A body almost dead in the ocean
Je veux mourir.
L’eau. Elle crépite autour de moi. L’effet des petites vaguelettes contre ma peau. C’est calme. Aucune secousse. Aucune violence. Aucun bruit. Juste le silence, le doux silence. Enfin pas exactement, le vent souffle, doucement, comme une mélodie, une berceuse. Cela aurait pu être agréable, dans d’autres circonstances. Je n’ai même plus froid. Non c’est vrai je n’ai plus froid. Au début si, j’ai eu horriblement froid. Le contact avec l’eau salée m’a glacée instantanément, sans crier gare. Puis elle a continué à me ronger l’épiderme très longtemps après. Pendant que je luttais pour maintenir la tête hors de l’eau mais même après, quand je me suis finalement laisser porter par une branche je suppose. Le froid m’a quitté bien après. Je ne sens plus grand-chose en réalité.
Je flotte. Je ne sais plus si la branche est toujours près de moi, j’imagine que oui car je ne coule pas. Peut être que le corps humain flotte. L’eau salée fait sans doute flotter. Pourquoi elle me fait flotter ? Pourquoi elle ne m’engloutis pas maintenant ? Ce petit jeu n’a-t-il pas assez duré ? Je ne veux plus jouer. C’est terminé. J’ai perdu je l’avoue, tu peux m’engloutir. S’il te plait.
La lune. Quelle belle chose. C’est un astre. Le seul satellite que possède la Terre. Notre planète. Quelle belle chose. Elle me regarde aussi, c’est obligé. Elle est juste au-dessus de moi. Non, c’est moi qui suis juste en dessous d’elle. Elle était là bien avant moi, bien avant nous. Elle était là avant. Tout avant. C’est donc moi qui suis juste en dessous d’elle. Elle m’éclaire le visage. Elle doit se refléter dans mes yeux. Mes yeux qui sont encore ouverts, j’ignore pourquoi. Pourtant, j’ai terriblement envie de les fermer. Je veux me reposer. C’est l’heure je crois. Quelle belle chose. Cependant, la lune n’est qu’un simple point. Notre ciel est noir, la nuit et la lune est blanche. Elle n’est qu’un petit point dans ce sombre noir. C’est vrai quand on y pense, les gens disent qu’ils trouvent la lune magnifique alors qu’il ne s’agit que d’une tache. Non, il y’a les étoiles. Des points encore plus minuscules que la lune alors qu’il peut s’agir en réalité de galaxies entières bien plus grandes que la nôtre. Il n’y a pas d’étoiles aujourd’hui, le temps est aux nuages.
La pluie. Tiens mon visage est à présent humide. C’est juste une pluie fine. Elle me chatouille les joues. Ce n’est pas si désagréable. Ce n’est pas froid. Je n’ai plus froid, je l’ai déjà dit. C’est amusant d’entendre les gouttes d’eau tomber dans l’océan. C’est un bruit bien particulier. Qu’est-ce que je fais là ? Il y a une odeur aussi, familière. L’orage a cette senteur. Mais il manque l’herbe mouillée. D’habitude quand je sens l’orage je sens le gazon humide. J’aime m’y allonger. C’est agréable. Comme un autre univers. Personne ne va dehors les temps de pluie pour se coucher par terre et regarder le ciel droit dans les yeux. « Pourquoi tu pleures ? » Je ne pleurs plus. J’ai pleuré. C’était quand j’avais froid. J’avais peur. J’avais peur parce que personne n’était avec moi. J’avais peur alors je m’agitais, me fatiguais pour que quelqu’un vienne, pour que quelqu’un vienne avec moi, me parle. J’avais la peur. Je n’ai plus peur. Non plus de peur, même elle, elle est partie. Il n’y a plus rien mais j’ai plus peur.
Je respire. Je sens ma poitrine se gonfler et se dégonfler. Pourquoi tu fais ça ? Arrête, tu sais ça ne me dérange pas, pas du tout. Pourquoi je respire ? Je pourrais arrêter et aller dormir. Je vais arrêter et aller dormir. Mais pourquoi je n’arrive pas à arrêter ? Je veux vraiment aller dormir à présent. Je ne mens pas. J’ai déjà essayé. J’ai déjà essayé de ne pas vouloir m’endormir. J’ai déjà essayé. Je crois que j’en ai perdu la voix. J’ai crié, fort pour que l’on m’entende. Je voulais que l’on vienne. Je voulais que l’on vienne pour moi, pour m’aider. Pour me sauver. Me sauver ? Mais de quoi ? Je n’en ai plus besoin. L’océan va bien vouloir. Il va bien finir par me vouloir. J’ai déjà essayé. Je le promets.
Mon doigt. Il bouge. Pourquoi il bouge ? Autour de lui des ondes se forment. Elles sont infimes. Il y a de la vie. Encore. Pourquoi ? Je crois que mon doigt vérifie s’il y a de la vie. Encore. S’il y en a il n’y en a plus beaucoup. Avant oui, il y en avait, je crois. Bien avant. Bien avant la peur. Bien avant le froid. Oui bien avant il devait en avoir. Je n’aime plus la vie. Elle est fatigante maintenant. Mais j’ai souri. Oui j’ai déjà souri. Même ri il me semble. Bien avant je devais peut-être l’aimer la vie. Bien avant. Mais j’étais qui avant. Pourquoi je suis sous la pluie à présent ? Je l’ignore. Des éclaboussures. Ça c’est sûr. Des bourdonnements peut-être. Je ne sais plus. Je n’ai plus envie de savoir. Je savais avant mais plus maintenant. Ça ne sert à rien lorsque l’on dérive sans but dans un océan glacé. Ça ne sert à rien quand plus rien nous raccroche à une once d’espoir. J’ai plus d’espoir, je n’en veux plus. J’ai déjà dit j’ai perdu. L’eau l’a vu, la lune l’a vu, la pluie l’a vu mon corps l’a vu, tout le monde l’a vu. C’est bon là.
Le cerveau. La pire des choses c’est de le sentir totalement vriller. C’est fatiguant. Je n’en peux plus. Je n’ai pas peur, je n’ai pas froid, je ne suis pas triste. La fatigue. De l’épuisement. C’est ce que j’ai en ce moment. Je n’arrive plus à ressentir quoi que ce soit. Je me sens vide. Vide. Vide. Vide. J’aimerais juste dormir maintenant. Je veux fermer les yeux. Je veux le calme dans ma tête. Le calme. Je veux le silence, maintenant et pour toujours. S’il te plait. Je veux que mes pensées se taisent, à jamais. Je ne peux pas simplement continuer à dériver ainsi, ça ne mène à rien, à rien du tout. L’océan n’est pas fait pour les humains, je n’ai pas ma place dans l’océan, autant arrêter non ? Non ?! Et si on terminait ce petit jeu ? Hien ? Je t’en prie.
L’eau. Elle crépite autour de moi. L’effet des petites vaguelettes contre ma peau. C’est calme. Aucune secousse. Aucune violence. Aucun bruit. Juste le silence, le doux silence. Enfin pas exactement, le vent souffle, doucement, comme une mélodie, une berceuse. C’est agréable, l’eau m’engloutie.
Je veux mourir.