Nos meilleurs ennemis

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Résumé

Un lycée. Une dernière année. Une règle : ne pas craquer pour les golden boys de Dreyfus High, sauf si vous êtes prêtes à vous brûler les ailes. Spoiler alert : cette règle est faite pour être brisée. Jusqu’en terminale, Camille a toujours fait ce qu’on attendait d’elle. Mais tout bascule lorsqu’elle rencontre Jens et Raphaël, deux rivaux qui l’entraînent malgré elle dans une guerre dont elle ne voulait pas. Ils sont jeunes, riches et éblouissants, mais sous leur charme se cache un réseau de secrets, et découvrir la vérité pourrait bien les détruire tous.

Genre :
Romance/Drama
Auteur :
Nola Ruiz
Statut :
Terminé
Chapitres :
51
Rating
5.0 10 avis
Classification par âge :
16+

Chapitre 1 - Camille

Rennes, France – Septembre 2008

Dans un monde où les apparences font la loi, il n'y a rien de plus cruel que la rentrée des classes.

Au-delà du stress habituel lié à l’emploi du temps ou à la peur de ne pas se retrouver avec ses amis, une pression invisible nous poussait à afficher notre meilleur profil dès le passage du portail.

Tout devait être parfait : la tenue, la coiffure, les chaussures, le sac… et, bien sûr, le fameux récit de nos vacances incroyables.

Je détestais la rentrée.

Ce n’étaient pas les cours ou la liste interminable des devoirs qui m’angoissaient, mais le regard des autres.

D’année en année, j’avais l’impression que tout le monde se transformait en critique de mode.

Certains vous jugeaient parce que vous n’étiez pas assez stylé, d’autres parce que vos vêtements n’étaient pas de marque. Et puis, il y avait ceux qui inspectaient votre physique pour voir si vous rentriez dans le moule. Mention spéciale aux filles, humiliées qu’elles soient trop ou pas assez maquillées.

Les gens diraient sûrement que je suis dramatique. Pourtant, pour moi, ce premier jour avait le pouvoir de définir votre place au lycée pour les dix mois à venir. Et je n'avais aucune intention de rater mon coup.

Cette année, c’était différent. J'étais en terminale et, en plus, je recommençais à zéro dans un nouvel établissement.

Je débarquais sans aucun appui.

Quand ma mère a appris sa mutation à Rennes, j'ai fait toutes les recherches possibles pour éviter le moindre faux pas. J’ai découvert que le lycée Dreyfus, bien que public, avait la réputation d’attirer tous les « fils à papa » de la ville.

Nous n’étions pas riches, mais grâce à son nouveau poste d'infirmière de nuit, ma mère gagnait bien sa vie. Mon père, lui, était juste ravi de ne pas m’avoir dans les pattes plus souvent que ce que permettait l’accord de divorce. Il s’assurait toujours de payer sa pension à temps, ce qui s'accompagnait de quelques avantages, comme recevoir beaucoup trop d’argent de poche pour une fille de mon âge.

Au moins, ça me donnait une chance de mieux me fondre dans la masse avec mes futurs camarades.

À moins de vingt-quatre heures de ce jour redouté, ma tenue et mon sac, soigneusement choisis, étaient posés bien en ordre sur mon bureau.

J’étais dans la salle de bains, en train de batailler avec une pince à épiler pour m’occuper du monosourcil qui avait commencé à s'installer entre mes yeux après des semaines de flemme estivale. Les escaliers ont grincé, signalant l’arrivée imminente de ma mère. Il était 19 heures, ce qui signifiait qu’elle allait bientôt partir pour son service de 20 heures.

« Camille, m’a-t-elle appelée. Je t’ai laissé un croque-monsieur au four. Fais-le chauffer quand tu seras prête à dîner », a-t-elle ajouté en m'observant depuis le seuil de la salle de bains.

Alors que mes yeux noisette croisaient les siens dans le miroir, j’ai attendu la remarque. Elle avait toujours quelque chose à dire.

« Tu aurais vraiment dû aller chez le coiffeur comme je te l’avais dit », a-t-elle soupiré après une pause, comme si j’avais commis un crime. « Tes cheveux sont trop longs. Ça rend ton visage plus bouffi. »

Je le savais.

