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O mon Roi

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Résumé

Au temps de la royauté, il est impensable pour le roi de tomber amoureux d'un servant, surtout s'il s'agit d'un homme. Et pourtant, toutes les nuits, le roi Aquilino fait venir Elestel dans sa chambre avec la ferme intention de le faire sien. [Partie unique]

Genre :
Romance/Erotica
Auteur :
Mona
Statut :
Terminé
Chapitres :
1
Rating
5.0 2 avis
Classification par âge :
18+

Partie unique

Oh mon roi, Mona Tronet

Écrit, 2018

Révisé et archivé, 2024


1


Saharg était la fière capitale du royaume de Ciert arborant de somptueuses sculptures, des bâtiments traditionnels et entretenus, et était construite sur une vallée au pied des immenses collines de fleurs.

De magnifiques Papaver rhoeas.

Elle entretenait des liens étroits avec les villes et villages voisins en matière de commerce et de tradition lors des somptueuses fêtes de printemps : c’était la joie, les fleurs rouges, l’amour et le partage qui régnait durant cette période sacrée. Cette tradition perdurait, ayant pris vie il y a très longtemps, bien avant que les premiers parchemins soient écrits. Ils étaient gardés dans la bibliothèque de l’église centrale qui s’apparentait plus à une immense tourelle à l’architecture bien singulière ; beaucoup aimaient s’y rendre. Si pendant les temps de guerre la vie avait été difficile, aucun habitant de la contré n’oubliait ces moments exaltants pour remercier la belle saison qui arrivait. Aussi, les gens venaient des quatre coins de Ciert pour voir les merveilles de ces journées et nuits de plaisir, fleuries d’une explosion de coquelicots et animées par des danseurs aux habits légers.

Le roi Aquilino régnait depuis ses dix-sept ans sur Saharg – aujourd’hui, il en avait vingt-quatre. Il avait hérité de la sagesse de son père, mort d’une triste maladie sans remède, et repris au fur à mesure les rênes du royaume laissé par sa mère qui appréciait désormais la douce tranquillité de voyager. Elle revenait parfois le voir, en se jouant de l’excuse qu’elle voulait s’assurer que son fils portait son titre avec respect, bonté et efficacité. Elle n’avait pas à s’inquiéter, il était très bien entouré et avait suivi une éducation conséquente, il faisait du très bon travail.

En cette après-midi-là, le roi était à son bureau, le dos un peu courbé sur ses affaires, pendant que ses subalternes s’occupaient d’alléger du mieux qu’ils le pouvaient la charge de son travail, accrue à cette période de l’année. Le début des fêtes de printemps aurait lieu dans moins d’une semaine et les derniers préparatifs – ainsi que les mauvaises surprises – lui donnaient pas mal de fil à retordre.

« Elestel », appela le roi sans lever les yeux.

Le domestique, appliqué à ordonner les invitations par ordre de logement pour un des banquets privés du soir de la fête, se leva doucement pour observer son maître : un colosse d’un bon mètre quatre-vingt-dix, à la peau claire qui, par son physique de guerrier, n’avait besoin que d’un regard pour couper court aux mauvaises négociations et baratins qui ne lui plaisaient pas. Il savait que son roi avait suivi l’éducation rigoureuse de l’armée, et ressemblait comme deux gouttes d’eau à son père, excepté ses yeux noisette aux pépites dorées, hérités de sa mère. Pourtant, le serviteur ne le craignait pas, il était bon, tout comme sa famille qui l’avait recueilli lorsqu’il n’était qu’un enfant d’esclave ; il savait qu’on l’avait vendu à un bon prix, que son ancien bourreau avait mis en avant la beauté et la force qu’il acquerrait en grandissant. Le marchand ne s’était pas vraiment trompé. Ses longs cheveux châtains, ses yeux d’un gris révoltant, sa peau sombre et sa stature assez grande et mince dévoilant ses origines lointaines faisaient d’Elestel quelqu’un de très apprécié dans le royaume ; cela en faisait également sa force.

Alors même si on n’eut pas qu’une piètre estime de lui à son arrivée au palais, la chaleur qu’on lui donna lui fit oublier d’où il venait, à l’instar des plus réticents. Le roi et la reine l’élevèrent avec discipline, bienveillance et amour, comme leurs propres enfants.

Il s’approcha un peu de son maître, prêt à écouter sa demande :

« Fait parvenir ceci à Albert, c’est important, ne le perd pas.

