Chapitre 1
Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été une grande fan d’urbex. Je regardais souvent des vidéos sur ce sujet et je trouvais ces explorations intrigantes et mystérieuses. J’avais donc décidé de tenter moi aussi l’aventure de l’urbex et j’avais une cible toute trouvée pour ma première vidéo.
Je vis dans une petite ville côtière et dans les années 90, c’était un lieu touristique assez prisé. De ce fait, un aquarium avait été construit pour attirer davantage de public. Cela avait bien fonctionné durant une décennie et puis, il avait fermé par manque de moyens alors que le tourisme déclinait dans le coin.
On disait que il avait brutalement mit la clé sous la porte sans même prendre la peine de déplacer les animaux qui s’y trouvaient. Ce qui signifiait que l’endroit avait des bassins remplis de restes de poissons et autres créatures marines. En bref, un lieu glauque qui était parfait pour un urbex.
Je me préparais donc pour cette exploration. Dans un sac à dos, je mis une lampe torche, mon téléphone et une batterie de secours au cas où mon téléphone tomberait en rade.
La nuit tombée, je me mis en route. L’aquarium était entouré de grillages mais aucun garde ne surveillait le lieu. Je m’y faufilait sans aucun problème. Je me filmais rapidement devant la bâtisse en expliquant ce que j’allais faire et j’entrais à l’intérieur par la porte qui ne fermait plus complètement.
Une odeur de moisi et de poussière me prit à la gorge me faisant tousser bruyamment. Ce n’était pas très agréable mais je continuais d’avancer en regardant autour de moi. Autrefois, les pièces devaient être richement colorées au vu des restes de peinture écaillée un peu partout. A la lumière de ma lampe torche, je pouvais apercevoir sous la crasse et les toiles d’araignées poussiéreuses ce qui semblait être des fresques représentant des animaux marins . Il n’y avait pas d’électricité ici aussi je devais faire très attention où je mettais les pieds. Néanmoins, cela me semblait globalement propre malgré les années. Cela faisait bien trente ans que personne ne paraissait avoir mit les pieds ici. Cependant, le bâtiment était encore dans un assez bon état. ce qui m’étonnait un peu mais si il n’y avait aucune activité en ces lieux depuis des années, peut-être que ça pouvait expliquer que cet endroit soit aussi bien conservé malgré les années.
En commençant mon périple dans cet environnement sinistre où le bruit de mes pas resonnait au milieu du silence pesant, je commençais à découvrir les vestiges de cet aquarium. Il y avait plusieurs salles différentes chacune du nom d’un des océans. Je débouchais sur la partie Atlantique. C’était un long couloir couvert de parois en verre qui devaient donner autrefois sur un bassin gigantesque. Aujourd’hui, il n’y avait plus d’eau et à travers les vitres crasseuses, je distinguais ce qui semblait être des requins momifiés. Je déglutis avec difficulté en songeant à la souffrance de ces pauvres animaux qui avaient été abandonnés en même temps que le bâtiment.
Mourir de faim ou d’asphyxie, quelle mort horrible. Je détournais mon regard et ma caméra de cette scène et je continuais d’avancer le long du couloir. Je commentais par moments ce que je voyais mais il n’y avait pas grand-chose à dire pour le moment. Je fini par déboucher dans la partie Pacifique. C’était de nouveau un long tunnel constitué de vitres sales. Cette fois, il restait un petit peu d’eau dans le fond ce qui faisait que je ne voyais pas grand-chose. Mais il me semblait voir des squelettes de coraux et de créatures marines que je parvenais pas à identifier.
Tout de même, pourquoi avoir fermé cet endroit ? Et surtout, pourquoi avoir laissé toute la faune présente mourir ? Je posais cette question à voix haute alors que je continuais de m’enfoncer de plus en plus profondément dans l’aquarium. L’ambiance était pesante et plus j’avançais et plus je me posais des questions. Tout semblait avoir été laissé en plan comme si la fermeture avait été faite à la va-vite. Pour preuve, il y avait encore du matériel de nettoyage posé à même le sol et des seaux contenant un amas pourri qui paraissait être de la viande ou du poisson.
Définitivement, quelque chose clochait. Je ne parvenais pas à mettre le doigt sur ce qui me dérangeait le plus mais j’avais le sentiment que j’avais peut-être fait une erreur en venant ici. En pleine nuit et seule qui plus est. Sauf qu’il était trop tard pour revenir en arrière et que maintenant que j’avais commencé l’exploration, autant la continuer jusqu’au bout. Et puis, peut-être que je trouverais des réponses à mes questions plus loin.
