STOLEN HEARTS

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Résumé

Riley enchaîne les boulots qu'elle ne parvient jamais à garder. Le reste du temps, elle s'oublie dans les fêtes, les bars et les boîtes de nuit, accompagnée d'Addy, sa plus fidèle acolyte, toujours prête à lui souffler ses fameux conseils... aussi mal avisés soient-ils. Le dernier en date : faire de l'OceanClub leur nouveau repaire. Mais dans cet univers de paillettes et de faux-semblants, un seul mauvais choix peut tout faire basculer. Une nuit. Un van. Et tout s'écroule. Riley se réveille en enfer. Séparée d'Addy, enfermée, transportée de force jusqu'au Mexique, elle devient une marchandise parmi d'autres, vendue au plus offrant dans une sinistre vente aux enchères. Son nouveau propriétaire ? Locklan Keen. Un homme énigmatique, puissant, impénétrable. Avec ses yeux clairs et son allure d'homme irréprochable, Lock intrigue autant qu'il effraie. Riley, elle, tente le tout pour le tout : le séduire, pour mieux s'échapper. Mais Lock porte bien son nom. Il ne cède pas. Ni un regard. Ni un geste. Et pourtant, il la garde. Près de lui. Car Riley détient quelque chose qu'il cherche. Une vérité qu'il est prêt à tout pour obtenir. Dans cette cage dorée où les rôles de proie et de prédateur se brouillent, une question demeure : Deux cœurs enchaînés peuvent-ils encore espérer se libérer ?

Genre :
Romance
Auteur :
Laura_Del
Statut :
Terminé
Chapitres :
57
Rating
4.4 5 avis
Classification par âge :
18+

D'espoir et de liberté

Riley


— C’est la troisième fois cette semaine, Riley. Tout ce que je dis, c’est que tu pourrais ralentir le rythme.

Je forme une moue absolument mignonne avec ma bouche et termine d’appliquer mon rouge à lèvres face au miroir. À travers le reflet, l’air effaré de mon père, qui me pousse à me retenir de le corriger ; c’est la quatrième fois, en réalité.

— Est-ce un drame de vouloir profiter de la vie ? D’avoir envie d’élargir ses horizons et d’aspirer à autre chose que la coutumière « métro, boulot, dodo » ?

Il soupire longuement, appuyé au chambranle de la porte. Ses cheveux grisonnants sont décoiffés, son vieux T-shirt tâché et ses yeux bleus fatigués. Elles sont loin, les années où les femmes se jetaient à ses pieds, acclamant son groove à la guitare. Rowan Evans n’a sans aucun doute jamais perdu le rythme, lui. Il s’est seulement convaincu de ne plus rien en faire.

— Tu peux être tout ce que tu veux, Pucette, je t’assure, je te soutiendrai toujours. Mais ces boîtes à sardines là...

— Ce sont des boîtes de nuit, papa. Des clubs, si tu préfères.

Je lève les yeux au ciel, referme ma trousse à maquillage et pivote pour lui faire face, réellement. Il me dévisage, un brin plus inquiet que d’habitude.

— Tu as encore perdu ton boulot, Ray.

— Oui, et comme à chaque fois, j’en trouverai un autre.

Il marque un pas, les sourcils haussés.

— Pour quoi faire ? Tu ne les garde de toute façon jamais plus de quarante-huit heures.

— Il faut bien que quelqu’un paie les factures.

Je quitte ses iris et sa désolation par la même occasion. Celle qui m’apparaît comme le miroitement de l’échec et d’une vie gâchée.

— Et puis quelle importance, franchement ? reprends-je, la gorge nouée, maintenant. Je n’ai pas l’intention d’être caissière, serveuse ou secrétaire. Ce que je veux, c’est dessiner.

Je ne le regarde pas, en prononçant ces mots. Parce que je sais ce qu’ils nous rappellent. Une mère, une femme, qui bâtissait son monde à travers des toiles et de la peinture. Une artiste qui s’est perdue peu a peu, grignotée par la maladie, mais qui nous manque à tel point que nous en sommes devenus ça : des fantômes. Mon père a raccroché sa passion de la musique et moi, je m’évertue à fuir la mienne, de peur que ça n’évolue en quelque chose de trop sérieux.

Une famille brisée, égarée et meurtrie. C’est comme cela que je nous sens.

La sonnette retentit et je me dirige vers l’entrée, mon père sur mes talons. Quand j’ouvre la porte, Addy s’exclame :

Let’s go to the party, baby!

