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Seulement un nom

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Résumé

Un amour non partagé. Un passé bâti sur des mensonges. Puis un coup de foudre… et une vérité qui bouleverse tout. Quand son monde s’écroule, Raina n’a qu’une seule option : avancer, seule. À 21 ans, orpheline, Raina a toujours trouvé son équilibre auprès de Franck, qu’elle considère comme son frère. Jusqu’à ce jour où tout bascule : des sentiments révélés, une lettre venue du passé qui remet en question tout ce qu’elle croyait savoir. Et au coeur de ce chaos, l’amour s’invite… Mais à qui faire confiance ? Raina va devoir se battre, seule.

Genre :
Romance/Drama
Auteur :
Aria Okuma
Statut :
En cours
Chapitres :
58
Rating
4.8 5 avis
Classification par âge :
18+

Le trio brisé

RAINA

Je craque.

Je ne vais pas tenir. Alors... Sophia. C'est la seule qui peut gérer ça. C'est la seule tout court. Ma vie se résume à elle...

... et Franck.

Prononcer son nom encore une fois, même dans mes pensées, me fait tressaillir. Je me redresse sur ma chaise. J'ouvre ma messagerie.

"Ça te dit qu'on se voit après les cours ?". J'ajoute "Bisous". Non, j'efface. Évidemment qu'on va se voir, on habite ensemble. Putain Raina fait un effort.

"Je voudrais te parler, un café après les cours ça te dit ?". Bien-sûr, elle ne va pas du tout s'imaginer qu'il y a un problème. Et en plus... elle peut me dire non.

Oh et puis merde : "Rejoins moi au Café du Parc après tes cours, bisous".

Voilà. J'attends.

J'ai passé la matinée dans un état second. En quelques heures, j'ai revécu la scène des dizaines de fois alors que les voix des professeurs s''en tenaient au rôle bruit de fond.

Mais rien.

Mon cerveau tourne en boucle sans trouver d'issues. En sortant à midi, j'ai acheté un sandwich puis je me suis mise à marcher en mordant dedans comme si ça pouvait me calmer. J'ai fini par atterrir au Café du Parc, en sachant pertinemment que les bancs de l'amphi ne verraient pas mes fesses une heure de plus aujourd'hui.

Le cerveau toujours en proie à une tempête neuronale, j'ai jeté les mouchoirs usagés qui décoraient la table, j'ai rafistolé mon teint et mon trait d'eye-liner. Ce n'est pas parfait, mais ça auve les apparences.

Sophia arrive enfin, je le saurais même avec les yeux fermés. Les talons qui claquent, une porte qui s'ouvre avec franchise et qui s'excuserait d'avoir été sur son passage si elle pouvait parler.

Grande, blonde, yeux bleus, sophistiqué, comme son prénom... cette fille est un cliché. Future architecte de renom, c'est certain. Une énergie pure mais canalisée à la perfection, qui déboule dans le café.

Les regards se tournent, moi je soupire. Ça m'exaspère, toujours un peu. Je suis... tout le contraire. Petite, brune, invisible. Mmm... plutôt bordélique, timide mais impulsive. Exaspérante aussi... pour elle.

Bref. Je soupire, encore une fois, j'attends qu'elle ait fini son numéro.

Elle se place devant moi, pose son sac, retire sa veste en balançant ses cheveux derrière elle. Elle appelle le serveur et commande de loin un café crème pour elle et un chocolat pour moi, comme si le Café lui appartenait. Elle s'asseoit, pose son téléphone sur la table, puis me regarde avec un sourire démesuré :

"Tu n'avais rien pris ? Un chocolat ça te va ?

- Oui..."

Pourquoi, j'avais le choix ? Bon, je ne bois pas de café. Elle le sait. Elle sait que j'adore le chocolat, elle veut me faire plaisir. Je dois... me calmer.

"Ça me fait super plaisir que tu me proposes, c'est toujours moi d'habitude ! Ou alors tu as des choses à me dire ? dit-elle en me faisant un clin d'oeil, t'es pas enceinte au moins ?"

Elle éclate de rire. Je reste figée, la bouche entrouverte. À quel moment ai-je cru que c'était une bonne idée ?

"T'es enceinte ? demande-t-elle plus bas avec soudain une légère panique dans les yeux.

- Non ! Comment tu veux que je sois enceinte ? Je ne..."

Le serveur débarque avec nos boissons et un sourire un peu trop enthousiaste, puis s'éclipse après une formule de politesse.

"Je ne sais pas moi... Ça fait quatre ans qu'on se connait, et c'est la première fois que tu me proposes d'aller boire un café !

- Ça m'étonnerait...

- Je t'assure."

