Chapitre 1
Nouvelle version corrigée ! Merci à tous pour vos retours constructifs ❤️ bonne lecture ❤️
Ellia
Encore une fois, comme beaucoup de soirs, je suis perdue dans mes pensées. Je me suis toujours sentie différente.
J’ai été adoptée à l’âge de deux ans et demi. J’ai été élevée par ma mère adoptive et ma sœur Aline, qui me détestait. Je n’ai jamais compris pourquoi. Elle a un an de plus que moi et m’a toujours regardée de haut. Je devais me coltiner leurs tâches ménagères, en plus du boulot au resto.
La seule chose qu’il me reste de mes vrais parents, c’est une clé attachée à une chaîne. Une clé ? Je me suis toujours demandé ce qu’elle pouvait bien ouvrir... ou si ce n’était qu’un simple pendentif parmi tant d’autres.
Enfin… Allez Ellia, arrête de te creuser les méninges. Une longue journée t’attend demain au travail.
Driiiing driiiing driiiing
Cela fait 15 minutes que le réveil d’Aline sonne en boucle. Je me suis dit que j’allais la réveiller, pour ne pas qu’elle arrive en retard. Ma belle-mère se tenait déjà devant ma porte avec une tonne de linge à laver.
—Ellia, tout cela aurait dû être lavé hier ! Tu me fais honte. Que tout soit prêt au plus vite !
— Oui, maman…
Je me demande parfois si elle m’a adoptée juste pour avoir une femme de ménage sous la main.
Et merde, il est déjà neuf heures trente. Le matin et moi, ça n’a jamais collé. Mais quand c’est l’heure, c’est l’heure. J’enfile un jean moulant, un crop top et une veste en jean.
J’ai de longs cheveux châtain clair, avec des reflets plus clairs encore. En me regardant dans le miroir, malgré ma longue nuit de sommeil, je vois une tête fatiguée. Je décide de maquiller mes yeux, d’un bleu océan très clair. D’ailleurs, c’est la partie de moi que je préfère. Avec ma peau légèrement mate, ils ressortent encore plus.
En sortant de la maison, je croise ma meilleure amie, Jenny, qui habite deux maisons plus loin.
—Oh Ellia !
ai-je entendu crier.
—Tu n’as pas vu les infos ? Il y a encore eu une attaque ! Ils pensent que c’est un ours. C’est super flippant… C’est la troisième attaque en un mois !
— J’avoue que c’est flippant… mais bon, quelle idée aussi d’aller se balader près de la forêt à la tombée de la nuit… Faut être un peu suicidaire, non ?
—Oh ma Ellia, y’a des gens qui aiment prendre des risques, voilà tout. Et puis, notre magnifique petit village est presque entièrement entouré de forêts…
On monte ensemble dans la voiture. On n’est pas seulement meilleures amies, mais aussi collègues. On travaille dans un restaurant plutôt classe d’ailleurs. Mais mon objectif, c’est de mettre de l’argent de côté pour enfin quitter ce maudit village.
Ma “mère” comprendrait... enfin, si je peux vraiment la considérer comme telle. Elle apprendrait à faire son ménage elle-même. Et Aline aussi, tiens. Quant à Jenny, peut-être qu’elle changerait d’avis et me suivrait… Enfin. Pour l’instant, je dois retourner à ma réalité. Je suis coincée ici. Youpiiii.
—Ohhh, mes deux employées préférées !
s’exclame monsieur Henry, notre patron, la quarantaine, qui vit pour son resto,le Word Mind.
—On doit préparer la salle de réception. J’ai une réservation pour 30 personnes. C’est super important, tout doit être parfait. Service irréprochable, je compte sur vous, les filles !
Jenny soupire…
Apparemment, cette réservation vient de gens qui habitent à plus de 200 km d’ici. J’ai entendu ma mère en parler ce matin à mon père. Elle devait préparer la plus belle suite de l’hôtel du village.
Je me mis à rire. Mais quelle idée de venir dans ce vieux coin paumé ? Sérieux Jenny, c’est ridicule. Il y a tellement de plus beaux endroits à visiter ! Ils vont être déçus, c’est sûr…
On arrête de bavarder et on se met au boulot. Une fois la salle prête, dernière chose à faire : changer les fleurs fanées.
Je prends un premier pot. Je me dis que ça devait être une magnifique fleur… avant que Monsieur Henry ne la laisse mourir de soif. Je touche une de ses vieilles pétales, la détache, la pose sur le côté, puis me retourne pour en attraper une autre.