Dans une microrobe argentée à paillettes, ses cheveux blonds lissés jusqu’au bas de son dos, je la détaille un instant. Son engouement ne se fane sous aucun prétexte, même pas quand elle se rend compte de la tension qui règne dans ce trois-pièces.

— S’il te plaît, Riley, continue-t-il. Ne t’en va pas, ce soir. Reste un peu ici, avec moi, on pourrait, je ne sais pas... regarder ce film que tu adores, avec la sirène et le prince.

Je presse ma paume sur les éclats de rire de ma copine et affronte mon père pour de bon, presque fâchée.

— Merci papa, mais je n’ai plus quatre ans. Il y a des pâtes au frigo, si tu as faim. Je rentrerai sûrement tard.

— Ou pas du tout, se permet d’ajouter la traitresse à mes côtés.

— Pucette... souffle mon père, désormais à bout d’arguments.

Addy jette sur moi un vrai regard qui jongle entre angoisse et peine. Avant de franchir la sortie pour mettre fin à tous ses espoirs de renouveau, j’explose :

— Arrête ça, tu veux ? Je vais juste boire un peu, m’amuser, danser et surtout ne plus penser au quotidien médiocre qui m’attend entre ces murs. C’est comme ça que j’aime exister, et ce n’est pas parce que toi tu ne trouves plus de raison de le faire que tu as le droit d’essayer de m’empêcher de vivre ma vie.

Je le fusille du regard, mais au fond, je regrette déjà mes mots. Qu’importe, il finit par hocher brièvement la tête avant de refermer la porte. Addy ricane puis me tend la main pour se moquer :

— On y va...Pucette ?

Et je la fais taire d’un petit coup de coude dans les côtes.


***


Better offhurle dans nos oreilles tandis que nous enflammons le dancefloor. Addy se déhanche auprès de moi, penche la tête en arrière et éclate de rire au passage. Je porte un toast en jetant un regard vers le bar, et surtout le barman. Je ne sais pas à quoi je trinque, pour tout avouer. Ce que je fête, ce soir ainsi que tous les autres, ça ne concerne pas quelque chose que je peux nommer. J’ai vingt-sept ans, toute une vie devant moi et personne pour m’empêcher de croire en mes rêves.

Même pas ton père, seul et abandonné au profit de ton existence trépidante ?

Meurs, foutue conscience.

— À cinq heures, hurle ma copine dévergondée.

Je jette un œil à l’endroit indiqué sans cesser de me mouver. Mon front perle de sueur, ma robe remonte sur mes cuisses, mes yeux divaguent entre alcool et néons, mais je me sens si forte et si confiante que ça ne compte pas. Un type brun, bronzé et probablement très riche nous mate. Les vigiles à ses côtés nous en apprennent beaucoup sur lui sans avoir la nécessité d’ouvrir la bouche. Il est important, et dans ce monde, celui de la nuit, c’est tout ce qu’il faut retenir.

— Il est sexy.

— Il est carrément à croquer tu veux dire, ricane-t-elle. Et dans trois minutes, il sera tout à moi.

Elle me délaisse, serpente entre les corps en transe, et rejoint celui qui ne l’a pas quitté des yeux. Je continue de danser, même si à ce stade, j’appellerai ça plutôt me libérer, tout en les regardant échanger. Il est sexy, c’est vrai, je n’ai pas menti. Grand, silhouette élancée, costard qui doit valoir l’équivalent de mes trois derniers salaires, toutes professions confondues. Je sirote mon verre, enchaîne les ondulations de bassin, et pour finir, observe, toujours.

Addy revient quelques secondes plus tard, munie de son plus beau sourire. Le piercing sur sa langue brille dans l’obscurité de l’OceanClub, et ses yeux s’animent d’une lueur que je connais mieux que tout. Elle a réussi le plan de la femme fatale et libre, et en est visiblement satisfaite. Discrètement, elle cogne son poing contre le mien en reprenant place contre moi. Ses doigts fins se calent au creux de mes reins quand elle chuchote :

— Mario. Gros poisson, si tu veux mon avis. Il sent bon le fric et la nuit blanche.

Elle rit dans mon oreille et je l’imite, affolée par son don de projection en ce qui concerne les hommes. Ce type d’homme, en particulier. Ça fait deux mois que nous sortons exclusivement dans ce club et autant dire que des Mario, j’en ai vu défiler. Addy ne se démonte pas, jamais. Chaque soir ou presque, elle m’entraîne avec elle jusqu’au bout de la nuit, parée à passer les meilleures heures de son existence. Je la suspecte même d’avoir comme ambition d’y poser ses valises pour de bon, un jour.

— Tu te joins à nous ? murmure-t-elle contre la peau de mon cou.

