Épilogue Fanfiction «Emeline»

Résumé

*Attention, la compréhension de ce chapitre nécessite la lecture intégrale d' « Emeline - autopsie d’une obsession » ! J’ai terminé il y a quelque temps ma lecture d’« Emeline - autopsie d’une obsession » par É-Stele et… comment dire ? L’histoire m’avait remuée quelque peu. Entre pitié et dégout pour ce pauvre pâtissier, je suis surtout restée sur ma faim d’avoir été servi d’un repas sans dessert ! Confrontée à cette fin ouverte, ma tête n’avait qu’une seule solution : inventer la mienne que je vous propose de découvrir. Veuillez noter qu’il ne s’agit que de ma propre imagination et d’un avis personnel et qu’il ne reflète en aucun cas celui de l’auteure. Bonne lecture !

Statut :
Terminé
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Épilogue

Trois ans, sept mois et…

Je me réveille en sursaut, encore des cauchemars, les yeux aveuglés un bref instant par cette foutue lumière bleue du réveil.

2 h 28.

Voilà trois ans, sept mois et dix-sept jours depuis mon arrestation, depuis que je suis officiellement passé de la case homme d’affaires et mari honorable à stalker cinglé.

Tout aurait dû s’arrêter à ce moment. Je ne voyais pas pourquoi je respirais encore parmi les vivants. Un jour, j’ai pété un plomb, ne supportant plus mon reflet dans la glace, alors je l’ai fracassée d’un coup de poing. Les débris tremblants et rouges scintillants dans mes mains, j’étais enfin armé pour tout arrêter, pour libérer le monde de ma monstruosité.

Je l’aurais fait, j’en suis sûr, si les soignants n’avaient décidé de me faire une autre prise de sang à ce moment.

Voilà ce que j’étais devenu, un pauvre tas de merde avec des envies suicidaires. J’avais tout perdu en une fraction de seconde : mon honneur, mon entreprise, mes amis, ma femme, tout.

Après six mois de prison, me voilà reparti en détention psychiatrique pendant une année. Une année à me faire rabâcher à longueur de journée que j’avais été atteint d’érotomanie, que j’avais tout imaginé dans ma tête. Ma relation avec celle que j’avais appelée secrètement ma sirène, tout n’était qu’un cauchemar qui avait tourné en rond dans ma tête comme un film malheureux. Je n’étais qu’un minable, c’est ce que j’avais retenu, un fou pervers, qui avait forcé une jeune femme à quitter son travail et s’installer ailleurs, je ne sais où. Je n’ai jamais cherché à la retrouver depuis mon dernier message. Bien que mon SMS n’avait jamais atteint sa destination, il avait une nouvelle fois prouvé ce que j’étais, un pervers sexuel.

Des examens, des expertises, des séances de psy pour comprendre ce qui avait pu me pousser à fantasmer à tel point sur une femme pour tout plaquer. Rien de probant n’a été trouvé, rien qui m’aurait prédestiné à en arriver là. Mais je ne conservais secrètement qu’une seule angoisse, de replonger à nouveau. Je ne voulais pas ça.

Non, non, non. Le visage enfoui entre mes mains, j’essaie de me répéter les paroles du psychologue. Je ne l’avais pas fait exprès, je n’avais pas décidé de tomber sous l’emprise de cette femme, mais ce que j’avais fait avait dépassé tout bon sens. Il y avait des choses que j’ai faites consciemment, des décisions que j’avais prises de mon plein gré, personne ne pouvait le nier, des choses écœurantes et impardonnables.

Je lutte à nouveau contre les flashs s’immisçant dans mon esprit et grogne furieusement d’après moi.

Un doux gémissement me tire de mes pensées, ma sirène se blottit lascivement contre ma jambe, ma vraie sirène, celle que j’avais toujours aimée.

Aussitôt entre les mains, j’avais à l’époque signé les papiers de divorce transmis par son avocat. Je m’attendais à ne plus jamais la revoir. Comment pouvais-je espérer que Line voulait rester avec un monstre ? Non, elle méritait mieux que ça. Encore aujourd’hui, je me questionne, comment elle est parvenue à me laisser une deuxième chance.

Ma vie avait repris sens lorsqu’elle était venue me rendre visite dans la psychiatrie après un an, jour pour jour. Plongé dans les ténèbres depuis des mois, le soleil s’était levé à nouveau quand son sourire timide avait rayonné à travers la salle et que je suis tombé amoureux d’elle pour la deuxième fois.

— Karl ? murmure-t-elle avec sa voix éthérée. Qu’est-ce que tu fais ? Reviens te coucher !