Sa voix est ferme, elle a tranché. Je me sens coupable. J'ai toujours eu de la retenue avec elle, même si je l'aime beaucoup. Elle est trop maternaliste, avec ce besoin de tout gérer, de tout savoir.

Elle est... "tout trop".

Mais elle est toujours là quand j'ai besoin d'elle, et c'est la seule. Toujours attentive à mon bien être, comme une grande soeur, ou une mère peut être.

Je ne voulais pas lui faire de la peine.

"Raina... parle moi" dit-elle simplement en venant poser sa main sur la mienne.

J'essaie, crois moi j'essaie.

"Je suis heureuse pour toi... tu es en couple, Sven est un mec super, tu vas déménager tout ça, c'est normal... Mais, ça va me faire un vide."

Mon dernier mot est étouffé. Je retiens une forte envie de pleurer, mais yeux s'embrument. Voilà, j'ai brodé, j'ai contourné le problème, j'ai fait diversion.

"Ma puce, je ne pars pas au bout du monde, je serai là, juste à côté, on se verra tout le temps.

- Oui, mais c'est pas pareil."

Ce n'est pas pareil parce cela fait bientôt trois ans que l’on partage un appartement tous les trois, et que notre trio va être pulvérisé. Et que je vais me retrouver seule avec Franck, et que Franck...

C'est pas vrai, elle me lâche au pire moment.

"Et puis tu vas rester avec Franck, continue Sophia en resserrant sa main sur la mienne, vous serez toujours tous les deux et moi je viendrai vous voir, souvent !

- Avec Franck, ce sera plus pareil ! Sophia, toi tu vas partir, et lui... Il a..."

J'hésite. Je dois gérer ça seule.

Elle n'a pas besoin de savoir.

"Laisses tomber."

Je souris, même si ça ressemble plus à une grimace, et j'attrape ma tasse pour me noyer dedans.

Pourtant il est trop tard.

J'ai hésité : j'ai dit deux mots de trop, sur un ton hésitant. Alors Sophia s'est redressée. Elle me fixe, moi, avec ce regard posé et profond, qui pourrait faire avouer n'importe quoi à n'importe qui.

"Quoi avec Franck ?

- Franck est un mec, toi tu es une fille... On était un duo contre lui tu vois ? Et quand tu vas partir...

- Raina, tu te fous de moi !? Le duo c'est toi et Franck, ça fait des années que je peine à m'immiscer entre vous. Vous avez grandi ensemble à l'orphelinat, vous vous considérez comme frère et soeur et je n'ai jamais eu ma place là dedans !"

Quand j'entends "frère et soeur" je craque et je viens plaquer mes mains de chaque côté de mon nez pour retenir le torrent qui arrive.

"Il s'est passé quoi avec Franck ?"

J'essaie de respirer profondément. Je sais qu'elle ne me lâchera pas avant de savoir.

"Raina ?"

Merde. Je fixe ma tasse. Je la fais tourner lentement entre mes mains. Mais je ne gagne que quelques secondes... je respire, je relève la tête. Il faut que je me lance : maintenant.

Alors je la regarde dans les yeux pour lâcher la bombe :

"Franck m'a embrassée."

En une fraction de seconde, son expression change. Elle me fixe toujours, mais à présent, les yeux écarquillés et la bouche ouverte. Elle a très bien compris que je ne parle pas d'un baiser amical ou fraternel.

"Il a fait quoi ?!

- Tu as très bien entendu.

- Ok... Embrassé comment ? Enfin je veux dire... c'est pas possible, il est comme... ton frère ! Non ? Raina, il ne peut pas faire ça ?

- Euh... si, ai-je à peine le temps de placer.

- Mais tu es sûre qu'il t'a embrassée ? Tu as peut-être mal interprété ! C'était quand ? Vous en avez parlé ?"

Je reste muette, parce que milles informations tournent dans ma tête, et je ne sais pas à quelle question je pourrais tenter de répondre en premier.

"Mais dis quelque chose!" râle-t-elle en laissant retomber bruyamment ses mains à plat sur la table.

Plusieurs tables autour portent leur attention vers nous avant de retourner à leurs conversations. Et moi, j'éclate de rire. Un rire nerveux, comme une défense face à cette situation qui me dépasse. Et ça me détend... un peu. Elle va me manquer, c'est sûr.

"Sophia qui perd son self-contrôle !

- Ce n'est pas drôle.

- Pour moi oui, très !

- Tu ne veux pas plutôt revenir sur le sujet ? dit-elle un brin vexée.

- Non."

Je repense au baiser et une nouvelle vague me submerge. J'ai à nouveau besoin d'un mouchoir.

"Hey... Arrêtes. Parle-moi ma puce...

- Comment veux-tu que j'arrête ? Toi, Franck... je suis perdue, complètement perdue !

- Noonn, ça va aller je t'assure, tente de me rassurer Sophia, on va arranger ça et...

