Le Marionnettiste : Black River tome 3

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Résumé

La conclusion épique de la saga ! Tom et ses amis sont parvenus à s’échapper de Cracker Hall et à retourner dans leur dimension après leur combat acharné contre le Marionnettiste. Mais ils ne sont pas revenus seuls. Leur ennemi les a dupés : Samantha est toujours sous contrôle. Ivre de rage, Le Marionnettiste attend le coucher du soleil, seul obstacle à son « Grand Œuvre », pour se lancer dans une quête vengeresse contre Tom qui l’a amputé d’une partie de ses pouvoirs. Si nos jeunes héros, fraîchement investis de capacités exceptionnelles pour certains, pourront compter sur de nouveaux alliés, comme la charmante mais dangereuse Alicia Brimstone, ils devront également affronter de nouvelles menaces, à commencer par Josh Rainer, le nouveau Croque-Mitaine désormais allié au Marionnettiste. Comme si la situation n’était pas assez désastreuse, un mystérieux homme en noir débarque en ville à la recherche d’Alicia... La nuit qui s’annonce scellera le destin de nos héros, de Black River... et du monde !

Statut :
En cours
Chapitres :
65
Rating
5.0 1 avis
Classification par âge :
16+

Adam


Livre 1 : Nouveaux joueurs en ville



On ne vit que d’illusions. Les apparences sont infiniment plus savoureuses que les réalités.”

Henri Jeanson



Mercredi 24 août 1982, 11 H 02 P.M.

Lieu inconnu

Adam chercha du regard la femme en rouge. À chacune de ses visites, il espérait l’apercevoir. En fait, il savait qu’elle serait là. Elle était toujours là, et ce soir ne dérogerait pas à la règle. Le jeune homme se fraya un chemin parmi la clientèle du bar, nombreuse en cette fin de journée, et sourit lorsque la silhouette écarlate apparut dans son champ de vision. La belle sirotait un cocktail au comptoir, installée sur un tabouret en cuir marron. Perdue dans ses pensées, elle contemplait son reflet dans le grand miroir sur le mur en face. Sa robe à paillettes brillait sous la lumière des spots et mettait en valeur les courbes parfaites de son corps élancé. Adam ne se lassait jamais de ce spectacle ; il ne comprenait pas comment une si belle femme pouvait rester seule, sans prétendant autour d’elle.

S’ils sont tous comme toi, cela n’a rien d’étonnant ! lui chuchota sa conscience, narquoise.

Adam soupira. Il était pourtant beau garçon : une chevelure brune abondante qui lui tombait sur les épaules, un teint basané, des yeux noisette à l’éclat vif et une bouche rieuse. Sa voix, chaude et envoûtante, avait déjà séduit de nombreuses conquêtes par le passé. Alors pourquoi refusait-il d’aborder cette ravissante inconnue ? À cause du manque d’intérêt qu’elle manifestait à son égard ? Jamais ‘La Beauté’ ne lui avait adressé un regard ni porté attention, comme si le monde alentour n’avait aucune importance à ses yeux. Adam ne comptait plus le nombre de fois où il s’était assis à ses côtés dans l’attente d’une réaction, un signe, n’importe quoi montrant qu’elle l’avait remarqué.

Ce soir encore, il accomplirait le rituel. Il commanderait un whisky on the rocks, accoudé au comptoir. Il laisserait une place vide entre la belle et lui, l’observerait à la dérobée dans l’espoir de croiser son regard tourné dans sa direction. Peut-être aurait-il de la chance, cette fois ?

Pourquoi ne pas aller lui parler, tout simplement ?

Adam ne supportait plus cette voix nasillarde. Il la méprisait, car elle avait raison. Elle énonçait des évidences : bien sûr qu’il devrait briser la glace. Engager le dialogue. Comme s’il ne le savait pas !

Après une inspiration, le jeune homme s’installa à droite de la brune. Malgré la distance qui les séparait, quelques effluves de vanille lui parvinrent aussitôt. Comme il appréciait cette fragrance ! Elle persistait longtemps après qu’il avait quitté la belle, imprégnait ses vêtements pour lui rappeler son éternel rendez-vous manqué.

Pas ce soir ! Quand elle aura terminé son verre, je lui en offrirai un autre.

Le barman lui servit son whisky ; il s’empressa d’en boire une gorgée. S’il était assez soûl, il parviendrait peut-être à lui adresser la parole.

Pour éviter de cogiter davantage, il se concentra sur la musique diffusée par le juke-box au fond de la salle. Il reconnut Unchained Melody. Tout en se laissant bercer par le King, il observa dans le miroir une partie de billard disputée par deux clients. De temps à autre, Adam jetait un œil à l’inconnue : parfois, elle buvait du bout des lèvres son cocktail, mais le plus souvent, elle se perdait dans la contemplation du miroir comme si c’était une fenêtre sur un autre monde. Le spectacle devait être exceptionnel, à en juger son ardeur à fixer cet univers inversé.

