Prologue
Le vent hurlait dans les montagnes du Givre, fouettant la neige autour d’eux dans une danse chaotique. La forteresse abandonnée, autrefois un bastion imprenable, n’était plus qu’une carcasse froide et silencieuse, ses murs fissurés par le temps et l’oubli. Dans ce décor lugubre, deux figures se tenaient dos à dos, leur souffle formant des nuages blancs dans l’air glacé.
Caelan, une dague ensanglantée dans une main tremblante, fixait les ombres mouvantes qui les encerclaient. Son visage était maculé de sang, pas le sien, heureusement, mais ses jambes fléchissaient sous la fatigue. Il jeta un regard rapide vers Alaric, qui tenait son épée légendaire, Kaldris, avec une maîtrise qui trahissait des années d’entraînement.
- Ne relâche pas ta garde, Caelan, grogna Alaric, ses yeux fixés sur les créatures qui se tapissaient dans les ombres. Elles attendent une ouverture.
- Je n’ai pas besoin de tes conseils, prince, rétorqua Caelan avec un sarcasme mordant, tout en ajustant sa posture. Si tu ne passais pas ton temps à fanfaronner, peut-être que nous ne serions pas ici.
- Et si tu étais moins secret, peut-être que je saurais pourquoi ces choses semblent te vouloir toi plus que moi, riposta Alaric.
Le silence s’installa entre eux, tendu et lourd. Caelan ne répondit pas. Il n’allait certainement pas révéler ses secrets à ce moment-là — pas quand leur survie dépendait de leur capacité à travailler ensemble, même à contrecœur.
Les ombres bougèrent soudainement, rapides et silencieuses. Les Rôdeurs des Brumes, ces loups spectraux à la fourrure immatérielle et aux yeux luisants, jaillirent de la neige. Alaric pivota avec la grâce d’un guerrier accompli, son épée tranchant l’air dans une arche parfaite. Kaldris émit une lueur bleutée en rencontrant la première créature, qui explosa en un nuage de brume avant de disparaître.
Caelan, de son côté, esquiva de justesse une attaque foudroyante. Il roula dans la neige, se relevant avec agilité. Il planta sa dague dans le flanc d’un autre Rôdeur, mais la lame glissa sur sa forme éthérée. Grognant d’exaspération, il tendit la main droite, et un éclair invisible d’énergie frappa la créature. Le loup spectral recula, ses mouvements devenant erratiques avant de se dissoudre.
- Ce n’était pas normal, murmura Alaric en abattant un troisième Rôdeur. Ta lame n’aurait jamais dû fonctionner contre eux.
- Peut-être qu’elle est meilleure que la tienne, répliqua Caelan, essoufflé.
Alaric lui lança un regard acéré, mais n’insista pas. Il n’avait pas le temps de jouer les interrogateurs. D’autres bruits s’élevaient autour d’eux des hurlements lugubres, des murmures portés par le vent. Ils étaient encore en sous-nombre.
- Il faut bouger, maintenant ! cria Alaric, prenant les devants.
- Vraiment ? Je pensais qu’on pouvait rester ici et mourir de froid, marmonna Caelan tout en le suivant, ses pas glissant dans la neige profonde.
Ils se ruèrent vers une arche effondrée qui menait à l’intérieur de la forteresse. Une fois à l’abri, ils bloquèrent l’entrée avec un lourd bloc de pierre tombé, mais les grognements des créatures continuaient de résonner dehors. L’intérieur était sombre et glacial, mais au moins, les ombres semblaient moins menaçantes ici.
Alaric s’adossa contre un mur, essuyant son front couvert de sueur.
- Tu comptes m’expliquer comment tu as fait tout à l’heure ?
Caelan haussa les épaules, un sourire narquois aux lèvres.
- Je suis plein de surprises.
Avant qu’Alaric ne puisse répondre, un grondement sourd fit vibrer le sol. Tous deux se figèrent, leurs regards se tournant vers l’obscurité au fond de la salle. Une lumière verte éclata dans les ténèbres, et une silhouette immense émergea, ses yeux étincelant comme des flammes.
- Qu’est-ce que c’… commença Alaric avant d’être interrompu par un rugissement assourdissant.
À ce moment-là, il devint clair que leur cauchemar ne faisait que commencer.
"Mais avant d’en arriver là, revenons au moment où tout a commencé."








