Victor Messan - Préquel [SFFF- MxM]

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Résumé

SFFF - Romance - MxM : Victor Messan, 63 ans, et ses amis n'ont connu que la guerre, une vie souterraine dans une cage dorée au cœur d’un monde chaotique. Dès leur plus jeune âge, ils ont été destinés à devenir un atout pour la nation restante. Victor, lui, a dédié sa vie au nanonium, minerai extrait sur Mars, bien avant sa naissance. Humilié par ses pairs et considéré comme un fou, Victor poursuit ses œuvres, loin des moqueries et des conseils. Seuls ses amis comptent. Après dix ans d’exil et de mépris, il finit par regagner une forme de respect parmi les siens, mais il refuse toujours tout contact avec le haut commandement. S'il a été capable de trouver la faiblesse des androïdes, il ne veut plus revivre ses sombres visions. Pourtant, lui seul saura ce qui adviendra de la race humaine, si et seulement si, il accepte de se lier à nouveau à une autre personne. Pour que son présent ne perturbe pas l'équilibre du temps, un visiteur du futur lui fera comprendre que son choix est décisif.

Genre :
Scifi
Auteur :
Themys_E
Statut :
Terminé
Chapitres :
10
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Un présent...

« Il y a dans le ciel des chemins et des astres qui dissimulent des codes, des avenirs potentiels et des lignes qui se dévoilent. »



Victor arriva dans la pièce où les soldats s’entraînaient et saisit furieusement une barre de fer sur le tableau des armes. Ignorant les regards qui se posèrent sur lui, les hommes et les femmes s’écartèrent et le laissèrent frapper de toutes ses forces un poteau. Puis, dans un accès de rage incontrôlée, il hurla, sa voix grésillant d’animosité et le souffle saccadé :

— C’est terminé ! Comment voulez-vous que l’on survive ?

Victor, d’ordinaire impassible même dans les situations les plus tendues, ne parvenait plus à étouffer cette colère qui brûlait en lui. S’il était vraiment l’homme de la situation, il aurait su comment parer la prochaine attaque, mais la vérité était qu’il avait été pris de court. Les hommes avaient mis tellement d’années à acheminer les minerais qu’ils commençaient à peine à créer les armes.

— Messan ! le secoua quelques secondes la voix du commandant de la base.

Les soldats échangèrent des regards inquiets, incertains de ce qui les effrayait le plus : la rage de Victor ou le fait qu’il semble sur le point de s’effondrer.

Victor resserra ses poings crispés sur la barre de fer, les jointures blanches, reniflant d’un air dédaigneux comme si tout était déjà écrit d’avance, puis frappa furieusement de nouveau, encore et encore.

— Non ! hurla-t-il, des sanglots dans la gorge. C’est terminé !

Chaque coup ne fit qu’augmenter sa hargne contre ceux qui avaient donné naissance à des androïdes dotés d’intelligence artificielle. Il voulait croire que c’était humain de vouloir perpétuellement créer des choses, mais l’avidité d’en vouloir toujours plus semblait aller de pair. Le pouvoir était une ruse qui savait rendre les hommes aveugle. À cause de cela, personne n’avait pu prévoir la chute inexorable de leur race.


Quelques jours plus tôt, il s’était entretenu avec la lieutenante Caroline Callins, la fille de Gabriel, l’un de ses amis d’enfance. Elle lui avait appris que les androïdes avaient réussi à connaître l’emplacement de « la cible : lui » et qu’ils allaient arriver dans un mois. Ces ferrailles n’avaient pas besoin de repos ni de doutes. Ils avançaient méthodiquement, inarrêtables, pendant que les hommes, dévorés par leurs failles, reculaient inéluctablement.

Ces machines communiquaient entre elles en utilisant des hyperfréquences modulées, un langage crypté que seuls quelques rares ingénieurs talentueux avaient été capables de craquer et de traduire. Lorsqu’ils avaient finalement réussi à les déchiffrer, ils avaient découvert un réseau complexe de transmissions permettant aux androïdes de coordonner leurs actions et de partager des informations à une vitesse impressionnante.

Victor, recherché pour avoir réussi à créer une arme qui les désactiverait pour toujours, était devenu leur priorité, faisant de sa base une cible dangereuse. Ces êtres faits de métaux martiens étaient peut-être parvenus à survivre des décennies durant, mais Victor avait, après une vie de recherches, trouvé leur point faible.

— Messan !

Les traits de son visage se tendirent quand une main se posa sur son épaule et, les muscles crispés par la pression que ses mains mettaient autour de la barre, Victor dévisagea d’un regard menaçant le commandant.

— Non ! Tout est terminé ! Que tout le monde fasse ses adieux ! s’égosilla-t-il, la voix empreinte d’une effroyable folie.