Après un interminable moment, la femme à la robe écarlate posa son verre sur le bois verni du bar. Vide. Adam avala une longue rasade de whisky pour se donner du courage – le troisième depuis son arrivée -, puis demanda :

— Je vous offre un autre verre ?

Je l’ai fait ! hurla-t-il intérieurement. J’ai réussi.

La Beauté pivota sur son siège, esquissa un sourire et ouvrit la bouche pour lui répondre. Le jeune homme était pendu à ses lèvres ; son cœur menaçait d’exploser tant il redoutait les prochaines secondes.

Quand la Belle se figea, que la musique se coupa et que les bruits de conversations s’étouffèrent, Adam crut défaillir. Qui avait osé s’immiscer ? C’était son soir, son bar, sa femme en rouge !

Dans son dos, quelqu’un s’installa au comptoir.

— Adam, je dois vous parler.

Deckard. Évidemment.

Adam se retourna lentement, considéra le nouvel arrivant avec dédain. Le visiteur, un homme d’une quarantaine d’années affublé d’un vieil imperméable et d’un pantalon de velours marron, était accoudé au comptoir, un air de satisfaction sur son visage de bulldog.

— Vous ne pouviez pas débarquer au pire moment, annonça Adam, agacé. Vous ne voyez pas que je suis occupé ?

Le nommé Deckard balaya le bar du regard avant de reporter son attention sur son interlocuteur.

— Vous n’en avez pas marre de rejouer la même scène ? Passez à autre chose, mon vieux ! Cette femme vous a filé entre les doigts, vous en trouverez une autre. Votre ego de séducteur s’en remettra, croyez-moi. Vous êtes jeune et... plutôt séduisant. (Ce compliment lui arracha une grimace). Bon, vous allez m’écouter maintenant ? Je ne suis pas venu débattre de votre sex appeal.

Adam fit la moue. Il avait enfin réussi à établir le contact avec cette fille et Deckard avait tout gâché.

— Vous auriez pu attendre qu’elle m’ait répondu avant d’entrer en scène !

Deckard leva les yeux au ciel ; Adam pesta contre l’incompréhension de son "supérieur". Il ne comprenait pas. Personne ne le pouvait.

Le jeune homme observa une dernière fois l’inconnue, statufiée, la bouche ouverte, puis poussa un profond soupir avant de claquer des doigts. Aussitôt, la Belle et le bar s’évanouirent pour laisser place à un environnement différent. Les deux hommes contemplèrent la naissance d’un nouveau monde : un parc boisé qui sentait bon l’été. Les arbres s’érigeaient devant eux, déployaient leurs branches ; les émanations de fleurs et de l’herbe fraîchement tondue embaumaient l’air ; le soleil s’éleva au-dessus de l’horizon et stoppa sa course dans un ciel bleu sans nuages. L’opération avait duré à peine dix secondes.

Deckard lança un regard appréciateur à Adam, sculpteur de ce nouvel environnement.

— Vous vous améliorez de jour en jour. Nous parviendrons peut-être à faire quelque chose de vous, finalement.

— Merci... Enfin, je crois. Ce que vous êtes venu m’annoncer ne va pas me plaire, je le sens. J’ai pensé qu’un changement de décor s’imposait. Mais il reste cependant un détail à régler.

Le jeune homme murmura des mots indistincts et toucha les vêtements de Deckard. L’imperméable se transforma en chemise rose et le pantalon de velours devint un bermuda blanc. Adam recula d’un pas pour évaluer son œuvre.

— Maintenant, tout est parfait, dit-il en étouffant un rire. Le rose vous va à ravir, Deckard, et sied mieux au lieu où nous sommes. Vous ne trouvez pas ?

Celui-ci maugréa dans sa barbe, mais ne fit rien pour remédier aux bêtises de son acolyte.

— Vous êtes un comique. Mais j’imagine que je l’ai cherché...

— Content de vous l’entendre dire. De toute façon, votre tenue de Columbo ne vous allait pas.

Deckard bouillait sur place, mais ne releva pas l’impertinence de son compagnon. Il désigna un banc non loin.

— Installons-nous là ! Vous serez plus à l’aise pour entendre ce que j’ai à vous dire.

Adam approuva. Lorsqu’ils furent assis, Deckard énonça sans attendre le but de son intrusion :

— L’Oracle est entré en contact avec Winston. Vous allez partir en mission dès que s’achèvera cette conversation.

Si l’Oracle s’en mêle, ce doit être important, songea le jeune homme. Finie, la rigolade.

— D’accord ! dit-il. Je vous écoute.

— L’un des nôtres s’est éveillé. Seul.

Deckard fit une pause pour laisser à Adam le temps d’assimiler cette information.

— Seul ? Comment est-ce possible ? demanda Adam.

