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Rouler, toujours plus loin

Résumé

Emy, 25 ans, quitte du jour au lendemain sa vie à Whasington, abandonnant son travail de standardiste dans une grosse boîte, elle part à l'aventure sur sa moto, comptant bien traverser les Etats-Unis sans se retourner. Sur son chemin, elle retrouvera quelqu'un de sa famille qu'elle avait perdu de vue depuis des années, et grâce à cette rencontre inopinée, son voyage prend un sens encore plus grand qu'au départ. Ses émotions vont faire les montagnes russes, mais dans ce tumulte, elle trouvera qui elle est au fond, et grandira une bonne fois pour toute loin de l'ombre qui planait au dessus d'elle.

Genre :
Romance
Auteur :
Tenten-chan63
Statut :
Terminé
Chapitres :
23
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1.1

Le vrombissement atteignant mes tympans, je les accentue. Le vent fouettant mon visage, j’accélère. Mes mains sur les guidons, je tourne la manette des gaz. La vitesse s’accumulant, je dépasse les limites autorisés par la loi. Rien à faire des contrôles, rien à foutre des flics, qu’ils essaient de me choper, ils seraient surpris.

Toujours plus vite, toujours plus loin. Sans me retourner je trace, laissant derrière moi toute ma misérable vie. Plus rien ne me retenait, plus rien ne me faisait envie. Plus rien n’avait d’importance. Alors j’ai filé sans demander mon reste. J’ai tout plaqué du jour au lendemain.

Et me voilà sur ma Yamaha MT-25, à parcourir des kilomètres depuis des jours. Un pauvre sac à l’arrière, contenant mes seules affaires. Trois fois rien en comparaison de ce que j’ai laissé derrière moi.


Et je roule,

Encore et encore,

La musique du vent,

Emportant le bruit,

De ma bécane,

A travers les champs.


Personne n’est à ma recherche, je le sais. Guère appréciée, je suis seule depuis des années. Enfin, si on ne compte pas la famille. Mais même avec elle j’ai coupé les ponts. Après tout, j’étais le vilain petit canard, trop solitaire, trop insociable, trop blasée, trop, trop, toujours trop. Jamais assez pour eux. Ils voulaient une petite fille parfaite, qui travaille, qui fasse des études, qui se range dans les rangs de la société, qui se trouve un mari et devienne mère. A trop vouloir me façonner, ils m’ont détruite. Et je leur ai fais regretté.

Y a pas à dire, j’ai eu un bol monstre de gagner au loto. Un vrai p’tit pactole. Ils sont devenus plus attentif à moi par la suite. Hmhm... Ils n’ont pas eu un rond de ma part. J’ai pris mes cliques et mes claques et j’ai quitté la région après l’achat de ma bécane. J’me suis trouvée un p’tit job, que j’ai fini par abandonner. Et me revoilà sur les routes.


Une vie solitaire,

Tranquille et paisible,

Ne rendre des comptes à personne,

Une joie jouissive,

Plus aucun reproche sur le dos,

Je vie libre.


Et je roule, encore et toujours, plus loin que jamais, traversant ville après ville. Sans jamais m’arrêter. Sans un regard en arrière.


Sous le ciel étoilé,

Ma moto défile,

Filante comme un astéroïde,

La route est ma galaxie,

Sous l’astre de la nuit,

Je laisse mon destin,

Aux mains de je ne sais qui.


Un nouvel État, une nouvelle destination inconnue, un nouveau voyage, de nouvelles découvertes. Je me stoppe à une station service accoler à un motel. Descendant enfin de ma Yamaha je me dépêche de faire le plein, soufflant doucement. Une fois cela fait je prends le temps de m’étirer. Passer autant de temps assise n’est jamais très bon, mais ça ne me gêne pas. J’observe un peu les alentours, tellement différent de ce que j’ai connu. Je vois au loin un groupe de bikers, accoudé sur leur Harley-Davidson, tout en cuir. Ils ont un flow du tonnerre.

Je me mis à regarder le ciel, se couvrant de nuit au fil du temps. Il est l’heure de s’arrêter. Je m’agace légèrement d’être obliger de me reposer. Je voulais rouler, me libérer de mes chaînes le plus vite possible. Après tout... J’aurais la mort pour dormir éternellement. Mais mon corps n’est pas de cet avis on dirait. Je me dirige donc vers le motel, garant ma bécane devant, avant de prendre une chambre à l’accueil. Une chance pour moi, il en reste une, au rez-de-chaussé en plus. Je prends mon sac et me dépêche de m’engouffrer dans mon logement d’un soir.

L’eau froide de la douche me surprend, me faisant lâchant un léger cri. Pourtant, cela me fait un bien fou, la fraîcheur détendant mes muscles engourdis. Je ferme les yeux pour apprécier ce bref moment d’accalmie. Le bruit du ruissellement sur les carreaux du mur apaise mon cerveau, se concentrant dessus pour ne plus penser à rien.

Vide, c’est ainsi que je me sens. J’ai un creux au cœur qui ne se referme pas. Depuis des années il est là, des années à le supporter, à vivre avec.


A quoi bon,

Vivre avec ce trou,

Qui se creuse au fur et à mesure,

Sans se rétracter,

Devenant toujours plus,

Insupportable.


La nuit se reflète sur le plafond de la chambre, jouant avec les ombres de l’extérieur. Mes songes ne veulent pas m’accompagner, et je reste éveillée, mon esprit faisant défiler mes souvenirs. Impossible de faire pause, je revis encore et encore mon passé.


- Où comptes-tu aller au juste ?!

- Loin.

- On est tes parents, tu ne peux pas partir ainsi !