─ Tout de suite, vôtre Altesse. », répondit-il en prenant la lettre qu’il lui tendait.

Il tourna les talons, s’apprêta à partir pour quitter le bureau d’Aquilino lorsqu’il entendit sa chaise grincer. Levé, l’homme le dépassait d’une bonne tête, et bien qu’après toutes ces années il avait travaillé un comportement impeccable, ses joues prirent une légère teinte rosée en comprenant qu’il l’accompagnait jusqu’à la sortie du palais. Le roi se plaça à ses côtés, droit et fier.

Ils marchèrent en silence dans les longs couloirs dorés, quand bien même ils croisèrent des domestiques qui les saluèrent respectueusement. C’était un tableau que les résidents du château apercevaient souvent, leur roi en compagnie de son plus proche homme de main. Toutes les femmes, mariés ou non, rougissaient à chaque fois. La prestance du roi n’était pas entièrement provoquée par son physique de colosse ni par son titre, il avait un caractère doux, qui s’opposait directement avec les traits durs de son corps, et prenait soin de son prochain. S’il pouvait paraître effrayant aux premiers abords, lorsqu’on enlevait cette carapace de muscle on y découvrait un homme sensible et attentionné. Par ailleurs, Elestel n’avait pas à être jaloux : il était peut-être un domestique, quelqu’un pour lequel on ne portait pas plus d’estime que le travail qu’il fournissait, son élégance et la beauté atypique de sa peau sombre attirait le regard brûlant de beaucoup.

Ensemble, ils arrivèrent à l’écurie où un écuyer prépara avec soin un cheval.

« Soit prudent sur la route. », fit doucement le roi.

Il tapota son épaule, avant de laisser sa main tomber et frôler la chute de ses reins, puis il s’en alla. Une fois assez loin de lui, Elestel s’autorisa à souffler longuement, sa poigne droite serrée sur la petite banane de cuir qu’il portait tous les jours – c’était un cadeau qu’il avait reçu de l’ancienne reine, et en prenait grand soin. On lui amena sa monture, il l’enfourcha et l’écuyer lui souhaita bonne route.

A vrai dire, la relation qu’il entretenait avec le roi n’était pas pure comme le peuple le pensait. Il y avait des jeux de regards, quelques caresses, des baisers aussi, et bien plus encore qui aurait dû être interdit entre eux. Cet attouchement-là, il l’avait déjà eu ce matin en allant le réveiller, non, Aquilino lui avait même volé un affectueux câlin dans ses draps chauds et, en réponse, Elestel avait pesté qu’on le sermonnerait sur son accoutrement négligé.

Il ne se souvenait pas quand cela avait commencé. Cela ne datait pas d’hier, les premiers sous-entendus avaient été présents lorsque le domestique était plus grand que le roi, c’est-à-dire avant qu’il mette un pied sur le trône. Nonobstant, les embrassades, les étreintes étaient nées il y a quelques mois, après un banquet bien arrosé où le géant, bien loin d’être ivre comme il l’avait prétendu lui avait volé l’effleurement d’un baiser avant de s’endormir, bordé comme un enfant par le domestique. Elestel avait tenté de ne rien laisser paraître le lendemain, dans un espoir vain que son maître l’ait seulement rêvé, qu’il l’ait confondu avec l’une des dames de sa cour à cause de ses longs cheveux qui avaient été coiffés pour l’occasion. Même s’il admirait l’homme plus que personne, l’affectionnait avec respect et dévouement, il ne voulait pas qu’Aquilino le voit ainsi, pas comme un possible amant car il transgresserait l’éthique, la confiance de son peuple et offenserait son défunt père. Et lui, il serait vu comme l’atrocité qui l’aurait détourné du droit chemin.

Seulement, le roi en décida autrement. Le matin même il le fit venir dans son bureau et lui déclara sa flamme : « Elestel, je ne m’excuserai pas pour mes avances d’hier soir, je suis épris de toi et je l’ai gardé secret, depuis bien trop longtemps. ». Le dit Elestel, les jambes tremblantes, le cœur affolé, les joues rouges et les mains moites ne parvint à répondre quoi que ce soit de cohérent face à cette confession. Lui qui d’habitude était le maître du masque, de l’expression stoïque, s’était retrouvé totalement déstabilisé. Il avait déjà reçu des déclarations, beaucoup de la part de femme toute plus timides les unes des autres, et même d’hommes trois fois, mais jamais de la part d’un roi. Non, ce n’était pas un roi, c’était Aquilino, son roi et tendre ami qu’il adorait depuis sa tendre enfance.

