme. Il fait facilement une tête de plus que moi et je mesure un mètre soixante-dix. Ses vêtements semblent prêts à exploser sous la pression de ses muscles et il porte la barbe et les cheveux longs, d’un noir profond. Mais ses yeux me font sursauter, je ne savais pas que cette couleur existe chez les humains. Ils sont dorés et hypnotisants, me faisant penser à des yeux de lion. Il me sourit et me tend la main. Je sens la chaleur me monter aux joues.

- Alessandro Guerrini.

Avance timidement vers lui, je lui serre la main.

-Enchantée, monsieur Guerrini, je suis Alice Garnier. Euh, pardon, vous le savez déjà.

Sa main est chaude et rugueuse. Mais la mienne est engloutie dans celle d’Alessandro, il a l’air surpris, la regarde et maintient la sienne ouverte comme s’il relâchait un petit oiseau. Je la retire rapidement et la mets derrière mon dos.

Il sourit et me fait signe de passer devant. La main sur le bas du dos pour me guider vers l'entrée de la maison, je ressens la chaleur qui passe à travers le tissu de mon chemisier. Cette promiscuité me surprend, mais ce n’est pas inconfortable, c’est une découverte.

-Mamma ? Appelle-t-il.

Ok, ils sont italiens, ça me va, je le parle et le comprends.