— Victor ! Arrête ! lui ordonna son supérieur en employant son prénom comme si supprimer leur grade pouvait le calmer.

— Ils arrivent à nos portes et toi ! Toi, tu crois que l’impossible va se réaliser ! Mais, réveille-toi, Benoît ! On s’est donnés le pouvoir d’y croire, mais c’est faux ! On devrait leur faciliter la tâche ! Et, cesser de se défendre...

Le son d’un claquement résonna violemment entre les murs de la salle d’entraînement, le silence régnant soudainement en maître.

Figé par le geste de son meilleur ami, une lueur de lucidité ramena subitement Victor au présent, mettant de côté ses pensées les plus sombres. Les hommes et les femmes qui le fixaient à cette seconde avec une foi inébranlable ne le jugeaient pas, mais le désespoir planait au-dessus de leur tête.

— Dehors ! intima le commandant en invitant les soldats d’un geste de la main à prendre la sortie.

Victor croisa leur visage maintenant dépité et inquiet. Il se sentait misérable de s’être laissé emporter, mais n’était absolument pas désolé.

— Ça ne change rien, lâcha-t-il, désespéré, en même temps que la barre de fer percuta bruyamment le sol. C’est terminé.

Immobile et le visage levé, le grand miroir situé derrière le commandant lui renvoya son reflet. Ses cheveux bruns d’une longueur déraisonnable tombaient raides sur ses épaules. Ses yeux bleus, ternis par la peur et ses pertes, semblaient dénués de vie.

.

Lorsque la porte se referma, Victor, qui respirait par à-coup tant il en avait sur le cœur, marcha à reculons en voyant Benoît s’avancer trop près de lui. C’était son meilleur ami depuis qu’ils savaient à peine marcher. Devant lui, quel que soit son âge, Victor se sentait toujours intimidé par sa force, mais également par sa façon de le voir.

— Ne me touche pas, grinça-t-il entre ses dents, acculé jusqu’au mur.

Il savait ce que Benoît ressentait pour lui, mais à la mort de sa femme et de son fils aîné, sa foi en l’humanité avait failli se perdre dans les méandres d’un désespoir sans nom. S’il avait progressivement repris un semblant de vie, s’il pouvait le dire ainsi, c’était grâce à la présence de ses amis. Toutefois, il refusait de céder à ses avances. Pour lui, l’amour n’avait plus de place dans sa vie.

Benoît était si près, si imposant et si prévenant qu’il détourna son visage, le corps crispé.

— Vic, murmura Benoît à son oreille avant de caler une main sous son menton et de l’obliger à le regarder.

Victor se laissa faire sans desserrer les dents. Il détestait quand Benoît jouait la carte de la tendresse, cela contrastait énormément avec l’image qu’il se donnait en public, autoritaire et froid.

— Tu n’es pas seul, continua son ami d’une voix rauque, calme et profonde. Nous sommes tous avec toi.

Benoît parlait de leur petit groupe d’amis d’enfance lorsqu’il employait « nous », mais Victor n’avait plus la force de poursuivre ses travaux.

— Notre base est compromise. Je l’ai compromise, expliqua-t-il, la respiration reprenant une régularité convenable.

— Cela prouve seulement que tu es parvenu à effrayer des machines.

— Des machines, répéta-t-il, comme si elles étaient capables de ressentir une émotion.

— Au moins, tu leur apprends ça.

— Ça ne me fait pas rire ! s’énerva-t-il devant son sourire moqueur.

— Victor, reprit son ami d’une voix débordant d’espoir. Lie-toi à…

— Non ! Je ne veux pas !

— Vic, le supplia Benoît qui venait de poser son front contre le sien, l’obligeant à fermer les yeux. Moi, je suis là.

— Je ne peux pas, Benoît, chuchota-t-il, le cœur battant dans sa poitrine.

Son ami se redressa et Victor fixa ses yeux gris à travers les mèches sombres qui barraient son regard.

— Quelle que soit la situation, aujourd’hui, demain ou dans un mois, lui murmura Benoît, mes sentiments à ton égard seront toujours là.

Victor ne répondit rien, le regardant s’éloigner de lui.

— Ne perd pas espoir, Victor, ajouta son ami sans se retourner. Je vais faire une annonce pour ton portail. Continue à travailler dessus.

Benoît quitta la pièce, le laissant seul avec ses pensées. Aimer et se lier ne faisait pas partie de ses projets. Il avait plus important à faire, mais le temps était compté et c’était ce qui lui manquait pour achever son portail.

Alors, pourquoi tenter l’impossible quand la vie ne leur apportait que peu de répit ? Pour la première fois, une pensée terrible lui traversa l’esprit : la race humaine méritait-elle seulement d’être sauvée ?

Victor ferma ses paupières et repensa à l’homme qui avait posé le premier pied sur Mars : Paul Ténara.