À la suite de sa confession, le souverain lui affirma qu’il ferait tout pour le séduire, et ça avait marché, très – trop – rapidement. Chaque nuit depuis, il le faisait venir dans sa chambre par le passage secret dans le mur (il avait été conçu par sa grand-mère pour que sa demoiselle de chambre puisse venir dès qu’elle avait besoin d’elle). Elestel ne désobéissait pas et repartait avant le lever du jour.

Les semaines étaient passées ainsi, les mois même, avant qu’il n’accepte les sentiments qu’il éprouvait pour son maître. Peut-être qu’il même qu’il les avait toujours eus. Oui, quelque part, au-delà de toute cette admiration, il y avait ce sentiment brûlant, un peu dérisoire et pourtant si purement simple.

Elestel ravala ses songes et sortit de la ville, il traversa les collines du flanc Est, ramenant sa concentration sur son devoir. Aquilino l’attendait.


2


« Elestel est de retour, votre Altesse. », fit parvenir un garde au roi.

Aquilino était encore dans son bureau, fatigué par le travail qu’il n’avait pas quitté sauf pour accompagner son domestique à l’écurie. Il avait également suivi une réunion épuisante avec ses généraux pour sécuriser la ville lors des fêtes de printemps qui s’étaient terminées il y a quelques minutes.

« Dis-lui de m’attendre dans ma chambre, nous parlerons là-bas. », ordonna-t-il à l’homme.

Celui-ci s’inclina poliment et s’en alla.

Le colosse avait encore un peu de travail, principalement sur l’agencement des derniers stands qui participaient à cette période festive et quelques vérifications sur la quantité et qualité des aliments utilisés pour les banquets. Il devrait aussi vérifier les montants d’argent échangés, mais tout cela pourrait attendre demain, il aurait même le temps de profiter de sa mère qui rentrerait le jour d’après au palais.

Se levant de son fauteuil, il s’étira et détendit ses muscles raides. Après avoir traversé quelques couloirs, il salua le soldat qui gardait la porte de sa chambre, et y entra.

Elestel était là, face à la fenêtre. Son regard gris était rivé sur le paysage de la ville et Aquilino ne put s’empêcher de le contempler. Sa beauté le fascinait : que ce soit sa peau sombre, ses cheveux d’une teinte à peine plus claire lui tombant souplement dans le dos et son corps, mince mais aux courbes élégantes.

Le roi ne le quittait pas des yeux. Depuis le premier jour de sa venue au château il l’avait trouvé magnifique, et ce sentiment n’avait cessé de grandir en lui. Si au début il ne s’agissait que d’admiration et de curiosité, ces émotions s’étaient muées en quelque chose de plus fort lorsqu’il avait commencé à le voir en tant qu’homme, en tant que possible amant. Cela faisait huit ans qu’il l’aimait et voilà qu’il avait osé le réclamer comme sien.

Son domestique tourna finalement la tête. Aquilino savait que derrière ce masque de sérieux se tenait le compagnon de ses nuits, timide et l’âme mise à nu sous son regard.

« Alors ? demanda finalement le roi en prenant place sur son lit.

─ Votre demande sera prête dans les temps, Monsieur Albert l’a confirmé, votre Altesse. »

Le géant hocha la tête, puis détailla de haut en bas le plus petit. Elestel comprit immédiatement ce qui allait suivre et frissonna d’anticipation.

« Approche. », exigea le roi.

Le châtain ravala sa salive, le cœur battant. Une part de lui rêvait de se fondre dans les bras de son maitre, de le laisser le posséder comme il l’aurait fait avec une femme. Cependant il ne bougea pas. Il resta droit, un peu tremblant sur ses deux jambes, incapable d’avancer. Et si on les surprenait ? Et si tout ce qu’il se passaient entre eux ne servait à rien ? Jusqu’à quand aurait-il envie de lui de cette manière ? Le rejettera-t-il en se rendant compte que cette relation grotesque est vouée à l’échec ? Lorsqu’il prendra conscience qu’entre deux hommes ce n’est pas naturel ?

Le colosse le coupa dans ses songes quand sa voix claqua lourdement :

« Dois-je me répéter Elestel ?

─ Il reste encore quelques heures avant la tombée de la nuit, si quelqu’un...

─ Personne ne viendra nous déranger. Viens. », ordonna-t-il.