- Je suis majeure j’ai tout mes droits.

- Nous t’avons élevé, tu nous dois bien ça !

- Je ne vous dois rien du tout ! Vous avez juste fait votre devoir de parent ! Je n’ai jamais demandé à naître ! Ne comptez pas sur moi pour vous donner mon argent. Allez donc gagner vous même au loto.

- Reviens ! Nous avons pas fini !

- Oh si, croyez moi, on en a fini. Pour de bon cette fois.


Les pneus sur le goudron chaud ont une odeur particulière, désagréable pour certains, mais pour moi, il s’agit seulement du résultat de mon aventure. Je n’avais jamais osé faire de si long trajet loin de ce que j’appelais « maison », mais je n’aurais jamais imaginé découvrir cette incroyable liberté. Rien ne peut me la reprendre.

Zigzaguant entre les voitures sur l’autoroute bloqué, je reçois des coups de klaxon, et cela me fait rire. Je ne m’étais jamais autant marrer qu’en ce jour. Voir les expressions fulminantes sur la tête de quelques-uns tandis que je ne suis guère gênée, pouvant passer à mon aise.

Alors que je double une nouvelle fois, un connard me coupe la route, me cognant au passage. Je lâche un juron, lui lançant un regard noir, il me fait un doigt d’honneur avec un sourire arrogeant. Je le lui rends avant de donner un coup de pied à sa caisse, il pâlit. La voiture d’à côté me laisse la place de passer, et je ne perds pas de temps, redémarrant d’un coup. Je l’entends hurler, mais je ris.


Je m’en fiche des idiots,

Ils sont enchaînés,

Je suis libre,

Ma seule contrainte,

Est l’entretien de ma moto,

Et je n’ai guère envie de chercher,

Alors je m’arrête,

Au premier garage que je vois.


Je souffle d’agacement. J’observe rapidement la devanture, Arkmotors, avant de m’y engouffrer. Je cherche du regard quelqu’un qui pourrait me prendre en charge. Une femme brune à la peau hâlé sort de sous une voiture, s’essuyant les mains avec son torchon de travail.

- Excuse moi, je l’appelle.

La mécanicienne pose son regard sur moi. Je déglutis légèrement face à ses yeux marrons que je trouve un instant sublime. Je me reprends quand elle s’avance vers moi.

- Bonjour, que puis-je pour vous ?

- Bonjour, je... j’inspire intérieurement, ma moto a reçu un choc il n’y a pas longtemps à cause d’un abruti, depuis elle fait un drôle de bruit, pourriez-vous jeter un œil ?

- Bien sûr, emmenez la au fond.

Je hoche la tête, retournant vers mon véhicule que j’avance à l’endroit indiquer. Je m’écarte, regardant la femme analyser et chercher le problème de mon deux roues. Elle est belle. Mes yeux sont attirés par l’attelle métallique à sa jambe gauche. Elle a l’air si habitué à l’avoir, elle se déplace avec une aisance que peu peuvent avoir. Je me gifle intérieurement, concentrant mon attention ailleurs. Il ne lui faut qu’une dizaine de minutes par la suite pour m’expliquer ce qui arrive, partir chercher une pièce pour remplacer celle qui est défaillante, et encore une vingtaine de minutes pour tout remettre en place.

- Elle est comme neuve, sourit-elle.

- Merci beaucoup, je soupire de soulagement. Je ne me voyais pas m’arrêter ainsi dans mon voyage à cause d’un crétin.

- Où allez-vous comme ça ?

- Aucune idée, je hausse les épaules. Là où le vent m’emporte simplement.

- Et d’où venez-vous donc ?

- Washington, rien de bien exotique à vrai dire.

Elle hausse légèrement les sourcils.

- Vous êtes bien loin de chez vous dit-donc. Vous avez atterri à Denver par hasard du coup ?

- C’est ça, je n’avais pas réellement prévu de m’arrêter, mais bon, je n’ai pas eu le choix.

- Vous comptez vous installer quelque part ?

- Cela ne fait pas parti de mes projets actuels. Je profite simplement de la joie d’être sur la route.

Ses lèvres se retroussent à peine pour former un sourire en coin. Nous nous dirigeons vers l’accueil du garage et je règle la réparation. Nous échangeons de nouveau un regard qui me fait frissonner. Son air a quelque chose d’attirant et... d’envoûtant.

- Merci beaucoup... je la regarde un instant.

- Reyes, Raven Reyes.

- Ravi d’avoir fait ta connaissance, je souris, E-.

- Emy ?

Je me fige. Cette voix... Ça fait des années que je ne l’avais plus entendu. Je me retourne doucement. Mes yeux fixent la chevelure blonde devant moi, puis se connectent à leurs homologues bleus. Mon souffle s’expire quand je prends conscience de qui se tient devant moi.

- Grif’...


- Emy, nous ne verrons plus jamais les Griffin, tu as interdiction d’entrer en contact avec eux.

- Mais papa...

- Pas de mais ! Tu fais ce que je te dis !

- Mais Clarke c’est...

- Arrête de parler d’eux, maintenant !


Sans que je ne me contrôle, je me précipite vers elle, la prenant dans mes bras. Des années sans aucunes nouvelles... Et la voilà devant moi par pur hasard. Mes larmes finissent par couler seules, sans que je ne puisse les retenir. Elle répond à mon étreinte, timidement d’abord, puis plus franchement.


Un père qui détruit,

Une partie de ma famille,

Disparue,

Sans nouvelle,

Je finis par ne plus penser à eux,

Alors qu’avant,

J’étais inséparable,

De ma cousine blonde.



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