Un panneau couvert de toiles d’araignées indiquait que je changeai de zone. J’étais dans la partie Indien. Pareil, un long tunnel menait jusqu’à l’endroit suivant. Comme pour Atlantique et Pacifique, des restes momifiés ou des squelettes de diverses créatures marines jonchaient le fond du bassin. Il y avait également un peu d’eau d’une couleur verdâtre. Cela me paru bizarre qu’il puisse y avoir encore de l’eau mais peut-être était ce juste de l’eau de pluie qui coulait de potentiels trous dans le toit directement dans les bassins. C’était fascinant de voir que certains cadavres étaient encore presque intacts. Comme celui de ce requin qui paraissait m’observer d’un regard vide.
La parie suivante était l’Arctique. Je ne savais pas ce que j’allais y trouver. Peut-être des manchots ou quelques poissons. Ou du moins, ce qu’il en resterait. En arrivant, je fus surprise de voir qu’il y avait une porte. Ce n’était pas le cas des parties précédentes. Peut-être pour garder une température froide ? Celle-ci était entrouverte. Je poussais de toutes mes forces dessus jusqu’à l’ouvrir dans un grincement épouvantable. La première chose que je sentis fut un froid inhabituel puis une odeur iodée comme si j’étais au bord de mer. Sous le coup de la surprise, je me reculais mais ce qui m’étonna davantage, c’était les néons qui clignotaient offrant une luminosité de clair-obscur à l’endroit. Comment pouvait il y avoir encore de l’électricité ? Je ne comprenais pas pourquoi cette partie de l’aquarium fonctionnait encore ni dans quel but. Surtout que je pouvais voir le bassin rempli d’eau. Et pas de l’eau saumâtre remplie d’algues. Non, de l’eau claire et manifestement de l’eau salée vu la forte odeur iodée. Ce n’était pas un tunnel, cette fois. Mais un énorme bassin ouvert. Malgré l’éclairage défectueux, tout semblait indiquer que cet endroit était entretenu. Mais par qui ? Et pourquoi ? Je sentis mon pouls s’accélérer tandis qu’un pressentiment étreignait ma poitrine. Je ne devrais pas être ici. Quelqu’un semblait être là et quelque chose me disait que ce n’était pas juste un simple squatteur.
Je commençais doucement à reculer pour sortir quand un bruit d’éclaboussures me fit me figer. Quelque chose semblait avoir plongé dans le bassin. Sans bouger, je braquais mon regard vers les vitres et je vis arriver vers moi une créature que je n’avais vu auparavant. Elle mesurait bien six mètres de long et était couverte d’écailles d’un gris bleuté. Si le bas de son corps était constitué d’une puissante queue de poisson, le haut ressemblait à celui d’un humain. Un torse impressionnant, des bras longs et épais et un visage presque humain si on enlevait les énormes yeux noirs de la taille d’un poing et les dents pointues qui sortaient de sa bouche.
Une sirène... c’était le seul mot qui me venait à l’esprit. Une créature fantastique qui n’existait que dans la fiction mais qui actuellement se tenait devant moi. Mais, c’était beaucoup moins beau que ce que Disney nous avait vendu avec La Petite Sirène.
Soudain, la créature me fixa et piqua vers la surface avant de s’agripper au bord de la vitre et de passer une partie de son buste par-dessus. Avant que je ne puisse réagir, elle fit un mouvement vers moi avant de cracher un liquide bleuté dans me direction. Je sentis presque aussitôt comme une sensation de brûlure au niveau de mon bras ce qui me fit hurler et cela sembla me sortir de ma paralysie. Je me mis à courir en direction de la sortie sans regarder derrière moi. Une fois dehors, je me précipitais jusqu’à chez moi où j’enleva ma veste. La sirène avait déchiré la manche droite de mon vêtement et m’avait blessé au bras d’une griffure. Bien que légère, je pouvais voir cet étrange liquide bleuté sur ma plaie. Horrifiée, je la nettoyais rapidement et mit un pansement. Je n’arrivais pas à croire ce que je venais de voir. Comment une telle créature pouvait-elle exister ? Et surtout, qu’est-ce qu’elle m’avait fait ?