Ses yeux fuyaient, mais il s’exécuta. Lorsque la chaleur de la poigne du roi encercla sa taille, il lâcha malgré lui un gémissement. Les mains de son amant parcoururent sans ménagement son corps et celui-ci l’attira dans une étreinte brûlante.

« Je n’ai pas fait ma toilette votre Altesse, insista-t-il pour se défaire de sa gêne.

─ Dans ce cas, tu feras la mienne en même temps. », répondit le colosse.

Sans que le serviteur puisse en redire quoi que ce soit, Aquilino le souleva. Dans ses bras, Elestel ne semblait rien peser comme un nouveau-né porté par sa mère. Il traversa la grande pièce de nuit et la porte de la salle de bain. Il le déposa au sol délicatement.

La pièce était entièrement faite d’opales, il y avait un grand évier sur la droite avec de larges étagères où étaient entreposé des serviettes et la baignoire (si on pouvait réellement l’appeler comme telle) était apparenté à un renfoncement dans le sol large d’un peu plus de trois mètres carrés.

« Déshabille-toi. »

Cet ordre vibra tout autant dans la pièce qu’au fond du cœur du serviteur, et il s’exécuta en même temps que son maître.

Nu, le colosse était encore plus impressionnant aux yeux du châtain. Il le troublait avec ces muscles sculptés qui roulaient sous sa peau, par ce sexe épais et fièrement dressé sous son regard brulant. Dans ce genre de moment, il regrettait d’être un homme. Il ressentait le besoin de devenir une femme, d’être celle qui serait en sa possession alors que son excitation, hideusement tendue et masculine, était la seule vérité.

« Puis-je me permettre de vous poser une question, votre Altesse ? demanda le domestique en faisant couler le bain chaud.

─ Appelle-moi Aquilino lorsque nous sommes seuls, je te l’ai déjà dit Elestel. » exigea le roi.

Le colosse le poussa vers le bain, sa main curieusement tendre appuyant dans le creux de ses reins ; la peau qui l’avait touchée resta brûlante. Tout en évitant de le regarder dans les yeux, il se plaça derrière son souverain, à genou, et vint lui laver doucement le dos. Celui-ci était si large, faisant presque le double du sien et sa peau, bien que marquée par les batailles, était douce sous ses doigts. Elestel finit par souffler :

« Pourquoi ne vous choisissez vous pas une femme ? »

Il sentit ses muscles se tendre et l’instant d’après, son maître était sur lui, une main entourant sa nuque pour que sa tête ne soit pas sous l’eau et de l’autre appuyait au sol, il se maintenait au-dessus de ce corps si désirable.

« Remets-tu en question mes sentiments Elestel ? questionna-t-il avec agacement.

─ Non, Aquilino. »

Le roi aimait follement son serviteur. Il l’admirait autant qu’il le convoitait. Il savait aussi qu’Elestel n’avait pas conscience de la manière dont il le regardait, il avait beau lui montrer, le lui dire, c’était comme s’il était aveugle et sourd. Il avait une peau parfaite, des courbes qui n’avaient rien à envier à une femme si on osait le comparer. Le roi n’omettait pas ses longs cheveux, si doux, dans lesquels il adorait passer ses doigts et les caresser, respirant leur doux parfum du bout du nez. Mais ce n’était pas son physique qui l’avait fait chavirer, c’était son regard : ses yeux gris qui reflétaient son âme, si pure, si délicate, et fatalement belle.

« Seulement... je ne peux pas vous offrir l’héritier dont vous avez besoin pour le royaume, rougit tristement l’homme.

─ C’est vrai, mais Gabriel sera un bon roi, et si ce n’est pas lui, son fils le sera. » répondit-il.

Gabriel était le nouveau-né de la petite sœur du roi. Il était né cet hiver, il y a tout juste deux semaines, bien grand et en bonne santé, et si Aquilino n’avait pas d’enfant il serait le prochain monarque.

« Elestel, je te connais depuis que je suis bambin et je n’ai jamais voulu quelqu’un d’autre que toi. » avoua le colosse en le mettant sur ses cuisses.

Il le contemplait avec tendresse et amour, comme toutes les fois où ils se retrouvaient tous les deux. Elestel rougit encore, non pas parce qu’il sentait l’excitation de son maître contre son ventre, mais bien parce que recevoir une si belle confession de la part du roi le laissait fébrile. Il n’en avait pas souvent contrairement à ces attouchements amoureux, et cela les rendait encore plus précieuses.