— Je n’arrive pas. Je vais me lever. Reste dormir.

J’entame ma promenade nocturne de félin nerveux, toujours la même, toujours en rond, mais ses doigts saisissent mes avant-bras d’une force impressionnante.

— Non, reste avec moi. Quand j’ai dit que je voulais vivre avec toi, ça voulait dire jour et nuit… Tu y penses encore ? dit-elle par-dessus mon silence.

— Toujours, je n’arrive pas à me défaire des images, je ne suis qu’un salaud, Line.

— Arrête de te répéter ça. Pense à ce que le psy a dit : positiver. Ça fait presque deux ans, Karl, deux ans que tu es sorti et que tu ne loupes pas une seule séance avec lui.

— Je n’ai pas l’impression d’avancer. Je me sens inutile et minable.

— C’est pas vrai, tu m’es très utile…

Ses mains se referment sur mon torse et ses doux baisers dans mon cou m’envoient des frissons tout le long. Je me laisse bercer un instant de sa tendresse provocatrice.

— Mon amour, tu as repris ton travail il y a quelques mois, tout se passe bien… À part quand une jeune femme entre dans la boutique et que tu réfugies comme un ado pubère dans la cuisine…

— Renan t’a raconté ça ?

— Il me raconte tout, c’était le deal, tu te souviens ?

J’acquiesce tristement, j’en avais besoin autant qu’elle de cette surveillance.

— Je sais aussi que tu cours tous les soirs pour rentrer, susurre-t-elle près de mon oreille. J’ai envie de croire que je te manque lorsque tes mains façonnent les gâteaux et les pièces montées…

Elle est sexy, ma femme, incroyablement sexy. Passée la quarantaine, elle l’est plus que jamais, confiante, rayonnante et…

— Tu es la femme de ma vie, ma raison d’être, répliqué-je sur un ton sérieux.

Elle se fige, plantant ses yeux de chat dans les miens. Ses mains longent ma joue, mes cheveux et son petit sourire se dessine dans la pénombre.

— Je suis heureuse d’avoir retrouvé mon mari. Certes, nous n’effacerons jamais le passé, mais chaque jour à tes côtés me redonne plus confiance en notre couple.

— Tu n’as pas peur que… que ça m’arrive à nouveau ? questionné-je amèrement.

Son triste soupir me balaye d’un coup sec, mais sa tendre étreinte me retient de me cacher en dessous de ma couette.

— Si… bien sûr. Mais tu as passé x tests de personnalité et d’examens, tout le monde t’a déclaré apte à retourner dans la civilisation. Tu es allé à la Forge récemment et tout s’est bien passé.

— C’était dur, avoué-je tout bas, je me sentais comme un criminel qui revient sur son lieu de meurtre.

— Mais tu n’es pas un meurtrier ! me défend l’amour de ma vie.

— Dans ma tête, je le suis.

— Tu es prisonnier d’une vision horrible, chuchote-t-elle, tu es en train de t’en défaire, mais comme le psy l’a dit, tu essaies d’y lutter, voulant te noyer encore et encore dans ta culpabilité.

— C’est tout ce que je mérite ! Expier mes péchés jusqu’à la fin de mes jours ! rétorqué-je d’un poil hérissé.

Je m’énerve, la rage ne fait que monter comme l’eau sur un bateau en naufrage, me menaçant de me submerger d’un moment à un autre.

— Arrête ça, murmure ma Line desserrant mon poing aux jointures blanchies.

Ses doigts se reposent sur ma joue, me forçant à calquer mon souffle sur le sien.

— … Ce que tu as fait est mal et tu le sais, mais je te pardonne, mon amour. J’ai longuement réfléchi, tenté de construire ma vie sans toi, hésité à signer les papiers de divorce. Mais finalement, j’ai compris que ça ne me rendrait pas heureuse. Je voulais te revoir.

— J’étais au fond du trou, Line. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans toi, sans tes encouragements pour sortir le plus rapidement de cet asile de fous.

— Je ne veux pas y penser, confie-t-elle tristement, posant sa tête dans le creux de mon cou. J’ai pleuré quand j’ai appris que tu as tenté de mettre fin à tes jours.

Je sens la boule coincée au fond de mon ventre.

— J’étais désespéré, ma vie n’avait plus de sens.

Elle se redresse subitement, me forçant à lui faire face.

— Et aujourd’hui ?

— Ma vie reprend petit à petit. Mais ce qui compte avant tout pour moi, c’est ma relation avec toi. Je ne veux pas te perdre.

