Le mien
Florence, Italie
« Es-tu certain que c’est le mien ? »
Depuis le balcon, Rod observait la foule. Il fixait une bombe blonde assise en face d'une autre femme. Elle tenait un petit garçon aux cheveux sombres et à la peau mate, tout comme celle d’Alessio.
« Son père était un trafiquant d'armes. Quand il a balancé l'équipe, on a surveillé tous ses contacts, y compris sa fille. C’est le tien. On a fait un test d'ADN. »
« Tu penses qu'elle est au courant ? »
Rod haussa les épaules : « Elle n'a pas l'air de coucher à droite à gauche. D'après ce qu'on sait, elle n'a pas eu de petit ami sérieux depuis des années. »
Alessio prit une grande inspiration. En bas, la femme serrait leur fils contre elle pendant que le petit pleurait.
« Quel âge a-t-elle ? »
« 21 ans. »
Alessio tourna brusquement la tête vers son meilleur ami et garde du corps.
Rod confirma d'un signe de tête : « Oui, elle n'avait que 18 ans à l'époque. »
Alessio bouillonnait intérieurement. Il avait dix ans de plus que la jeune femme.
Pourquoi avait-elle menti ? Quel était son vrai nom ? Pourquoi était-il attiré par elle comme un papillon par la lumière ?
Elle fit un petit câlin à la dame qui l'accompagnait et lui fit signe de la main en partant.
« Prépare la voiture. »
« Tout va bien, mon chéri », murmura-t-elle à son fils pour le calmer. « On a encore une vente à faire et c'est fini. »
Alessio l'observait de loin. Elle sortait de sa voiture ce qui ressemblait à des toiles de peinture.
« Des détails ? » demanda-t-il dans son téléphone pendant que Rod s'approchait de la femme et de l'enfant.
« Des tableaux. »
« Volés ? »
« Non, je ne les reconnais pas. »
Une dame âgée apparut et sembla ravie de la livraison. Elle donna de l'argent liquide tout en admirant l'œuvre. Maeve parut soulagée.
« Grazie... grazie... »
« Allez, Xavi », dit-elle au petit garçon. « Il est temps de rentrer à la maison. »
Elle sentait que quelqu'un la suivait. Son père lui avait appris à survivre seule. Elle savait exactement où il se trouvait, mais lui ne la connaissait pas.
Elle avait fini par perdre sa trace quand les guerres avaient éclaté. La Sicile et la mafia de New York s'attaquaient pour le profit et le territoire.
Au fond d'elle, elle savait qu'il finirait par comprendre. Mais elle tuerait Alessio Moroni avant qu'il ne puisse toucher à leur fils.
« Elle est maligne. Elle sait que je suis après elle. »
« C'est probable. Mais je n'ai jamais entendu dire qu'elle ait mentionné ton nom ces trois dernières années. »
« Elle ne l'aurait pas fait, Rod. Il n'y a aucune trace de moi si elle travaillait comme pute. »
Rod grimaça. Sa sœur avait été assassinée par un client quand elle faisait le trottoir.
Mais Alessio Moroni ne s'excusait jamais. Ce n'était pas son genre.
« Qu'est-ce qu'elle fait ? »
« Elle loge dans une auberge de jeunesse avec son fils. »
« Comment s'appelle-t-il ? »
« Octavius, ou quelque chose comme ça. »
« Elle s'est souvenue de ce que j'avais dit. »
« À savoir ? »
« Que j'appellerais mon premier fils Octavius ou ma première fille Octavia. »
« Pourquoi ferait-elle ça ? »
« Je n'en sais rien. Je ne connais pas plus cette fille qu'une autre. Tout ce que je sais, c'est qu'elle est la mère de mon enfant. Elle doit être protégée et placée sous ma garde dès que possible. »
Maeve se dépêcha d'entrer dans l'auberge avec son fils. Elle fit un signe au réceptionniste avant de grimper les marches quatre à quatre pour rejoindre leur chambre.
« Oh, mon pauvre chéri... » sanglota Maeve. « Je vais nous sortir de là. Il est ici... je le sais. »
Les hommes d'Alessio encerclèrent le bâtiment, mais ils devaient rester discrets.
Les choses n'avaient pas toujours été comme ça.
Ils possédaient des parties de l'Italie, et même Florence à une époque.
Désormais, tous les syndicats du crime de New York et d'Italie se battaient pour les territoires. C'était un bain de sang depuis deux ans.
« Je ne veux pas qu'on fasse du mal à mon héritier ou à sa mère », dit Alessio à ses hommes. Il sortit de la berline noire, une cagoule sur le visage.
« Compris, patron », répondirent-ils en chœur dans son oreillette.