« Je voulais juste les laisser pousser pour voir ce que ça donnait, maman », ai-je répondu avec un sourire qui, je l'espérais, masquait mon agacement.

En vérité, je comptais donner une seconde chance à mes boucles, mais mon ancien carré court ne m’aidait pas à les apprécier.

« Dommage. Tu es si jolie avec un beau carré brushingé. »

« J’ai encore le temps de changer d’avis avant le week-end », ai-je dit rapidement, sachant pertinemment qu’elle reviendrait à la charge jusqu’à ce que je cède.

« Comme tu veux, ma chérie. »

C'était faux, bien sûr. Ce n’était jamais ce que je voulais. Elle finissait toujours par me faire plier.

« Je suis vraiment désolée de ne pas être là demain matin pour ton premier jour, a-t-elle ajouté. Mais tu me raconteras tout, d’accord ? Je ferais mieux d'y aller si je ne veux pas être en retard. Bisous, bisous », a-t-elle lancé avant de disparaître dans l'escalier.

Cinq minutes plus tard à peine, j’entendais la porte d’entrée se verrouiller.

J’aimerais dire que j’étais surprise ou triste qu’elle ne soit pas là pour quelque chose d’aussi important, mais ces sentiments-là s'étaient transformés en déception depuis longtemps. L’hôpital était à moins de dix minutes en voiture, circulation comprise. Je savais qu’elle préférait passer cette dernière demi-heure à discuter avec ses nouveaux collègues plutôt que de rester avec moi.

Je devrais sans doute me réjouir plutôt que de m’apitoyer sur mon sort. La plupart des ados tueraient pour avoir la liberté dont je jouis dès qu’elle franchit le pas de la porte.

C’était lundi soir, il devait y avoir une rediffusion de Joséphine, Ange Gardien à la télé pour m’aider à penser à autre chose avant d’aller dormir.

J’ai soupiré et tenté de reprendre le dessus.

Il y a pire que de passer au second plan dans la vie de ses parents, non ?

23 h 30.

Ma routine beauté était terminée, le croque-monsieur depuis longtemps digéré, mais impossible de trouver le sommeil.

On pourrait croire que c’était le stress de la rentrée qui me tenait éveillée, mais non. Le vrai coupable, c’étaient mes voisins, qui pensaient visiblement que le lundi soir était le moment idéal pour faire la fête.

Ça faisait presque une heure que je me tournais et me retournais dans mon lit, incapable d’ignorer les rires et la musique qui s’échappaient de leur stéréo.

Il fallait me rendre à l'évidence : je n’aurais pas mes huit heures de sommeil réparateur. Il faudrait que je pense à camoufler mes cernes avec de la poudre le lendemain matin.

Les chiffres de mon réveil brillaient au plafond, me rappelant qu’il ne me restait que six heures et cinquante-quatre minutes avant que l’alarme ne sonne.

Puisque je n’arrivais pas à dormir, je me suis levée pour ouvrir la fenêtre et les volets de ma chambre.

L’air était encore chaud pour une nuit de septembre en Bretagne, et seules quelques étoiles étaient visibles à cause de la pollution lumineuse. Une légère bruine commençait à tomber.

Je me suis assise sur le rebord de la fenêtre pour mieux voir. Le dos et la tête contre le mur extérieur, tout semblait un peu plus calme vu d'en haut. La musique ne m’agaçait plus autant.

« Tu ne vas pas sauter, si ? »

Une voix d’homme.

Surprise, j’ai failli tomber à la renverse dans ma chambre.

Après avoir repris mes esprits, j’ai regardé autour de moi pour voir d’où venait la voix, mais je n’ai rien vu. Aucun bruit ne se distinguait, à part la musique, et aucune silhouette n’émergeait des buissons en face de la maison. Je devais être vraiment épuisée pour imaginer des voix.

Puis, un petit rire a fusé de l'obscurité et un jeune homme a émergé, une cigarette à la main. Il a levé les yeux vers moi et a tiré une bouffée, la braise brillant faiblement dans la nuit.