— Moi non plus, répond-elle et cette révélation nous berce tous les deux. Tu dis constamment que tu as besoin de moi, mais j’ai autant besoin de toi. Maintenant plus que jamais.

— Je ne te suis pas une grande aide, à part perturber ton sommeil la nuit.

Son petit gloussement résonne dans mes oreilles.

— Tu ne me perturbes pas, mais en ce moment j’ai du mal à trouver le sommeil moi aussi…

— Le travail ? tenté-je de la réconforter. Des problèmes encore avec ton boss ?

— Non, murmure-t-elle et sa main se perd un instant dans la mienne. Il faut que je te parle de quelque chose.

Je me fige sur place comme un glaçon, contemplant ma sirène rallumer la lampe de chevet et sortant un courrier de son tiroir.

— Tiens, lis-le !

Mon cœur cesse de battre tandis que je réceptionne sa lettre. Ce n’est pas une lettre, ce sont des analyses médicales.

Mon estomac se retourne, j’ai mal, j’ai chaud, j’ai froid.

— Line ! S’il te plaît ! m’écrié-je. Ne me dis pas que tu es malade !

Tout, mais pas ça ! Je ne pourrais pas, je ne survivrais pas…

— Lis-le, chuchote-t-elle.

Je prends une grande inspiration, plongeant mes yeux dans ces chiffres qui allaient décider de mort ou de vie.

— Hormonologie ? Taux de… Line ! Tu es enceinte !

Je suis incapable de lui dire plus, mais elle me saute au cou, murmurant un grand oui plein d’enthousiasme.

— Je voulais te le dire plutôt, mais je ne savais pas comment aborder le sujet avec toi.

— Mais Line, comment as-tu pu ? Avec qui ?

Toutes sortes de pensées parasites s’immiscent dans ma tête et me paralysent.

À ma grande surprise, elle continue de sourire.

— Espèce de gros benêt ! De toi bien sûr !

— Moi ? Mais nous n’avons rien prévu ! Tu n’as rien dit !

— Je sais, convient-elle. Mais cette envie tourne depuis bien longtemps dans ma tête, depuis que je t’ai vu avec le fils de Renan et que tu m’as dit : ça aurait pu être nous. Tu ne m’en veux pas ?

— Line, c’est que nous avons toujours dit que nous n’aurons pas d’enfants. Surtout maintenant, avec un connard pareil…

— Karl ! Tu n’es pas un connard ! Tu es un tonton formidable et je sais que tu seras un père parfait.

Je veux répliquer, sauf que ses douces lèvres me font taire d’un baiser magique, celui capable de minimiser n’importe quel problème.

— Je sais ce que tu vas dire que nous ne sommes pas prêts, que tu es un pervers sans avenir. Mais sache que tu as tort, mon avenir, je ne le vois qu’avec toi. Cet enfant, je ne le veux qu’avec toi.

— Et si je déconne de nouveau ?

— Et bien, j’élèverai seul cet enfant.

Les yeux ahuris devant son annonce, je me décompose.

— Je plaisante ! ironise-t-elle. Enfin à moitié…

— Mais je…

— Chut, mon amour, fait-elle taire mes balbutiements de son doigt. J’ai confiance en toi, tu fais tous les efforts possibles et inimaginables depuis que nous sommes à nouveau ensemble.

Elle colle son front tout chaud contre le mien. Ça fait du bien.

— Je ne te mérite pas.

— Tu mérites une deuxième chance, ne me déçois pas.

— Je fais tout pour, lui confié-je.

— Alors es-tu heureux ? questionne-t-elle légèrement nerveuse.

— Oui, je le suis, mais ça me fout une trouille pas possible !

— C’est pareil pour moi, sourit-elle. Bientôt nous formerons une petite famille. Je t’aime, Karl.

À la lumière tamisée, elle est juste sublime, un ange venu du ciel, une future mère et mon amour.

— Je t’aime aussi, ma douce.

J’ose enfin prendre les devants avec elle et l’attire contre moi. Son corps répond immédiatement et se love dans mes bras. La chaleur de ses lèvres se répand sur les miennes.

Oui, je suis heureux, heureux d’avoir épousé cette femme magnifique et de devenir père, chose dont je n’avais plus osé rêver depuis mon arrestation.

Je voulais être présent pour elle, pour elle et ce petit être qui grandissait à l’intérieur de son ventre.

Tout me parut possible à présent. Il ne s’agissait pas d’effacer son passé et de faire table rase, il s’agissait d’apprendre à vivre avec et d’en tirer les leçons.