Des coups de feu éclatèrent quand le propriétaire de l'auberge sortit sa propre arme.
Même s'il baignait dedans, Alessio détestait toujours les victimes innocentes. Mais c'était sa vie : il fallait tuer ou mourir.
« Fouillez chaque chambre », ordonna Alessio. « Tirez sur quiconque résiste ou attaque. Mais ne touchez pas à mon fils ni à sa mère ! »
Il hurlait ses ordres tantôt en italien, tantôt en anglais.
Il entendait les cris et les portes lourdes qu'on enfonçait, mais plus aucun coup de feu.
Soudain, il l'entendit :
« Oh, mon Dieu ! S'il vous plaît, ne prenez pas mon fils ! Je vous en supplie !! C'est tout ce que j'ai ! »
Alessio, son arme serrée au poing, apparut sur le seuil de la chambre. Maeve et l'enfant s'y étaient réfugiés pour se protéger de l'assaut.
« Vanozza ? »
Elle reconnut sa voix. Cette voix qui l'appelait par le faux nom qu'elle lui avait donné quatre ans plus tôt. La même voix qui l'avait murmuré quand ils avaient passé la nuit ensemble.
« Ou est-ce... Maeve Moxley ? »
« Alessio Moroni... » frissonna-t-elle. « Je ne dirai rien à personne. S'il vous plaît, ne prenez pas mon fils. »
« Notre... fils... stellina... »
Alessio fit un signe à l'un de ses hommes. Ce dernier eut du mal à arracher Xavier des bras de sa mère.
« Non !!! Non !! »
Elle se battait de toutes ses forces, utilisant tous les coups bas.
Alessio sourit quand elle mordit le doigt de Carlo. Mais il attrapa le poignet de son homme de main quand celui-ci, sous le coup de la douleur, s'apprêta à la frapper.
« S'il vous plaît, laissez-nous tranquilles ! » supplia Maeve.
Alessio prit une inspiration et leva la main pour calmer le jeu.
« Il est mon héritier, Mademoiselle Moxley. Mais il n'est pas le seul à venir avec moi. »
Il se tourna vers Rod : « Tu sais quoi faire. »
« Il est magnifique, Alessio », roucoula Nonna Carmine en tenant son arrière-petit-fils. « C'est tout le portrait d'un Moroni. »
Alessio était assis dans son fauteuil en cuir, face à la salle de jeux que Carmine avait rénovée pour son propre père quand il était enfant.
« Oui, c’est... un Moroni. » Alessio serra son verre de whisky contre sa poitrine et soupira : « Mon héritier. »
Carmine sourit.
« C'est une jeune fille, Alessio. Je comprends pourquoi elle te l'a caché. Mais tu les as tous les deux maintenant, alors sois heureux. »
« Je ne l'ai pas, elle. J'ai le petit. »
Carmine jeta un regard noir à son petit-fils : « Agis correctement, Alessio ! Tu sais bien que cette femme est sa mère. Tu vas veiller à ce qu'il ne lui arrive rien. »
« Je ne l'aime pas. »
« L'amour n'a rien à voir là-dedans ! » s'exclama Carmine en secouant la tête. « Ton grand-père et moi, c'était un mariage arrangé. On a fini par s'aimer avec le temps. »
« C'est vrai, ça ? »
Carmine fronça les sourcils en faisant sauter son arrière-petit-fils sur ses genoux.
« Bien sûr que oui, Alessio. Ça a pris du temps, certes, mais il était mon pilier. Il me manque chaque jour. »
Alessio se sentit un peu idiot d'avoir posé la question. Ses grands-parents s'étaient peut-être mariés par obligation, mais ils étaient si attentionnés et aimants l'un envers l'autre.
Il plaisanta sur leur affection débordante :
« Dix enfants... les nuits devaient être merveilleuses, nonna. »
« Si ce petit n'était pas là, je t'enverrais balader ! »
Alessio jeta un dernier regard à son fils et quitta la pièce. Il prit l'ascenseur jusqu'au troisième étage de son manoir, là où il gardait Maeve.
« Est-ce qu'elle s'est réveillée ? »
Rod secoua la tête : « Joelle est à l'intérieur pour prendre ses constantes. »
Alessio entra et vit son infirmière personnelle au chevet de Maeve, qui dormait encore.
« Tout va bien ? »
« Oui, Monsieur », répondit Joelle. « Elle devrait se réveiller d'ici peu. »
« Laisse-nous », ordonna Alessio en passant une main dans ses cheveux d'ébène. Ses yeux couleur moka se fixèrent sur le visage paisible de Maeve. Ses boucles blondes s'étalaient autour de sa tête comme une auréole.