Il semblait avoir mon âge, peut-être un peu plus vieux, c’était difficile à dire dans la pénombre. Mais il était indéniablement grand. Je le voyais en comparant sa silhouette au muret à côté de lui.

Alors qu’il s’approchait, l’éclairage automatique de la maison s'est déclenché, et soudain, j’ai eu les mains moites.

Il était canon. Genre, vraiment canon. Et il me fixait droit dans les yeux avec son regard gris perçant. Ses cheveux blond presque blanc étaient en bataille, comme s’il venait d’y passer les mains, et ce sourire arrogant a bien failli me faire tomber de la fenêtre une deuxième fois.

« Il est tard, gamine. Tu ne devrais pas être au lit à cette heure-là ? » a-t-il dit, plein de sarcasme.

« Je ne suis pas une gamine », ai-je rétorqué.

« Tu es majeure ? » a-t-il demandé, sans quitter mes yeux des siens.

« Je ne pense pas que ça te regarde », ai-je répliqué. Ma réponse semblait confirmer ce qu’il espérait.

« Alors, c’est bien une gamine », a-t-il lancé, en se moquant.

J’ai froncé les sourcils. À presque 17 ans, je ne ressemblais plus à une enfant, même si porter un pyjama Les Aristochats n’aidait pas mon cas. L’inconnu s’est rapproché, ne me lâchant pas du regard, et semblait prendre plaisir à voir les émotions défiler sur mon visage. Les secondes passaient, comme s’il attendait que je le contredise encore pour prouver son point de vue.

À la place, j’ai dit froidement : « Tu as raison, et vu ton âge avancé, il serait plus sage pour toi d’arrêter de me parler. Les gens pourraient croire que tu essaies de corrompre une mineure. »

Ses yeux se sont un peu agrandis, puis il a esquissé un sourire en coin.

« Dommage. Je venais juste de trouver une distraction après avoir échappé à une soirée ennuyeuse. »

« Et en quoi parler à une inconnue est plus intéressant que de faire la fête avec tes amis ? » ai-je demandé sans réfléchir.

Il a ri, a ignoré la question et a dit :

« Je n’ai jamais cru aux coïncidences. Pas toi ? »

J’ai cligné des yeux, confuse.

« Je veux dire, quelles sont les chances que je sorte prendre l’air pile au moment où tu décides de sauter par la fenêtre ? » a-t-il demandé.

« Je n’allais pas sauter ! » me suis-je exclamée.

« Un détail », a-t-il balayé d’un geste de la main.

Un long silence a suivi, et j’ai tourné le regard vers le ciel pour mettre fin à l’embarras de ses yeux posés sur mon visage.

« Tu es nouvelle ici ? » a-t-il fini par demander.

Je l’ai regardé de nouveau, droit dans ces yeux gris.

Comme je ne répondais pas, il a ri.

« Ta langue a fourché ? C’est pas grave. Je finirai bien par savoir. »

La musique s’est soudainement arrêtée, captant mon attention, et la porte de la maison voisine a claqué.

« J, t'es où ? On s'en va, tu viens ? » a lancé une voix haut perchée.

Une fille, évidemment.

J’ai jeté un coup d’œil au garçon juste au moment où il jetait son mégot dans les jardinières de ma mère.

« Bonne nuit, Juliette », a-t-il dit avec un sourire confiant avant de marcher vers la voix qui l’appelait, ne me laissant aucune chance de le corriger.

« Tu parlais à quelqu’un ? » a demandé la jeune femme.

« Non, juste au chat du voisin », a-t-il répondu, blasé.

« T’es vraiment un connard », a-t-elle ri. « Allez, les autres attendent. »

Et ce furent les derniers mots que j’entendis avant de fermer ma fenêtre, les yeux gris d’orage de l’inconnu encore gravés dans mon esprit.

⭐️⭐️⭐️

Hey ! Tu es arrivé à la fin du premier chapitre ❤️

L'histoire de Camille, Raphaël et Jens aborde des sujets sensibles comme les abus, le harcèlement, les addictions et les troubles alimentaires. Si ces thèmes te mettent mal à l'aise, n'hésite pas à sauter cette histoire.

J’espère que tu laisseras sa chance à ce roman.

Bonne lecture.

Nola ❤️