- On ne s'est jamais quitté tous les deux ! Et puis tous les trois... Et là... tout est différent... je ne veux pas Sophia, je ne veux pas de ça, et je ne veux pas que tu partes maintenant, je ne suis pas prête !"

Je suis triste, et en colère aussi.

À l'orphelinat, on nous surnommait "les jumeaux". Franck avait un an de plus, et à mon arrivée, il m'avait protégée. Notre amitié nous donnait la force d'avancer à chaque instant : toujours là l'un pour l'autre.

C'était plus qu'une amitié, nous étions une famille.

La dernière année avant la majorité de Franck, nous avions passé des heures, des semaines, à organiser notre futur ensemble, envisager nos études, imaginer notre "chez nous" et nous y préparer.

Tout vient de voler en éclats.

"Tu vas me manquer ma puce, énormément me souffle Sophia. Mais je ne serai pas très loin, on se verra tous les jours si tu veux.

- C'est pas pareil du tout..."

Elle est sérieuse, elle pense vraiment arranger les choses avec des phrases comme ça ? Je sais très bien comment ça va se passer. Le temps passera, et ensuite il y aura toujours quelque chose, et elle n'aura plus le temps. Alors je disparaîtrai peu à peu de ses habitudes, de son champs de vision.

Et puis je fais quoi de Franck moi ?

"Regarde, je ne suis pas encore partie, et on est ensemble ! Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? Allez, dis-moi !

- Je voudrais disparaître...

- Oohhh Raina tu es pénible, fais un effort ! Tu crois que je me sens bien, moi, de vous laisser ? Je suis torturée en ce moment, et maintenant il y a ça !" s'énerve-t-elle.

Ses yeux s'agitent, c'est une des rares fois où je la vois perdre ses moyens, chercher ses mots.

Je me redresse, surprise par sa réaction.

"On vit ensemble depuis trois ans, et... tu crois que ça ne me fait rien, de partir ? Tu te mets une seconde à ma place ? ... C'est comme si... fffouuu... Et maintenant vous me faites ça ! Je suis sensée réagir comment dis moi ?"

Il y a de la colère, de la peine, dedans son regard. Et sans doute aussi de la déception. J'étais trop concentrée à m'apitoyer sur mon sort pour me mettre à sa place. Elle a toujours l’air si sûre d’elle, dans ses actions, ses décisions… je pensais que l’excitation de son aménagement chez Sven effaçait tout le reste.

Mais c'est quand même moi qui me retrouve dans une situation de merde.

"Pardon, je suis égoïste et immature, comme d'habitude, dis-je sur un ton désagréable.

- Et stupide ! Parce que tu continues!

- Non ! C'est bon... pardon, dis-je sincèrement.

- Je sais que c'est dur pour toi Raina, mais ça l'est autant pour moi... Je sais ce qu'on va faire !

- Ah oui ?

- Tu viendras dormir chez moi ! Dès que tu as fini ici, pour les vacances, tu me rejoins !

- Mais Sven, il serait d'accord avec ça ?

- Tu crois que c'est Sven qui décide ?"

Elle dit ça naturellement, avec un sourire en coin et un sourcil levé. Je ris.

"Tu es une femme terrifiante !

- Et toi une amie horrible !"

Alors elle serait prête à sacrifier son intimité de couple fraîchement acquise... pour moi.

Mon cœur se resserre et ma gorge se noue un peu plus.

Sophia attrape nos deux tasses et les pousse sur sa droite. Puis elle attrape une serviette en papier pour essuyer la trace circulaire de café qu'a laissée sa tasse. D'un revers de la main elle écarte mes mouchoirs du côté opposé. Elle repousse ses cheveux en arrière.

Elle me fait quoi là ?

Elle prépare un interrogatoire ?

J'ai envie de rire et pince mes lèvres pour réprimer mon sourire naissant. Et je pense un instant que c'est toujours plus agréable que de retenir des larmes.

"Ok. Oublions tout le reste. Maintenant, on va se concentrer sur toi et Franck et tu vas m'expliquer en détail cette histoire de baiser !"

Mon sourire s'évapore instantanément.

"Je ne suis pas sûre d’avoir envie de te raconter ça Sofia…

- Ttsss ttsss, pas d’histoires princesse, je veux savoir. Je dois savoir… et ça va te faire du bien ! Allez raconte !!!

- Ok..." dis-je en soupirant une fois de plus.

Et me voilà lancée dans le récit de ce baiser volé…

Dites à Aria Okuma ce que vous avez pensé de ce chapitre !
J'adore ça

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Plein de suspense

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Émouvant

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Réconfortant

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Choquant

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Bien écrit

3

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Intrigue captivante

2

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Super personnage

2

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Dialogues forts

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