Aquilino tendit la main pour lui caresser la joue. Ce n’était pas simplement d’une femme ou bien d’un homme qu’il s’était épris mais bien d’une personne, Elestel devait le comprendre

« Si le destin le veut, les mœurs changeront. » dit-il doucement avant de l’embrasser.


3


Ce matin tout le palais s’était levé tôt. Elestel n’avait pas dormi avec le roi, bien trop anxieux de cette journée : la reine rentrait et tout devait être parfait. Elyria n’était pas une femme effrayante comme aurait pu être la grand-mère d’Aquilino, mais elle aimait les choses bien faites, réglées et rangées. Elle était un peu comme son fils, la tête haute, fière, et pourtant si douce.

Le serviteur regarda le fiacre s’arrêter devant lui. Il s’inclina.

« Bon retour au château ma reine », fit-il.

La femme descendit élégamment, un pied après l’autre, aidé d’un soldat. Elle était vêtue d’une robe fleurie et légère pour faciliter son voyage et comme à son habitude, ses cheveux étaient tressés.

« Toujours aussi formel Elestel. »

Elle observait malicieusement le jeune homme qui avait encore la tête baissée et lui ordonna de la lever.

Ce garçon avait un peu changé, ce depuis qu’il était arrivé au palais. Elle se souvenait parfaitement de son premier jour ici, à ses douze ans. Il était alors plus grand que son fils, ça n’avait duré que quelques années, et ses cheveux étaient bien plus courts. Mis à part cela, il avait mûri, semblait plus guilleret bien qu’il ne se détachait jamais de ses obligations et ne se laissait point céder à l’amusement. Par ailleurs, ce n’était peut-être qu’une idée idiote, mais elle avait l’impression que de petites rougeurs se glissaient discrètement aux coins de ses yeux. Avait-il un peu de fièvre ? Il ne tombait pas souvent malade, encore moins à cette période de l’année (il attrapait souvent un petit rhume en fin d’automne à cause de l’humidité et du froid qui arrivait).

« Je ne suis plus Reine depuis des années, ne m’appelleras-tu donc jamais Elyria ? » demanda-t-elle finalement.

Elestel masqua un mince sourire (il réprimait la joie qui tentait de faire apparition sur son visage fermé). Cela faisait des années qu’elle insistait sur ça, et il n’avait jamais pu se résoudre à l’accepter. Il ne voulait pas briser la barrière de respect qu’il y avait entre eux, il ne voulait pas s’immiscer dans son espace personnel. Après tout, il ne savait faire que son travail, proprement et avec le moins d’échange verbale possible. Aussi, il ne connaissait pas grand-chose en sociabilité. La seule personne avec qui il était forcé d’être lui-même, et intime, était Aquilino.

« Mère. »

Le colosse apparut et prit celle qui l’avait mis au monde dans les bras. Elle l’embrassa avec bienveillance sur le front puis posa une main sur sa joue. Elle l’observa avec attention.

« Avec la fatigue, tu ressembles encore plus à ton père. »

Il avait cette même petite ride au coin de l’œil qui se montrait lorsqu’il passait des jours à travailler et à dormir peu. Elle aimait voir son héritage en lui. Il lui manquait.

Le roi sourit doucement. Il savait qu’il ressemblait beaucoup à son père : il faisait la même taille, possédait la même carrure, les mêmes traits de visage et pas seulement. Il avait aussi hérité de lui son caractère. Le colosse s’empressa de la guider vers l’intérieur du palais, suivi par Elestel.

« Tu as fait bon voyage ? lui demanda-t-il.

─ J’ai hâte de tout te raconter. »

Elyria observa avec insistance les alentours. Étant partie il y a plus de deux ans pour un long voyage, elle n’avait su que sa fille était enceinte et mère, que récemment (elle se trouvait hors des frontières et sa garde avait insisté pour que personne ne soit au courant d’où elle se trouvait au risque de subir une embuscade). Ainsi, ce fut à son plus grand bonheur qu’elle apprit qu’Iris avait mis au monde un adorable garçon.

Ils prirent place dans un petit salon ornés de tentures fleuries, les murs formés d’alcôves chargées de livres.

« Où est ta sœur ? questionna-t-elle.

─ Elle se repose avec Gabriel.

