Prologue
PROLOGUE
La jeune femme se tordait sur le lit, hurlant de douleur. La chaleur de la pièce était étouffante, mais sa peau à elle était glacée et recouverte d’une fine pellicule de sueur. Les servantes s’activaient autour d’elle, portant des linges humides çà et là, murmurant des prières aux dieux. Un homme posa une main sur son épaule. Elle haleta et leva ses yeux brillants de larmes vers lui. D’une voix rendue roque par ses cris, elle souffla en essayant de s’accrocher à lui mais ses doigts pâles étaient agités de tremblements.
- Mon cher... je vous en prie, faites quelque chose. Vous pouvez m’aider. J’ai besoin de vous et de...
Mais une nouvelle contraction la fit taire, la fin de sa phrase fut noyée dans une nouvelle plainte de douleur. Médecins et guérisseurs tournoyait autour d’elle. L’un s’effondra, une domestique le releva et l’aida à sortir de la pièce. Le guérisseur habillé d’une longue tunique blanche tâchée de sang s’appuya contre un mur du petit château, haletant :
- Nous n’arrivons pas à aider la future mère, quelque chose semble nous en bloquer, nous allons sans doute les perdre tous les deux.
La domestique serra les dents, cherchant un moyen d’éviter à sa maîtresse ce funeste destin. Elle hocha la tête et essuya ses paumes moites sur son tablier. Un nouveau hurlement émergea de derrière la porte en chêne. Elle retourna auprès des siens, abandonnant le guérisseur impuissant et épuisé.
Les heures passaient, quand l’aube se leva, une créature rouge, humide et hurlante fut déposée sur le sein couvert de sueur de la mère haletante. Elle découvrit ses dents dans un sourire épuisé. Sa tête roula sur un côté, exténuée, elle chercha des yeux son amant. Il était assis contre un coin de la pièce, les observants toutes les deux, son visage n’exprimait aucune émotion. Elle lui murmura d’approcher, il cilla et son regard glacé se posa un instant sur les guérisseurs. Il attendit un instant. La femme observait sa fille et soufflait le nom qu’elle lui avait choisi des mois auparavant. Avec douceur, elle caressa ses minces cheveux encore couverts de fluides et de sang. Le visage bouffit du nourrisson se détendit au contact maternel et ses yeux s’entrouvrirent, entre le gris et le bleu sombre ils ne voyaient encore rien et pourtant ils semblaient chercher ceux de sa mère. Elle eu un petit rire mêlé à un sanglot. Le père était désormais à côté d’elle, il posa sa main sur sa nuque. Elle leva les yeux vers lui, rayonnante. Puis la terreur remplaça la joie sans ses yeux, son sourire fondit. Elle referma les bras sur son enfant et ses lèvres s’agitèrent dans une supplication muette. Un éclat meurtrier, vivant brilla dans les yeux de la jeune femme, mais avant qu’elle n’ait eu le temps de faire quoi que ce soit pour se défendre ou attaquer, elle s’effondra sans vie, son sang éclaboussa sa fille, ses yeux vitreux ne la voyaient plus. Les domestiques n’eurent pas le temps de crier, pas plus que les médecins ou les guérisseurs. Tous s’effondrèrent sur place, le sang coulant de leurs yeux, bouches, nez et oreilles forma petit à petit une grande flaque sur le sol de pierre claire.
L’homme, avec des gestes assurés, prit son sac et en sortit un nouveau-né, mort, froid. Il le posa contre la jeune femme et prit la petite vivante à la place. Elle se remit à pleurer, mais il n’y prit pas garde. Il la déposa au fond de sa sacoche, là où le corps s’était trouvé un instant plus tôt, balaya la pièce des yeux, les corps étalés sur le sol dans des positions étranges. Il s’approcha d’une table sur laquelle étaient placés différents alcools médicaux. Il vida les liquides sur le lit et sur les corps avant de jeter l’une des bûches enflammées prises dans la cheminée sur le tout. Il raflât le sac dans lequel la petit pleurait toujours et le passa autour de sa poitrine.
Il sortit de la pièce en évitant les flaques de sang, sa grande cape grise claquant sur son passage.
- La nuit était noire, pas un rayon de lune n’éclairait les flots. Pas une étoile pour guider les voyageurs perdus. Les seules lumières provenaient des habitations éparpillées sur les terres rocheuses. Puis, comme un éclair, une traînée brillante illumina le ciel. Sur les plages du nord, non loin des montagnes, les habitants assistèrent à un curieux spectacle : une silhouette humaine émergea des flots. Sa peau semblait être faite de lumières, sa robe d’écume et de pierres. Elle s’avança sur la plage. À chaque un de ses pas, la lumière de sa peau baissait davantage. Un petit groupe se joignit à elle, plusieurs étaient des mendiants, d’autres des fanatiques qui se jetèrent à genoux. Elle leur demanda où se trouvaient les femmes.
Au même moment, à l’est, un homme tombé du ciel faisait la connaissance d’un autre peuple. Dans les années suivantes, la Lune et le Soleil construisirent chacun un royaume et joignirent leurs forces afin d’élever un arbre protégeant leurs pouvoirs et celui de leur descendance. Quand vingt ans plus tard chacun rejoignit sa place, deux états évoluaient. Six ans après, la Forêt prit vie et arracha aux griffes des enfants du soleil ses arbres, elle donna la vie à une nouvelle famille royale. Il restait un peuple sans dirigeant, sans magie, alors un alchimiste puissant chercha un moyen de devenir l’égal de ces dieux. Nuit et jour pendant des années il essaya milles choses jusqu’au jour où les Hommes se réveillèrent avec un chef puissant, il avait injecté à son sang un mélange lui permettant de lire les pensées, de les contrôler, de frapper sans toucher. Il avait créé une nouvelle forme de magie à partir de la science, il pouvait donc interagir avec la matière sans la toucher, il pouvait la transformer à sa guise. Lui et la Forêt mêlèrent leurs magies à l’arbre, le rendant immortel et gigantesque.
La voix berçante de la nourrice endormit l’enfant à la peau sombre couchée dans le grand lit. La domestique eu soudain l’impression de voir une silhouette couchée près de l’enfant. Mais le temps qu’elle cligne des yeux, cette vision floue avait disparu. Elle referma le livre, se leva, borda la petite et souffla les bougies.