Je nie, comme à chaque fois qu’elle me le propose, avant de me défaire de son emprise pour venir la percuter d’un regard faussement noir.

— Tu m’abandonnes encore.

— Oui, mais tu sais ce que ça veut dire.

Elle s’approche puis chuchote :

— Mason est tout à toi.

Je souris en secouant la tête quand elle s’éloigne pour de bon. Un dernier baiser offert de la main et elle se retrouve au bras de Mario, visiblement aussi serein que fier de lui. Je chavire à mon tour pour regagner le bar à quelques mètres de là, et pose mes fesses sur le seul tabouret de libre.

— Margarita ? propose le barman.

— Plutôt whisky, en fait.

Mason sourit, puis incline le menton.

— Laisse-moi deviner. Addison t’a encore lâché pour un de ces types de cartel ?

Je hausse les épaules, avant d’attraper le verre qu’il me tend.

— Tu es toujours aussi perspicace.

Ses prunelles s’arrêtent sur ma langue, qui joue avec la paille et entraîne ses vieux démons à ressurgir. Un rictus ourle ses lèvres quand il s’accoude au bar pour rompre la distance entre nous et qu’il demande enfin :

— Tu sais que je peux être beaucoup plus que ça, Ray. Alors... chez toi ou chez moi ?

La vision de mon père effondré sur le canapé me revient et je suis bien obligé de répondre :

— Pour ce soir... Juste dans tes rêves, Mason.

Comme il est temps pour moi de rentrer, j’attrape mon sac face à sa mine torturée et non sans un dernier regard provocant, tourne les talons à mon tour. Je quitte le club après avoir franchi l’épreuve de la foule agglutinée à l’entrée.

L’air me semble si pur, lorsque je regagne la rue, que je prends un instant pour l’inspirer et en remplir mes poumons. Ma chaleur corporelle diminue peu à peu, jusqu’à ce que de légers tremblements secouent mes membres. Je remonte l’allée perchée sur mes talons, le nez vers les étoiles et en pensant à Addy, qui doit pour sûre être bien au chaud, visitant les profondeurs de l’Italie, elle.

Première avenue ; je tourne et fais le décompte. Il fait nuit noire, mais il me reste approximativement trois minutes avant de retrouver mon petit appart et mon quotidien pourri dans les vieux quartiers d’Alen. Seulement, alors que je relève la tête, le dénommé Mario me guette, l’épaule appuyée contre sa voiture.

— Tu as deux minutes... Bella ?

Je fouille du regard tout autour de lui, à la recherche de ma copine, dans l’incompréhension la plus totale. Mes poumons purifiés s’oppressent lorsqu’il s’approche, et j’ose demander :

— Où est Addy ?

Mais ma voix déraille. Parce que derrière lui, au-delà de son corps de titan et de son costume trop cher, j’aperçois la vraie nature de ma peur. C’est un van, noir, sombre, et je dois bien le confier, terrifiant, qui se tient dans l’obscurité. Il continue d’avancer alors je balance :

— Qui êtes-vous ?

Ma voix se tasse presque en chuchotis. Il ne répond pas plus à cette question qu’à la précédente, et ses larges doigts s’enroulent ensuite autour de mon bras. Tout se passe en une seconde à peine, ce qui suffit pourtant à donner l’alerte dans tout mon être. Les sirènes s’activent dans mon cerveau et mon corps se réveille enfin. Je marque un bond, me débats face à son emprise, mais tandis que je parviens à récupérer mon bras et que je pivote, ses deux gardes du corps se plantent devant moi et m’empêchent de fuir.

Je crie, cette fois sans faillir. L’un d’eux me soulève avec autant de facilité qu’un tas de plumes, quand l’autre s’apprête à ouvrir les deux grandes portes du van. Aucun d’eux ne tient rigueur de mes hurlements, qui redoublent d’intensité lorsqu’on me jette à l’arrière du véhicule, et que la vision d’Addy me surprend, un bâillon dans la bouche, les mains ligotées et le mascara qui coule.

— Addy !

Je me relève, ignore mon genou écorché et résiste contre les deux géants qui nous privent de sortir. Addy m’imite, elle crie malgré le linge qui l’en empêche, se débat contre ses liens, lutte contre les portes qui se referment bientôt.

Et soudain, comme pour confirmer le cauchemar dans lequel nous venons de pénétrer, Mario, au visage jusque-là sympathique, se plante face à nous pour lancer :

— Bienvenue en enfer, mes jolies.

Et sur ces mots, il rabat la seule ouverture possible, renonçant à tout ce qu'il nous reste de lumière, d’ espoirs... et par-dessus tout, de liberté.