─ Je les verrais quand ils se réveilleront dans ce cas. »

Sa fille s’était mariée il y a quatre ans à un chevalier fils de comte, Hélio. Un très bon parti. L’ancienne reine n’était pas du genre à aimer les mariages arrangés et bien qu’elle fût ravie du choix de son enfant, elle l’aurait été avec n’importe quel autre homme. Elle-même avait grandi dans une famille modeste, destinée à reprendre la boutique de couture de sa famille dans la ville voisine de la capitale, Aleim, et s’était éprise du roi aux fêtes de printemps lorsque celui-ci l’avait invitée dans une danse effrénée. Elle ne souhaitait que le bonheur de ses enfants.

« Je vais vous préparer du thé », intervint Elestel.

Il s’inclina respectueusement puis sortit de la pièce sous le regard des deux maîtres. L’ancienne reine sourit doucement.

« Quel enfant, il a bien grandi. »

Aquilino approuva. Cet ancien fils d’esclave était devenu un magnifique jeune homme, bon, généreux et bien élevé. Peut-être même un peu trop. Le roi rêvait de le voir rire, de s’abandonner à l’amusement comme il le faisait rarement avec lui. Même s’il était tombé amoureux de ce caractère impeccable et parfois mignon lorsqu’il se trouvait avec lui, il n’aurait pas détesté qu’il ait un peu plus de répondant. Mais ce n’était pas lui. Elestel était docile.


4


Bien plus tard, lorsque les derniers rayons de soleil se couchèrent derrière la plus haute colline de Papaver rhoeas, le souverain rejoignit son serviteur. Celui aux longs cheveux travaillait encore, il s’occupait l’esprit à ranger la grande bibliothèque tout en laissant par moment ses yeux parcourir quelques pages. Il n’entendit pas le colosse se glisser derrière lui. Le domestique sursauta en sentant sa main chaude caresser sa taille.

« Prend une pause Elestel. »

Ledit Elestel, bien rouge malgré sa sombre peau, s’écarta rapidement. La bibliothèque n’était pas un lieu privé, tous les membres du palais pouvaient à leur guise aller et venir ici. Et il ne voulait pas qu’on les découvre.

« Je vais bien votre Altesse. »

Il ne le regarda pas dans les yeux, bien trop impressionné et gêné de savoir son Roi, à quelques centimètres de lui et qui pourrait aisément le pousser contre ces lourdes étagères. Cette idée fugace réchauffa son ventre. Il se força à se reculer encore plus pour remettre le livre qu’il tenait entre les mains à sa place. Ses doigts tremblaient contre la couverture de l’ouvrage, Aquilino le remarqua avec amusement. Il fit à son tour un pas sur le côté, mais ce ne fut que pour mieux se pencher sur son épaule.

« Je veux que tu sois en forme pour les fêtes de printemps.

─ Je le serai, cependant je dois m’occuper l’esprit, insista-t-il.

─ La présence de ma mère te dérange ? »

La question du colosse avait fait mouche. Oui, pensa Elestel. Il appréciait la reine autant que sa propre mère qui l’avait élevé tant bien que mal jusqu’à ses douze ans. Elyria était une femme respectée, avec une position qui imposait le respect et l’obéissance. Et bien qu’elle essayât de le détendre, de converser avec de doux mots pour le mettre à l’aise, cela ne servit qu’à faire l’inverse. C’était pire depuis qu’il était devenu intime avec son maître. Aquilino ne pouvait pas comprendre.

« J’ai l’impression de la trahir, de lui voler ce qu’elle a de plus précieux. » avoua-t-il.

Le silence qui s’éternisa le mis mal à l’aise. De dos, il ne pouvait voir la réaction de son roi. Il ne savait s’il était en colère ou tout simplement lasse. Curieux, presque pour la première fois de sa vie, il osa se retourner. Il découvrit une toute autre expression.

« Vous rougissez ! » s’exclama le serviteur.

Il n’arrivait pas à croire à ces jolies rougeurs recouvrant le coin des yeux et les oreilles du colosse en face de lui, le regard insaisissable. Elestel ne l’avait que rarement dans cet état – sans compter les fois où ils se retrouvaient nus dans le lit – et il trouvait cela adorable. C’était un des côtés que personne ne devait connaître de chez lui. Il sourit, heureux de se sentir encore un peu plus proche de son souverain.

Aquilino se ressaisit.

« Ne bouge pas. »

Sa voix était sans appel, n’attendant aucune réponse si ce n’est l’obéissance du jeune homme. Il contourna les allées de livres, vérifiant que personne ne se trouvait dans la grande pièce, puis ouvrit la grande porte. Un garde se tenait à sa droite, bien à son poste.