—Mais enfin, Ellia !
s’exclame Monsieur Henry.
—Laisse cette magnifique fleur à sa place ! Pourquoi l’avoir mise de côté ?
Je me retourne, stupéfaite. La fleur fanée… enfin, l’ancienne fleur fanée, car non, elle ne l’était plus. Elle avait retrouvé sa fraîcheur. Je cligne des yeux six fois. Ce n’est pas possible ! Je suis certaine qu’elle était toute fanée il y a cinq minutes !
—Ellia, tu es sûre d’avoir bien dormi ?soupire Henry.Une fleur ne ressuscite pas comme ça… Cela dit, c’est vrai, je n’avais jamais remarqué qu’elle était si splendide.
—Et oh, ce n’est qu’une fleur ! Rien de spécial,crie Jenny.Tu n’as sûrement pas bien regardé, hein ?
— Oui, sûrement… J’étais dans mes pensées comme d’habitude…
Je prends les autres pots – eux, vraiment fanés – et les porte dans la réserve.
—À demain, Monsieur Henry !
crie Jenny en poussant la porte.
—À demain les filles ! Et en forme hein ? On a une grosse journée demain. Je compte sur vous mes fifilles !
Jenny se met à sauter partout comme une folle devant la voiture.
—Oh punaise, j’y crois pas ! C’est trop bien !
Je l’attrape par les épaules pour la calmer.
— Mais qu’est-ce qu’il se passe ? T’es complètement folle !
—On est invitées demain soir à une petite soirée organisée par nul autre que Josh, l’ancien beau gosse du lycée ! Tu te souviens, Ellia ? Tu te souviens ?!
Me souvenir ? Bien sûr que oui. En première et deuxième année, j’avais un faible pour lui… Avant de réaliser à quel point il avait un égo surdimensionné. Sans blague, ce mec avait une tête plus grosse qu’une pastèque. Mais j’avoue, c’était une très belle pastèque. Et il m’a toujours bizarrement évitée…
— Elle se passe où, cette soirée, Jenny ?
Josh n’habite plus ici depuis des années. Il fait partie de ceux qui ont eu la chance (et les moyens) de partir.
Jenny bégaye en lisant l’invitation sur son GSM.
—Anna m’a dit que c’est au lac des Trois Loups… Mais ça peut être cool, Ellia, stppppppp…
— Quoi ?! Au lac des Trois Loups ? Non mais t’es folle ! Comment tu peux envisager d’y aller sérieusement ?!
Je ne lui laisse même pas le temps de répondre.
— C’est non. Hors de question. Sans moi. On pourrait se faire bouffer par un ours ou tomber sur un tueur en série. Ce n’est pas pour rien qu’on déconseille d’aller dans la forêt !
Jenny me lance son regard de chien battu. Elle sait que je déteste ça.
—Ellia, je te promets, il n’arrivera rien. Il n’y a jamais de soirées ici… Pour une fois qu’il se passe quelque chose ! Tous les jeunes du village y sont invités. Qui sait, on rencontrera peut-être notre prince charmant !
Je soupire.
— Ok. Mais seulement si je ne suis pas trop fatiguée demain. On a une longue journée de boulot, je te rappelle.
Jenny saute partout.
—Je t’aime, Ellia ! Mon amie, ma meilleure amie !
Je la dépose chez elle et rentre enfin à la maison. À croire qu’elle m’attendait… Je croise Aline dans les escaliers. Elle me pousse violemment contre le mur.
—Petite peste ! Tu as rangé mes affaires n’importe comment, je ne retrouve plus rien pour ce soir !
Je me dégage d’elle et soupire.
— Aline, si tu étais plus organisée, et si tu faisais ton ménage toute seule, t’aurais pas ce problème.
Je cours jusqu’à ma chambre et claque la porte.
Quelle peste elle est. Je rêve de partir d’ici. D’avoir une vie meilleure. De ne plus me tracasser. De courir librement dans la nature, les cheveux au vent…
Je file prendre une douche bien chaude, méritée. J’enfile mon pyjama préféré, en polaire tout doux, tout chaud. Une fois couchée dans mon lit, je repense encore aux paroles d’Aline.
Il est vraiment temps que je parte d’ici.
Je me blottis sous la couverture et m’endors très vite, les larmes aux yeux…
Comment aurait été ma vie avec mes parents biologiques ?
M’auraient-ils aimée ?