— Comme vous vous en doutez, L’Oracle est resté très vague à ce sujet. Tout ce que je peux vous dire, c’est que cette donnée n’est qu’une infime pièce d’un puzzle plus vaste.

— OK. Qu’est-ce que vous attendez de moi ?

— Vous allez vous rendre à Black River, une bourgade du Maine. Votre tâche consiste à retrouver un jeune garçon du nom de Thomas Bowman.

— Laissez-moi deviner : c’est notre ”éveillé" ?

— Exact. Mais, ce n’est pas tout. Vous devrez le former sur place. Il devra être prêt pour ce qui va suivre.

— Ce qui va suivre ?

— Oui. Selon l’Oracle, un groupe de personnes va traverser un portail dimensionnel dans moins de vingt-quatre heures : le garçon en fera partie. L’ouverture de ce passage va créer un beau bordel, apparemment.

Adam dévisagea son supérieur, interloqué.

— Un portail dimensionnel ? Vous êtes sérieux ? Qu’est-ce que c’est que ces conneries ?

Deckard eut un sourire.

— Rassurez-vous, j’ai fait la même tête que vous quand Winston m’a briefé. Eh oui, mon vieux, les mondes parallèles existent ! Même qu’ils renferment des entités que l’on n’a pas vraiment envie de voir débarquer par ici.

— Et une de ces forces va rappliquer en même temps que le garçon, c’est ça ?

— C’est ça, soupira le plus vieux. L’Oracle aurait dit, je cite : “Si nous ne parvenons pas à vaincre le Mal, le monde tel que nous le connaissons cessera d’exister”.

— Rien que ça ? Et c’est moi que vous envoyez pour cette mission ? Je ne suis encore qu’un bleu et vous le savez.

— Eve vous épaulera. Tout ce que vous avez à faire, c’est former le jeune Bowman afin qu’il ait les armes pour lutter.

Adam secoua la tête, dépité.

— On dirait que vous m’envoyez à la guerre !

— Mais c’est exactement ça ! Une guerre s’annonce et vous n’aurez que quelques heures pour vaincre.

— Pourquoi moi, alors que des agents plus expérimentés peuvent s’en charger ?

Deckard hésita. Son regard se déroba, fixa un point par-dessus l’épaule d’Adam.

— Vous êtes les plus près de l’objectif. Les autres n’y seront jamais à temps...

— Foutaises ! Vous me cachez des informations, Deckard. Ayez au moins la décence de me regarder dans les yeux quand vous me mentez !

— Très bien ! D’accord. Vous voulez la vérité ? La voici : l’Oracle a cité votre nom et celui de votre Fusäe. Il faut que ce soit vous qui le fassiez. Aucun autre duo n’en est capable, selon lui.

Adam reporta son attention sur une joggeuse qui passait en trombe devant leur banc, un casque sur les oreilles. Il esquissa un sourire.

Son mentor avait raison, le jeune homme perfectionnait chaque jour son art. Ses créations comportaient toujours plus de détails, plus de vie. Il ferma les paupières et se laissa bercer par les sons, les sensations qui l’entouraient. Il sentait son monde exister indépendamment de lui, le vent glisser sur sa peau, les pas des marcheurs sur le sentier, l’odeur du pollen dans l’air. Il aimait bien cet endroit. Il se promit d’y revenir s’il menait à bien sa mission.

— Très bien, Deckard. Vous avez quelque chose à ajouter avant que je parte ?

— Une seule : lorsque vous arriverez à Black River, cherchez la maison sur la colline. Le portail s’y trouve.

— C’est noté. Une dernière question : vous avez des infos sur le ”Mal" que nous devrons combattre ?

— Pas vraiment. L’Oracle est resté évasif concernant la menace. Attendez-vous à l’inattendu.

— On peut dire que vous m’aidez beaucoup ! Un grand merci ! railla Adam.

Sur ces mots, il se leva, bientôt suivi de Deckard. Ce dernier lui tendit la main.

— Bonne chance, Adam. Je vous envoie des renforts dès que possible. Pendant ce temps, vous serez livrés à vous-mêmes.

Le jeune homme hocha la tête, avant de disparaître comme un fantôme. Le rêve qu’il avait créé garderait sa consistance quelques minutes encore, davantage si Deckard prenait le relais. Au lieu de s’en aller, le voyageur onirique reprit sa place sur le banc. Il vit un groupe de pigeons atterrir à ses pieds. L’homme sourit. Dans sa main se matérialisa un sachet plastique contenant du pain rassis. Il commença à en jeter aux oiseaux, qui s’empressèrent de picorer cette nourriture providentielle.

Oui, décidément, Adam est un élément prometteur, pensa-t-il avec admiration. Si toutefois, il survit à cette mission.

— Mes pensées t’accompagnent, mon ami, murmura-t-il alors qu’il jetait les derniers quignons.