Elle bougea. Ses petits gémissements lui rappelèrent cette fameuse nuit... la première et la dernière fois qu'ils s'étaient vus.
Ses paupières papillonnèrent doucement, révélant les yeux bleu foncé dont il se souvenait si bien.
Il revoyait son regard quand elle chevauchait sa bite, le désir pur qui s'en dégageait pendant qu'il la prenait avec force.
Il n'avait aucune idée de qui elle était à l'époque. Pour lui, c'était juste une pute de plus. Une magnifique et douce fille de joie, intelligente et drôle, qui l'excitait autant par son corps que par son répondant et son charme.
« Réveille-toi. »
L'ordre sortit de façon un peu trop brusque. Il comprit qu'il allait avoir affaire à une sacrée tigresse quand elle le regarda de travers en lui faisant un doigt d'honneur.
« Où est mon fils ?! »
« En sécurité. Où étais-tu passée toutes ces années ? »
« Je parie que tes gorilles le savent déjà. Pourquoi tu me le demandes ? »
« Parce que c'est de ta bouche que je veux l'entendre. »
« Tu es un monstre. »
« Comme ton père ? »
Une lueur de douleur passa dans ses yeux, puis Maeve se redressa : « Mon père était un homme bien. »
« Ah bon ? » Alessio soupira et s'appuya contre le mur face à elle. « Et en quoi ? »
« Il me protégeait, et tu l'as tué. Je vous hais, tous autant que vous êtes. »
Alessio haussa les épaules : « Ce n'est pas moi qui l'ai tué, ma belle. Mais je l'aurais fait volontiers. C'était une balance, il n'a eu que ce qu'il méritait. »
Maeve soupira : « Évidemment que tu penses ça. Tu es un homme malfaisant. »
« Ton père a tué des gens, Maeve. Réfléchis bien à ça pendant que tu m'expliques pourquoi tu m'as caché mon fils. »
Maeve s'emporta : « Je veux voir mon fils. Amène-le-moi ! »
Alessio fit un signe à Rod qui venait d'entrer : « Va chercher le petit. »
« Le petit ? Il s'appelle Xavier... Xavier Octavius. »
« Peu importe. Je changerai peut-être son nom maintenant qu'il est sous ma garde et que l'ADN prouve ma paternité. Qu'est-ce que tu serais prête à faire pour lui ? Est-ce que je peux t'acheter ? »
Maeve leva les yeux au ciel : « Je mourrais plutôt que de laisser quelqu'un me prendre mon enfant. »
« Ça peut s'arranger. »
« Alessio ! » Carmine apparut derrière son petit-fils, Xavier dans les bras. « Je t'ai prévenu. »
Maeve observa son visage, puis sentit un immense soulagement quand la vieille dame posa le garçon au sol. Xavier courut vers sa mère les bras ouverts.
« Qu'est-ce que vous allez nous faire ? Sommes-nous en danger ? Je ferai tout ce que tu voudras pour m'en sortir et m'occuper de mon bébé... »
Alessio regarda sa nonna, puis Rod, avant de revenir à la mère de son fils.
Il allait devoir faire la chose qu'il avait le moins envie de faire au monde.
« Tu vas devenir ma femme, Maeve. Tu n'as absolument pas le choix, à moins que tu ne veuilles plus jamais revoir notre fils. »
« Tu n'es qu'un sale type », cracha Maeve en serrant Xavier contre elle. « Je déteste cette vie et ça a toujours été le cas ! Laisse-moi partir et tu n'entendras plus jamais parler de nous. »
Alessio fit signe à ses hommes de sortir. Il s'approcha du lit, créant une tension palpable entre eux.
Xavier ne se rendait compte de rien. C'était un petit garçon joyeux qui voyait rarement sa mère pleurer. Maeve avait été forte pour eux deux parce qu'elle aimait son fils de tout son être. Tout comme Alessio, elle donnerait sa vie pour son enfant.
« Tu feras ce qu'il faut pour notre fils, Maeve. Tu auras tes amants, j'aurai mes maîtresses, mais nous serons unis pour que rien ne puisse t'arriver, ni à toi ni à l'enfant. Il y aura des règles à respecter et, soyons honnêtes... tu n'as nulle part où aller maintenant. »
Maeve secoua la tête : « Mais je suis la fille de la balance, d'après toi et tes gorilles. »
« Alors tu sais ce que ça implique. Tu ne seras en sécurité qu'en devenant une Moroni. »
Maeve soupira : « D'après ce que j'ai compris, je ne suis en sécurité nulle part. Le danger nous guettera toujours à chaque coin de rue. »
Alessio haussa les épaules : « Entre ces murs et sous ma protection, tu le seras. Personne ne touchera à ce qui m'appartient. »