« Ne laissez personne entrer, nous avons quelque chose d’important à régler », lui ordonna son roi.

Intrigué, le domestique avait tendu l’oreille, entendant la demande de son roi au garde : « Ne laissez personne entrer, nous avons quelque chose d’important à régler. ». Parlait-il des finances de la fête ? Ou bien voulait-il parler de ce qu’il venait d’avouer à propos de sa mère ? Comptait-il lui faire une leçon de morale pour lui avoir parlé avec tant de désinvolture ? Il avait effectivement exprimé sa pensé ouvertement, peut-être que celui-ci n’avait pas apprécié. A moins que cela soit à cause de leur ennemi, Elestel ayant eu vent d’une petite attaque dans un village voisin ce matin. Ainsi, le Roi mettrait en place une défense assurant la protection de la population.

« Les Mantelaniens vous gênent encore ? demanda-t-il.

─ Pas plus que d’habitude. »

Les sourcils du jeune homme se froncèrent sous cette réponse. Perplexe, il le vit s’avancer vers lui. L’homme le regardait avec fièvre et le plus petit n’eut aucun mal à anticiper son prochain mouvement. Il le fit reculer jusqu’au coin de lecture organisé en un regroupement de fauteuils et canapés, puis l’attira sur ses cuisses.

« Je dois t’occuper l’esprit », décréta-t-il.

Elestel rougit. Faire ce genre de chose ici le rendait nerveux : la peur tordait son ventre autant que l’excitation faisait battre son cœur. Il ne voulait rien faire en sachant que le garde se trouvait juste derrière la porte, à quelques mètres d’eux. Pire, il savait sa maîtresse au palais.

« Ma mère est au courant, avoua Aquilino.

─ Je vous demande pardon ? hoqueta-t-il.

─ Je lui ai dit tout à l’heure. »

Pourquoi avait-il fait ça ? Pourquoi le lui avait-il dit ? Ne se rendait-il pas compte de ce qu’il allait se passer ? La Reine les séparerait, elle le bannirait et lui se marierait à une femme. Peut-être était-ce pour le mieux ? Le royaume aurait probablement fini par s’en rendre compte, et qu’il soit forcé à partir réduirait les chances que le Roi soit vu aussi pitoyablement. Quelqu’un comme Aquilino ne devait pas se rabaisser à lui. Il méritait mieux. Il méritait une femme belle, intelligente et qui pourrait être à son égal.

Egoïste, jaloux, possessif, se fustigea-t-il. La honte et les larmes montèrent à ses yeux lorsqu’il comprit ce qu’il ressentait. Il s’était leurré d’idioties, avait aveuglément bu les paroles de son roi et cru qu’il serait heureux quoi qu’il choisisse de faire avec lui. Son corps de serviteur lui appartenait, et il pouvait en faire ce que bon lui semblait. Mais ce n’était pas vrai. Il l’aimait, l’admirait, le désirait. Alors il ne concevait pas l’idée qu’Aquilino soit séparé de lui. Le domestique voulait l’avoir pour lui.

« Elestel, regarde-moi. »

Il ne le voulut. Le Roi le força. Ses prunelles se perdirent dans les siennes, et le colosse chassa d’une main douce les pleurs qui s’échappèrent.

« Elle a toujours su comment je te regardais et ne m’a jamais demandé de me marier à une femme, confia-t-il.

─ Elle s’en fiche ? murmura-t-il, assommé.

─ Disons... tant que personne n’est au courant, il n’y aura pas de problème pour le royaume. »

Aquilino et Elyria avaient toujours entretenu une relation fusionnelle. Ils se disaient tout. Alors sans grande surprise, l’ancienne reine sut qu’il l’aimait. A ses huit ans, lorsque Elestel arriva au palais, le regard de son fils empli d’admiration et d’émerveillement ne lui échappa pas. Par la suite, bien débrouillard pour son âge, ce fut le prince lui-même qui traîna le domestique un peu partout au palais, lui faisant découvrir son monde. A seize ans, elle remarqua qu’il ne s’intéressait pas aux filles, mais uniquement à ce jeune de vingt ans à peine plus grand que lui. Et sa confession ne tarda pas, quelques mois plus tard, il lui avouait ressentir plus que de l’amitié pour son serviteur. Son amour ne vacilla jamais. Il grandit tout comme lui.

« Je n’accepterai personne d’autre que toi Elestel, ce sera toi ou rien. Alors ? Peux-tu m’appartenir ? » demanda-t-il finalement.

Les sanglots d’Elestel redoublèrent en entendant la voix hésitante de son Roi.

« Je resterai à vos côtés », répondit-il, heureux.

Ses lèvres s’écrasèrent subitement contre les siennes. Le plus petit ne résista pas, le laissant le guider, il s’abandonna contre son corps qui l’étreint avec vigueur. Ses grandes mains remontèrent sur sa taille, écartant le chandail souple pour dévoiler son torse musclé. Aquilino quitta ses lèvres. Il rapprocha son être brûlant puis posa ses lèvres contre sa nuque. C’était chaud, exaltant.

« Tu es magnifique », murmura-t-il d’une voix suave.

Une légère chair de poule remonta sa nuque, grisant, puissant, annonciateur de ce qui allait suivre. Agilement, le colosse se débarrassa du bas de son amant. Sa main droite, perverse, gagna ses fesses en même temps que sa bouche redevenait désireuse de ces lèvres rougies. Il les happa avec aplomb. C’était un baiser fiévreux, avide de sentir l’amour de l’autre, et sûrement le premier qui fit autant perdre la tête à son serviteur. Sa confession, le fait de savoir que la reine était au courant et approuvait leur relation défendue, lui faisait pleinement sentir la réalité de leur relation. Ils s’aimaient.

Elestel se fichait désormais pas mal du garde qui se trouvait derrière la porte, des habitants du palais qui pourraient les interrompre. Le plaisir l’aveuglait autant que la soudaine assurance qu’il éprouvait de leur relation venait le guider dans ses gestes désespérés. Aquilino était surpris de sentir les mains de son amant le chercher, le caresser, l’adorer. Il en fut très heureux.

« Dépêchez-vous », souffla celui aux longs cheveux.

Un franc sourire étira les lèvres du colosse. Il aimait le voir ainsi, abandonné à lui, à ce désir, a cette passion, à l’amour qu’il lui portait. Il le sentit insister sur son pantalon et sur son pant de chemise.

« Enlevez-les Aquilino, souffla-t-il.

─ Commences-tu à me donner des ordres Elestel ? »

Sa voix rauque fit trembler l’âme du jeune homme. Il savait qu’il n’avait aucun droit sur lui, nullement l’autorisation d’exiger quoi que ce soit, il n’était qu’un serviteur. Pourtant, le roi apprécia sa démarche, et il s’exécuta.

Lorsque le maître écarta enfin son bas, les instruments de leur luxure se retrouvèrent. Les caresses s’enchaînèrent vite. Doux, passionnés, leurs gestes les guidèrent vers ce plaisir incongru contraire à la bienséance de leurs lois. Ils s’abandonnèrent entre les livres, dans cette bibliothèque remplie de textes intellectuels comme d’histoires d’amour. La leur en ferait peut-être partie un jour.

Après une première jouissance et d’autres baisers brûlants, Elestel ne l’empêcha pas de se fondre en lui. Il était un Roi, son Roi, et sa volonté était suprême. De toute manière, il voulait lui appartenir. Il voulait être sien, devenir son homme, encore pour ce moment. Ses doigts se crispèrent dans son dos, pendant que ceux d’Aquilino serraient avec délice sa taille.

« Ne me laissez pas, Aquilino, implora-t-il dans un soupire.

─ Je t’aime Elestel, n’en doute jamais », dit-il, et il n’avait pas hésité une seule seconde.

Le maître attrapa les larmes de ses yeux et baisa son front.

« Je vous aimes aussi », murmura son protégé.

Cet amour interdit qui naissait, non, ne cessait de fleurir, aussi rouge et passionné que les Papaver rhoeas, avait beau être au cœur de leurs craintes, aucun des deux ne se sentait capable de le laisser s’échapper. Ils s’éloignaient le jour pour mieux se retrouver la nuit. C’était une belle harmonie.

« Te joindras-tu à moi pour les fêtes de printemps ? demanda le roi avec une caresse sur la joue.

─ Oui je serai à vos côtés, ô mon roi. »

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Super personnage

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Dialogues forts

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Si doux ❤️

2 ans
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Continuez je vous assure🤩🤩🤩

un an
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Your writing is striking emotive, visual, and rich with artistic potential. I’m a professional manga artist and designer and I’d love to explore a possible creative collaboration if you’re open to it. Let’s talk on Discord:martha_john88

un an

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